Attila József (1905-1937) : Humanité (Emberiség, 1935)
En Hongrie, le 11 avril (anniversaire de Attila József) reste la Journée de la Poésie. Partout dans le pays, on organise des "Marathons de la poésie" où chacun peut arriver avec sa liasse de poèmes préférés, voire des siens, et les partager avec les autres.
Bien sûr, il ne suffit pas de donner de la voix aux poètes un seul jour par an. Ce n'est pas une sorte de "Fête des Mères" que l'on peut ranger dans le tiroir de l'oubli pour le reste de l'année... J'ose croire que la poésie reste vivante en Hongrie, malgré l'ère du pragmatisme triomphant!
HUMANITÉ
Deux milliards de solitudes accouplées,
Humanité, que ma mère dans sa candeur
Brisée a fait plus grande, accroissant la douleur,
Pour toi, j'ose renaître en tes sphères troublées.
Toute en pleurs je t'ai vue aux rivières gelées,
Enfant blessée par la glace et son feu cruel.
Torturée, je t'ai vue resplendir sur l'autel
Des églises, ta mort aux offrandes mêlées.
Je t'ai vue dans ta niche, aux pieds des monts, croupir,
Tenant à cette vie à force de soupir
Qui mentent. Ah, de la Mort tu es bien la fille!
Exsangue, tu voudrais que l'on versât ton sang,
La folie grégaire à tous t'exhibe... et tu brilles!
Mais la douleur partout te suit d'un pas pressant...
traduction: Jean-Paul Faucher
EMBERISĖG
Óh, emberiség, kit törött anyám
szenvedni szaporított és nem értett!
Nem rettenek születni újra érted,
te két milliárd párosult magány!
Láttalak sírni a folyók fagyán,
mint gyermeket, kit a jég tüze sértett;
láttalak ölni, halni s mint nem éltet,
tündökölni a nagy egyházak falán.
Hegyen láttalak és lapulni ólnál -
szerencsétlen, ki úgy élsz, mintha volnál,
megérdemled, hogy atyád a halál!
Vértelen arra vársz, hogy véred ontsák
s föl-fölmutat a társuló bolondság,
mely téged minden kínban megtalál.