Hier, en parcourant quelques pages de mes amis hongrois sur le Net, je suis tombée sur plusieurs photos montrant des tulipes et des jacinthes sous la neige!... En y repensant, ce n'était pas si rare que cela dans le passé. Il y a quelques années seulement, après un avril au-dessus de 20°, sur le chemin du retour, nous sommes tombés dans une vraie tempête de neige, de Budapest jusqu'à la frontière autrichienne!
Ici, dans le Nord de la France, nous avons pu profiter d'un début de printemps exceptionnel! Dans le domaine des jours ensoleillés, nous avons battu le record de Nice!... Décidément, c'est le monde à l'envers!... Je le prends, avec reconnaissance envers qui de droit, Mère nature, dieu miséricordieux ou le hasard, j'en profite et j'essaie de me réparer.
Je rempote des fleurs sur la terrasse, j'essaie de tailler les rosiers. Mon petit érable du Japon n'est pas dupe. A part une petite branche, elle ne donne pas signe de vie. Je suis perplexe : lui faire confiance?... Bizarre, bizarre... Comme d'habitude, je me place dans l'attente, dans l'observation. Il ne faut pas précipiter des choses.
Parfois, une idée vague m'effleure à la période des fêtes de fin d'année : survoler furtivement tous les Noël de ma vie! Repasser en mémoire ces Jours mémorables de chaque année vécue. Je ne m'attarderais pas; à bord de ma machine à remonter le temps, je survolerais ces paysages familiers, en sépia, estompés par le souvenir. Quelques uns sont plus tenaces que d'autres, toujours en images, au commencement forgées et transmises par les récits sensuels, palpables de ma mère, soucieuse de recréer, de revivre l'atmosphère, afin que je puisse voir ma vie se dérouler. Cela se poursuit pendant des années, et je finis par avoir l'impression de vivre ma vie en spectatrice assidue, ébahie, conquise ou oppressée.
Pour le moment, je me sens très fatiguée. Je peine à retrouver la veine de l'écriture. Elle me résiste, les mots se cachent, se dérobent à mon envie de les saisir au vol. Pourtant, elle est censée me réveiller de la torpeur, guérir des souffrances du corps, en m'enveloppant dans une bulle protectrice. A plus tard...
... verre minuscule pour la goutte des fins de repas...
J'ai vu un mini reportage (partagé sur Facebook) sur une dame de presque 104 ans qui passe la majeure partie de son temps dans son atelier de peintre, devant ses grandes toiles multicolores. Initiée à la peinture enfant, elle dit avoir vécu de la vente de ses toiles. En effet, elles sont superbes! La peinture a prolongé sa vie, donnant à celle-ci un sens et un bonheur quotidien. Son beau visage conserve cette jeunesse et cette sérénité. Elle espère s'endormir un jour, pour toujours, heureuse, parmi ses tableaux. Elle me donne envie.
Le dynamisme, la jeunesse de la centenaire m'a donné un coup de pêche et m'a poussée devant mon clavier toute affaire cessante! Je ne savais même pas de quoi j'allais parler, je ressentais seulement le désir irrépressible des mots... En faisant confiance à l'ouverture de l'écluse qui, la plupart du temps, déclenche leur déferlement. La réflexion. L'envie de communiquer. L'envie de partage...
à 2 ans...
Aussi loin que je me souvienne, je connais ce sentiment. Le besoin de comprendre le monde autour de moi. Au fur et à mesure que je découvre ses émerveillements multiples, j'essaie d'en formuler le sens pour moi. Les mots me viennent relativement tôt, et d'après ma mère, je parle avant de marcher. Le monde m'enchante, je m'ébroue dans la parole comme un canard dans l'eau.
La découverte de la lecture et de l'écriture ouvre une autre porte, où les mots déferleront en silence. J'avoue que cela rend bien des services aux solitaires...
Cependant, qui sait? Je finirai peut-être par discuter avec moi-même, à haute voix, en toute intimité...
En une nuit, la température a augmenté de près de 20°! Une personne normalement constituée - du moins selon le modèle ancien - passe difficilement de la tempête de neige aux bourrasques printanières. Les nouveaux modèles humains en formation, ceux qui survivront aux changements climatiques en accordant la température de leur corps aux circonstances capricieuses, à l'instar des lézards, recevront avec un flegme royal, sourcillant à peine, ce genre de nouvelle.
Cette courte mise au point relative à la plus fraîche météo est sans rapport avec le sujet initial de cet article. Il s'agit d'un phénomène récurrent qui me met mal à l'aise à chaque fois que je dois faire face à des compliments... Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu beaucoup de mal à "encaisser" les éloges. Surtout, en direct, sans avoir la moindre possibilité de replis, ni le plus petit trou de souris pour me cacher. En vieillissant, cela ne s'arrange pas.
