Le blog de Flora

reflexions,

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Bonheur, iceberg et prix à payer

9 Août 2023, 16:54pm

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Publié par Flora bis

   Mercredi matin, 9 heures. Je n'en crois pas mes yeux! Le jardin baigne dans la lumière mais quelques flaques sur la table rouge de la terrasse témoignent d'une averse fugace. Je lancerai une lessive, elle séchera peut-être... Prévenir le plombier, appeler l'ophtalmologue, passer chez le coiffeur et à la pharmacie, organiser les menus et les courses pour l'arrivée des enfants, récupérer les petites (qui sont de moins en moins "petites"!), faire un crochet chez mon amie pour lui rapporter le sac à provisions oublié dans ma voiture : voici pêle-mêle mon programme jusqu'à mardi prochain. C'est la partie visible de l'iceberg, je tairai les annexes indispensables ou imprévisibles. Je sens le stress monter et pour essayer de le combattre, je ne trouve rien de mieux que de me réfugier devant mon clavier...

   L'autre jour, une amie m'a posé la question qui ne cesse de revenir me hanter : "est-il indispensable que nous passions par la souffrance pour apprécier enfin le bonheur?" Sur le coup  -  et au volant de la voiture  -  j'ai dit oui, après une brève réflexion. J'y repense depuis, je tourne la question dans tous les sens. J'essaie d'imaginer une vie sans nuages, ou inversement, pleine de souffrances, allant jusqu'au cas de ceux dont on dit que, décidément, ils ont tiré le mauvais numéro en venant au monde. 

   La souffrance est-elle un test pour éprouver la résistance, le courage des candidats au bonheur? Est-elle une leçon pour punir ceux qui n'ont pas apprécié leur chance à sa juste valeur, la gaspillant? Ceux qui n'ont pas cru en eux ou inversement, se sont laissé aveugler par leur bonne étoile? Ou alors, s'agit-il des candidats qui, réellement et tout simplement, ont tiré le mauvais numéro?... 

   Qu'en est-il du mot le plus important de la question : "indispensable"...? Je ne suis pas certaine qu'une vie sans nuage existe, ou alors, elle est extrêmement rare. La plupart du temps, notre vie est un jeu d'ombre et de lumière, à proportions changeantes. Les deux sont  complémentaires, elles n'existent pas l'une sans l'autre, elles se mettent en valeur mutuellement. En passant par la souffrance, non seulement nous éprouvons notre force, notre capacité de résistance et de résilience mais le goût du bonheur nous semblera infiniment plus doux. 

(illustration: photo du Net)

Bonheur, iceberg et prix à payer

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Un plat de lentilles...

27 Juillet 2023, 16:49pm

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Publié par Flora bis

   Le ciel gris, le doux tapotement de la pluie sur la terrasse et les 18° au thermomètre nous invitent à la réflexion ou à la rêverie... Pas mieux. Devant l'écran  -  ou la vaisselle qui attend depuis hier soir dans l'évier (j'ai beau laisser leur chance aux petits Schtroumpfs invisibles pour la faire disparaître pendant la nuit, peine perdue!)... Quelle motivation trouver pour faire bouger son corps, le décoller du fauteuil? De l'écran surtout qui, mirage addictif et consolant, apporte un peu de dynamique, un peu d'amitié virtuelle dans la grisaille du quotidien? Je suis injuste. Ma voisine vient de m'apporter une assiettée de lentilles fraîchement cuites et assaisonnées! Deviendrai-je au moins riche (grâce aux lentilles), avec mon spleen sous la pluie?... Mais non, j'aurai une villa dans quelque paradis de riches, forcément ensoleillé, avec le personnel qui ôtera tous les soucis de mes épaules, puisqu'il sera payé pour cela. 

    Il n'y a que deux ou trois bricoles que ma fortune hypothétique (grâce aux lentilles) ne pourra  point compenser : ma jeunesse enfuie, ma santé flageolante et et mon optimisme jadis solaire...

L'oiseau de la céramiste Andrea Vertel s'est réfugié sur la terrasse mouillée

 

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Qu'ai-je en commun avec Lady Jane?

21 Juillet 2023, 12:30pm

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Publié par Flora bis

    Une véritable obsession, celle de perdre mon temps, me tourmente (taraude, tenaille, tarabuste, turlupine, tracasse, torture etc  -  tiens, bizarrement tout me revient en "t"!...), m'empêche d'avoir l'esprit détendu et de profiter du soleil, écoutant mes envies. Mais en ai-je encore, vraiment?... Les temps ont bien changé.

