Le blog de Flora

reminiscences

Un orage bienfaisant

18 Juin 2022, 16:51pm

Publié par Flora bis

   Pour commencer par une constatation fort peu originale : il fait CHAUD!  Je suis barricadée à l'intérieur de ma vieille maison de 100 ans, derrière ses murs épais. J'ai du mal à m'imaginer dans un appartement HLM en préfabriqués (je sais de quoi je parle : j'étais alors jeune et résistante et la canicule semblait plus clémente!) A présent, je rentre peu à peu dans la catégorie des vieilles dames qu'il faut surveiller et arroser par temps de grosses chaleurs comme des plantes rares et fragiles.

   Je continue l'article commencé hier soir, par la matinée rafraîchie du lendemain, avec une petite laine sur les épaules! Soulagée sous le ciel gris, humant l'odeur de la pluie nocturne qui monte du jardin. Il était temps! Les oiseaux se remettent à chanter, eux aussi. Le soleil commence à briller, timide, radouci pour le moment, tel comme nous l'aimons. C'est la Fête des Pères. Ni mon fils, ni moi n'en avons plus. Le mien aurait 100 ans, celui de mon fils 72... En ce qui concerne le second, je suis sûre qu'il détesterait cette phrase, lui rappelant le temps qui file, impitoyable! Il est mort à 56 ans et à la quarantaine déjà, il supportait mal l'idée de vieillir, de subir le "naufrage" en marche de l'individu. Bien loin du sentiment de "la maturité triomphante" dont je me délectais, au même moment... 

(photo: Chypre, 1990)

 

   

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La cuisine et moi

10 Juin 2022, 10:10am

Publié par Flora bis

   J'ai été initiée à l'art culinaire tardivement, surtout après mon mariage avec Gilbert. Avant, je ne savais pratiquement pas cuisiner. Je n'en avais pas besoin. Chez mes parents, réduite aux travaux d'assistance, à éplucher, à "touiller" des mixtures préparées par les "femmes savantes" de la maison, je me contentais de ces gestes mécaniques, sans découvrir les secrets de la création. Lorsque j'ai quitté la maison, étudiante aux conditions spartiates de la cantine, il n'y avait pas de cuisine à l'horizon. A Moscou et à Leningrad, dans notre cuisinette commune avec une seule plaque électrique pour tout un étage, de temps en temps, je me hasardais à préparer une grande marmite de soupe de poissons (de mer!) selon la recette de mon père, maître incontestable de ce noble plat (mais avec des poissons d'eau douce, cela va de soi, la mer étant très loin de la Hongrie!), recette qu'il m'avait dictée avant mon départ et que j'ai emporté en URSS, avec l'ingrédient indispensable dans ma valise: du paprika en poudre.

   La première année de notre vie commune avec G., nous voulions épater l'autre avec les bons petits plats de nos pays respectifs, en nous plongeant dans des livres de cuisine (G. était armé de celui que sa grand-mère adorée avait glissé dans sa valise). Ainsi, nous apprenions à cuisiner en même temps, science que de son côté, il a vite oublié et que moi, j'ai dû garder pour toujours...

   Avec une famille "bec sucré", il n'est pas étonnant que je sois plus forte en pâtisserie qu'ailleurs. Pendant les vacances, j'ai beaucoup appris avec ma belle-mère, remarquable cuisinière (on apprend plus avec une belle-mère qu'il faut séduire à son tour!). Les tartes, les babas-au-rhum, les madeleines, les charlottes et autres omelettes norvégiennes n'avaient plus de secrets pour moi! Sans compter la pâtisserie hongroise, beaucoup plus chronophage et pour cette raison, j'en faisais moins souvent.

   Maintenant que je vis seule, ma cuisine est devenue beaucoup plus simple mais jamais expéditive. Cependant, la pâtisserie est réservée pour les grandes occasions. Comme celle d'hier soir où j'ai eu le plaisir de réunir des amis chers autour de moi. (Sur la photo, le gâteau d'hier soir.)

