Marilyn, un fantasme incarné
Je regarde en rafale 750 photos de Marilyn Monroe. Toujours le même sourire à pleines dents d'une blancheur aveuglante, irréprochables, entre les lèvres écarlates. Une blondeur peroxydée faisant disparaître la fille quelconque d'origine qui avait une telle envie de revanche sur le mauvais sort... Toujours la même cambrure mise en évidence, accentuée, offerte. Tout comme le décolleté généreux dont on se demande les astuces, tant la poitrine semble menue sur les photos de nu. Des yeux de biche lourdement soulignés de noir, rieurs et parfois perdus... Marilyn joue la séductrice avec l'objectif aussi. Tout cela semble tellement calculé et pourtant, les hommes tombent invariablement dans le panneau, même 50 ans après sa mort.
Je me souviens avoir risqué quelques remarques critiques devant des amis, dans mon innocence dictée par l'objectivité. Son point faible, indéniablement, ce sont ses jambes. Les genoux disgracieux, les jambes à l'avenant. Un petit bourrelet au ventre qui serait impitoyablement gommé par les "photoshop" de nos jours... mais que je trouve presque attendrissant: cela la rend humaine. Le bout de son nez serait aussi corrigé: ce petit empâtement retroussé serait effacé selon les canons du moment...
J'ai essuyé une volée de bois vert: "Tu es tout simplement jalouse comme toutes les bonnes femmes!" Les hommes seraient-ils dépourvus d'un minimum d'objectivité? En quoi Marilyn incarne-t-elle cette quintessence de la féminité qui les rendrait aveugles? Et qui a fait dire à l'austère Arthur Miller, un de ses maris, cette phrase d'un vocabulaire étonnement réduit de la part d'un grand écrivain: "Elle était tout à fait femme, la femme la plus fémininement femme du monde."
Oui, je pense que ses admirateurs masculins ne cherchent pas l'objectivité. Le fantasme n'a pas envie d'être dégrisé, le regard embué d'admiration a horreur d'être dessillé. Marilyn reste tour à tour provocante, leur donnant une pulsion obscure de se jeter sur elle, ou bien petite fille perdue éveillant l'instinct protecteur du mâle...
J'observe le rire éclatant, les poses provocantes. J'ai envie de la voir au saut du lit, sans maquillage, le regard vrai, sans le calcul de son effet. Il n'y a pas une seule photo de ce genre ou elle a été détruite. Marilyn est morte avant ses 40 ans, elle ne sera jamais vieille...