Le blog de Flora

reminiscences

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A propos de Saint-Valentin

14 Février 2022, 11:31am

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Publié par Flora bis

   J'ai l'impression que cette année, même St-Valentin passe quasi inaperçu dans l'atmosphère blasée de la fin des soldes. Serions-nous lassés de tout? Le Covid, l'Ukraine, le Sahel, les élections prochaines, la grosse fatigue nous auraient envahis au point de devenir insensibles aux petits coeurs rouges, aux bouquets de roses venues de loin, aux dessous affriolants  -  rouges de préférence  -  à revêtir au moins une fois par an?... 

   Je me souviens, étudiantes, "au seuil de la vraie vie", nous avons beaucoup rêvé de l'âge adulte... Bien sûr, dans le domaine des amours, l'ambiance des années 1960, début 70, dans la Hongrie communiste, était relativement feutrée. C'était comme danser pieds et poings liés... Dans le reste de l'Europe, notamment en France, les jeunes n'étaient guère plus libres à cet égard (plutôt moins car en Hongrie, l'avortement et la contraception étaient autorisés). Les revendications du mai 1968 en témoignent.

   Beaucoup de livres vulgarisateurs scientifiques, psychologiques apparaissaient à l'époque, nous instruisant, du moins théoriquement, sur les questions de la sexualité, les aspects de la vie du couple en générale, des réponses qui ne pouvaient pas venir de nos parents. La pudeur régnait alors en tabou infranchissable entre les générations. L'autre jour, une amie de l'époque m'a rappelé, parmi nos innombrables et infatigables conversations, comment nous avons décortiqué à vingt ans l'exemplaire du "Kama Soutra" fraîchement paru et somptueusement illustré, sans oublier le livre d'un auteur américain traduit en hongrois, qui conseillait, en guise de séduction suprême, la séance devant les flammes d'une cheminée, allongés langoureusement sur une peau de bête...

   Bref, tout cela est déjà bien loin, et à plus de 50 ans de distance, je constate que je n'avais jamais essayé le coup de la cheminée sur une peau de bête... A présent, je serais même incapable de m'en relever...

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Voilà un dimanche comme je les aime!

13 Décembre 2021, 13:05pm

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Publié par Flora bis

   Nous pataugeons dans la morne saison des jours qui semblent ne s'être levés qu'à moitié, gardant leur pyjama et le lit ouvert, au cas où l'envie d'y replonger serait la plus forte... Nous traînons les pieds du fauteuil au canapé et inversement. D'un oeil blasé, nous balayons le jardin déplumé: il a l'air endormi, lui aussi, avec ses quelques fleurs fanées qui frissonnent dans le vent, en attente du printemps. Même les chats des voisins deviennent rares: ils ont cessé leur procession permanente sur la crête du mur mitoyen et ne guettent plus les oiseaux dans les branches du prunier. 

   D'habitude, je déteste les dimanches où la vie s'arrête et la solitude paraît encore plus profonde. On a l'impression  que tout le monde a une famille, un(e) amoureux(se), des amis dont la compagnie vous enveloppe de sa chaleur vivifiante  -  tous, sauf nous! Hier, le coup de fil de Martine m'a sauvée de la déprime du dimanche. Nous avons décidé d'aller au cinéma vers 17h pour découvrir le "West Side story" de Spielberg qui vient d'arriver sur nos écrans.

 Ma génération a encore en tête la version originale de R. Wise et de J. Robbins, sortie en 1961 et couronnée 10 Oscars. La nouvelle version est plus âpre, plus ancrée dans la réalité de son époque, faisant écho en même temps aux problèmes d'aujourd'hui: racisme, tensions entre groupes ethniques et la conscience naissante que les bandes rivales qui s'affrontent sont finalement à la merci, à titre égal, d'un même système vorace qui fait de leur scène de vie un champ de ruine... (le survol du quartier de West Side en démolition, par le hasard des événements de la semaine, m'a rappelé les images tragiques de la tornade du Kentucky). En revoyant quelques scènes de la première version, les anciens Jets et Sharks paraîssent bien peignés, tirés aux quatre épingles comparés à ceux de Spielberg, hirsutes, se roulant dans la poussières de leurs rues démolies... Les bagarres chorégraphiées avec beaucoup de forces et de réalisme (qui restent quand-même de la danse!) soufflent une énergie époustouflante, celle du désespoir... Tout cela, sur fond de la musique de Léonard Bernstein: que des "tubes" éternels qui hantent nos oreilles!