   La mort de Jane Birkin a suscité une avalanche de réactions, bien plus que l'on n'aurait imaginé à propos de la disparition d'une chanteuse et actrice de son envergure. Sa vie, publique et privée  confondues, libre et inspirante s'est déroulée devant les yeux des spectateurs. Ce que la nostalgie ressuscite à travers sa figure est plus que l'artiste : c'est toute une époque qui semble avoir été un véritable âge d'or à nos yeux d'aujourd'hui. Comme d'habitude, le bonheur ne devient palpable que dans le rétroviseur. 

   "La ballade de Jane B. s'enracine évidemment dans tout ce qu'elle a incarné à ses débuts et continue à charrier dans nos imaginaires : la décontraction iconoclaste du Swinging London; un érotisme longiligne qui a renversé sur son passage les canons pulpeusement établis de la beauté; le couple scandaleux et passionné qu'elle a formé avec Serge Gainsbourg. Gainsbourg, dont sa voix toujours jeune et toujours au bord de se briser a si bien interprété les chansons." (éditorial de L'Obs du 20 juillet 2023, G. Leménager)

   Nous sommes à un an de près de la même génération. Tout le reste nous sépare. Elle, fille d'un Occident qui brise les carcans de la société engoncée dans la bien pensance conformiste de l'après-guerre, suivie de l'ère d'une consommation triomphante et abondante. Moi, je vis de l'autre côté du "rideau de fer", dix ans après la révolte d'octobre 1956 et son écrasement dans le sang, suivis de la consolidation du régime. Je suis étudiante à la fac et les échos lointains du Mai 68 et du Printemps de Prague nous arrivent, même filtrés par le pouvoir.

   Le régime est obligé de desserrer l'étau. Nous commençons à respirer un peu. Bien sûr, la censure  -  et même une certaine auto-censure  -  régnent, nous savons jusqu'où nous pouvons aller trop loin pour préserver les maigres mais précieux acquis. C'est ainsi que nous pouvons communier maintenant dans la (presque) même nostalgie de cet "âge d'or" si court qu'était notre jeunesse partagée...

Qu'ai-je en commun avec Lady Jane?Qu'ai-je en commun avec Lady Jane?

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La toile de notre vie

30 Juin 2023, 12:35pm

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Publié par Flora bis

   Il ne reste plus qu'un jour de ce mois de juin si chaud, dans le sens propre et figuré. Je me prépare à un été plutôt solitaire que je redoute, tout en ayant envie de m'immerger dans un sentiment de quiétude (que j'imagine mais qui ne se réalise jamais). 

   Dans une semaine, ce blog atteindra son quinzième anniversaire... De nos jours, cela semble presque canonique pour un genre qui se fait dépasser allègrement par de nouvelles modes de communication, tendant vers encore plus de narcissisme, plus d'images et moins de mots... Moi, j'en ai besoin, sans doute bien plus que mes rares mais d'autant plus précieux lecteurs. Il m'offre la discipline de m'exprimer dans ma langue d'adoption, un exercice régulier de faire le point, de plonger dans la mémoire, d'échafauder une réflexion qui permet de laisser une trace éphémère, encore plus fragile qu'un journal de bord en papier. Une trace pour qui? Avant tout, pour moi-même. J'ai bien retenu le choc et le regret d'une prise de conscience soudaine au début de ma solitude: quel avait été le tissu de mon quotidien AVANT, ces événements "sans importance" qui constituaient pourtant l'essentiel de mon histoire? J'avais bien des souvenirs aigus des moments saillants, heureux ou tragiques, mais une somme de décennies entières était tombée dans les oubliettes!... Je me souviens des époques mouvementées, des voyages, des souffrances et des joies, chaque étape ayant une couleur différente. Ce sont pourtant des aplats presque invisibles qui constituent la couleur de fond de notre vie, celle qui s'efface avec humilité devant les pigments éclatants des figures et des volumes des émotions dominant la toile...

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Fort Mahon Plage, 2012


 

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La nostalgie des étés bleus

15 Juin 2023, 10:19am

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Publié par Flora bis

   J'en ai marre de cet état de mollesse à regarder défiler les jours torrides, incapable de bouger, avachie derrière les volets clos, tandis que la vie s'échappe vers le large. Préserver ma petite existence devenue fragile, surveiller température et hydratation. Mon impuissance m'enserre, je suis prise au piège d'algues invisibles et visqueuses...

    De plus, j'en ai rêvé, de ces jours clairs, sous le soleil immobile, des lessives qui sèchent en une heure, sans avoir besoin de les programmer tout en scrutant le ciel d'un oeil inquiet. Des heures alanguies sur la terrasse, petite brise sous le parasol... A la place? Le point le plus chaud de France: Lille plus torride que Perpignan! Le jardin suffoque de la chaleur et du MANQUE d'EAU ! Un monde, décidément, à l'envers.

