Le blog de Flora

reminiscences

Entre deux nuances de gris

4 Avril 2024, 14:05pm

Publié par Flora bis

   Il pleut, consciencieusement, sans interruption... Grisaille, lampe allumée à 11h du matin. 

   Je voudrais bien insuffler un peu de gaieté, à défaut, de sérénité à mon blog mais je me sens cernée... Allez, je viens de trouver une chose positive : la Rhônelle, notre ruisseau parfois invisible, n'a pas l'air de vouloir déborder pour le moment... J'ai une pensée compatissante pour les habitants des lieux qui luttent depuis des mois avec les inondations successives. Peut-être parce que je suis née au bord de la Tisza, un affluant important du Danube qu'il rejoint à Belgrad. Il part des Carpates et traverse la partie Est de la Hongrie. Au printemps, il quitte son lit jusqu'à la digue construite au 19e s. 

 

La terrasse, le jardin attendent patiemment les soins printaniers. Moi aussi. Je me replie sur l'intérieur de la maison, plus particulièrement sur ce coin de la salle à manger, devenu bureau, refuge où mon quotidien disparaît. Autour du rectangle bleu de mon ordinateur, les livres et cahiers, agendas et factures enfouis créent un joyeux chaos que j'essaie parfois de discipliner mollement, histoire de signifier que c'est moi qui le domine et pas inversement...

   Ici, le monde entier à portée de main m'accueille. Virtuellement. A la manière des fantômes diaphanes au pied de mon lit, venus en visite inattendue. Je voudrais les toucher, vers le matin, lorsque le sommeil me quitte lentement, péniblement, m'abandonnant sur le no man's land entre rêve et réalité...

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Un jeudi mémorable

9 Mars 2024, 12:40pm

Publié par Flora bis

   Il est temps de revenir sur mon blog, non seulement pour moi mais pour la fidélité des lecteurs qui me suivent depuis, pour certains, plusieurs années, et d'autres dont j'ignore l'identité. Cette fidélité m'étonne et me touche énormément. Il est vrai que je ne fais pas de publicité pour mon blog, je ne suis pas les conseils infaillibles en choisissant les sujets payants (recettes de cuisine, potins mondains, titres accrocheurs, voyages, broderie ou tricot, animaux de compagnie etc...), les "référencements" à tout va, plutôt la petite musique en sourdine de ma vie. Méthode éminemment discordante avec notre époque où les places sont chères sous le soleil et la bousculade est grande. Tant pis... Le manque d'ambition criant  -  dont je ne suis pas particulièrement fière  -  qui me caractérise a beaucoup agacé mon mari, mais j'ai beau essayé, fait semblant, avant tout pour lui faire plaisir, je n'y arrivais pas... A l'heure qu'il est, en plus de mon aversion de "me vendre", je soupçonne aussi ma peur de souffrir des éventuels refus et échecs sur le chemin des prises de risque... Mes quelques essais timides dans ce domaine ont été dûs à ses encouragements énergiques. Suis-je une incorrigible hédoniste dans l'âme?... 

   Le jeudi de cette semaine qui touche à sa fin a été le jour des 18 ans de l'aînée de mes petites-filles. 18 ans! Je n'arrive pas à me faire à la rapidité du temps qui passe, même si cela devient le plus gros lieu commun pour les gens de mon âge! Aussitôt, la sensation de son poids plume de bébé remonte dans ma mémoire, à la première fois où ses parents l'ont posée dans mes bras et son regard toujours pénétrant a croisé le mien. Tout comme à la naissance de son père, 28 ans plus tôt, l'amour vous submerge à jamais, comme une coulée de lave, brûlante mais en même temps, infiniment vivifiante.

