Sur des blogs hongrois, j'ai vu circuler une liste, comme il est à la mode d'en lancer de temps en temps parmi les blogueurs. La liste des choses que l'on aimerait voir s'accomplir avant son dernier soupir pour que la vie semble comblée et que l'on puisse la quitter sans trop de regret...
J'espère, me concernant, que cette liste ne saura jamais être définitive. Que j'aurai toujours envie d'accomplir une chose de plus, jusqu'à mon dernier soupir! Je redoute plutôt le malheur d'une vie sans désir qui se prolongerait comme un désert aride.
L'âge avance avec son cortège de difficultés physiques qui m'attendront sans doute, d'autres, matérielles, qui feraient barrage à l'envol des désirs... On peut, du moins, les caser dans la liste des inassouvis...
* écriremonlivre enfin, l'unique qui contiendrait tous les autres...
* peindre enfin un tableau abouti (ou plusieurs, pourquoi pas?)
* voir grandir mes petites-filles heureuses et préserver notre merveilleuse complicité
* voir mes enfants satisfaits de leur vie et me gardant leur affection
* avancer en sagesse et en sérénité, les communiquer aux autres sans pérorer comme une vieille chouette édentée qui s'écoute parler...
* visiter ou revisiter les endroits du monde qui me sont importants (la Vallée des Rois, Florence et Venise, la Cappadoce, la Grande Muraille de Chine et la Cité interdite, le Japon, les rues et les canaux de Saint-Petersbourg pendant les nuits blanches, Delphes, le lac de Van, etc., etc., etc...)
Il y a quelques jours, je suis tombée sur l'intervention d'André Comte Sponville au Salon de l'Art contemporain de 2009. D'entrée, il remet en cause l'appellation même: autrefois, on disait "beaux-arts". Fallait-il effacerla beauté?Pourquoi les galeries (= le commerce, la spéculation) ont-ils instauré leur diktat au détriment des critiques d'art? Comte Sponville affirme que, contrairement aux sciences, la notion du progrès relève du non-sens dans le domaine des arts. Un artiste n'est pas plus avancé dans la hiérarchie des valeurs simplement parce qu'il est né quelques siècles plus tard. Ainsi, Leonardo da Vinci reste un génie et Daniel Buren est nul, même s'il est plus "moderne".
Parfois, cela fait du bien d'entendre des propos iconoclastes. Depuis les critiques virulentes contre les impressionnistes, nous sommes tous devenus très prudents avant de descendre en flamme une oeuvre qui, à nos yeux, frise le simple ridicule, la supercherie ou la provocation... Qui ose affirmer à haute voix: "L'empereur est nu ! "?...
Cependant, je serais beaucoup plus réservée à balayer tout l'art moderne d'un revers de main. Si la chronologie n'établit pas une hiérarchie de valeurs, elle influe sur le mode d'expression. Il est difficilement imaginable de peindre ou sculpter au 21e siècle de la même façon qu'au 15e. L'art se nourrit de son époque, de la sensibilité de celle-ci. De nos jours, les bouleversements surviennent avec une rapidité et une radicalité inouïes: ce qui aurait mis auparavant un siècle à arriver, passe avec fulgurance en une décennie à peine. Pour moi, l'art moderne reflète cet état d'esprit déstabilisé en permanence de notre époque, en recherche perpétuelle de repères...
L'ennui est que dans le brouhaha des affrontements entre "réactionnaires" et "modernes", le simple quidam qui aimerait comprendre, trouve relativement peu d'arguments concernant les critères qui permettraient de juger la qualité d'une oeuvre. Le goût seul ne suffit pas. Je peux reconnaître la valeur d'un artiste qui ne m'est pas proche. (Par contre, il est improbable qu'un autre me plaise alors que je le jugerais mauvais...) Derrière le succès, on soupçonne les spéculations des galeries omnipotentes, faiseuses et défaiseuses de génies plus ou moins éphémères, et beaucoup de snobisme des acheteurs. (Respect à l'exception!) Ne boudons pas notre sensibilité. Pour moi, l'art est éminemment sensuel: en premier lieu, il doit s'adresser à mes sens et non pas à mes capacités de "conceptualiser" la démarche tortilleuse de l'artiste. Plus une oeuvre nécessite de liasses de feuilles d'explication, plus elle me fait fuir!