 

 

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Une fête de mai

30 Mai 2022, 10:30am

Publié par Flora bis

   Fête des Mères... Dans mon enfance, c'était un vrai événement dont la solennité nous imprégnait peu à peu, tout comme les autres rituels. Les premiers bouquets et petits poèmes maladroits devant notre mère émue aux larmes, suivis des cadeaux élaborés à l'école (pas de collier de nouilles en Hongrie, mais j'y ai eu droit plus tard en France, devenue mère moi-même!). Sans parler des bibelots, oiseaux ou figurines de la vitrine qui portent les stigmates des années et que nous achetions avec notre argent de poche économisé... L'autre jour, dans la maison de mes parents (devenue celle de mon fils), dans une vieille coiffeuse d'une époque révolue, j'ai retrouvé un double coeur en papier, entouré de fil rouge qui cachait en son intérieur un petit mouchoir blanc brodé par mes soins, périlleusement, de cachette en cachette, sur lequel on pouvait déchiffrer, cousu d'un fil bleu ciel: "Pour la Mère la plus aimante"...

   J'ai eu le bonheur de revoir mes enfants pour le long week end de l'Ascension. Petite pause dans leur vie harassante... Un peu d'animation bienfaisante dans la mienne.

Une fête de mai
Une fête de maiUne fête de mai

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Dimanche de Pâque...

17 Avril 2022, 10:58am

Publié par Flora bis

    Le soleil est radieux, et, après la fraîcheur matinale, il nous gâte de sa chaleur. Pas une feuille ne bouge. Dans l'air, des odeurs suaves des fleurs du printemps et des chants d'oiseaux à tue-tête! Vraiment, quelle chance, quel régal serait cette rare douceur d'un beau week end de Pâque! 

   J'avoue que, exténuée, je ne fais pas beaucoup d'effort pour voir la vie en rose. Je connais beaucoup de gens qui, au lieu de s'enfermer dans le renoncement, dans la résignation, lancent des plans, mobilisent des foules, prennent la tête du mouvement et rechargent ainsi leurs batteries, au lieu de s'étioler dans leur coin. Pas moi. Tel le bernard-l'hermite, je me retire dans ma coquille (qui est bien la mienne, contrairement à l'illustre crustacé qui s'installe dans des coquilles abandonnées). Je me réconforte en échafaudant des plans solitaires car j'ai horreur de susciter de la pitié  -  "péché d'orgueil", me reprochent les amis, vainement. A l'heure qu'il est, cela me demanderait trop d'efforts pour changer. Au contraire, je fuis de plus en plus résolument. Mes amis ne comprennent pas bien, car de mon côté, je suis toujours prête à rendre service, cela ne me pèse pas, bien au contraire. Je ne me souviens plus quel expérience négative a pu me changer aussi radicalement.

    Cette semaine, une amie lointaine m'a fait une grande et agréable surprise. Je l'avais connue pendant notre stage linguistique à Moscou, aux années 1969-70. Nous étions logées dans un vieux bâtiment non loin du stade Loujniki et nous allions en cours de langue et littérature russes, aux spectacles du Théâtre Bolchoï et du Palais des Congrès dans le Kremlin, sans parler de nos nombreux voyages à travers les pays baltes, l'Asie centrale et le Caucase... Nous nous sommes quittées à la fin de l'année scolaire, en juin 1970. Depuis, nous nous étions perdues de vue.

   Il y a quelques mois, Éva m'a découverte sur Facebook et dès le premier contact, nous avons retrouvé l'ambiance de nos 22 ans. La semaine dernière, j'ai reçu d'elle un message inattendu: elle était en visite à Bruxelles chez sa fille et me proposait de faire un saut chez moi avec sa fille et sa petite-fille, avant de rentrer en Hongrie.

   Je garde précieusement le souvenir de nos retrouvailles. Sans parler du côté insolite: décidément, c'est l'Europe que j'aime, celle qui abolit les frontières et les distances qui nous a permis de nous retrouver! Et j'espère vivement qu'il y en aura d'autres occasions!

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A propos de Saint-Valentin

14 Février 2022, 11:31am

Publié par Flora bis

   J'ai l'impression que cette année, même St-Valentin passe quasi inaperçu dans l'atmosphère blasée de la fin des soldes. Serions-nous lassés de tout? Le Covid, l'Ukraine, le Sahel, les élections prochaines, la grosse fatigue nous auraient envahis au point de devenir insensibles aux petits coeurs rouges, aux bouquets de roses venues de loin, aux dessous affriolants  -  rouges de préférence  -  à revêtir au moins une fois par an?... 