J'essaie d'en déceler les causes. Bien sûr, l'éducation familiale y est pour quelque chose. Il ne faut pas s'enorgueillir de tel ou tel don : on n'y est pour rien, c'est un cadeau de la nature! En générale, il faut se méfier du péché d'orgueil, l'humilité étant érigée parmi les vertus cardinales. Et moi, j'étais un enfant plutôt obéissant.
Est-ce un manque manifeste d'estime de soi? Si oui, d'où vient cette défaillance? Je n'arrive pas à en identifier la cause. Ma mère a rarement été avare en compliments, et elle en ramenait des brassées des réunions de parents / profs. Ces éloges, je les écoutais en silence, sans commentaires : tout en me faisant chaud au coeur, ils me gênaient aux entournures, ne serait-ce que vis à vis de mon frère qui n'en a pas eu autant...
J'ai entendu quelque part que le regard fier de la mère donne confiance au fils pour se réaliser, tandis que la fille a besoin du regard du père qui reconnaît, qui encourage, pour avoir confiance en elle. Était-ce le regard positif du père qui faisait défaut? Pourtant, il devait bien éprouver de la fierté à mon égard, sans jamais l'exprimer. Comme si tout allait de soi pour moi... Ou alors, pensais-je parfois, tous les domaines où j'excellais étaient à mille lieux de son intérêt... Il n'était pas contre, sans s'y intéresser pour autant. Pourtant, si j'ai un don pour le dessin, c'est de lui que je le tiens.
La tête sous l'eau, comme d'habitude quand j'attends un événement censé me rendre heureuse, avec l'angoisse de tous les ratages qui pourraient gâcher l'ambiance... A présent, cela me demande une organisation serrée des préparatifs, des courses aux rangements, de la préparation des lits aux confections des repas, de l'achat des cadeaux à leur emballage... J'ai une pensée nostalgique pour la personne dynamique d'antan que j'étais, capable d'improvisation joyeuse et détendue - et pourtant sans ratage, la plupart du temps!
J'ai atteint le palier où l'on dit : vieillir, c'est un cadeau! Chaque jour, il faut se réveiller avec la satisfaction de pouvoir encore jouir de la vie... En dépit des oiseaux de malheur et des criminels égoïstes et tout puissants qui s'emploient à gâcher l'avenir qui nous attend... Alors, pour pouvoir respirer encore à pleins poumons en regardant le jardin au coucher de soleil soyeux, j'essaie de prendre conscience du moment présent et des délices qu'il m'offre encore...
Le soleil à peine voilé, le drap bleu tendu du ciel me redonne le petit élan que j'aime tant et qui me manquait le long de la semaine maussade. L'envie de dessiner, d'écrire revient aussitôt. La machine à laver travaille discrètement en arrière-bruit, pour me rappeler qu'il n'y a pas que de l'art dans la vie! Que l'été est bien fini et que les jours ensoleillés deviennent rares : il faut donc se précipiter sur la lessive si on veut la sécher dehors! Ainsi les contraintes du quotidien prennent soin de vous descendre de votre "flow" si enivrant, si rare, pour vous enfoncer dans la prose la plus banale du monde : lessive, cuisine, courses... J'y pense : est-ce pareil pour un homme? Est-il ainsi rappelé à l'ordre, coupé dans son élan par une servitude incontournable, terre à terre mais impérieuse?...
Sous notre ciel du Nord, pendant les rares moments ensoleillés, je me sens persécutée par un sentiment d'urgence : il faut en profiter, ça na va pas durer! Sentiment inconnu avant le départ de mon pays natal aux étés interminables qui me donnaient une certaine insouciance, celle de vivre dans le présent. L'urgence s'estompait sans pouvoir gâcher l'immersion quasi sans limite de ce qui me captivait l'attention... Je sais maintenant à quel point c'est rare et précieux.
Dans le pastel ci-dessous (2015), c'est ce sentiment alangui, nonchalant que je voulais sans doute ressusciter... Rien ne presse mais tout passe... Même ce dessin fragile.
Début de septembre... La chaleur quasi caniculaire, après une légère hésitation, s'est laissé effacer par une averse nourrie. Le jardin en avait besoin, nous aussi qui cherchions de l'air dans l'atmosphère lourde.
