Le blog de Flora

reflexions,

Entre discipline et nécessité

22 Novembre 2023, 16:23pm

Publié par Flora bis

   J'ouvre mon blog tous les matins, la tasse de café à la main.

   Juste avant, je remonte les volets de la cuisine pour découvrir le jardin du jour, mon indicateur météo. Aujourd'hui, une mince  promesse de soleil, après des semaines de pluie. Mon érable du Japon est en train de se dénuder, le tapis rouge à son pied devient de plus en plus épais.

   Mon blog a 15 ans d'existence. J'y écris un article par semaine ou tous les dix jours. D'une part, c'est une discipline que je m'impose comme les danseurs rejoignent la barre. Un exercice d'écriture, pour me frotter à ma langue d'adoption qui exige des tentatives assidues de séduction de la part de l'audacieux qui souhaite la soumettre. Pour tester mes capacités de partager mes réflexions, mes émotions, pour fixer les événements du présent et parfois, du passé. Mais ce n'est pas qu'une discipline  -  et je connais le danger de l'éparpillement qui me guette  -  c'est aussi une nécessité, éprouvée à l'arrivée de la solitude dans ma vie avec la mort de G. "J'écris un journal intime pour lutter contre l'oubli, offrir un supplétif à la mémoire. (...) Le journal intime, opération commando contre l'absurde. J'archive les heures qui passent..." Les phrases de Sylvain Tesson (in "Dans les forêts de Sibérie") n'ont fait que confirmer ce que je ressentais depuis des années. Ces cahiers remplis, ces pages de blogs sont des dialogues intimes avec ma vie, comme des preuves palpables de sa réalité.

Cependant, cette réalité existe-t-elle vraiment ou n'est-elle qu'un mirage, traces éphémères laissées sur le sable mouvant de la mémoire?...

 

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Fatalités

13 Novembre 2023, 10:58am

Publié par Flora bis

   Parfois je me dis que pour savourer dignement un moment de bonheur, il faut passer par une tornade de désespoir. Ainsi, consumé par la déprime, noyé au fond de la piscine, nous pourrons donner au fond bétonné ou carrelé de la piscine, un ultime coup de pied qui nous propulsera à l'air libre!...

   Si cela devient pour moi une fatalité, c'est que j'ai très souvent vécu cette sensation. Quand j'attendais un événement avec la certitude du bonheur, sans méfiance, il était quasi indubitable qu'il allait m'échapper, que le destin allait me jouer un tour cruel et fatal. Ainsi j'avance désormais sans savourer une attente heureuse mais en évitant soigneusement toute bouffée de félicité imaginaire, en respirant en "apnée partielle"... Pour ne pas compromettre l'avènement de cette chose fragile, le bonheur qu'un souffle profond d'émotion pourrait effrayer et faire fuir.

   C'est ainsi que l'on apprend à ses dépens la vie en veilleuse, faite de méfiance devant les tornades des sentiments, les montagnes russes des émotions... On prolongera, certes, plus loin, plus longtemps cette vie devenue sage, minuscule qui avancera clopin-clopant, traînant ses charentaises, économisant ses forces, ses yeux, son ouïe  -  et son coeur qui ne connaîtra plus ni les tremblements, ni la saveur inimitable des émotions dévastatrices...

 

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Entre vivants et morts, le no man's land...

1 Novembre 2023, 11:19am

Publié par Flora bis

   Le cimetière est chargé de chrysanthèmes de toutes les couleurs, en tenue festive : c'est jour de Fête pour les morts, celle leur accordée par les vivants en sursis qui se souviennent, se rachetant ainsi un supplément de vie... 

   Mon pot de chrysanthème pompon jaune attend sagement que je le dépose près de la petite plaque de marbre qui scelle la sépulture de Gilbert. 17 ans déjà qu'il a droit à son pot de fleurs, lui qui leur accordait si peu d'intérêt... Je me demande si seulement il avait franchi le seuil d'un fleuriste. L'essentiel était ailleurs.

