Le blog de Flora

reflexions

Reprise...

2 Avril 2010, 18:06pm

Publié par Flora

   Après une semaine d'interruption, me voici de retour devant mon ordinateur. Petit sevrage salutaire pour renouveler le regard. Incursion rapide au Salon du Livre de Paris, quelques conversations empreintes de nostalgie avec les "anciens", embrasser Julienne Salvat, magnifique "vieille dame de 78 ans" (selon ses mots) des lettres martiniquaises qui garde intacte une beauté éblouissante, faire un saut sur les stands hongrois, turc, glaner quelques livres... J'ai écouté l'entretien d'une heure avec Imre Kertész, le prix Nobel 2002, auteur de Être sans destin (Sorstalanság) -  où le mot "être" n'est pas le substantif mais le verbe : c'est l'état d'être privé de destin... Cette précision s'impose d'après les hésitations de ceux qui ne connaissent pas le hongrois.

   Kertész a toujours ce regard positif sur la leçon de l'Holocaust : il ne sert à rien de s'infliger le devoir de mémoire (expression dont il ne raffole pas) si on ne profite pas de ce traumatisme majeur de l'histoire européenne pour qu'il donne naissance à de nouvelles valeurs sur la base de la liberté, cette aspiration éminemment européenne... (voir :  Imre Kertész * Discours de Stockholm 8.) Son discours de réception du prix Nobel de littérature (que j'ai traduit entièrement sur ce blog) résume merveilleusement ses réflexions à l'encontre des idées reçues, bien pensées qui aiment expédier les problèmes au lieu d'y réfléchir.

    Pour finir, je recommande l'émission suivante de France-Culture à tous ceux qui ont appris à connaître et à aimer Miklós Radnóti sur les pages de ce blog:


MARDI 6 AVRIL, à 17h
Sur France Culture (93.5 FM)

http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/sur_docks/ 

Der Springt noch auf ! La dernière marche de Miklos Radnoti
Un docufiction de Martin Quenehen et Vanessa Nadjar

Miklos Radnoti est mort. 
Miklos Radnoti est mort assassiné, le 9 novembre 1944. Un milicien hongrois – un compatriote – l’a abattu au bord d’une route et jeté son corps dans un charnier. 
Radnoti est alors enterré dans une fosse qu’il avait lui-même creusée, au terme de 900 kilomètres de marche forcée. De la mine serbe de Bor jusqu’à Abda, en Hongrie, il avait suivi la débâcle de l’armée allemande sur le front de l’Est, parmi des milliers de prisonniers, dont seule une poignée a survécu. 
Miklos Radnoti est mort, mais on a retrouvé son corps. Dans la poche de son imperméable élimé, ses derniers poèmes attendaient, tapis, têtus, obstinés. Ses derniers poèmes attendaient Fanni.
 

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Petite pause de printemps...

26 Mars 2010, 19:35pm

Publié par Flora

Paris-2006.JPGJ'avais juré sur tous les saints que je ne remettrais plus les pieds au Salon du Livre de Paris, ni dans un autre salon, ni cette année, ni après (voir Retour du Salon... ). Je tiens ma promesse, à moitié. Je ne peux résister à la tentation d'y faire un rapide tour demain, sur notre stand où j'exposais assidûment depuis mars 2000, date du premier numéro de la revue Hauteurs. 10 ans de salon, cela crée des habitudes, des connaissances, des amitiés... Surtout, je ne veux pas rater la rencontre avec Imre Kertész, prévue demain à 17 heures. La Hongrie a de nouveau un stand, après une absence de 5 ans. Je ferai un tour chez d'autres, pour les saluer, ceux qui viennent d'Outremer et que je ne rencontrais qu'à cette occasion. Des connaissances, des sympathies, des collaborations sont nées de ces rencontres. Notre stand (Nord-Pas-de-Calais) devenait le lieu convivial où nous passions la semaine et qui donnait l'occasion de découvrir le travail des confrères de la région, leurs soucis et leurs enthousiasmes.
   Je ne renie pas ces 10 années... A présent, j'ai envie de me tourner vers d'autres voyages... 

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In memoriam Rády Krisztina...