   Deux heures et demie intenses plus tard, nous avons terminé la soirée très agréablement, à la table d'un petit resto. En voilà un dimanche bien sympathique!

 

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Cultivons notre jardin

12 Novembre 2021, 11:23am

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Publié par Flora bis

   Cela fait 31 ans que j'habite cette maison. C'est bien la première fois  -  et sans aucun doute la dernière  -  que je reste aussi longtemps dans les mêmes murs! Quand nous y avons emménagé en 1990, après avoir quitté Istanbul, nous n'avons certainement pas pensé que ce serait définitif. Notre vie jusqu'alors nous avait habitués à des courtes séquences de 2 à 6 ans dans un pays. Poser nos valises définitivement sonnait, du moins pour moi, comme une sanction, pour ne pas dire une condamnation avec la vision de la barrière s'abaissant devant moi. Clouée sur place. Jusqu'au bout. Ce qu'il y avait d'effrayant dans cette perspective, c'était "le bout". Le terme, inévitable, le bout dans lequel on se cogne.

   Après avoir quitté la maison de mes parents, j'ai toujours habité en appartement. L'idée du jardin, son manque ne m'effleurait même pas. Les fleurs en vase ou en pot me suffisaient.

   Ici, dans cette maison, mon jardinet de ville avec ses 50 m2 a rapidement pris une importance inattendue. Mes réflexes anciens, en sommeil depuis mon enfance, se sont petit à petit réveillés. L'héritage atavique de mes grands-mères, celui de ma mère m'a poussée instinctivement vers ce petit carré vert, enfermé entre les murs hauts. J'ai bêché la terre, ressemé la pelouse malmenée par le chien des anciens propriétaires  -  et j'ai planté huit rosiers de toutes les couleurs le long des murs. Dans un coin à mi-ombre, un camélia a trouvé la meilleure des places. Au milieu, un érable du Japon rouge, en pot jusqu'alors, a pu libéré ses racines à partir du moment où j'ai renoncé à l'idée de déménager. La construction de la terrasse, sans laquelle le jardin serait désormais inimaginable, a parachevé, pour un bon bout de temps, les aménagements.

   Souvent, je laisse mon regard se promener, s'attarder sur ce "mouchoir de poche" qui affiche pourtant, avec une certaine prétention, le nom de jardin. Je pense qu'il me ressemble, comme les jardins ressemblent à leurs propriétaires, je l'ai souvent observé. Une certaine fantaisie mais toujours contrôlée: pas question que la jungle prenne le pouvoir!... Une soif de liberté et d'exubérance, une envie de se débarrasser des entraves, et en même temps, ce besoin d'ordre et de maîtrise... Pour que ça ne parte pas à vau l'eau.

 

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Pensées vagabondes en ce début d'automne

23 Septembre 2021, 12:36pm

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Publié par Flora bis

   Je viens de passer deux bonnes heures devant l'écran de mon ordinateur, à répondre aux commentaires, à lire des articles, à regarder des documents sur Facebook (p.ex. un extrait de La Grande librairie qui présentait le roman de Victoria Mas "Le bal des folles", émission que j'ai manquée en son temps mais qui donne envie de lire le livre!). Je n'ai pas vu passer le temps si précieux. 

   Eternel conflit, cas de conscience permanent. Je dispose de mon temps, je n'ai pratiquement que des contraintes que je m'impose moi-même. D'où vient ce sentiment culpabilisant de "gaspillage" d'un bien rare et précieux? Le but prioritaire, à mon âge, ne serait-il pas de "me la couler douce", de prendre du bon temps, sans la pression des devoirs urgents, de profiter des minuscules bonheurs fugaces dont la vie veut bien me gratifier encore?... 

"Le Rideau", huile, T.R.

 Si je creuse un peu les profondeurs de mon histoire, aussi loin que je me souvienne, ce conflit m'a toujours accompagnée. Mon penchant indolent me poussait naturellement vers la contemplation, la rêverie, j'aimais me perdre dans les méandres des pensées qui affluaient, se bousculaient, prendre mon temps comme si j'en gagnais pour vivre... de la vraie vie, en somme. 

   Autour de moi, les injonctions pleuvaient d'arrêter de "perdre mon temps", de m'occuper des choses utiles  -  selon les autres, pas pour moi!  -  participer au maintien de l'ordre et de la propreté dans la maison où trois générations vivaient en bonne entente établie par des règles depuis des siècles... Prendre ma part au désherbage des parcelles de maïs, de pommes de terre ou des pieds de vignes, à la cueillette de la récolte à l'automne. Ces gestes se sont imprégnés en moi, je pourrais les reproduire, intacts, 60 ans plus tard. Ils se sont insinués en moi comme la notion de "devoirs" tacites, indispensables, coûte que coûte. Et cela a continué naturellement, en épousant un homme qui a été formaté selon les mêmes principes immuables: "ne jamais perdre son temps inutilement"!