   Il n'allait pas non plus aux cimetières, pour la même raison. Jusqu'à quelques mois environ de sa mort. Déjà très affaibli, une marche quasi quotidienne l'y conduisait "pour choisir le lieu où on pourrait le retrouver si on voulait." Depuis ce moment-là, j'essaie de déchiffrer cette phrase gravée dans ma mémoire. 

   Ni l'un, ni l'autre, nous ne croyions en un au-delà après la mort. Je sais que sous la plaque irisée "Galaxie", il n'y a que l'urne avec l'improbable poignée de cendres, avec très peu de lui. Je n'ai pas besoin de m'y rendre pour qu'il soit présent dans mes pensées, très souvent comme une référence permanente. Un refuge ou une prison...

   Et pourtant, une ou deux fois par an, lorsque je me recueille devant la plaque de marbre, je ressens comme une invitation à lâcher prise. Chose que j'ai du mal à faire dans tous les domaines. Ce serait comme me débarrasser d'une armure qui me protège en toute circonstance. Cette invitation est si puissante que j'ai du mal à y résister. Elle est faite d'une foule de souvenirs envahissants et contrastés, d'une pensée si forte de communion que je dois m'accrocher pour rester au bord du précipice...

(dessin: R. T. 1998, plume, encre de Chine)

 

 

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Il passe, cahin-caha...

26 Octobre 2023, 12:37pm

Publié par Flora bis

    Bientôt la fin du mois! Je constate la vitesse affolante du temps. Cette chose invisible, insaisissable que nous imaginons tour à tour comme un flot, une vague déferlante, un ruisseau paisible et sage... Toujours en mouvement. Rarement immobile, tel un lac endormi... Le temps PASSE, nous laissant ses stigmates peu gratifiants qui s'empilent (sauf intervention, rarement invisible, des doigts de fée d'un chirurgien). Des changements lents et sournois s'opèrent et nous les appelons "maturité" ou "sagesse", afin de ne pas mourir de désespoir.

    Je stresse à l'idée de manquer un rendez-vous important, d'oublier un engagement, un événement crucial. Je me les rappelle, je les énumère dans ma tête régulièrement, telle une liste des courses hebdomadaires. A quoi servent les post-its de toutes les couleurs, les agendas en papier ou dématérialisés, démultipliés, si on ne les regarde pas?...  Le quotidien est rempli de ces tâches fastidieuses. De nos jours, on les appelle "charge mentale". Epuisante. 

 

la digue qui longe la rivière près de mon lieu de naissance

la digue qui longe la rivière près de mon lieu de naissance

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Anniversaire, encore un de passé

14 Octobre 2023, 12:09pm

Publié par Flora bis

Le soleil est de retour!

Les deux jours précédents ont été recouverts de nuages gris, épais, dispensant des gouttelettes fines et assidues que le jardin a bues avec avidité. Juste pour mon anniversaire. Cela correspondait, d'ailleurs, à mon humeur maussade du moment que je compare et baptise habituellement de "chewing-gum collé à la semelle", tellement elle est tenace...

Dans ces conditions, pas la peine de sortir pour chercher le cadeau d'anniversaire que je m'offre traditionnellement de la part de Gilbert. Je m'efforce à me convaincre que ce sera un jour comme les autres, en plus gris. Et qu'après tout, le jardin a besoin d'eau...

Depuis la veille, les messages, coups de fil pleuvent pour me souhaiter bon anniversaire. Je réponds à chacun , je n'arrive pas à me résoudre à un "merci" en vrac, car pendant les quelques minutes qu'ils ont consacrées à m'écrire ou à téléphoner, ils ont pensé à moi. J'en suis sincèrement reconnaissante, peu importe si c'est le Facebook qui leur a rappelé la date. Ils m'ont fait cadeau de ces quelques minutes de leur temps. Ils n'étaient nullement obligés. Cela fait longtemps que j'ai trouvé la méthode super efficace pour ne jamais être déçue : être dans la totale gratuité des gestes, n'attendant jamais de retour. Ainsi, je n'ai que de bonnes surprises!

