Le blog de Flora

reflexions

Esclavage moderne

30 Janvier 2015, 17:09pm

Publié par Flora bis

Esclavage moderne

Le repas du midi terminé, je m'installe sur mon canapé, devant une émission digestive, voire "siestive" afin que je puisse attaquer ensuite l'après-midi en forme pour le travail d'écriture.

Subitement, la télé s'éteint sans crier gare. Trou noir, silence. La neige du matin avait fondu, le froid s'était radouci, ce n'est pas un temps à panne d'électricité... De toute façon, il n'y a jamais de panne d'électricité! La lumière jaillit par magie et sans faute, à tout instant! Comme l'air que l'on respire.

Je cours à la boîte du compteur. Tout est normal.

On toque à la porte d'entrée (la sonnette ne marche plus?...), c'est la voisine, affolée: "Chez vous aussi?"... Elle a déjà fait le tour des autres voisins et le curé de la paroisse: pareil. Pas de courant.

Je prends le téléphone: muet. "Reposez l'appareil sur le socle" - qui ne répond pas sans jus.

Par chance, sur mon portable, il reste un peu de batterie que j'espère suffisante pour trouver des renseignements.

Renseignements? Tout est sur l'ordinateur, inaccessible. Je fouille à la recherche d'un vieil annuaire en papier; heureusement, je n'ai pas tout viré dans un grand élan de modernité!

Pendant que je cherche - et que les radiateurs commencent à refroidir - je survole tous les aspects de notre vie moderne: l'eau tarit à cause de la pompe électrique, les WC sont inutilisables; mon gâteau presque cuit attend dans le four; mon courrier somnole au fond de la mémoire de l'ordinateur, tout comme le texte que j'allais imprimer pour le présenter ce soir!... Bientôt, il faudra essayer de dénicher quelques restes de bougies de Noël... Cela ne m'inspire aucune poussée romantique!

Tout d'un coup, miracle! La télé se met à causer comme si de rien n'était, comme si on n'avait pas frôlé l'apocalypse! Je la ferme aussitôt. Il faut que je digère les leçons de ma totale dépendance...

illustration: Raoul Dufy: "La Fée Electricité", Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

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Des traces et d'autres illusions

28 Janvier 2015, 18:45pm

Publié par Flora bis

l'écrivain et sa muse
l'écrivain et sa muse

La phrase d'une amie suscite une petite réflexion: "il faudrait que chacun de nous écrive sa propre histoire, commençant à quelques générations en arrière, pour que rien ne se perde"...

Comment peut-on imaginer un instant la possibilité de laisser une trace? Je comprends la difficulté de se résigner à sa disparition avec armes et bagages, dans le trou noir de l'immensité de l'infini temporel et spatial. Après avoir existé pendant un laps infiniment petit...

Le peu de traces retrouvées ont quelques (dizaines ou centaines) de milliers d'années. C'est dérisoire par rapport aux milliards d'individus qui nous ont précédés.

Et pourtant, c'est cette envie-là qui sert de moteur pour la plupart des écrivains, des peintres, des créateurs dans tous les domaines. Laisser une trace, c'est presque accéder à l'immortalité. Ils n'auront aucun moyen de le vérifier: le rêve leur suffit.

Pour ma part, je cherche ailleurs le ressort de ce désir puissant: en créant, l'homme se mesure à dieu. Il maîtrise le destin de ses personnages engendrés: il leur donne la vie ou la mort. Ils existent par sa volonté. C'est une sensation enivrante.

Jouer avec les mots, leur donner un sens et pouvoir le transmettre, partager nos émotions transportées par les mots, les couleurs ou les sons, cela nous procure un tel sentiment de plénitude que même sans l'illusion de l'éternité, cela vaut largement la peine!

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Décembre...

7 Décembre 2014, 17:28pm

Publié par Flora bis

Décembre...

Même si ce n'est que pure convention, nous sentons la fin de l'année approcher. Peu à peu, le bouillonnement des préparatifs s'empare du plus grand nombre. Tous ces rituels, ces coutumes prometteurs de fêtes, de bilans, de retrouvailles et de renouveau sont bien faits: ils enrobent d'un goût sucré la pilule à avaler du temps qui s'enfuit...