   Je me souviens, étudiantes, "au seuil de la vraie vie", nous avons beaucoup rêvé de l'âge adulte... Bien sûr, dans le domaine des amours, l'ambiance des années 1960, début 70, dans la Hongrie communiste, était relativement feutrée. C'était comme danser pieds et poings liés... Dans le reste de l'Europe, notamment en France, les jeunes n'étaient guère plus libres à cet égard (plutôt moins car en Hongrie, l'avortement et la contraception étaient autorisés). Les revendications du mai 1968 en témoignent.

   Beaucoup de livres vulgarisateurs scientifiques, psychologiques apparaissaient à l'époque, nous instruisant, du moins théoriquement, sur les questions de la sexualité, les aspects de la vie du couple en générale, des réponses qui ne pouvaient pas venir de nos parents. La pudeur régnait alors en tabou infranchissable entre les générations. L'autre jour, une amie de l'époque m'a rappelé, parmi nos innombrables et infatigables conversations, comment nous avons décortiqué à vingt ans l'exemplaire du "Kama Soutra" fraîchement paru et somptueusement illustré, sans oublier le livre d'un auteur américain traduit en hongrois, qui conseillait, en guise de séduction suprême, la séance devant les flammes d'une cheminée, allongés langoureusement sur une peau de bête...

   Bref, tout cela est déjà bien loin, et à plus de 50 ans de distance, je constate que je n'avais jamais essayé le coup de la cheminée sur une peau de bête... A présent, je serais même incapable de m'en relever...

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Voilà un dimanche comme je les aime!

13 Décembre 2021, 13:05pm

Publié par Flora bis

   Nous pataugeons dans la morne saison des jours qui semblent ne s'être levés qu'à moitié, gardant leur pyjama et le lit ouvert, au cas où l'envie d'y replonger serait la plus forte... Nous traînons les pieds du fauteuil au canapé et inversement. D'un oeil blasé, nous balayons le jardin déplumé: il a l'air endormi, lui aussi, avec ses quelques fleurs fanées qui frissonnent dans le vent, en attente du printemps. Même les chats des voisins deviennent rares: ils ont cessé leur procession permanente sur la crête du mur mitoyen et ne guettent plus les oiseaux dans les branches du prunier. 

   D'habitude, je déteste les dimanches où la vie s'arrête et la solitude paraît encore plus profonde. On a l'impression  que tout le monde a une famille, un(e) amoureux(se), des amis dont la compagnie vous enveloppe de sa chaleur vivifiante  -  tous, sauf nous! Hier, le coup de fil de Martine m'a sauvée de la déprime du dimanche. Nous avons décidé d'aller au cinéma vers 17h pour découvrir le "West Side story" de Spielberg qui vient d'arriver sur nos écrans.

 Ma génération a encore en tête la version originale de R. Wise et de J. Robbins, sortie en 1961 et couronnée 10 Oscars. La nouvelle version est plus âpre, plus ancrée dans la réalité de son époque, faisant écho en même temps aux problèmes d'aujourd'hui: racisme, tensions entre groupes ethniques et la conscience naissante que les bandes rivales qui s'affrontent sont finalement à la merci, à titre égal, d'un même système vorace qui fait de leur scène de vie un champ de ruine... (le survol du quartier de West Side en démolition, par le hasard des événements de la semaine, m'a rappelé les images tragiques de la tornade du Kentucky). En revoyant quelques scènes de la première version, les anciens Jets et Sharks paraîssent bien peignés, tirés aux quatre épingles comparés à ceux de Spielberg, hirsutes, se roulant dans la poussières de leurs rues démolies... Les bagarres chorégraphiées avec beaucoup de forces et de réalisme (qui restent quand-même de la danse!) soufflent une énergie époustouflante, celle du désespoir... Tout cela, sur fond de la musique de Léonard Bernstein: que des "tubes" éternels qui hantent nos oreilles!

   Deux heures et demie intenses plus tard, nous avons terminé la soirée très agréablement, à la table d'un petit resto. En voilà un dimanche bien sympathique!

 

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Cultivons notre jardin

12 Novembre 2021, 11:23am

Publié par Flora bis

   Cela fait 31 ans que j'habite cette maison. C'est bien la première fois  -  et sans aucun doute la dernière  -  que je reste aussi longtemps dans les mêmes murs! Quand nous y avons emménagé en 1990, après avoir quitté Istanbul, nous n'avons certainement pas pensé que ce serait définitif. Notre vie jusqu'alors nous avait habitués à des courtes séquences de 2 à 6 ans dans un pays. Poser nos valises définitivement sonnait, du moins pour moi, comme une sanction, pour ne pas dire une condamnation avec la vision de la barrière s'abaissant devant moi. Clouée sur place. Jusqu'au bout. Ce qu'il y avait d'effrayant dans cette perspective, c'était "le bout". Le terme, inévitable, le bout dans lequel on se cogne.