31 Janvier 2010, 20:06pm

Publié par Flora

Krisztina RadyJe ne suis pas une habituée de Paris Match, pas même dans les salles d'attente de dentistes ou sous les ciseaux d'un coiffeur. Tout en assumant sereinement ma dose de futilités qui m'incitent, de temps en temps, à quitter les pages savantes ou poétiques, pour m'abîmer dans un Marie Claire ou une revue de déco pour une bouffée de légèreté, une page de prévisions planétaires auxquelles je ne crois pas du tout, mais qui me redonnent la pêche si elles sont favorables !... Mais Paris Match me rebute par sa soif du sensationnel qui transforme le malheur en scoop, flattant notre voyeurisme malsain... même s'il y a pire sur le marché.
   Ces quinze derniers jours, je l'ai acheté deux fois. Quelque chose que je m'explique mal, m'attire irrésistiblement vers ces pages, même si, j'en suis certaine, elles ne m'apprendront pas davantage mais me rapprocheront d'elle.
   Qui connaît le nom de Krisztina Rády ? Et si je dis qu'elle est (était) la femme de Bertrand Cantat et la mère de leurs enfants ? Le dimanche 10 janvier, elle s'est pendue dans leur maison de Bordeaux, juste au-dessus de la chambre où son mari était en train de faire la sieste. Elle avait 41 ans.
  
Le suicide est un geste tragique qui nous surprend toujours et nous culpabilise par son mystère. Il se commet dans une extrême solitude, que l'on soit entouré ou abandonné. Appel au secours ou acte de désespoir sans retour. J'ai toujours refusé de le qualifier de "lâcheté", à l'instar de certains moralisateurs. Même si la vie est difficilement supportable, il faut une dose de courage hors du commun pour accomplir ce saut dans le vide absolu.
   Krisztina Rády était Hongroise. Elle a choisi la double nationalité, tout comme moi, par fidélité. On ne peut pas renier sa famille, une bonne partie de sa vie. Elle a adopté la France comme la France l'a adoptée. Elle a oeuvré sans relâche pour le rapprochement, la découverte mutuelle des deux cultures, en organisant des festivals de musique, en traduisant et adaptant des oeuvres. Elle était admirable d'énergie déployée, de talent à rapprocher les gens, d'un sens inné de contact chaleureux et stimulant.
   Je ne veux pas m'étendre sur le coup de foudre qui a éloigné son mari ni sur le drame de Vilnius, sur son statut d'icône de la femme bafouée qui soutient son mari avec une dignité sans faille. C'est la façade pour le monde extérieur avide de sensations qui ne doit pas se repaître des détails intimes. J'ai lu la postface à la traduction hongroise faite par elle, de Persepolis de Marjane Satrapi. Son portrait écorché et enthousiaste transparaît à travers les lignes et l'acte du désespoir ultime devient moins opaque...

   Bizarrement, la première chose qui m'était venue à l'esprit au choc de la nouvelle : en Hongrie, championne du suicide, la méthode favorite reste la pendaison...
 

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A quoi sert la littérature?...

17 Janvier 2010, 20:40pm

Publié par Flora

   Le monde est sous le choc des images provenant de Port-au-Prince. Comme si ce bout d'île n'avait pas encore assez souffert, comme s'il était encore et encore puni d'avoir osé déclarer la première république libre d'anciens esclaves... Pendant longtemps, de petits tyrans cruels se succèdent pour exploiter sans fin la profonde misère du peuple, le maintenant dans la terreur de leurs milices parallèles. Et pourtant, cette languette de terre dentelée et accidentée, en bordure de la prospère République Dominicaine qui a su tirer son épingle (touristique) du jeu, est habitée par le peuple le plus créatif de l'espace caribéen et donne nombre de musiciens, de poètes, de peintres et d'écrivains, souvent à l'émigration...
   Dans le numéro 19 de la revue
Hauteurs, paru en mars 2006 et le dernier à avoir été "monté" par Gilbert, nous avons publié un poème de Saint-John Kauss, poète haïtien vivant à Montréal. Cette longue mélopée douloureuse parle de la nostalgie de la terre natale perdue, de la tragique impossibilité d'y vivre et d'en être inconsolable. En voici un court extrait:

  (...) et si belle que fût cette île qui porte couronne de morts de
     de veuves
     et d'orphelins
     je parle de cette terre partisane et quelques arpents de ciel où
     convergent
     à grands pas la liberté et tout ce qui est à recommencer
     je parle de cet océan de nègres qui calculent de craie à l'ardoise
     je parle d'une île impaire abandonnée comme une honte
     je parle de ma terre et plus qu'un simple murmure entouré
     d'oiseaux
     et de chants sauvages (...)


  Le lecteur français connaît bien ne serait-ce que René Depestre ou Dany Laferrière, couronnés tous deux de prestigieux prix littéraires. Il y a quelques jours, dans un entretien, Dany Laferrière évoquait l'extraordinaire créativité du peuple haïtien comme seul rempart permettant de supporter la misère et de rester debout. Cela me fait penser à une phrase que je cite librement : "La littérature ne sert à rien, sauf à aider à vivre"...   
      