Les croyants s'enveloppent de l'attente d'une Naissance, promesse de rédemption pour l'homme. Par sa mort, le fils de Dieu rachètera les péchés du monde. Antique sacrifice, depuis des millénaires. Depuis que l'homme est conscient des forces qui le dépassent. On sacrifie un innocent, bête ou humain, qui nous rachètera devant un Tout-Puissant. Du moins, essaie-t-on de l'amadouer par ce geste, heureusement de plus en plus symbolique... Les pages du Net bruissent de retrait en soi, de calendrier d'Avent et de crèches, d'un sentiment de nécessité de se purifier corps et âme, dans l'attente de l'événement (Avènement, l'Avent).

D'autres, les agnostiques, les incroyants ou les adeptes d'autres cultes, essaient de donner un sens différent à cette effervescence décembrale. Le sapin, symbole païen de la vie permanente à travers ses feuilles persistantes, annonce le renouveau de la lumière au moment du solstice d'hiver. Descendu des pays scandinaves, il est accaparé en Europe dès le Moyen âge, par les coutumes chrétiennes qui l'associent à la naissance du Christ, placée également aux alentours du solstice d'hiver.

C'est ainsi que chacun peut se retrouver au pied du sapin décoré, parmi les cadeaux de Noël...

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La pudeur des sentiments

2 Décembre 2014, 11:13am

Publié par Flora bis

La pudeur des sentiments

On dit que la vérité sort de la bouche des enfants.

Parfois, cela provoque même le sourire, cette vérité échappée que tout le monde reconnaît tout bas mais que les barrages créés par l'éducation nous interdisent de prononcer tout haut, sous peine de passer pour des malotrus.

Nous nous appliquons à enseigner à nos enfants que "toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire", qu' "il faut tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant" de dire quelque chose, que "la parole est d'argent mais le silence est d'or"... Autrement dit, nous leur inculquons l'art de dissimuler. Comme on l'a fait pour nous. Et nous apportons la preuve que ça a marché.

Je me demande parfois si ce n'est pas à l'origine de nos blocages émotionnels aussi.

C'est là que le chien est enterré.

Dire ses sentiments, c'est se mettre à nu, c'est se livrer à l'autre, sans défense. Je t'aime, mais toi?... Que feras-tu de ces aveux: en rire, à avoir pitié de moi ou bien y répondre?

Dans tous les cas, je suis suspendu(e), pendant un laps de temps qui semble une éternité, à ta réponse.

Alors, pour échapper à cette torture, nous choisissons la fuite ou nous nous enfermons dans l'armure de notre apparente sérénité et nous attendons que l'autre prenne l'initiative.

Au risque de rester prisonnier(e) de notre pusillanimité.

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Novembre des chrysanthèmes

3 Novembre 2014, 18:05pm

Publié par Flora bis

Novembre des chrysanthèmes

Novembre a le parfum des chrysanthèmes, de la petite pluie incisive et du soleil timide. On embellit les cimetières: pour les rendre plus accueillants?... Pour déposer la pensée annuelle sur la tombe des disparus, comme une redevance morale et pour mieux les oublier ensuite à l'écart des tourbillons de la vie.

A-t-on besoin d'aller au cimetière pour laisser une place aux morts dans l'existence des vivants? Je ne le crois pas. Les miens, de plus en plus nombreux, me rendent visite souvent, sans pour autant m'empêcher de vivre. Bien au contraire: ils m'aident à prendre conscience de l'urgence de savourer ce qui reste de la vie, unique et irrattrapable.

J'observe les petits vieux qui, à pas comptés, arpentent les allées, appuyés sur une canne ou sur un bras plus jeune. Dans leur regard, je crois déchiffrer le réconfort très provisoire d'être encore là en visiteurs, ou la diligence de se familiariser avec, inéluctable, leur futur lieu de repos.