Non, vous ne rêvez pas! Du moins, moi, ça ne me fait pas rêver du tout! Le bâtiment (dans tous les sens du terme) qui barre la vue sur la Lagune, au bout de la place San Marco à Venise, est bel et bien un bateau de croisière! On pourrait presque jeter la passerelle sur le quai pour que nos chers touristes n'aient pas trop de chemin à faire jusqu'à leurs couchettes et piscines à bord...
Nous en avons discuté avec notre gondolier. Pourquoi tolérer le ravage de la Lagune par ces monstres à la mode, ces mastodontes pour ploucs "tout-en-un"?... Il nous a dit qu'il y avait eu des pétitions contre. Les croisiéristes ont opposé l'ultimatum: c'est cela où ils éviteraient la ville et ne déverseraient plus désormais leurs hordes friquées en casquettes-bermudas sur les quais...
Page 225. La dernière de mon Cahier Rouge que j'ai cité parfois sur ce blog. Commencé il y a presque 3 ans, le 12 mars 2009, au Salon du Livre de Paris. 225 pages remplies d'une écriture très serrée, légèrement penchée vers la droite, au feutre noir. La couverture a passablement souffert des nombreux voyages qu'il a effectués en ma compagnie, fidèle, partout. Nous ne nous sommes jamais déplacés l'une sans l'autre - surtout lui, évidemment!... Sur la couverture rouge, il y a des numéros de téléphone notés à la hâte, des explications sur les voyelles de la langue hongroise et même quelques gribouillis de ma petite-fille Alice - preuve que le Cahier restait toujours à portée de main... Voici la dernière note:
4 mars dimanche 2012:je suis assise devant cette dernière page de mon Cahier Rouge. Moment émouvant. Commencé il y a 3 ans, presque jour pour jour, au Salon du Livre de Paris. Le dernier que je pratique activement, sur le stand du Nord-Pas-de-Calais. Comme si l'écriture devait vraiment remplacer désormais toute autre activité. Le début de l'enfermement. En moi. Introspection, exploration. Celle de la langue aussi. D'autres aventures, un jour, j'espère... un peu. Là, 22 h 10, je n'ai même pas ouvert la télé, je savoure le calme, le silence. Mes chéries sont belles, adorables. J'ai été heureuse d'avoir passé tout ce temps avec elles. Mais je suis épuisée... Et je ne le regrette surtout pas! Je me délecte de la liberté de ne pas être sollicitée pendant ces quelques heures! Comment ai-je fait pendant tant d'années?... Si ça continue comme ça, je finirai au couvent, mieux, en ermite... Car au couvent, on a encore des obligations!
Ce cahier touche à sa fin. 3 ans de ma vie, de mes réflexions assez fidèlement consignées. Bientôt, j'en entamerai un nouveau. Ce qui est sûr, c'est que le désir désormais indispensable de l'écriture demeure.
Et voici le nouveau cahier... 240 pages. Entamé Le mardi 6 mars 2012. Arriverai-je au bout? Et dans quel état? Il contiendra mes élans spontanés - comme ça vient - et indispensables pour "fixer le temps, du moins s'en donner l'illusion". Il me permettra, comme le précédent, de revenir en arrière, de temps en temps, pour jeter un regard sur ce "moi" de quelques années plus tôt... De vérifier si j'ai "grandi" en sagesse, en sérénité dans ce cheminement vers la fin du voyage. Car le but est un peu cela aussi, inutile de se voiler la face: acquérir le sentiment d'avoir bien rempli le temps qui restait, que ce soit 30 ans, 20 ans ou encore moins... Par bonheur, nous ne le savons pas.
