Le blog de Flora

reflexions

Sol invictus

17 Février 2011, 13:48pm

Publié par Flora

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   Les livres savants nous apprennent que la lumière intense, le soleil déclenche dans notre cerveau la sécrétion d'une hormone, la sérotonine, un neurotransmetteur qui se met à booster  tout d'un coup nos énergies somnolentes par des mois interminables passés à la lumière tamisée. La période obscure, plus nous allons vers le nord, plus elle nous rend apathiques, sous l'emprise de la mélatonine, sa soeur jumelle qui donne le signal au cerveau qu'il est temps de tout ralentir, voire passer sous la couette... 

   Ce matin, pour la première fois depuis des mois, c'est l'image de cette photo qui m'a reçue dans mon séjour. Je me sens revivre, j'ai envie de sortir, de rattraper mille choses remises à plus tard. Mes gènes, sans doute programmés pour le climat continental très contrasté de ma Hongrie natale, ont du mal à s'habituer à ce climat océanique du nord de la France où règne la demi-saison, où il ne fait jamais vraiment froid mais jamais très chaud non plus et surtout, où la lumière est à portion congrue. Ainsi, à la moindre renaissance du soleil, les rues, les terrasses des cafés se remplissent de monde pour fêter le dieu antique, Sol Invictus!

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A propos de Luchini

6 Février 2011, 17:39pm

Publié par Flora

luchiniIM.jpg Cet après-midi, j'ai bien sacrifié deux heures de mon temps pour regarder Vivement dimanche de Michel Drucker. Je sais, plonger dans la grande communion populaire télévisuelle du dimanche après-midi, c'est comme avouer son attirance pour les horoscopes ou les feuilletons policiers! J'assume mes déviances, mais pour le coup, c'était une exception : l'invité était Fabrice Luchini.

   Cela fait vingt ans que je l'admire, parfois agacée par ses numéros mêlant charme et provocation, intelligence fulgurante ou pitreries enivrées d'elles-mêmes... Je l'observe en essayant de percer la vraie sincérité sous le masque de la représentation qui s'emballe et qui nous entraîne dans son tourbillon... et je tombe sous le charme.

   Je l'ai vu deux fois sur scène : dans Knock à Paris et dans une lecture de Céline à Valenciennes. Il tient la salle par son magnétisme et surtout, par l'admiration infinie qu'il porte aux grands textes. Il sait si bien les partager avec les connaisseurs et les ignares aussi que les premiers les redécouvrent et les seconds boivent à la source du pur plaisir pour la première fois! Et ils quittent tous la salle avec des regrets : "Ah, si je l'avais eu comme prof de français!" 

   J'essaie de percer l'homme sous le masque : le dilettante timide qui doit gagner sa place parmi les érudits, qui doit se faire tout seul, absorbant comme une éponge, avec avidité, tout ce que l'école quittée trop tôt n'a pas pu lui offrir tout cuit... L'autodidacte angoissé et trop conscient des énormes lacunes qui restent à combler, justement, parce qu'il commence à les mesurer bien mieux que les initiés du savoir...  Et le succès, la reconnaissance sur un terrain qui n'était que rêve, l'enivre...

   Je ne cite qu'un grand moment de l'émission : le passage de Leny Escudero qui parle de son arrivée en France, de réfugié espagnol. Et soudain, sur le canapé rouge de Drucker, se retrouve Escudero, l'Espagnol, Luchini, l'Italien et Drucker le Roumain... mais la liste pourrait être bien plus longue pour illustrer l'admirable capacité de la France à absorber, à intégrer ces sensibilités venues de tous les horizons et à s'enrichir par elles. Et je me dis que que par ces temps où certains aimeraient se replier sur leur frilosité de race pure, dans leur angoisse de se voir dissous dans un joyeux et rafraîchissant métissage, un pays devrait commencer à se faire des soucis lorsque personne ne le trouve plus assez attrayant pour rêver d'y venir vivre...   

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Edouard Glissant est mort (1928-2011)

3 Février 2011, 13:41pm

Publié par Flora

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Edouard Glissant a été l'hôte du N°6 de notre revue Hauteurs du décembre 2001, dont le thème central a été la littérature antillaise. A cette occasion, José Le Moigne, lui-même excellent poète et sensuel romancier (link) lui a consacré un article, révélant le fin théoricien de l'antillanité et connu du grand public par son roman La Lézarde, prix Renaudot 1958.