   Cette posture de "jamais contente" me gêne et j'entends déjà les reproches: "Faudrait savoir!" Printemps, étés dans la goutte froide, sous un ciel toujours maussade à regarder le défilé des nuages lourds de pluie  -  ou les canicules de plus en plus précoces et de plus en plus prolongées durant tout l'été... Faut-il tomber dans les extrêmes? Au fond, ce dont j'ai l'envie et la nostalgie, ce sont les étés bleus, chaudement équilibrés de mon enfance et adolescence, tapis quelque part dans mon ADN... Et la jeunesse avec.

La nostalgie des étés bleusLa nostalgie des étés bleus

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Semaine très riche

31 Mars 2023, 13:20pm

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Publié par Flora bis

   Peut-on se sentir comme un puzzle de 5000 pièces terminé avec soin, pendant des heures innombrables de travail  -  et que l'on secoue soudain pour qu'il se retrouve en morceaux?... C'est l'effet que je me fais.

   Quelle semaine pour ma petite vie frileuse mais somme toute confortable  -  en temps normal! Une chaudière en panne juste pendant les jours et les nuits les plus froids du mois, sans chaleur et sans eau chaude... On s'habitue vite à ces éléments indispensables de notre vie qui deviennent invisibles. Comme l'air que l'on respire: on ne prend conscience de son existence que lorsqu'il vient à manquer... 

   Deux rendez-vous chez le dentiste, quatre réunions et deux sorties culturelles, sans compter les courses pour la nourriture: n'en jetez plus! Heureusement que c'est une semaine exceptionnelle! Je m'étais habituée à ma petite vie étriquée qui se contentait d'une ou deux événements hebdomadaires de la sorte. Ils suffisaient à mon bonheur qui, le reste du temps se réfugiait dans un monde virtuel que je côtoie ou que je crée...

   Ce matin, je suis "en vrac" comme ledit puzzle et la semaine est loin d'être finie. La chaudière est réparée, c'est essentiel. Une des réunions, hier soir à Lille, a été particulièrement enrichissante, aussi bien mentalement qu'émotionnellement. Nous sommes pourtant arrivées en retard, épuisées par les bouchons tout à fait mémorables à l'entrée de la ville et même dans les petites rues pavées du Vieux Lille, sous les bourrasques et des giboulées. L'ambiance et le sujet de la réunion ont agi sur notre épuisement comme un baume apaisant. Le repas qui suivait a déclenché des conversations très intéressantes et stimulantes, à bâtons rompus jusqu'à minuit passé. J'ai presque oublié ma grosse fatigue...

 

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Printemps au crépuscule...

18 Mars 2023, 20:28pm

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Publié par Flora bis

   Le soleil reprend des forces. Nous l'attendons avec avidité, après la longue saison d'hibernation mi-figue, mi-raisin, ciel de plomb, grisaille et humidité sans fin. Pour faire patienter mon ardeur, la pousser vers la mesure et la nuance, je ressuscite dans la mémoire les jours suffocants de la canicule des derniers étés où je ne profitais guère des bienfaits du soleil, fuyant les rayons mortifères, la plus grande partie de la journée... C'en est-il fini pour toujours avec le souvenir de nos étés tempérés d'antan, avec les bains de soleil en maillots de bain et le léger halo chocolat au lait sur la peau?...

   Comment vivre la période actuelle  -  et les autres  -  trouble de la vie politique et sociale du pays quand on a 75 ans?...  Je suis à peu près sûre que je ne battrai plus les pavés : je suis contente si je peux encore faire mes courses alimentaires sur mes jambes, parmi les gens. Il est bien connu que les vieux sont frileux, repliés sur leurs plates-bandes de plus en plus rabougries, laissant la bagarre aux forces vives. Cela ne veut pas dire qu'ils s'en désintéressent mais le font par procuration.

   Certes, ils préféreraient vieillir en paix, jouissant des beautés grandes ou minuscules de la vie, du moins de leur observation, de près mais plus souvent de loin... Plutôt dans leurs souvenirs. Si possible, chassant les réminiscences douloureuses car ils fuient la souffrance... A quoi bon réveiller ce fantôme sournois et tenace tapi au fond de la mémoire pour mieux attaquer le rêveur imprudent?...  Le laissant ensuite dévasté et anéanti, parmi les fragments violents du souvenir.