Je regarde en rafale 750 photos de Marilyn Monroe. Toujours le même sourire à pleines dents d'une blancheur aveuglante, irréprochables, entre les lèvres écarlates. Une blondeur peroxydée faisant disparaître la fille quelconque d'origine qui avait une telle envie de revanche sur le mauvais sort... Toujours la même cambrure mise en évidence, accentuée, offerte. Tout comme le décolleté généreux dont on se demande les astuces, tant la poitrine semble menue sur les photos de nu. Des yeux de biche lourdement soulignés de noir, rieurs et parfois perdus... Marilyn joue la séductrice avec l'objectif aussi. Tout cela semble tellement calculé et pourtant, les hommes tombent invariablement dans le panneau, même 50 ans après sa mort.
Je me souviens avoir risqué quelques remarques critiques devant des amis, dans mon innocence dictée par l'objectivité. Son point faible, indéniablement, ce sont ses jambes. Les genoux disgracieux, les jambes à l'avenant. Un petit bourrelet au ventre qui serait impitoyablement gommé par les "photoshop" de nos jours... mais que je trouve presque attendrissant: cela la rend humaine. Le bout de son nez serait aussi corrigé: ce petit empâtement retroussé serait effacé selon les canons du moment...
J'ai essuyé une volée de bois vert: "Tu es tout simplement jalouse comme toutes les bonnes femmes!" Les hommes seraient-ils dépourvus d'un minimum d'objectivité? En quoi Marilyn incarne-t-elle cette quintessence de la féminité qui les rendrait aveugles? Et qui a fait dire à l'austère Arthur Miller, un de ses maris, cette phrase d'un vocabulaire étonnement réduit de la part d'un grand écrivain: "Elle était tout à fait femme, la femme la plus fémininement femme du monde."
Oui, je pense que ses admirateurs masculins ne cherchent pas l'objectivité. Le fantasme n'a pas envie d'être dégrisé, le regard embué d'admiration a horreur d'être dessillé. Marilyn reste tour à tour provocante, leur donnant une pulsion obscure de se jeter sur elle, ou bien petite fille perdue éveillant l'instinct protecteur du mâle...
J'observe le rire éclatant, les poses provocantes. J'ai envie de la voir au saut du lit, sans maquillage, le regard vrai, sans le calcul de son effet. Il n'y a pas une seule photo de ce genre ou elle a été détruite. Marilyn est morte avant ses 40 ans, elle ne sera jamais vieille...
Michel Guillon vient de mourir. Il a suivi sa chère Liliane dont la mort, il y a plus de 15 ans, l'a laissé inconsolable, définitivement et irrémédiablement seul. Seul avec l'écriture, cette amie-ennemie qu'il nous disait plus d'une fois vivre comme une douleur. Son autodérision incessante masquait à peine l'être écorché, ombrageux qu'il est redevenu sans Elle. Un misanthrope que la maladie et le long et pénible combat contre elle rendait encore plus sauvage.
Il a écrit une bonne vingtaine de romans et de recueils de nouvelles. J'ai beaucoup aimé son écriture douce-amère, pétrie d'émotions et de poésie mais dépourvue de la moindre sensiblerie. Sa sombre autodérision l'en a préservé. J'ai longuement hésité pour choisir les extraits pour illustrer ce modeste hommage. Parmi ses livres, il y en a deux que j'aime particulièrement. En premier lieu, "Un rêve en Avesnois", écrit en 1996. Un long et douloureux monologue à la disparue, au bref bonheur lié à ce pays "à l'écart, en retrait, caché dans sa verdure et à l'abri de sa légende" qu'ils ont élu pour y établir leur coin du paradis.