J'aime aussi les réunions improvisées, ce sont souvent les plus réussies. Trois de mes amis m'ont téléphoné pour proposer de passer pour l'occasion. J'ai eu l'idée de les regrouper, par surprise pour eux : ils ne se voient pas souvent, étant très occupés, chacun de son côté. J'ai acheté vite une tarte, garnie d'une bouteille de champagne et j'ai savouré d'avance la surprise qu'ils auraient de se retrouver. Cela n'a pas manqué! Nous avons passé presque 3 heures délicieuses à discuter tambour battant d'une avalanche de sujets passionnants! En oubliant un seul : nos RDV médicaux et l'état de nos articulations!

Anniversaire, encore un de passé

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Prix Nobel comme s'il en pleuvait...

5 Octobre 2023, 20:35pm

Publié par Flora bis

   C'est la saison des Prix Nobel. Suis-je chauvine sur les bords si je me réjouis particulièrement des deux prix suprêmes (en médecine et en physique) obtenus tour à tour par Katalin Karikó et Ferenc Krausz, deux chercheurs hongrois qui ont vu aboutir leurs travaux aux Etats Unis et en Allemagne.

   Hier matin, je suis passée à la pharmacie proche où j'ai l'habitude de faire mes provisions. Je me suis fait vacciner pour la sixième fois en trois ans contre le Covid. A chaque piqûre, j'ai une pensée émue et fière pour Katalin Karikó. Son prix Nobel (avec D. Weissman) m'a fait très plaisir. J'essaie d'imaginer ce qu'elle peut ressentir après des décennies de travail passionné, acharné, semé d'embûches. Sans jamais se décourager. Pourquoi ses compatriotes actuels (d'Amérique) et de jadis (de Hongrie) normalement constitués éprouvent-ils de la fierté à l'annonce de la nouvelle? Parce qu'ils se sentent, eux aussi, gratifiés par la gloire dont quelques parcelles pourraient rejaillir sur eux. (Tiens, je me sens fière même du fait d'avoir fait mes études dans la même université qu'elle, une bonne dizaine d'années plus tôt!)

   J'aimerais posséder ne serait-ce que des miettes de sa foi et de sa volonté inébranlable à poursuivre son intuition. Y tenir coûte que coûte! J'admire les gens capables de garder le cap, en dépit des obstacles que l'on dresse devant eux, persuadés de la valeur et de la légitimité de leur but. Capables de surmonter les échecs, avec une confiance à toute épreuve en leurs capacités.  Une confiance qui les propulse en avant, au lieu de laisser leurs énergies créatrices ronger par le doute... Je les regarde, éperdue d'admiration  -  et paralysée de pusillanimité...

   

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Arrière-saison

26 Septembre 2023, 11:38am

Publié par Flora bis

   Le soleil commence par éclairer le jardin avec parcimonie, seulement le haut des murs en briques, laissant dans l'ombre gorgée de rosée les herbes folles et les pieds des rosiers. Nous sommes au début de l'automne. Les platanes sont encore d'un vert trompeur mais d'ici un mois, ils seront dénudés et leurs feuilles emportées jusqu'à ma terrasse par le vent embrumé du nord...

   C'est en ces moments-là que je voudrais retenir la douceur de l'air sous les rayons pâlissants du soleil : c'est "ma saison", celle de mon anniversaire bientôt. On l'appelle aussi "la saison des vieilles", selon l'expression hongroise ("vénasszonyok nyara" = "été des vieilles") que le politiquement correct essaie de dépouiller de sa saveur en rebaptisant "été indien"... C'est tenter de dissimuler une simple vérité derrière le dos des braves indiens qui n'auraient pas d'âge, alors que vieillir est en fin de compte une petite victoire : cela veut dire "ne pas mourir jeune"!