   Après avoir quitté la maison de mes parents, j'ai toujours habité en appartement. L'idée du jardin, son manque ne m'effleurait même pas. Les fleurs en vase ou en pot me suffisaient.

   Ici, dans cette maison, mon jardinet de ville avec ses 50 m2 a rapidement pris une importance inattendue. Mes réflexes anciens, en sommeil depuis mon enfance, se sont petit à petit réveillés. L'héritage atavique de mes grands-mères, celui de ma mère m'a poussée instinctivement vers ce petit carré vert, enfermé entre les murs hauts. J'ai bêché la terre, ressemé la pelouse malmenée par le chien des anciens propriétaires  -  et j'ai planté huit rosiers de toutes les couleurs le long des murs. Dans un coin à mi-ombre, un camélia a trouvé la meilleure des places. Au milieu, un érable du Japon rouge, en pot jusqu'alors, a pu libéré ses racines à partir du moment où j'ai renoncé à l'idée de déménager. La construction de la terrasse, sans laquelle le jardin serait désormais inimaginable, a parachevé, pour un bon bout de temps, les aménagements.

   Souvent, je laisse mon regard se promener, s'attarder sur ce "mouchoir de poche" qui affiche pourtant, avec une certaine prétention, le nom de jardin. Je pense qu'il me ressemble, comme les jardins ressemblent à leurs propriétaires, je l'ai souvent observé. Une certaine fantaisie mais toujours contrôlée: pas question que la jungle prenne le pouvoir!... Une soif de liberté et d'exubérance, une envie de se débarrasser des entraves, et en même temps, ce besoin d'ordre et de maîtrise... Pour que ça ne parte pas à vau l'eau.

 

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Pensées vagabondes en ce début d'automne

23 Septembre 2021, 12:36pm

Publié par Flora bis

   Je viens de passer deux bonnes heures devant l'écran de mon ordinateur, à répondre aux commentaires, à lire des articles, à regarder des documents sur Facebook (p.ex. un extrait de La Grande librairie qui présentait le roman de Victoria Mas "Le bal des folles", émission que j'ai manquée en son temps mais qui donne envie de lire le livre!). Je n'ai pas vu passer le temps si précieux. 

   Eternel conflit, cas de conscience permanent. Je dispose de mon temps, je n'ai pratiquement que des contraintes que je m'impose moi-même. D'où vient ce sentiment culpabilisant de "gaspillage" d'un bien rare et précieux? Le but prioritaire, à mon âge, ne serait-il pas de "me la couler douce", de prendre du bon temps, sans la pression des devoirs urgents, de profiter des minuscules bonheurs fugaces dont la vie veut bien me gratifier encore?... 

"Le Rideau", huile, T.R.

 Si je creuse un peu les profondeurs de mon histoire, aussi loin que je me souvienne, ce conflit m'a toujours accompagnée. Mon penchant indolent me poussait naturellement vers la contemplation, la rêverie, j'aimais me perdre dans les méandres des pensées qui affluaient, se bousculaient, prendre mon temps comme si j'en gagnais pour vivre... de la vraie vie, en somme. 

   Autour de moi, les injonctions pleuvaient d'arrêter de "perdre mon temps", de m'occuper des choses utiles  -  selon les autres, pas pour moi!  -  participer au maintien de l'ordre et de la propreté dans la maison où trois générations vivaient en bonne entente établie par des règles depuis des siècles... Prendre ma part au désherbage des parcelles de maïs, de pommes de terre ou des pieds de vignes, à la cueillette de la récolte à l'automne. Ces gestes se sont imprégnés en moi, je pourrais les reproduire, intacts, 60 ans plus tard. Ils se sont insinués en moi comme la notion de "devoirs" tacites, indispensables, coûte que coûte. Et cela a continué naturellement, en épousant un homme qui a été formaté selon les mêmes principes immuables: "ne jamais perdre son temps inutilement"!

