De l'art contemporain...
Il y a quelques jours, je suis tombée sur l'intervention d'André Comte Sponville au Salon de l'Art contemporain de 2009. D'entrée, il remet en cause l'appellation même: autrefois, on disait "beaux-arts". Fallait-il effacer la beauté? Pourquoi les galeries (= le commerce, la spéculation) ont-ils instauré leur diktat au détriment des critiques d'art? Comte Sponville affirme que, contrairement aux sciences, la notion du progrès relève du non-sens dans le domaine des arts. Un artiste n'est pas plus avancé dans la hiérarchie des valeurs simplement parce qu'il est né quelques siècles plus tard. Ainsi, Leonardo da Vinci reste un génie et Daniel Buren est nul, même s'il est plus "moderne".
Parfois, cela fait du bien d'entendre des propos iconoclastes. Depuis les critiques virulentes contre les impressionnistes, nous sommes tous devenus très prudents avant de descendre en flamme une oeuvre qui, à nos yeux, frise le simple ridicule, la supercherie ou la provocation... Qui ose affirmer à haute voix: "L'empereur est nu ! "?...
Cependant, je serais beaucoup plus réservée à balayer tout l'art moderne d'un revers de main. Si la chronologie n'établit pas une hiérarchie de valeurs, elle influe sur le mode d'expression. Il est difficilement imaginable de peindre ou sculpter au 21e siècle de la même façon qu'au 15e. L'art se nourrit de son époque, de la sensibilité de celle-ci. De nos jours, les bouleversements surviennent avec une rapidité et une radicalité inouïes: ce qui aurait mis auparavant un siècle à arriver, passe avec fulgurance en une décennie à peine. Pour moi, l'art moderne reflète cet état d'esprit déstabilisé en permanence de notre époque, en recherche perpétuelle de repères...
L'ennui est que dans le brouhaha des affrontements entre "réactionnaires" et "modernes", le simple quidam qui aimerait comprendre, trouve relativement peu d'arguments concernant les critères qui permettraient de juger la qualité d'une oeuvre. Le goût seul ne suffit pas. Je peux reconnaître la valeur d'un artiste qui ne m'est pas proche. (Par contre, il est improbable qu'un autre me plaise alors que je le jugerais mauvais...) Derrière le succès, on soupçonne les spéculations des galeries omnipotentes, faiseuses et défaiseuses de génies plus ou moins éphémères, et beaucoup de snobisme des acheteurs. (Respect à l'exception!) Ne boudons pas notre sensibilité. Pour moi, l'art est éminemment sensuel: en premier lieu, il doit s'adresser à mes sens et non pas à mes capacités de "conceptualiser" la démarche tortilleuse de l'artiste. Plus une oeuvre nécessite de liasses de feuilles d'explication, plus elle me fait fuir!