   Comme on se résigne à l'immuable ordre des choses... Bien sûr que ce n'est pas seulement une victoire sur les épreuves traversées. C'est aussi la perte progressive de la beauté, de l'énergie de la jeunesse triomphante que l'on essaie d'oublier en le nommant "maturité"... Puis, on devient tellement "mûr" que l'on finit par tomber de sa branche.  

   C'est un cycle, disent certains qui veulent nous éviter la déprime. Un cycle?  Selon le Robert, c'est "une suite de phénomènes se renouvelant selon un ordre immuable". Cela signifierait revenir à son point initial. En effet, "retomber dans l'enfance" existe pour définir la grande vieillesse, le X-ième âge pour les pudiques dissimulateurs de vérité. 

   Cependant, essayons de rester philosophes. Pour tenter de me réconforter, je reviens à mon arrière-saison consolante. J'aime les rayons du soleil ayant perdu l'agressivité caniculaire, caressant la peau avec clémence. Avec tendresse même, peut-être.

 

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Bonheur, iceberg et prix à payer

9 Août 2023, 16:54pm

Publié par Flora bis

   Mercredi matin, 9 heures. Je n'en crois pas mes yeux! Le jardin baigne dans la lumière mais quelques flaques sur la table rouge de la terrasse témoignent d'une averse fugace. Je lancerai une lessive, elle séchera peut-être... Prévenir le plombier, appeler l'ophtalmologue, passer chez le coiffeur et à la pharmacie, organiser les menus et les courses pour l'arrivée des enfants, récupérer les petites (qui sont de moins en moins "petites"!), faire un crochet chez mon amie pour lui rapporter le sac à provisions oublié dans ma voiture : voici pêle-mêle mon programme jusqu'à mardi prochain. C'est la partie visible de l'iceberg, je tairai les annexes indispensables ou imprévisibles. Je sens le stress monter et pour essayer de le combattre, je ne trouve rien de mieux que de me réfugier devant mon clavier...

   L'autre jour, une amie m'a posé la question qui ne cesse de revenir me hanter : "est-il indispensable que nous passions par la souffrance pour apprécier enfin le bonheur?" Sur le coup  -  et au volant de la voiture  -  j'ai dit oui, après une brève réflexion. J'y repense depuis, je tourne la question dans tous les sens. J'essaie d'imaginer une vie sans nuages, ou inversement, pleine de souffrances, allant jusqu'au cas de ceux dont on dit que, décidément, ils ont tiré le mauvais numéro en venant au monde. 

   La souffrance est-elle un test pour éprouver la résistance, le courage des candidats au bonheur? Est-elle une leçon pour punir ceux qui n'ont pas apprécié leur chance à sa juste valeur, la gaspillant? Ceux qui n'ont pas cru en eux ou inversement, se sont laissé aveugler par leur bonne étoile? Ou alors, s'agit-il des candidats qui, réellement et tout simplement, ont tiré le mauvais numéro?... 

   Qu'en est-il du mot le plus important de la question : "indispensable"...? Je ne suis pas certaine qu'une vie sans nuage existe, ou alors, elle est extrêmement rare. La plupart du temps, notre vie est un jeu d'ombre et de lumière, à proportions changeantes. Les deux sont  complémentaires, elles n'existent pas l'une sans l'autre, elles se mettent en valeur mutuellement. En passant par la souffrance, non seulement nous éprouvons notre force, notre capacité de résistance et de résilience mais le goût du bonheur nous semblera infiniment plus doux. 

(illustration: photo du Net)

Bonheur, iceberg et prix à payer

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Un plat de lentilles...