   Ce même jeudi, les quatre comédiennes amies ont présenté la lecture de mon texte "Nos étés indiens" devant le public des pensionnaires d'une maison de retraite. La doyenne avait 101 ans et une fraîcheur intellectuelle saisissante! Et lorsque le spectacle a pris fin, les applaudissements ont été suivis par les questions : "Vous en avez d'autres comme ça?" "Quand est-ce que vous revenez la prochaine fois?"

Un jeudi mémorable
Un jeudi mémorableUn jeudi mémorable
Un jeudi mémorableUn jeudi mémorable

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Février, promesse de printemps

17 Février 2024, 12:57pm

Publié par Flora bis

   Soleil magnifique à l'ouverture des volets. 12°. Une tourterelle entame son chant dans le prunier encore dénudé des voisins. Ses tentatives optimistes atténuent mon épuisement. Je décide de m'offrir un jour de repos, commençant par la grasse matinée car les marteaux piqueurs de la rue se taisent pendant le week end.

   Les courses sont faites (quelques oublis apparaissent...), j'ai récupéré mes deux paires de lunettes et grâce à elles, l'acuité des contours de ma vie s'améliore. Le jardin trempé par les neiges et les pluies peut attendre, il somnole encore mais la taille sera bientôt d'actualité. Le nettoyage de la terrasse aussi. Des plantations sont en vue, il ne manque qu'un peu de force physique...

   Les malaises du week end dernier, déclenchés par le stress, refont surface. Je renonce à une sortie, petit salon du livre dans une commune limitrophe pour saluer Muriel, une amie dont l'énergie et la passion semblent inépuisables! Il faut que je retrouve d'urgence un début de forme car la semaine prochaine s'annonce bien-bien occupée, avec plusieurs réunions en partie chez moi, chacune dans un domaine différent mais tout aussi intéressant.

   Depuis quelques jours, l'envie de dessiner des arbres et des visages revient comme une pâle réminiscence... Sera-t-elle assez forte pour que je m'y remette avant le retour de la pluie?... 

Février, promesse de printempsFévrier, promesse de printempsFévrier, promesse de printemps

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Sous le coup de la neige et du froid

21 Janvier 2024, 12:02pm

Publié par Flora bis

   Je regarde les gros flocons duveteux en train de tomber mollement et inlassablement sur mon jardin. Oh, ça finira peut-être par tenir!  -  pensé-je avec l'excitation heureuse de l'enfant de jadis... 

   C'était il y a presqu'une semaine. Et la couverture épaisse de la neige vierge est toujours intacte sur la terrasse et la pelouse, recouvrant mon grand oiseau bariolé tombé à la renverse. Il n'y a que ses pattes en l'air qui dépassent de sous la neige. Je le laisse se reposer, de toute façon, je ne peux pas y accéder.

   Alain, le fils de ma voisine, venu de la ville d'à côté, a gratté le trottoir devant la maison de sa mère, en y ajoutant le mien. Moi-même, j'ai hésité de franchir le seuil, craignant la chute et les complications qui la suivraient. 

   J'avais un RDV à l'hôpital chez l'ophtalmologue. Non sans appréhension, j'ai pris la voiture mais aux premiers tangages et glissements au freinage, sur les ronds-points et devant les feux, j'ai rebroussé chemin. Deux jours plus tard, nouvelle tentative. A 10h du matin, il faisait encore -4° et les serrures des portières de ma voiture, gelées, ne se sont pas laissé ouvrir. J'ai rappelé l'hôpital pour un nouveau RDV.

   Deux réunions ont été annulées en cascade. Il y a quelques années, je me serais encore moquée doucement aux dépens de ces Français ramollis qui parlent de "froid sibérien", dès que la température chute en dessous de 0°... Que la circulation reste bloquée dès 5 cm de neige!... A mon tour d'essuyer le ridicule... Où sont les hivers d'antan, mémorables, glacials qui duraient plusieurs mois?... En Hongrie, en Russie ou à Berlin?... Ils n'ont jamais "paralysé" personne, la vie suivait son cours, en attendant que ça passe... Me voici petite vieille frileuse qui a peur de son ombre, cloîtrée dans sa tanière.