Quant à moi, je cherche non seulement ma respiration mais aussi mes repères. J'ai besoin de temps, désespérément, et j'en gaspille par poignées!... Comme si, au fond de moi, je fuyais le moment fatidique où je devrais m'y mettre pour de bon... Faire la chose à laquelle j'aimerais consacrer le plus clair de mon temps, celle qui me donne le sentiment incomparable d'être vivante. Voir cette chose finie, achevée, existante. Jusqu'à l'extinction du désir de faire, de créer... Dieu a eu besoin de sept jours pour cela, dit la Bible, moi, beaucoup plus! Encore que, depuis l'achèvement de la création du monde, le vieux créateur ne manque pas de boulot pour corriger son Oeuvre, essayer de la sauver de toute sorte de périls dont les rejetons en surnombre de son couple initial - à son image! - la menacent!
Bref, je décide de m'apporter à moi-même la preuve du courage, de la ténacité qui sont nécessaires pour aller jusqu'au bout de mon désir. Bannir la pusillanimité qui susurre à l'oreille en permanence : tu manques de persévérance, de foi, de talent, d'imagination, à quoi bon? Le monde ne s'arrêtera pas de tourner sans tes efforts ridicules et prétentieux. De toute façon, il poursuivra sa course folle jusqu'à sa perte et personne ne s'apercevra de ta disparition, pas plus que de ton existence.
N'empêche... Ce qui reste entre l'Alpha et l'Oméga de cette existence minuscule qu'est mon Univers et mon Eternité, sera arrimée "à mon seul désir"...
Un 25 août. Il y a des dates qui s'impriment dans notre esprit de façon si tenace que nous y revenons tous les ans. Façon pèlerinage. Anniversaires de toute sorte.
Au départ des courses, je n'aurais jamais imaginé atteindre les noces d'or. 50 ans de mariage!... Cela semblait si loin... Surtout à notre époque où les mariages longs deviennent rares (les courts aussi)...
Quand-même... Il faut croire que les contes de fée ont la peau dure. D'habitude, ils se terminent au point culminant de l'histoire, avec la promesse d'une longue vie ensemble, garnie de beaucoup d'enfants.
C'était aussi mon souhait, mon idéal, en dépit des exemples nombreux de mariages ratés autour de moi. Des conseillers dégrisés me prévenaient, impitoyables, que la réalité ne correspondrait pas aux contes de fée. Peine perdue! On imagine toujours qu'on fera mieux que les oiseaux de malheur, qu'ensemble, on triomphera sur les obstacles et le mauvais sort.
J'ai atteint les 50 ans de nos noces d'or toute seule. La mort a eu le dernier mot.
Est-ce que cela compte dans le lot des cinquante, ces noces bancales où l'on danse seule depuis 18 ans?...
Pourquoi suis-je frappée tant par cette nouvelle, alors que la fin de sa vie s'étalait déjà depuis longtemps et si péniblement sur les pages des magasines en mal de sensations et si prompts à déchiqueter les idoles?... Pour suggérer sans doute que les célébrités ont eux aussi leur lot de malheurs et d'humiliations. Que finalement, devant la mort, les gâtés et les ratés de la fortune se retrouveront égaux, nus et démunis. Maigre consolation.
Delon semblait passablement agacé quand on lui parlait de sa beauté comme son premier atout, sans doute parce qu'il soupçonnait un manque de reconnaissance pour son talent d'acteur. Comme tout artiste instinctif qui n'a pas eu de formation artistique consacrée (foule de peintres, musiciens, saltimbanques - seuls les écrivains et poètes font exception) il éprouvera toute sa vie un sentiment caché de dilettante... Seul son orgueil démesuré l'aidait à contrebalancer cette souffrance. Sa beauté irrésistible, cadeau du ciel, faisait intimement partie de sa personnalité, il fallait faire avec et même s'en servir beaucoup, à l'occasion. Elle le rendait non seulement irrésistible, mais aussi inaccessible. On l'aimait ou pas, on ne pouvait s'empêcher de tomber sous le pouvoir de son magnétisme. Il avait deux ans de moins que son copain et rival, Jean-Paul Belmondo qui est mort, lui aussi, à 88 ans. A l'encontre d'un Belmondo, que le public surnommait Bebel, Delon n'avait pas de petit nom affectueux et familier, on l'appeleit "Delon" et personne n'aurait osé l'aborder dans la rue...
A défaut de pouvoir l'aimer, on l'admirait, comme une étoile solitaire et lointaine. Il a travaillé avec de très grands réalisateurs, il a parfois changé de registre, revenant invariablement aux gangsters ou flics ténébreux, la flingue à portée de main, regard d'acier, pénétrant, avec, parfois, un voile d'inconsolance. Il a souhaité reposer dans sa propriété, parmi les tombes de ses malinois préférés, plus fidèles et moins décevants que les humains...