(...) "L'Avesnois n'est fait que de vert. Un vert que le soleil éclaire au travers de nuages indécis, peu pressés, parfois même immobiles. C'est ce qui donne aux arbres, aux pâtures, aux haies qui cernent la moindre parcelle de bocage, l'aspect luisant, humide comme une peinture encore fraîche, de cette confusion de nuances.
Tout ça était à nous.
Un bout d'Irlande, d'Ecosse, mais vierge encore de toute influence touristique, rebelle même, récalcitrant, décourageant les audacieux de tous crins, autochtones ou découvreurs venus de loin.
Toi, tu apprenais le patois. Tu allais "à meurons" (cueillir les mûres) avec nos voisins, ou bien "à pichoulits" (pissenlits). Au moment du muguet nous avions notre coin, secret, tout comme pour les rosés ou les girolles, et tu trouvais que tout, de jour en jour, venait à nous paré comme nous aimions. Comme si chacun mettait du sien, être, chose, voûte céleste, brin d'herbe ou député pour que le rêve ait bien la consistance que nous cherchions et qu'une broutille n'aille pas troubler l'engourdissement, non de notre esprit, mais de notre coeur susceptible et douillet. Nous avions décidé d'être heureux, et, notre dévolu jeté sur l'Avesnois, il n'était pas question de le remettre en cause même si parfois un soupçon de regret se faufilait en moi, persévérant, dans mes pensées convalescentes - comme un microbe qui cherche encore à nuire après la guérison." (...)
L'autre roman que j'aime particulièrement et qui se lit entre rires et gorge serrée, c'est "Il n'y a pas que ça dans la vie" (1999). Le narrateur fait des tentatives vaines et dérisoires pour combler la béance de la solitude.
(...)"Dans la Chambre, rien n'a changé. Elle est forcément là encore puisque les remèdes - des calmants, sont sur la table de chevet, que son sac à main négligemment posé sur une chaise attend d'être rangé, que ce qui traîne ça et là, mouchoir brodé, peignoir, eau de toilette ou grappe de raisin juste entamée, montre qu'elle va rentrer. Seul l'aspect du raisin paraît suspect: desséchés, ratatinés sur la grappe, les grains s'éloignent du temps, immobiles, dans la soucoupe ovale.
C'était quoi, deux heures avant...
Elle avait les lèvres sèches.
La gorge aussi.
- Veux-tu un peu de raisin? avait-il dit.
La grappe était superbe. Du muscat noir. Comme il l'avait passée sous l'eau avant de la poser sur la soucoupe, des gouttelettes, en équilibre sur les grains, reflétaient sous les jeux de lumière toute la fraîcheur du fruit. Tentée par l'idée qu'elle se faisait de cette fraîcheur, elle avait murmuré "oui" comme si c'était une exigence exagérée, comme si, en plus, cette grappe offerte était une preuve d'amour exceptionnelle, un gage, une promesse.
Elle y avait à peine touché.
Depuis, comme un compte à rebours, la grappe, en se décomposant, indique le nombre de jours que le néant réclame pour effacer l'amour et revenir au point zéro. C'est de ça qu'elle a peur son âme. Du point zéro. S'il y avait que l'amour elle ferait de son mieux pour aider le néant, mais elle sait bien que seul le souvenir permet à l'existence de s'agripper encore, d'aller et venir au travers même de la mémoire, qu'elle-même ne dure que par cet artifice.
Ces quelques notes ont été prises il y a bientôt 2 ans... Rien de nouveau sous le soleil! Je les retranscris telles que je les ai jetées sur la page, à la hâte, sans dictionnaire ni correction. Tant pis pour les imperfections ou les fautes: un journal de bord "léché" est une triche...