Sous le coup de la neige et du froidSous le coup de la neige et du froid

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Première neige

3 Décembre 2023, 19:20pm

Publié par Flora bis

   Nous voici en décembre... Il gèle, cela  commence à ressembler à l'hiver!... La neige est tombée cet après-midi, pour fondre 1 heure plus tard mais à vrai dire, elle ne me manque pas. Désormais, je guette son arrivée avec anxiété car elle est devenue une difficulté de plus à mettre le nez dehors.  Sans parler du froid intense, avoisinant le 0°, tantôt en-dessous, parfois juste au dessus. Les vrais hivers font partie d'une autre vie, d'un monde révolu : celui de mon enfance et adolescence en Hongrie et de mes vingt ans en Russie... 

   Comment ai-je fait pour les supporter, ces hivers interminables qui duraient parfois six mois, avec -20°, -30°, avec la neige permanente, en couches successives gelées sur les trottoirs qu'en Russie, personne ne prenait la peine de balayer, de cendrer ou sabler... Devenus de vraies patinoires, ils nous offraient le spectacle des chutes incessantes, des babouchkas* emmitouflées de châles et de manteaux épais, et surtout avec des valenki* aux pieds, ces bottes en feutre faites en laine de mouton et qui vous préservent les pieds du froid et de l'humidité! (et sûrement plus antidérapantes que nos bottes en cuire!)... 

   Ici, non loin de la mer, les vrais hivers deviennent rares. Ainsi, nous, les ramollis de la civilisation développée, nous paniquons à la vue de 5 cm de neige. Et je ne parle pas du supplément d'angoisse causée par l'âge!...

 

babouchka Grand-mère, plus largement vieille femme

* valenki  bottes en feutre russes, faites avec de la laine de mouton

première neige

première neige

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Fatalités

13 Novembre 2023, 10:58am

Publié par Flora bis

   Parfois je me dis que pour savourer dignement un moment de bonheur, il faut passer par une tornade de désespoir. Ainsi, consumé par la déprime, noyé au fond de la piscine, nous pourrons donner au fond bétonné ou carrelé de la piscine, un ultime coup de pied qui nous propulsera à l'air libre!...

   Si cela devient pour moi une fatalité, c'est que j'ai très souvent vécu cette sensation. Quand j'attendais un événement avec la certitude du bonheur, sans méfiance, il était quasi indubitable qu'il allait m'échapper, que le destin allait me jouer un tour cruel et fatal. Ainsi j'avance désormais sans savourer une attente heureuse mais en évitant soigneusement toute bouffée de félicité imaginaire, en respirant en "apnée partielle"... Pour ne pas compromettre l'avènement de cette chose fragile, le bonheur qu'un souffle profond d'émotion pourrait effrayer et faire fuir.

   C'est ainsi que l'on apprend à ses dépens la vie en veilleuse, faite de méfiance devant les tornades des sentiments, les montagnes russes des émotions... On prolongera, certes, plus loin, plus longtemps cette vie devenue sage, minuscule qui avancera clopin-clopant, traînant ses charentaises, économisant ses forces, ses yeux, son ouïe  -  et son coeur qui ne connaîtra plus ni les tremblements, ni la saveur inimitable des émotions dévastatrices...

 

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Septembre bouillonnant

7 Septembre 2023, 13:32pm

Publié par Flora bis

   Je commence à me réacclimater à ma petite vie française, après l'intermède caniculaire en Hongrie. D'autant plus aisément que j'ai ramené avec moi le soleil ardu de là-bas : depuis mon retour, le thermomètre dépasse les 30° ici, tandis que là-bas il a baissé à 25° (de 39)...

