Bribes de mémoire 60. Découvrir la Turquie
Nous restons une quinzaine de jours à l'hôtel Cihangir, établissement modeste du quartier, à la propreté quelque peu douteuse entretenue très superficiellement par un jeune homme gai comme un pinson et qui survole les surfaces à nettoyer avec désinvolture... Quelques vêtements achetés à la hâte ou prêtés par des compatriotes (venant d'un poste en France, nous n'avons pas beaucoup de réserves sur notre compte en banque et les formalités administratives pour percevoir le traitement prennent plusieurs mois, les dossiers transitant avec la lenteur habituelle entre les ministères de l'Education nationale et des Affaires étrangères) et nous explorons nos secteurs respectifs. Le mien est le quartier de Beyoĝlu, sur la rive européenne du Bosphore, jadis habité essentiellement par des Grecs et qui en garde encore beaucoup de vestiges. Les rues montent et descendent, les trottoirs sont quasi inexistants et je prends petit à petit l'habitude de marcher sur la chaussée comme tout le monde, slalomant avec les voitures qui en sont coutumières (j'aurai du mal à abandonner cette habitude, en rentrant en France, 6 ans plus tard, et je manquerai plusieurs fois de me faire écraser...)
En 1984, la Turquie en terminait avec le dernier coup d'état militaire en date et les patrouilles sont encore omniprésentes. Nous apprenons que l'armée, gardienne fidèle et intraitable du kémalisme sort de sa réserve environ tous les dix ans pour rétablir l'ordre et anéantir les tentatives de renverser l'état laïque, héritage de Mustafa Kemal Atatürk. Drôle d'initiation aux spécificités turques pour un Européen pour qui coup d'état militaire rime avec tyrannie obscure pendant des décennies! L'armée turque, une fois l'ordre rétabli, se retire sagement dans ses casernes et rend le pouvoir aux politiques, avec des élections démocratiques!
Il est impossible de ne pas rencontrer Atatürk, le père de la Turquie moderne, président de la première république laïque turque de 1923-1938. Personnage extraordinaire qui a donné le droit de vote à la femme turque bien avant la Française, en 1924! Avec une volonté farouche, frisant le despotisme, il sort le pays des lambeaux d'un empire se disloquant à la sortie de la première guerre mondiale et le place sur le chemin de l'Occident moderne, vieux mirage ottoman : abolis le voile et la barbe, les vêtements traditionnels, l'alphabet arabe! Il encourage la modernisation de langue qui emprunte beaucoup de mots français dont la consonance fond plus harmonieusement dans la langue turque que l'allemand ou l'anglais, plus abruptes. Son portrait décore non seulement les locaux officiels, les monuments mais aussi la moindre boutique de bakkal (épicier) avec le slogan omniprésent : "Ne mutlu türküm diyene!" (Quel bonheur de pouvoir se dire Turc!) Ce nationalisme peut paraître quelque peu exacerbé à un Français pour qui l'idée même de la nation semble suspecte...
la suite suivra...
En 1984, la Turquie en terminait avec le dernier coup d'état militaire en date et les patrouilles sont encore omniprésentes. Nous apprenons que l'armée, gardienne fidèle et intraitable du kémalisme sort de sa réserve environ tous les dix ans pour rétablir l'ordre et anéantir les tentatives de renverser l'état laïque, héritage de Mustafa Kemal Atatürk. Drôle d'initiation aux spécificités turques pour un Européen pour qui coup d'état militaire rime avec tyrannie obscure pendant des décennies! L'armée turque, une fois l'ordre rétabli, se retire sagement dans ses casernes et rend le pouvoir aux politiques, avec des élections démocratiques!
Il est impossible de ne pas rencontrer Atatürk, le père de la Turquie moderne, président de la première république laïque turque de 1923-1938. Personnage extraordinaire qui a donné le droit de vote à la femme turque bien avant la Française, en 1924! Avec une volonté farouche, frisant le despotisme, il sort le pays des lambeaux d'un empire se disloquant à la sortie de la première guerre mondiale et le place sur le chemin de l'Occident moderne, vieux mirage ottoman : abolis le voile et la barbe, les vêtements traditionnels, l'alphabet arabe! Il encourage la modernisation de langue qui emprunte beaucoup de mots français dont la consonance fond plus harmonieusement dans la langue turque que l'allemand ou l'anglais, plus abruptes. Son portrait décore non seulement les locaux officiels, les monuments mais aussi la moindre boutique de bakkal (épicier) avec le slogan omniprésent : "Ne mutlu türküm diyene!" (Quel bonheur de pouvoir se dire Turc!) Ce nationalisme peut paraître quelque peu exacerbé à un Français pour qui l'idée même de la nation semble suspecte...
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