Rodin, "Hiver"

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Cri du coeur de la majorité invisible

10 Mars 2023, 12:21pm

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Publié par Flora bis

    Il m'arrive de gamberger sur le premier hasard (la course folle des spermatozoïdes vers le but) qui a décidé de mon sort d'être née femme et de partager ce destin particulier. Contrairement à notre époque bouleversée qui remet tant en question les identités, la mienne m'a toujours été familière dans laquelle je me glissais avec plaisir et sans la moindre frustration. Cette identité me semblait séduisante et avantageuse à certains égards : pas de service militaire ni de bagarres violentes, les tâches les plus lourdes épargnées pour mon frêle physique. Et puis, il nous reste les études où les filles  -  c'est bien connu  -  occupent le terrain pendant longtemps. Pour l'équité, l'idéal est loin d'être atteint.

   Je suis pour l'égalité mais pas pour l'uniformité. J'observe avec une certaine perplexité antédiluvienne l'effacement de la différence entre hommes et femmes, dont certains stylistes font leurs choux gras, jusqu'à dégrader l'image des mannequins, filles ou garçons, pour satisfaire leurs fantasmes... Au nom de la liberté de création. Pour, soi-disant exprimer leur ressenti concernant notre époque (ET dans dans la lutte sans merci d'attirer l'attention...). Après tout, les filles se sont depuis longtemps approprié les accessoires du vestiaire masculin, c'est  le tour des hommes de s'habiller en femmes, pour pulvériser l'image du macho dominant. Certes. Mais les ressentis ainsi épinglés et imposés dans la lumière  ne sont pas  -  heureusement!  -  partagés par l'écrasante majorité. Suis-je pour autant une épouvantable réactionnaire?...

   Aujourd'hui, dans le narcissisme ambiant, nourri par le rouleau compresseur des réseaux sociaux, la normalité n'a pas bonne presse. On ne veut surtout pas fondre dans la masse (dite grise) des "invisibles". On grimace, se tortille, se déshabille, assène ses vérités, ses sagesses creuses, ses provocations devant sa petite caméra, les lâchant sur le Net pour exister un court instant. Du moins, s'en donner l'illusion.

 

   

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Dialogue intime

19 Février 2023, 14:45pm

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Publié par Flora bis

Aucun dessin n'est irréprochable. Je parle, bien sûr, essentiellement des miens! Leurs imperfections font partie de mes faiblesses.

A moins que Leonardo et quelques autres de mes idoles n'aient réussi l'exploit de la perfection. D'autres ont "tordu" les règles académiques, afin d'exprimer leur vision du monde alentour. Un tableau de Modigliani, avec ses inspirations de masques africaines, avec les orbites vides qui enferment le regard à l'intérieur, pour mieux s'offrir, peut-être, à celui du spectateur... Qui sait? Une oeuvre échappe nécessairement à son créateur pour que le spectateur puisse ressentir librement ce qu'elle lui offre. Par un dialogue muet, mystérieux et secret.

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Escapade brève dans le passé

11 Février 2023, 13:07pm

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Publié par Flora bis

   Tant de fois je m'installe, je me réfugie dans ma bulle devant mon ordinateur, à la recherche du réconfort, de la consolation que seule l'envie lancinante d'écrire peut m'offrir. Ressusciter les souvenirs du passé ou de humer les plaisirs (rares) et les tracas (plus courants) du présent. Plonger dans la "nostalgie d'un ravissement", avec les mots de Yasmina Reza qui qualifie ainsi l'écriture. Définition qui me convient parfaitement. 

   Le passé, pour moi, ne représente pas seulement un refuge, ni un désintéressement stérile du présent mais une mine de grâces pour mieux comprendre ce dernier. Egrainer le chapelet des générations précédentes, les images des fantômes familiers, j'en ai constamment besoin pour vivre pleinement le présent. Questionner le socle sur lequel ma vie s'appuie. 

   J'ai eu de la chance de connaître mes quatre grands-parents, de vivre avec eux, d'être bercée, nourrie de leurs histoires qu'ils racontaient avec le talent des conteurs d'autrefois. Les grands-pères seulement. La première guerre mondiale a fait d'eux de grands voyageurs : le front russe, la captivité dans une ferme du Caucase pour l'un, dans une usine sucrière en Crimée pour l'autre. Je les écoutais jusqu'à plus soif, en projetant sur l'écran blanc de mon imaginaire les images suscitées par leurs mots, leurs expressions, mon cinéma sur les murs chaulés de la maison.

   Mes grands-mères ont gardé leurs histoires profondément enfouies en elles. Cela reste mon éternel regret : je ne sais presque rien de leur jeunesse. Les rares photos les montrent fières et belles. J'aimerais connaître leurs rêves  -  en ont-elles seulement eu? Et les tourments de leur vie amoureuse?...  Je les ai toujours connues vieilles, ridées à l'ombre des foulards immanquables. Ensevelie aussi l'envie de raconter. On disait à l'époque : "La femme s'appelle "Tais-toi"...

Escapade brève dans le passéEscapade brève dans le passé
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