4 février 2010
Depuis ma dernière note, nous avons même changé d'année! Ce n'est pas l'envie qui me manquait de me saisir de ce cahier et dufeutre pour me soûler"du mot juste",du moins de sa tentative. Un décembre épuisant, effervescent qui m'a laissée exsangue mais heureuse de me laisser bousculer encore: j'imagine trop facilement une vie étriquée, compassée, douillette mais puant la naphtaline... sinon le moisi?... Alors, je préfère, tant que je peux encore, la bousculade occasionnée par le passage intempestif de mes petites-filles ou d'un dîner entre amis. Mon problème, ce poids infini d'inertie qui me maintient dans un immobilisme crasse! J'ai tant de choses à faire, tant d'envies que, en fin de compte,ne sachant pas par où commencer, je reste paralysée et je ne bouge plus... Et le temps s'enfuit inexorablement, me laissant engluée dans des tâches et des objets inutiles, accumulés...
5 février 2010
Dois-je être fière de moi, après l'exploit d'hier d'être allée faire un tour à la déchetterie et d'avoir traduit le poème de Radnóti: "Tétova óda" pour Mu? Deux heures de boulotréel pour être suspendue le reste du temps sur l'écran de mon Mac... Addiction totale; il faut que je m'en arrache car je sens les effets du trou noir du Net, du virtuel dont les contacts faussement réconfortants mais totalement irréels et éphémères m'enferment petit à petit dans une bulle illusoire. Il faut que je retrouve le chemin du réel, du moins celui de l'écriture et du dessin, des échanges de vive voix. Briser ce cocon douillet mais somme toute stérile. Allez, je vais nettoyer le bureau de Gilbert!...
Je me moque... Notre époque m'intime la posture distante, pour ne pas dire cynique, en tout cas lucide, face aux débordements des "bons sentiments". Et pourtant, je me surprends à tomber dans le piège de l'émission mensuelle de Frédéric Lopez qui prétend vouloir nous apprendre à être heureux, du moins lâcher prise devant les émotions positives.
J'avais vu quelques unes des émissions de la série "En terre inconnue", j'avoue même avoir écrasé des larmes à certains passages. Je suis persuadée que l'émotion violente qui nous étreint naît de notre propre histoire, même si nous ignorons son origine. Quel événement ou image nous soutire des larmes? Ce n'est absolument pas anodin... Pour ma part, je suis assez insensible aux manoeuvres intentionnelles s'attaquant à mes glandes lacrymales. Par contre, je me fais cueillir à peu près immanquablement par un beau geste gratuit ou l'expression d'une sincérité démunie. Il y a quelques années, un reportage à la télé a présenté quelqu'un, tout juste sauvé de noyade. On voyait la victime grelottant dans des couvertures, cherchant à remercier son sauveur. Celui-ci a déjà disparu... C'est le geste qui compte et non la récompense.
Pour en revenir à Frédéric Lopez, son cas semble assez unique dans le monde audiovisuel où chaque effet est commercialement calculé. J'espère que le succès croissant - et le gain d'Audimat - ne dénaturera pas son enthousiasme.
Le sympathique expert en nos neurones qui le seconde et qui nous distille ses savants conseils en thérapie du bonheur, nous recommande la tenue régulière d'un cahier dans lequel noter les événements de la journée ou simplement, ce qui passe par la tête... Je peux vous confirmer, moi qui ai commencé cet exercice inconsciemment, poussée par un sentiment d'intime nécessité voici quatre ans déjà, que ça marche! Ce cahier m'accompagne partout, me rappelle à lui par un manque lancinant si je le néglige. Il m'a grandement aidée, j'en suis persuadée, à traverser les stations douloureuses du deuil, m'a réconciliée avec la solitude en en ouvrant les perspectives vertigineuses et m'a menée aux plaisirs jouissifs et dévorants de l'écriture. Dans ma langue d'adoption.
Une année est derrière nous, ou presque... Ces compteurs, rythmés par les étoiles et par ce qui en dépend,
inventés par l'homme pour se créer des repères spatio-temporels et pour ne pas se laisser happer par le vertige d'une existence éphémère dans l'infini, nous installent dans notre petit monde
fabriqué sur mesure, avec nos petits rituels journaliers, annuels, vitaux... Nous les habillons de fêtes ou de deuils, de noir et blanc ou de couleurs chatoyantes, nous les attendons ou les
subissons: c'est notre vie...
