La pudeur des sentiments
On dit que la vérité sort de la bouche des enfants.
Parfois, cela provoque même le sourire, cette vérité échappée que tout le monde reconnaît tout bas mais que les barrages créés par l'éducation nous interdisent de prononcer tout haut, sous peine de passer pour des malotrus.
Nous nous appliquons à enseigner à nos enfants que "toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire", qu' "il faut tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant" de dire quelque chose, que "la parole est d'argent mais le silence est d'or"... Autrement dit, nous leur inculquons l'art de dissimuler. Comme on l'a fait pour nous. Et nous apportons la preuve que ça a marché.
Je me demande parfois si ce n'est pas à l'origine de nos blocages émotionnels aussi.
C'est là que le chien est enterré.
Dire ses sentiments, c'est se mettre à nu, c'est se livrer à l'autre, sans défense. Je t'aime, mais toi?... Que feras-tu de ces aveux: en rire, à avoir pitié de moi ou bien y répondre?
Dans tous les cas, je suis suspendu(e), pendant un laps de temps qui semble une éternité, à ta réponse.
Alors, pour échapper à cette torture, nous choisissons la fuite ou nous nous enfermons dans l'armure de notre apparente sérénité et nous attendons que l'autre prenne l'initiative.
Au risque de rester prisonnier(e) de notre pusillanimité.