 

portrait d'Edouard Glissant pour "Hauteurs" par R. T. (alias flora) 2001

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Kosztolányi à Valenciennes

31 Janvier 2011, 10:23am

Publié par Flora

a-36-1.jpgVendredi dernier (28 janvier) a eu lieu la première soirée de lecture de la nouvelle année, chez moi, pour présenter le romancier  Dezső Kosztolányi à travers deux de ses livres : Alouette et Anna la Douce. 

   Kosztolányi, le poète, le traducteur, le journaliste, le romancier, fin styliste... impossible de donner une image complète de son oeuvre multiple en une seule soirée. Pendant sa relativement courte existence (1885-1936), il a beaucoup écrit, comme dans l'urgence, pressentant peut-être obscurément le peu de temps qui lui était imparti. Je cite Sándor Márai à ce sujet : "Kosztolányi créait quotidiennement un petit chef-d'oeuvre, parce qu'il lui fallait vivre. Or, son travail lui permettait tout juste de gagner son pain. (...) Pourtant, ce qu'il écrivait ainsi, comme de la main gauche, et toujours à la hâte, était d'une absolue perfection. (...) Le secret de cette perfection résidait peut-être dans le fait qu'il manquait de temps pour "peaufiner" ces écrits." 

    Cinq-six personnes lisaient les extraits que j'avais choisis pour illustrer mes propos durant une heure et demie. Je suis toujours très touchée par les gens qui se rassemblent à ces soirées mensuelles (je ne suis pas la seule organisatrice, nous sommes trois à nous relayer), qu'il neige, qu'il vente, qu'il pleuve, le pouvoir magique des mots et du partage réunit des fidèles (une quinzaine) et des occasionnels (qui, souvent, deviendront des fidèles à leur tour...), souvent venus de plusieurs dizaines de kilomètres, autour de la poésie, de la prose et du théâtre, sans compter la table sur laquelle chacun dépose quelque chose à boire ou à manger que nous partageons ensuite, dans un joyeux brouhaha qui se prolonge jusqu'à 1 ou 2 heures du matin... Bien sûr, cela demande des efforts de préparation, non seulement du sujet mais aussi des lieux et du rangement qui suit...  Cependant, le plaisir d'offrir de la découverte et le partage de ses amours effacent la fatigue lorsque les visiteurs repartent avec des étoiles dans les yeux...

sur ce blog, des extraits :

Dezső Kosztolányi (1885-1936) : Anna La Douce (Édes Anna)

Dezsö Kosztolányi (1885-1936) *Alouette (Pacsirta)

Dezsö Kosztolànyi : Alouette (roman, fin)

Editions Viviane Hamy 

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Je me souviens...

18 Janvier 2011, 11:35am

Publié par Flora

Pour mon blog hongrois, j'ai emprunté chez Bottle (http://bottle.eklablog.com) l'dée d'un petit inventaire nostalgique à la Georges Perec, histoire d'envoyer au fond de la mémoire de minuscules sondes spatiotemporelles, afin qu'elles remontent à la surface quelques lambeaux d'impressions lointaines. J'ai longtemps hésité pour une variante en français... Pour ceux qui lisent mon blog français, ne serait-ce pas un rappel à Tintin, au scoubidou ou aux carambars, voire Capitaine Flam, G.I. Joe ou Emilie Jolie qui créeraient l'écho, plutôt que l'évocation de mes références hongroises inconnues...? La tentation est forte cependant... et comme disait Oscar Wilde : "Le seul moyen de se délivrer de la tentation, c'est d'y céder."

   Entretemps, tout en essayant de cerner le sujet, j'ai repensé aux premiers mois de notre rencontre avec Gilbert. En discutant, nous nous sommes rendu compte que, nés à la même époque, à quelque 1600 km de distance (mais séparés du "rideau de fer" tout de même...), nous n'avions quasi aucune référence en commun concernant notre enfance! Ecole de garçons - école de filles pour lui, classes mixtes pour moi; je ne connaissais ni Tintin ni Astérix et pour lui, Petőfi, Kossuth représentaient des noms de rues et de places dans chaque localité. Alors, nous avons entrepris l'apprentissage de la culture de l'autre au quotidien... 