   Le stress aussi est de retour. Je me rends compte que là-bas, la présence des enfants,  l'ambiance de légèreté où les seules dates à retenir étaient les moments de retrouvailles avec la famille ou les promenades improvisées, m'enlevaient la "charge mentale" qui, habituellement enserre mon existence. Sans répit. Mis à part les moments de lecture ou d'écriture où je m'installe à l'intérieur de ma bulle qui prend ainsi, peu à peu, l'aspect de la vraie vie...

   Le goûter, hier après-midi chez moi avec quelques amies, a été un moment de détente. Nous nous sommes réfugiées à l'intérieur de la maison, délaissant la terrasse et la chaleur étouffante de l'après-midi. Une petite coupe de champagne arrosait la rentrée, un gâteau fin au goût de fruit de la passion et une salade de fruits accompagnée de brioche rafraîchissaient la mémoire engourdie par la chaleur. Etant donné que nous sommes toutes des grand-mères fières et aimantes, les photos de vacances de nos petits-enfants circulaient gaiement! Sans omettre de sujets plus ou moins graves mais toujours sous le regard amical bienveillant.

 

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15 jours d'absence, soleil!

2 Septembre 2023, 11:41am

Publié par Flora bis

   Il semblerait que j'avais réussi à enfermer un peu du soleil hongrois dans ma petite valise cabine de l'avion qui m'a ramenée à Paris dans la nuit de 31 août au 1er septembre... Même la pluie s'est arrêtée à mon arrivée dans ma ville du Nord, laissant les flaques fraîches briller au soleil!

   25° ! C'était mon rêve, depuis les 15 jours de canicule implacable avoisinant (ou dépassant) les 40°, sans la moindre brise, chargée d'humidité, dans le sud-est de la Hongrie où les étés aussi éprouvants semblent devenir la règle... Cela m'a privée de beaucoup de sorties, de promenades rêvées, je restais calfeutrée dans des maisons ou voitures climatisées... Je dois me rendre compte, d'année en année, du temps qui s'enfuit. La jeune femme d'antan qui adorait la chaleur estivale laisse sa place à une petite vieille vulnérable aux rayons brûlants et attentive aux alertes rouges de la météo.

   Heureusement, il restait la raison principale pour laquelle je me suis obligée d'entreprendre ces périples: la rencontre avec les membres de ma famille hongroise, ma belle-soeur - veuve de mon frère (disparu il y a juste 20 ans, déjà!...) - mon neveu et ma nièce et leurs enfants... Sans parler de ces quinze de jours pleins de délices passés avec mon fils et sa famille, dans la maison ancestrale qui leur appartient désormais. Cela aide à oublier l'épreuve de la canicule!

   Plusieurs repas en famille nous ont réunis mais nous profitions de toutes les occasions  pour nous voir. Mon neveu habite à deux rues de notre maison, il en prend soin en notre absence (qu'il en soit remercié infiniment). En attendant leur visite en France qui nous permettra de reprendre la conversation, les souvenirs et les rires, exactement là où nous les avons suspendus à notre départ...

15 jours d'absence, soleil!15 jours d'absence, soleil!
15 jours d'absence, soleil!15 jours d'absence, soleil!
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Qu'ai-je en commun avec Lady Jane?

21 Juillet 2023, 12:30pm

Publié par Flora bis

    Une véritable obsession, celle de perdre mon temps, me tourmente (taraude, tenaille, tarabuste, turlupine, tracasse, torture etc  -  tiens, bizarrement tout me revient en "t"!...), m'empêche d'avoir l'esprit détendu et de profiter du soleil, écoutant mes envies. Mais en ai-je encore, vraiment?... Les temps ont bien changé.

   La mort de Jane Birkin a suscité une avalanche de réactions, bien plus que l'on n'aurait imaginé à propos de la disparition d'une chanteuse et actrice de son envergure. Sa vie, publique et privée  confondues, libre et inspirante s'est déroulée devant les yeux des spectateurs. Ce que la nostalgie ressuscite à travers sa figure est plus que l'artiste : c'est toute une époque qui semble avoir été un véritable âge d'or à nos yeux d'aujourd'hui. Comme d'habitude, le bonheur ne devient palpable que dans le rétroviseur. 