Avec le temps, nous nous rendons compte que nos forces diminuent et cela nous incite à nous lancer dans une
aventure différente, non moins excitante, à la mesure de nos possibilités changeantes, celle de la réflexion. Que de matière accumulée durant des années! Nous donner les moyens "d'en tirer la
substantifique moelle" - quel luxe dans l'existence! Sylvain Tesson s'est retiré dans une cabane de pêcheur au bord du lac Baïkal, pour 6 mois (je suis en train de le lire, j'en
parlerai bientôt). Mais il est d'avis que chacun de nous peut trouver sa cabane magique, même en plein coeur d'une grande ville!
Je souhaite à chacun de mes chers visiteurs, amis virtuels inestimables,
La campagne électorale s'annonce impitoyable, les champions du ring et leurs lieutenants se préparent à un
match sans merci où tous les coups sont permis. Les places sont chères mais apparemment assez lucratives pour que ça vaille la peine de se laisser étriper au passage.
Eva Joly n'est pas "mon poulain". Pourtant, je suis sensible à la polémique qui
s'installe autour de son accent norvégien,indigned'un hypothétique président de la république. Cela dissimule à peine le sentiment qu'il y a des vrais Français, attestés par des livrets de famille irréprochables, sans tache,
depuis plusieurs générations. Avec, parfois, un français pauvre et boiteux, certes, mais sans accent étranger.
On me dit souvent, avec gentillesse, que j'ai "un charmant accent, d'où vient-il?" D'autres, comme Jean-Vincent Placé, sénateur "vert", adopté à l'âge
de 7 ans, n'a pas l'ombre d'un accent coréen, il est pourtant ouvertement moqué par le F.N. Son accent est inscrit sur son visage, indélébile. Combien de peaux noires ou "basanées"
suscitent l'interrogation muette de la part de certains, sur leur légitimité?...
Eva Joly a choisi la France, par amour pour un homme, tout comme moi (et non pas
inversement: choisi un homme pour gagner la France - la vie est bien plus compliquée que cela! Pendant 14 ans, j'ai même demandé à mon mari d'habiter un tiers pays, afin d'êtreà égalité...). A l'âge adulte, il est plus difficile de gommer un accent. A vrai dire, je ne fais pas non plus l'effort nécessaire. Par contre,
jusqu'à la fin de mes jours, je travaillerai à l'amélioration de la pratique de cette langue merveilleuse, si injustement maltraitée parfois par ses héritiers authentiques. Et cela sans
obligation. Par pur plaisir.
Pendant mon séjour d'étudiante en URSS, j'ai découvert avec stupeur la carte d'identité d'une
amie. Гражданство: советское (Citoyenneté: soviétique) Национальность: еврейка (nationalité: juive)... La France, terre d'accueil généreuse plus que
beaucoup d'autres, assure par sa constitution l'égalité entre ses citoyens, sans distinction des origines. Cela fait maintenant 21 ans que nous sommes revenus définitivement en France, Gilbert
ayant quitté les postes successifs à l'étranger. Il a trouvé sa dernière demeure dans le Nord. J'aimerais croire que mon choix d'être Française (sans renier pour autant 25 ans de passé hongrois,
une langue, une culture, les gènes de mes ancêtres) se fonde sur un rapport d'égalité et non de subordination. "Dois-je m'estimer heureuse?" - et je le suis, parce que je le veux et
le sens ainsi et non pas par obligation, comme le pauvre à qui on jette l'aumône... J'aimerais croire que j'ai apporté ma petite contribution.
Dans l'atmosphère délétère et suspicieuse qui se développe depuis ces dernières années, il
est bon de rappeler qu'un pays a quelques soucis à se faire si personne n'a plus envie de venir s'y installer...