Pour mon blog hongrois, j'ai emprunté chez Bottle (http://bottle.eklablog.com) l'dée d'un petit inventaire
nostalgique à la Georges Perec, histoire d'envoyer au fond de la mémoire de minuscules sondes spatiotemporelles, afin qu'elles remontent à la surface quelques lambeaux d'impressions lointaines.
J'ai longtemps hésité pour une variante en français... Pour ceux qui lisent mon blog français, ne serait-ce pas un rappel à Tintin, au scoubidou ou aux carambars, voire Capitaine Flam, G.I. Joe
ou Emilie Jolie qui créeraient l'écho, plutôt que l'évocation de mes références hongroises inconnues...? La tentation est forte cependant... et comme disait Oscar Wilde : "Le seul moyen de se délivrer de la tentation, c'est d'y céder."
Entretemps, tout en essayant de cerner le sujet, j'ai repensé aux premiers mois de notre rencontre avec
Gilbert. En discutant, nous nous sommes rendu compte que, nés à la même époque, à quelque 1600 km de distance (mais séparés du "rideau de fer" tout de même...), nous n'avions quasi aucune
référence en commun concernant notre enfance! Ecole de garçons - école de filles pour lui, classes mixtes pour moi; je ne connaissais ni Tintin ni Astérix et pour lui, Petőfi, Kossuth
représentaient des noms de rues et de places dans chaque localité. Alors, nous avons entrepris l'apprentissage de la culture de l'autre au quotidien...
Je me souviens du goût des tartines au
saindoux, parsemé de paprika écarlate en poudre, des tranches de saucisson épicé au petit déjeuner
Pour lui, il était impensable de déroger aux tartines au
beurre et à la confiture de grand-mère
Je me souviens des grands gâteaux crémeux
confectionnés par ma mère ou ma tante, pour des repas du dimanche pantagruéliques...
Pour lui, la reine de tous les gâteaux était
la tarte aux pommes (parmi beaucoup d'autres, étant très gourmand). J'avoue l'avoir trouvé du premier coup plutôt modeste... Ce n'est qu'avec le temps que j'ai appris à l'apprécier à sa juste
saveur...
Je me souviens, dès l'enfance, des goûts
intenses, salés, poivrés, épicés pour que ça tienne au corps...
Pour
lui, du moins au départ, c'était une épreuve : les papilles en feu, il ne sentait plus les goûts... Par contre, j'ai mis du temps à déceler les
finesses d'une blanquette de veau, l'ayant trouvée au début d'une fadeur sans pareille
Je me souviens des retrouvailles familiales,
amicales dans l'effusion des émotions, des embrassades, des rires et des larmes
Pour lui, la tradition familiale (et nationale) a enseigné la
retenue dans l'expression des émotions... Plutôt corsetés, les sentiments se devinaient dans le regard, les non-dits. C'est moins fatigant mais quelque peu déstabilisant...
Voilà un échantillon, loin d'être exhaustif...