   Et maintenant? Je fais ce que je veux, il n'y a personne autour de moi avec ses injonctions à occuper mon temps avec des tâches toujours plus importantes que mes désirs. Je me suis débarrassée de pas mal de ces carcans qui m'enserraient comme des antiques instruments de torture. Mais la libération n'est pas si simple. Au fond, persiste l'ombre de la culpabilité d'avoir désobéi...  

   

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Réminiscences...

6 Août 2021, 12:32pm

Publié par Flora bis

   Je devais prendre l'avion pour la Hongrie dans quelques jours. J'y renonce. Parmi plusieurs raisons, il y a la situation sanitaire incertaine en Europe, mon état de fatigue avancé, sans oublier la grosse chaleur qui règne dans mon pays natal et que je ne supporte plus. Bien sûr, cette décision s'accompagne de regrets: retour manqué au pays  -  même si je n'ai jamais souffert de nostalgie: attachée plutôt aux gens qu'aux paysages, partout, j'emportais ma "maison" avec moi.

   La perspective de partager une bonne dizaine de jours avec mes enfants, dans la maison de mes parents, ressuscitant les souvenirs des jours heureux d'une autre époque, de revoir la famille de là-bas me manqueront à coup sûr. Le temps qui s'écoule au ralenti, propice aux conversations sans se presser... La pastèque craquante des fins de repas, la lecture paresseuse sur la chaise-longue à l'ombre de la tonnelle de vignes... Une solitude peuplée des personnes aimées, des regards complices et des parties de cartes, des balades à la chaleur tombée. Des fantômes bien vivants aussi, qui apparaissent souriants dans l'embrasure d'une porte au rideau de dentelle, dans un fauteuil qui garde la forme d'une silhouette plongée dans la sieste, les lunettes glissées sur le nez et le journal sur les genoux... La douceur de l'air n'est pas la même que par ici, elle est chargée de réminiscences, celles de l'enfance, de l'adolescence révolues.

   J'ai choisi de rester, décidée d'utiliser le temps pour parfaire un travail d'écriture  -  un plaisir d'écriture?  -  qui traîne depuis des mois, interrompu sans cesse par des obligations que je m'impose moi-même, par la paresse aussi, par le découragement et manque de confiance qui m'effleurent devant l'immensité de la tâche. Par moment, c'est la démesure du défi qui crée le frisson délicieux qui me fait bouger du point mort.

Réminiscences...

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Gilbert l'écrivain

28 Juillet 2021, 10:16am

Publié par Flora bis

 

Je viens de relire quelques extraits des textes de Gilbert, publiés à partir des années 1990, année de notre retour en France. Je suis frappée par la force, la perfection, l'originalité du style comme si je découvrais ces pages. Je le revois dans son bureau perché au 2ème étage de la maison, au bout de 38 marches raides avec des virages étroits que je montais et descendais dix fois par jour. Mon bureau se trouvait juste à côté, tout comme la chambre d'amis. Le palier, ainsi que les pièces sont tapissés de livres, du sol au plafond. Des siens et des miens. Quel apaisement était pour lui de voir tous ses bouquins enfin réunis à portée de main!... Sources d'inspiration plus puissantes que la vraie vie dont il n'était pas persuadé de la réalité... Il recréait inlassablement sa réalité à lui, en une fiction complexe, teintée d'éléments fantastiques, d'humour et de dérision caustiques, sûr qu'elle l'aiderait plus infailliblement que tout, à vaincre la mort.

   Oui, je connaissais ses textes par coeur car il m'a associée très étroitement au processus de leur création. Redoutable privilège! J'ai été happée, dans l'incapacité de me libérer, écrasée par la responsabilité de la tâche et par l'exigence et la sensibilité particulière de l'écrivain... Sa confiance intuitive en mon jugement, non moins instinctif  -  car je ne me sentais absolument pas à la hauteur!  -  à la fois gratifiante mais surtout écrasante, m'obligeait, que je veuille ou non, à suivre pas à pas les tourments d'un écrivain qui savait que le temps lui était compté. 

   Avant sa mort, il m'a confié 2-3 textes inachevés avec une injonction impossible à accomplir: "Tu les finiras!" Comment me mettre dans les pas d'un écrivain à l'univers si différent du mien (si jamais j'en ai un...), dans une langue d'adoption dans laquelle je n'ai jamais commis le moindre texte littéraire?... J'ai commencé mon blog français en 2008, en guise "d'entraînement à l'écriture" mais je ne me sens toujours pas prête...

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