Je dépose mon pot de chrysanthèmes jaunes devant le marbre de Gilbert. Je sais pourquoi je suis là. Je comprends la raison profonde de son désir d'avoir un lieu pour ses cendres et de renoncer à les disperser finalement. "Je veux qu'on puisse me retrouver", disait-il. C'est vrai. Etre là, debout devant sa tombe, est un moment privilégié de communication par la pensée. Si profonde, si intime que ça donne le vertige...

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Jeu

20 Septembre 2014, 17:39pm

Publié par Flora bis

Jeu

J'avais envie d'alléger un peu l'atmosphère qui règne sur mon blog depuis des mois. Les mauvaises nouvelles continuent à tomber, il est vrai; presque chaque jour en a son lot. Les jours ensoleillés du début de septembre ont sans doute contribué à l'envie de soulever la chape de plomb, de temps en temps...

Autrefois, les différentes listes sévissaient sur les blogs, permettant de découvrir un peu mieux leurs auteurs. Moi-même j'y ai succombé quelquefois. Tout à l'heure, remémorant mes jeunes années, des noms et des visages ont émergé du brouillard. Un des noms a immédiatement fait surgir l'image d'un garçon qui avait la détestable habitude de renifler bruyamment et régulièrement, en tout lieu et circonstance, nous mettant les nerfs en pelote! J'ai donc décidé de recenser quelques bruits et attitudes qui m'horripilent:

* renifler bruyamment

* ronfler (je le fais, sans doute, moi aussi mais je ne l'entends pas...)

* croquer une pomme ou autre aliment (sucre, carotte et autres légumes crus)

* parler fort la bouche pleine (surtout, en proférant des bêtises sans nom)

* mastiquer la bouche ouverte

* déglutir bruyamment (liquide surtout)

* bâiller avec grand bruit à en décrocher les mâchoires

* se curer le nez ou les oreilles en public

* tourner une page après avoir mouillé le doigt avec un claquement lippu

... et encore quelques autres que la bienséance m'interdit d'évoquer ici...

... et pour mes aimables visiteurs qui relèveraient avec précipitation le huitième point: j'ai dit "bruits et attitudes"!...

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Appartenance

10 Septembre 2014, 11:32am

Publié par Flora bis

Appartenance

Bientôt, je dois accomplir un pèlerinage vers la maison de mes parents, celle que j'ai quittée il y a plus de quarante ans et que ma mère habitait seule depuis presque vingt. Ce voyage ne sera pas la réplique joyeuse de tous ceux que je réalisais fidèlement, au moins une fois par an, depuis mon départ. Il sera le dernier, avant la mise en vente de la maison.

Ma mère a été le dernier fil solide à me relier à cette maison qui garde encore les traces intactes de ses 56 années passées ici. Tout est inchangé et tout doit être balayé, déplacé, supprimé. A l'image d'une vie qui devient souvenir évanescent.

Un autre lien fort s'en trouve ébranlé autant: celui qui me rattache à mon pays natal. Je l'ai quitté à l'âge de 26 ans. Par amour. Avec une confiance insouciante qui me faisait quitter une langue, une profession, une culture et toutes mes références... On suit l'homme que l'on aime car notre "patrie" est désormais l'amour.

Depuis 24 ans maintenant, j'habite dans cette maison de briques rouges, typique au Nord de la France. Je n'ai jamais habité aussi longtemps au même endroit! A la mort de mon mari, il y a huit ans, j'aurais pu rentrer dans mon pays d'origine, en fermant avec sa disparition la parenthèse française de ma vie... L'idée m'avait effleurée pendant quelques jours.

En dépit des pressions plus ou moins ouvertes, quelques aimables accusations en "infidélités" à mes racines de la part d'amis, les reproches sourds et à peine voilés de ma mère de l'avoir abandonnée, j'assume. Ma vie est désormais ici. La langue d'adoption dans laquelle je m'exprime tous les jours - souvent, j'avoue, avec une certaine jouissance - et qui m'offre des heures de délices et de rires avec mes petites-filles, des liens chaudement enveloppants avec famille et amis, c'est la langue française. La "circulation sanguine" d'un pays qui irrigue ma vie, ses événements politiques, culturels, ses émissions de télé et ses turbulences météo, c'est en France que cela me concerne directement. Je les partage et j'en assume ma part. Sans pour autant renier, j'en suis certaine, ce socle initial que constituent les 26 premières années de ma vie.