   Et maintenant? Je fais ce que je veux, il n'y a personne autour de moi avec ses injonctions à occuper mon temps avec des tâches toujours plus importantes que mes désirs. Je me suis débarrassée de pas mal de ces carcans qui m'enserraient comme des antiques instruments de torture. Mais la libération n'est pas si simple. Au fond, persiste l'ombre de la culpabilité d'avoir désobéi...  

   

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Réminiscences...

6 Août 2021, 12:32pm

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Publié par Flora bis

   Je devais prendre l'avion pour la Hongrie dans quelques jours. J'y renonce. Parmi plusieurs raisons, il y a la situation sanitaire incertaine en Europe, mon état de fatigue avancé, sans oublier la grosse chaleur qui règne dans mon pays natal et que je ne supporte plus. Bien sûr, cette décision s'accompagne de regrets: retour manqué au pays  -  même si je n'ai jamais souffert de nostalgie: attachée plutôt aux gens qu'aux paysages, partout, j'emportais ma "maison" avec moi.

   La perspective de partager une bonne dizaine de jours avec mes enfants, dans la maison de mes parents, ressuscitant les souvenirs des jours heureux d'une autre époque, de revoir la famille de là-bas me manqueront à coup sûr. Le temps qui s'écoule au ralenti, propice aux conversations sans se presser... La pastèque craquante des fins de repas, la lecture paresseuse sur la chaise-longue à l'ombre de la tonnelle de vignes... Une solitude peuplée des personnes aimées, des regards complices et des parties de cartes, des balades à la chaleur tombée. Des fantômes bien vivants aussi, qui apparaissent souriants dans l'embrasure d'une porte au rideau de dentelle, dans un fauteuil qui garde la forme d'une silhouette plongée dans la sieste, les lunettes glissées sur le nez et le journal sur les genoux... La douceur de l'air n'est pas la même que par ici, elle est chargée de réminiscences, celles de l'enfance, de l'adolescence révolues.

   J'ai choisi de rester, décidée d'utiliser le temps pour parfaire un travail d'écriture  -  un plaisir d'écriture?  -  qui traîne depuis des mois, interrompu sans cesse par des obligations que je m'impose moi-même, par la paresse aussi, par le découragement et manque de confiance qui m'effleurent devant l'immensité de la tâche. Par moment, c'est la démesure du défi qui crée le frisson délicieux qui me fait bouger du point mort.

Réminiscences...

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Gilbert l'écrivain

28 Juillet 2021, 10:16am

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Publié par Flora bis

 

Je viens de relire quelques extraits des textes de Gilbert, publiés à partir des années 1990, année de notre retour en France. Je suis frappée par la force, la perfection, l'originalité du style comme si je découvrais ces pages. Je le revois dans son bureau perché au 2ème étage de la maison, au bout de 38 marches raides avec des virages étroits que je montais et descendais dix fois par jour. Mon bureau se trouvait juste à côté, tout comme la chambre d'amis. Le palier, ainsi que les pièces sont tapissés de livres, du sol au plafond. Des siens et des miens. Quel apaisement était pour lui de voir tous ses bouquins enfin réunis à portée de main!... Sources d'inspiration plus puissantes que la vraie vie dont il n'était pas persuadé de la réalité... Il recréait inlassablement sa réalité à lui, en une fiction complexe, teintée d'éléments fantastiques, d'humour et de dérision caustiques, sûr qu'elle l'aiderait plus infailliblement que tout, à vaincre la mort.

   Oui, je connaissais ses textes par coeur car il m'a associée très étroitement au processus de leur création. Redoutable privilège! J'ai été happée, dans l'incapacité de me libérer, écrasée par la responsabilité de la tâche et par l'exigence et la sensibilité particulière de l'écrivain... Sa confiance intuitive en mon jugement, non moins instinctif  -  car je ne me sentais absolument pas à la hauteur!  -  à la fois gratifiante mais surtout écrasante, m'obligeait, que je veuille ou non, à suivre pas à pas les tourments d'un écrivain qui savait que le temps lui était compté. 