Je me souviens du goût des tartines au saindoux, parsemé de paprika écarlate en poudre, des tranches de saucisson épicé au petit déjeuner

Pour lui, il était impensable de déroger aux tartines au beurre et à la confiture de grand-mère

Je me souviens des grands gâteaux crémeux confectionnés par ma mère ou ma tante, pour des repas du dimanche pantagruéliques...

Pour lui, la reine de tous les gâteaux était la tarte aux pommes (parmi beaucoup d'autres, étant très gourmand). J'avoue l'avoir trouvé du premier coup plutôt modeste... Ce n'est qu'avec le temps que j'ai appris à l'apprécier à sa juste saveur...

Je me souviens, dès l'enfance, des goûts intenses, salés, poivrés, épicés pour que ça tienne au corps...

 Pour lui, du moins au départ, c'était une épreuve : les papilles en feu, il ne sentait plus les goûts... Par contre, j'ai mis du temps à déceler les finesses d'une blanquette de veau, l'ayant trouvée au début d'une fadeur sans pareille

Je me souviens des retrouvailles familiales, amicales dans l'effusion des émotions, des embrassades, des rires et des larmes

Pour lui, la tradition familiale (et nationale) a enseigné la retenue dans l'expression des émotions... Plutôt corsetés, les sentiments se devinaient dans le regard, les non-dits. C'est moins fatigant mais quelque peu déstabilisant...

 

Voilà un échantillon, loin d'être exhaustif...

 

 

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Lunettes noires, lunettes roses?

4 Janvier 2011, 16:56pm

Publié par Flora

Num-riser0008.jpgJ'ai vu une discussion intéressante le 30 décembre dernier sur la 5 qui m'a mis du baume aux bleus de l'âme passagers. Frédéric Lenoir (philosophe, historien des religions), Marc Jolivet (humoriste), Jean Viard (CNRS) et Philippe Gabilliet (science en gestion, vice-président de la Ligue des Optimistes de France !) échangeaient au sujet du pessimisme collectif des Français, plus précisément, sur un sondage où ces derniers déclarent être majoritairement plutôt heureux dans leur vie privée et avoir en même temps une vision sur le monde et sur l'avenir de leur pays noire de noire... Les quatre participants au débat étaient d'accord sur tous les points : le contraire de l'optimisme n'est pas vraiment le pessimisme mais la résignation...

   Être optimiste, à notre époque de cynisme ambiant est mal vu; au mieux, on vous regarde avec condescendance pour le "bisounours" que vous êtes par ces temps qui sèment l'angoisse collective : les informations vous bombardent de catastrophes ininterrompues, devenues "proximités", faisant irruption jusqu'à votre canapé où vous regardez béatement votre écran... Pire encore : on vous culpabilise si vous ne réagissez pas, votre conscience est sans cesse sollicitée de compassion, d'indignation... Petit à petit, le monde extérieur à votre cocon devient menace permanente pour votre relatif bien-être et cette menace sourde s'infiltre même derrière vos barricades sous forme de ce que vous mangez, de ce que vous respirez : impossible d'y échapper! Et voilà le résultat : des gens qui habitent un des plus beaux pays du monde, un des plus libres aussi, envié par beaucoup qui se bousculent pour venir y vivre, ces citoyens globalement heureux broient du noir! Certes, beaucoup de personnes ont de réels motifs d'angoisse au quotidien : travail dur ou qui manque, fins de mois difficiles, maladies graves... Mais ils ne sont pas la majorité des consommateurs assidus des anxiolytiques!

    Je me souviens de mes jeunes années dans un régime communiste où l'optimisme était de rigueur, une ligne politique. On vous a ôté tous les soucis : vous n'étiez au courant de rien, sauf de ce qu'on voulait bien vous apprendre. Un enfant est insouciant de la même manière. En échange, le chômage, l'angoisse de l'avenir étaient inconnus. Pas de frustration à l'occidentale non plus pour envier les richesses inaccessibles et étalées sans pudeur : un nivellement logeait tous à la même enseigne.