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S'élancer...

30 Août 2014, 18:40pm

Publié par Flora bis

S'élancer...

Je relis les derniers articles de mon blog: une chape de tristesse à l'image du ciel plombé au-dessus de notre tête... Cela devient insupportable. Il faut réagir!

Comme si souvent, je fouille dans mes projets à la recherche d'une motivation qui donnerait l'impulsion pour bouger du point mort. Des projets, j'en ai plein sous le coude: embellissement de la maison et du jardin après le tsunami des travaux de cet été, préparation de notre exposition d'automne - on n'y pense jamais assez tôt -, retrouver les amis, la famille autour de petits dîners intimes où l'on peut se réchauffer corps et âme dans des conversations gaies et graves à la fois, préparation de nos soirées mensuelles littéraires et, non point en dernier lieu, retrouver le chemin de l'écriture, restée trop longtemps un désir inassouvi...

Bien sûr, l'ombre de nos chers disparus passera longtemps sur l'arrière-fond de la vie revenue... Fantômes précieux et discrets, juste avec le petit pincement douloureux de leur manque, leur clin d'oeil complice qui nous incite à poursuivre le chemin...

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Un moteur sans carburant

25 Août 2014, 20:12pm

Publié par Flora bis

Un moteur sans carburant

Dehors, 13°... Nous sommes à la fin du mois d'août, en plein été! Il pleut, inlassablement, désespérément, comme depuis plusieurs semaines, plusieurs mois déjà.

J'ai décidé de bannir le mot "espoir" de mon vocabulaire... Ce n'est pas la première fois que mes petits projets longtemps tenus au chaud, caressés par un désir ardent d'y accéder enfin - comme à un rivage ensoleillé après des périples dans la tempête: je me vois illico me débattant dans les flots en furie, alors que cela ne m'est jamais arrivé en vrai - et le Destin s'acharne à chaque fois, sans faille, à enrayer mes plans avec un malin plaisir... Si, si, je suis sûre qu'il se frotte les mains!

Pour tenter de me protéger, je décide de gommer "l'espoir" de mes pensées. Ne rien construire, ne rien prévoir, ne compter sur rien ni personne! Prendre ce qui vient.

J'essaie de l'imaginer, moi qui étais souvent plus forte à échafauder des projets qu'à les réaliser! Comment faire avancer un moteur sans carburant?...

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Alternatives

13 Août 2014, 10:42am

Publié par Flora bis

Alternatives

Un premier semestre très éprouvant! Dans ces moments-là, nous faisons le dos rond, en serrant les dents, nous nous mettons en apnée autant que possible, pour attendre que ça passe. Si l'astrologie était crédible, nous pourrions nous abandonner au bon vouloir des planètes, qu'elles veuillent bien régler enfin leurs désaccords entre elles et desserrer leur étau autour de nous... Notre résistance en prend un coup et nous avons l'impression d'avoir vieilli de quelques années en peu de temps.

Nous pouvons, certes, nous consoler avec l'idée que "ça pourrait être pire!" Maigre consolation... Elle nous pousse à vivre à petit feu, en veilleuse, en mesurant l'amplitude de notre respiration... En petits vieux, entre canapé et lit, se calfeutrant devant la télé, le chat sur les genoux pour seule compagnie...

Hier soir, je suis tombée sur un documentaire présentant des septuagénaires, des octogénaires fringants, sportifs ou joueurs, d'autres se remuant au rythme du rock dans une chorale à Dunkerque. Tous affirmaient la même philosophie: "Je ne pense pas à la mort! Je vis le présent, pleinement, avec les autres, pour les autres, je n'ai pas le temps de geindre!" Bien sûr, il faut bouger au lieu d'attendre dans son coin, pleurnichant sur son triste sort... Du moins, saisir toute opportunité. Tant qu'on peut.

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