   Avant sa mort, il m'a confié 2-3 textes inachevés avec une injonction impossible à accomplir: "Tu les finiras!" Comment me mettre dans les pas d'un écrivain à l'univers si différent du mien (si jamais j'en ai un...), dans une langue d'adoption dans laquelle je n'ai jamais commis le moindre texte littéraire?... J'ai commencé mon blog français en 2008, en guise "d'entraînement à l'écriture" mais je ne me sens toujours pas prête...

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Histoires grand-mériennes

23 Juillet 2021, 21:02pm

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Publié par Flora bis

   Il est temps de retrouver mon blog : le mois de juillet a été maigre en écriture!... L'hébergeur donne quelques tuyaux pour augmenter la "visibilité" de mon blog  -  lui ai-je fait pitié avec ma relative discrétion dans la blogosphère?  -  mais cela ne m'empêche pas de vivre... Non pas que le trafic modeste et l'enthousiasme silencieux qu'il provoque ne me chiffonnent pas de temps en temps et que je ne préfèrerais pas un succès plus large  -  soyons modestes mais sans mentir!  -  cependant, je ne me sens pas prête à faire des efforts pour "chevaucher la conjoncture", en traitant des sujets accrocheurs, en me lançant dans les recettes de cuisine ou dans les potins des pseudo-stars en vue... Sans parler du train de l'influenceuse (nouveau métier prometteur et lucratif pour jeunes gens dont les préoccupations, apparemment, volent au raz des pâquerettes!), eh bien, ce train, je l'aurai définitivement manqué!

   Pendant 4 jours, j'ai profité de la présence  -  très courte!  -  de mes petites-filles de 12 et 15 ans. Nous avons beaucoup papoté car je ne suis plus une grande marcheuse comme il y a quelques années encore... Nous avons joué, nous avons beaucoup ri mais nous avons touché des sujets plus sérieux aussi. A cet âge, elles ont surtout besoin d'écoute attentive, sans jugement "guillotine" mais plutôt "réfléchissons ensemble"... Nous avons aussi évoqué des souvenirs. Un soir, en montant l'escalier, je les entends parler dans leur chambre. Je passe la tête pour leur souhaiter bonne nuit et un spectacle touchant m'attend: la plus grande est en train de lire à haute voix un conte africain et sa soeur, déjà au lit, l'écoute avec un sourire béat sur le visage... "La coiffe de plume"! C'était une de leurs histoires préférées pendant des années, en ces temps bénits de la petite enfance où nous n'aurions manqué pour rien au monde l'histoire du soir! J'y prenais sûrement autant de plaisir qu'elles, essayant de moduler l'intonation, ponctuer de gestes les rebondissements de l'histoire, afin d'en souligner les effets dramaturgiques. Parfois, nous partagions la lecture des paragraphes. Et là, je la ré-entends de la bouche de ma grande petite-fille, à l'identique! Quel bonheur!

Histoires grand-mériennes

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15 ans après

7 Juillet 2021, 10:28am

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Publié par Flora bis

   Le 7 juillet... Une date à part. Même si elle ne m'écrase plus de son importance démesurée, réveillant la douleur de façon aiguë, presqu'inattendue, elle reste une des dates décisives de ma vie dont je peux dire: il y a un "avant" et un "après"...  

   Une cicatrice qui verrouille à l'intérieur ce qui reste de cette douleur vive de l'instant... Aujourd'hui, l'incontournable recueillement m'invite à revenir 15 ans en arrière. J'ai toujours détesté, refusé l'injonction "travail de deuil", préférant dire "apprivoiser la douleur, l'absence". Raviver  ce jour torride de 7 juillet où, après une nuit épuisante de veille auprès d'un corps hésitant encore au seuil de la mort, vers 7 heures du matin, la voix de notre ami commun qui m'a tenu compagnie sur ce chemin effrayant, le rendant ainsi plus apaisé, me ramène soudain dans une réalité encore irréelle: "... c'est fini, il ne respire plus." Dans le brouillard des va-et-vient affairés de plusieurs personnes accourues qui me posent des questions, qui me demandent de prendre des décisions, de signer des papiers, je sens vaguement que je suis en train de franchir le seuil d'une autre vie. Au bout de 33 ans.

   Suis-je toujours prisonnière de ce passé comme certains le suggèrent?... C'est un fait que je "n'ai toujours pas fait le pas"  -  selon un ami psychologue  -  pour le laisser derrière moi. Il est à la fois une prison et un refuge.