   Gilbert s'agaçait de mon optimisme inné et incurable, il le traitait d'inconscience, tandis que lui-même n'aurait été que lucide... La conclusion de la discussion citée plus haut allait dans mon sens : l'attitude stoïcienne est non seulement bénéfique à l'individu mais constitue un comportement citoyen. Le pessimisme conduit à la résignation, à la lamentation stérile, alors que l'optimiste réagit pour améliorer les choses, à commencer autour de lui-même. La vie est si courte, si fulgurante : si nous ne cultivons pas nos capacités de nous réjouir de la multitude de petits bonheurs à notre portée et qu'il faut savoir remarquer, nous arriverons en fin de parcours les mains et le coeur vides...

   Je vous souhaite donc de chausser de temps à autre ces lunettes roses pour ne négliger aucun beau moment qui s'offre à vous... 

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Bonne année!

26 Décembre 2010, 20:48pm

Publié par Flora

Triptyque-3.jpg

 

A tous ceux qui me font l'amitié précieuse de suivre mon blog,

avec ou sans commentaires, mais surtout avec,

de me procurer ainsi d'inestimables moments de résonance, de partage,

la plupart du temps virtuels mais tout aussi magiques,

je présente mes voeux les plus sincères

pour la nouvelle année!

Qu'elle soit digne de notre confiance, de nos espoirs,

parfois naïfs, certes, mais ô combien ardents!

Belle année nouvelle à tous!  

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Modeste hommage à Jacqueline de Romilly

19 Décembre 2010, 16:03pm

Publié par Flora

Romilly-3-par-Irmeli-Jung-.JPGC'est une pensée très subjective... Tout ce que vous souhaitez savoir sur le parcours extraordinaire et sur les nombreux ouvrages de cette lumineuse vieille dame, vous le trouverez sur internet et surtout, dans ses livres. Voici un interview, parmi les plus beaux, les plus riches que j'ai jamais entendus, sur la chaîne PublicSénat, où j'ai atterri tout à fait par hasard, où je suis restée "scotchée" jusqu'au bout, avec le regret que c'était déjà fini, de deux vieilles dames exceptionnelles, toutes deux au delà des quatre-vingt-dix ans, nous donnant une leçon d'intelligence et de fraîcheur intellectuelle (link)., de joie de vivre au-delà du poids des années...

Voici quelques années, j'ai fait un portrait de Jacqueline de RomillyDSCN0137 car son sourire lumineux m'a attirée. Fervente militante de l'enseignement des langues grecque et latine, grande experte de l'hellénisme et de ses leçons toujours renouvelées à travers l'histoire, elle a été une grande enseignante. Je me suis retrouvée dans son bonheur d'enseigner, lorsque le vrai contact s'établit entre professeur et élèves, lorsque l'on voit jaillir l'étincelle du partage, de l'éveil à la pensée dans les yeux des enfants, des adolescents ou même des adultes... C'est l'énorme privilège de ce métier qu'à mon grand regret, je n'ai exercé que quelques années...

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Du calme plat...

30 Novembre 2010, 13:28pm

Publié par Flora

   sommeil.jpgUne connaissance virtuelle que j'appelle familièrement "ma p'tite Leyla"  -  non pas qu'elle soit réellement "petite" à la trentaine mais cet adjectif pallie au manque cruel de diminutifs affectifs dont le français est si avare  -  me pose l'autre jour la question si l'on ne pourrait pas imaginer une vie qui ne serait pas une montagne russe... Moi, du haut de ma sagesse toute relative due à mes titres de grand-mère patentée, lui ai répondu que ce n'était pas souhaitable.

   Du coup, sa question m'a invitée à une réflexion dont je n'ai pas fini le tour. Ma vie, comme celles de nous tous, est faite d'une succession de hauts et de bas. Des contraintes, des contentieux à régler, des obstacles à surmonter, des devoirs à accomplir, imposés par d'autres  -  voire par nous-mêmes  -  dans l'espoir d'apercevoir le bout du tunnel, avec la nette impression que celui-ci s'éloigne au fur et à mesure... Cette plage de repos ou de liberté en point de mire nous fait tellement envie qu'elle nous sert de moteur puissant pour avancer, pour l'atteindre.