27 Juillet 2023, 16:49pm

Publié par Flora bis

   Le ciel gris, le doux tapotement de la pluie sur la terrasse et les 18° au thermomètre nous invitent à la réflexion ou à la rêverie... Pas mieux. Devant l'écran  -  ou la vaisselle qui attend depuis hier soir dans l'évier (j'ai beau laisser leur chance aux petits Schtroumpfs invisibles pour la faire disparaître pendant la nuit, peine perdue!)... Quelle motivation trouver pour faire bouger son corps, le décoller du fauteuil? De l'écran surtout qui, mirage addictif et consolant, apporte un peu de dynamique, un peu d'amitié virtuelle dans la grisaille du quotidien? Je suis injuste. Ma voisine vient de m'apporter une assiettée de lentilles fraîchement cuites et assaisonnées! Deviendrai-je au moins riche (grâce aux lentilles), avec mon spleen sous la pluie?... Mais non, j'aurai une villa dans quelque paradis de riches, forcément ensoleillé, avec le personnel qui ôtera tous les soucis de mes épaules, puisqu'il sera payé pour cela. 

    Il n'y a que deux ou trois bricoles que ma fortune hypothétique (grâce aux lentilles) ne pourra  point compenser : ma jeunesse enfuie, ma santé flageolante et et mon optimisme jadis solaire...

L'oiseau de la céramiste Andrea Vertel s'est réfugié sur la terrasse mouillée

 

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Qu'ai-je en commun avec Lady Jane?

21 Juillet 2023, 12:30pm

Publié par Flora bis

    Une véritable obsession, celle de perdre mon temps, me tourmente (taraude, tenaille, tarabuste, turlupine, tracasse, torture etc  -  tiens, bizarrement tout me revient en "t"!...), m'empêche d'avoir l'esprit détendu et de profiter du soleil, écoutant mes envies. Mais en ai-je encore, vraiment?... Les temps ont bien changé.

   La mort de Jane Birkin a suscité une avalanche de réactions, bien plus que l'on n'aurait imaginé à propos de la disparition d'une chanteuse et actrice de son envergure. Sa vie, publique et privée  confondues, libre et inspirante s'est déroulée devant les yeux des spectateurs. Ce que la nostalgie ressuscite à travers sa figure est plus que l'artiste : c'est toute une époque qui semble avoir été un véritable âge d'or à nos yeux d'aujourd'hui. Comme d'habitude, le bonheur ne devient palpable que dans le rétroviseur. 

   "La ballade de Jane B. s'enracine évidemment dans tout ce qu'elle a incarné à ses débuts et continue à charrier dans nos imaginaires : la décontraction iconoclaste du Swinging London; un érotisme longiligne qui a renversé sur son passage les canons pulpeusement établis de la beauté; le couple scandaleux et passionné qu'elle a formé avec Serge Gainsbourg. Gainsbourg, dont sa voix toujours jeune et toujours au bord de se briser a si bien interprété les chansons." (éditorial de L'Obs du 20 juillet 2023, G. Leménager)

   Nous sommes à un an de près de la même génération. Tout le reste nous sépare. Elle, fille d'un Occident qui brise les carcans de la société engoncée dans la bien pensance conformiste de l'après-guerre, suivie de l'ère d'une consommation triomphante et abondante. Moi, je vis de l'autre côté du "rideau de fer", dix ans après la révolte d'octobre 1956 et son écrasement dans le sang, suivis de la consolidation du régime. Je suis étudiante à la fac et les échos lointains du Mai 68 et du Printemps de Prague nous arrivent, même filtrés par le pouvoir.

   Le régime est obligé de desserrer l'étau. Nous commençons à respirer un peu. Bien sûr, la censure  -  et même une certaine auto-censure  -  régnent, nous savons jusqu'où nous pouvons aller trop loin pour préserver les maigres mais précieux acquis. C'est ainsi que nous pouvons communier maintenant dans la (presque) même nostalgie de cet "âge d'or" si court qu'était notre jeunesse partagée...

Qu'ai-je en commun avec Lady Jane?Qu'ai-je en commun avec Lady Jane?

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