"Yin et Yang", T.R., huile, années 90

"Yin et Yang", T.R., huile, années 90

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De la beauté et de ses répercussions

16 Avril 2021, 11:07am

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Publié par Flora bis

   Cette semaine, j'ai publié sur F-B une de mes photos, prise il y a bien longtemps, à mes 22 ans. Je ne l'aimais pas trop, ne la trouvant pas tout à fait moche, mais la beauté ne me venait même pas à l'esprit. Je l'ai quand-même publiée... Pourquoi? Un vague sentiment d'indulgence m'a effleurée: finalement, elle n'était pas si mal, cette jeune femme qui portait sur son visage l'air commun à tous les jeunes gens... La beauté de la jeunesse. Celle qu'il faut fixer sur des images car elle est tout sauf immuable.

à 15 ans

Me concernant, l'idée de la beauté ne m'a jamais effleurée. Ce n'était pas un tourment, non plus: elle n'entrait pas en ligne de compte, tout simplement. J'étais, de plus, assez maigrelette (si, si!), pendant les vacances, la famille m'envoyait chez mes grands-parents, dans l'espoir que je reviendrais avec quelques kilos en plus. Peine perdue! Mes résultats scolaires étaient les seules sources de compliments que j'ai eus de la part de mes parents... 

Changement à Moscou: j'ai commencé à y croire un peu... Certes, pas à ma beauté, mais à un certain charme que je possédais, apparemment, et qui attirait... Je me souviens d'une soirée où je dansais, dans la petite robe bleue empruntée à ma copine pour l'occasion, et un des participants, enflammé mais toujours impeccablement correct, m'a dit à l'oreille: "Ты здесь королева!" ("Ici, c'est toi la reine!") J'ai été sidérée, n'y ayant jamais pensé, bien sûr! 

à Moscou

Je me demande maintenant, à mon âge où la beauté n'a plus que la chance mince d'être intérieure, quelle est l'origine de tout cela? Dans ma famille, comme chez beaucoup d'autres, il n'était pas d'usage d'évoquer la beauté des uns ou des autres. Cela aurait été considéré comme "vanité" sévèrement bannie. C'était un caprice des riches qui avaient du temps à perdre. Pire encore: ma mère, en guerre latente avec sa belle-mère, m'a souvent dit que ma grand-mère était laide (avec une grosse dose de subjectivité injuste de sa part, d'ailleurs), et lors qu'elle m'en voulait, me disait que c'était à elle je ressemblais!... Il y a mieux pour cultiver l'estime de soi chez un enfant, me semble-t-il...

ma grand-mère paternelle

  

   

   

   

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Ambiance de février, froide et molle...

9 Février 2021, 12:42pm

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Publié par Flora bis

   Il était 2h40, la nuit dernière. Je m'apprêtais à monter les 18 marches qui mènent à mon lit. Par la porte vitrée qui donne sur la rue, une blancheur inhabituelle, compacte, m'a intriguée. J'ai saisi mon portable pour vérifier l'intuition, en ouvrant la partie vitrée : c'était bien la neige qui était en train de se poser sur la route, les trottoirs et sur les voitures. Comme du sucre glace sur un gâteau, par le geste ultime du pâtissier.

   Nous y sommes, en ce début d'année 2021, incertain, instable, suscitant tantôt des espoirs et nous plongeant, le lendemain, dans la désolation. Desserrant l'étau pour nous laisser respirer un coup, le resserrant aussitôt pour nous asphyxier mollement, patiemment.

   Février, c'est cela : une ambiance de lassitude, de l'hiver qui s'accroche à nos basques pour nous montrer qu'il est encore chez lui, qu'il peut nous envoyer des bourrasques et de la neige (que nous n'avons pas eues jusqu'ici) s'il veut. Que la sortie du marasme et de l'angoisse de toute une année est seulement entrevue, grâce aux vaccins, mais rebouchée aussitôt, par cafouillage bureaucratique, opacité sans courage... Nous sommes poussés un jour à avancer, condamnés à piétiner sur place le lendemain, comme une foule sans défense, à la merci des décisions peu transparentes et contradictoires. Stoppée ou ébranlée au gré des ordres incompréhensibles. Tout d'un coup, le souvenir des défilés obligatoires des 1 mai dans la Hongrie de l'époque communiste, fait surface dans ma mémoire. Les écoliers, les usines et les coopératives défilaient, en rang, en uniforme s'ils en avaient, brandissant les symboles de leur travail (je me souviens des élèves d'une écoles préparant aux métiers de la santé qui défilaient en blouses blanches, serrant des poupées baigneuses dans leurs bras...). La foule compacte avançait ou piétinait sur place, pendant des heures, selon les mots d'ordre venus d'on ne sait où...

 

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