   Pour la suite, je ne peux me référer qu'à mes propres sensations. Je suis de ceux qui échafaudent mille projets à la minute (j'exagère!), les gardant sous le coude, se délectant d'imaginer leur réalisation... Du coup, je me dépense tellement à cet exercice qu'il ne me reste plus assez d'énergie pour la finalisation. D'où le report au lendemain de beaucoup de débuts et de continuations. Cruel mais franc constat! Certains diront qu'il vaut mieux avoir des projets sous le coude que de nous demander, dans le désespoir de l'ennui, ce que nous pourrions faire pour meubler la vacuité de notre existence. Je m'accroche parfois à cette consolation.

   De temps à autres, je joue à imaginer le nirvana, ce bonheur suprême que le bouddhisme nous fait miroiter, évacuant tous nos désirs, sources de nos "montagnes russes". Les rares fois où il m'est arrivé de savourer la quiétude, c'était justement grâce à son contraste  avec le passage difficile qui la précédait. Rapidement, l'angoisse point à l'horizon : n'est-ce pas le calme plat qui précède la tempête? Juste pour nous faire baisser la garde et nous surprendre sans défense... Vous devinerez que j'ai du mal avec le "lâcher-prise"...

   Un dernier aspect, à ce stade de ma réflexion sans prétention : un état infini sans désir  -  quelle horreur! Une quiétude sans être bousculée par l'irruption de mes petites-filles dans ma solitude certes habitée, sans une obligation à accomplir même à reculons, j'aurais l'impression d'être remisée par la vie sur une voie de garage, en attendant la sortie définitive, les pieds devant... 

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A propos du 11 novembre...

11 Novembre 2010, 16:14pm

Publié par Flora

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A chacun son armistice... Jusqu'à mes 26 ans, le 11 novembre n'était pas une date fériée. Tout au plus, fêtions-nous officiellement le 7 novembre, anniversaire de la Grande Révolution d'Octobre en Russie. La Hongrie faisant partie des vaincus, en tant que composante de l'Empire Austro-Hongroise, un silence pesant couvrait l'événement. Sous cette chape de plomb, les rancunes tenaces et douloureuses étaient maintenues éveillées comme la braise sous les cendres, par les histoires racontées dans le cercle très privé des soirées en famille. Officiellement, les Roumains, les Slovaques, les Serbes et autres Ukrainiens faisaient partie de la famille communiste, chapeautée par le Grand Aîné l'URSS, tous des frères, mais la légende familiale nous apprenait la Hongrie mutilée par le traité de Versailles, des populations de 2,5 millions de Hongrois subitement minoritaires dans leur pays devenu étranger, d'un trait de plume vengeresse. L'histoire officielle enseignée à l'école ne s'étendait pas beaucoup sur ce fait, recouvrant d'un voile pudique les possibles hostilités.

Dans ma famille, aucun esprit irrédentiste n'était de mise. Chaque génération a eu sa dose de guerre mondiale, la première pour mes grands-pères, la seconde pour mon père. Lorsque j'ai connu Gilbert, nous nous sommes dit que nos parents et grands-parents auraient pu se tirer dessus, et avec un petit jeu d'uchronie, nous ne nous serions jamais rencontrés...

Lesdites légendes familiales ont également ancré en moi la leçon que le petit peuple chair à canon choisit rarement son ennemi : des forces supérieures décident de son sort et lui dictent qui il faut égorger ou par qui se faire égorger par malheur... Mes anciens ont unanimement insisté : leur seul souci a été de rentrer chez eux le plus tôt, le plus indemne possible, avec le sentiment que ceux d'en face souffraient des mêmes maux... Je les ai racontés sur ce blog dans les premiers chapitres de mes "Bribes de mémoire..."

Alors, en ce jour de commémoration, je m'incline devant toutes les victimes des tueries orchestrées au nom des intérêts qui, la plupart du temps, échappent largement à ceux qui en sont les premières victimes impuissantes...

 

 *sur la photo, mes grands-parents paternels avec ma tante, en 1916, mon grand-père en permission

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