   "La ballade de Jane B. s'enracine évidemment dans tout ce qu'elle a incarné à ses débuts et continue à charrier dans nos imaginaires : la décontraction iconoclaste du Swinging London; un érotisme longiligne qui a renversé sur son passage les canons pulpeusement établis de la beauté; le couple scandaleux et passionné qu'elle a formé avec Serge Gainsbourg. Gainsbourg, dont sa voix toujours jeune et toujours au bord de se briser a si bien interprété les chansons." (éditorial de L'Obs du 20 juillet 2023, G. Leménager)

   Nous sommes à un an de près de la même génération. Tout le reste nous sépare. Elle, fille d'un Occident qui brise les carcans de la société engoncée dans la bien pensance conformiste de l'après-guerre, suivie de l'ère d'une consommation triomphante et abondante. Moi, je vis de l'autre côté du "rideau de fer", dix ans après la révolte d'octobre 1956 et son écrasement dans le sang, suivis de la consolidation du régime. Je suis étudiante à la fac et les échos lointains du Mai 68 et du Printemps de Prague nous arrivent, même filtrés par le pouvoir.

   Le régime est obligé de desserrer l'étau. Nous commençons à respirer un peu. Bien sûr, la censure  -  et même une certaine auto-censure  -  régnent, nous savons jusqu'où nous pouvons aller trop loin pour préserver les maigres mais précieux acquis. C'est ainsi que nous pouvons communier maintenant dans la (presque) même nostalgie de cet "âge d'or" si court qu'était notre jeunesse partagée...

Qu'ai-je en commun avec Lady Jane?Qu'ai-je en commun avec Lady Jane?

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Une pile rouge

23 Avril 2023, 12:06pm

Publié par Flora bis

      Depuis samedi midi, une pile rouge attend sur ma table, une trentaine de bouquins de taille moyenne, plutôt minces. J'y jette un coup d'oeil rapide en passant, sans m'attarder, je les effleure au plus, sans les ouvrir. Une foule de sentiments contradictoires m'envahit. J'ai du mal à les canaliser, trier, décortiquer.

   Ce sont mes premiers livres. J'ai attendu leur livraison avec une certaine impatience. Cela semble toujours très long, peut-être pour estomper la fébrilité et prolonger le plaisir, apaisé, semblable à la naissance d'un enfant.

   Pendant longtemps, l'écriture ne faisait pas partie de mes quêtes, de mes douces obsessions. C'était le terrain de jeu naturel de Gilbert, un jeu de vie ou de mort, devenu peu à peu celui de la survie à une mort de plus en plus menaçante. Implacable, annoncée, certaine. Que l'on maintient à distance à l'aide des mots. J'ai été étroitement associée à ces sortilèges magiques et désespérés.

   Mes infinis questionnements ont débuté après sa mort, avec son urne et la petite boîte secrète contenant un peu de cendre quémandée pour moi, les deux si chaudes encore dans mes mains. Comment déchiffrer le grand mystère qui s'est joué sous mes yeux?... Les mots affluaient, comme un torrent libéré et commençaient à remplir des cahiers à spirale, des pages virtuelles des ordinateurs. Essentiellement en français, ma langue d'adoption. Gilbert s'ennuyait-il dans l'au-delà, coupé des mots, voulait-il prolonger l'acte d'écrire en me tenant la main?... Mon esprit cartésien résiste. Il m'a peut-être simplement autorisée à reprendre l'écriture que j'avais abandonnée à 17 ans, sous l'effet d'une phrase critique de mon professeur préféré. Cette pile rouge serait-elle enfin le symbole de ma légitimité dont la quête remonte, peut-être bien, encore plus loin?... 

 

Editions Le texte et la parole, 2023

 

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