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Éloge de la durée

24 Novembre 2009, 13:47pm

Publié par Flora

Toujours en écho au livre d'Alain Badiou et de Nicolas Truong, je ne peux résister à la publication de cette photo parue dans le Télérama de la semaine passée. Première réaction : choqués ? Les vieux corps nus ne se montrent guère. Dans un geste intime de tendresse, encore moins. Comme si l'amour ne pouvait être que jeune, beau, flamboyant...
   Dans mon modeste parcours de dessinatrice, j'ai toujours eu une préférence pour les visages et les corps qui ont vécu, dont le chemin s'inscrit sur la peau usée, ridée, dans le regard approfondi par l'expérience belle ou éprouvante. A la dictature des canons de la beauté, je préfère l'épreuve de vérité qui incite à rechercher et à assumer l'harmonie avec soi-même, point de départ de l'harmonie avec le monde.
   Pour illustrer tous ces propos et surtout la très belle photo, voici un extrait du livre d'André Gorz :
Lettre à D. Histoire d'un amour (cité par Nicolas Truong).
   "Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien."  

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"Éloge de l'amour"

21 Novembre 2009, 14:21pm

Publié par Flora

   Je viens de terminer la lecture du petit livre de dialogue entre Alain Badiou et Nicolas Truong : Éloge de l'amour, paru récemment aux éditions Flammarion, dans la collection "Café Voltaire".
   C'est une phrase résumant l'essentiel du livre qui m'a arrêtée net, qui m'a fait courir au Furet pour le trouver et pour finir, qui me l'a fait dévorer sur le champ.
"L'amour, c'est ce qui transforme le hasard en destin."
   Cette phrase agit comme un catalyseur, et, à partir d'elle, toute une réflexion se déclenche dans votre tête. Comment avez-vous vécu cette expérience primordiale de votre vie ?
   Badiou plaide contre la promesse toute commerciale de "l'amour  -  assurance tous risques" que veulent vous vendre les "mythiques" sites de rencontre qui prétendent vous fournir tous les critères de choix afin de vous assurer le bon... Aboutir à un amour "risque zéro" est la proposition d'un monde libéral à outrance, avec ses contingences sécuritaires où l'amour devient une marchandise sous garantie comme une autre...
   Le hasard non programmé de la rencontre vous ouvre, tout d'un coup, la possibilité d'une expérience du monde à partir de Deux, et non pas à partir de l'identité singulière de Un. L'amour avec la promesse de l'éternité  -  car, du moins au départ, nous visons tous l'éternité...
   Les oeuvres littéraires traitent majoritairement la rencontre, la promesse, et très peu la construction dans la durée. Et pourtant, c'est cette dernière qui constitue la véritable (é)preuve de l'amour.
   Je me suis toujours demandé pourquoi la déclaration d'amour (envers moi ou moi envers l'autre) avait toujours été une épreuve aussi dure. Eh bien, Alain Badiou m'éclaire : "La déclaration d'amour est le passage du hasard au destin, et c'est pourquoi elle est si périlleuse, si chargée d'une sorte de trac effrayant. (...) Elle signifie justement le passage d'une rencontre hasardeuse à une construction aussi solide que si elle avait été nécessaire."       

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Les lundis du cahier à l'envers...

10 Novembre 2009, 11:25am

Publié par Flora

   Cela fait maintenant presque trois ans qu'une idée de la flamboyante Muriel a instauré la réunion conviviale et mensuelle des soirées de lecture, chez elle, chez Richarda ou chez moi-même. Le choix des thèmes se fait selon les coups de coeur de chacun : tous peuvent en proposer un dont ils assumeront la présentation par la suite. C'est ainsi que nous avons découvert et fait partager des poètes, des écrivains et des auteurs de théâtre à un public de plus en plus nombreux et de plus en plus fidèle. Il faut pousser les meubles, rassembler tous les sièges existants (certains viennent avec leurs pliants comme aux temps héroïques de la télévision débutante), bravant des dizaines de kilomètres dans la nuit pluvieuse et venteuse du Nord et j'en suis sincèrement touchée. Chacun apporte quelque chose à boire ou à manger et à la fin, nous partageons le tout autour de la table conviviale. Des rencontres se font, des amitiés se nouent, c'est une découverte permanente et chaleureuse comme les gens du Nord seuls en ont le secret. C'est la principale raison qui me maintient ici, dans cette terre rugueuse, pudique et chaleureuse que j'ai adoptée et qui m'a adoptée aussi.
  Les origines diverses se mélangent, s'enrichissent mutuellement, au lieu de dresser des barrières et des barbelés entre Flamands, Marocains, Hongrois, Camerounais, Polonais, Algériens... ou Franco-Français, tout simplement. Que veut dire ce dernier, dans cette terre d'accueil de tous les métissages qu'est le Nord en particulier ? Le lien entre nous tous est cette merveilleuse langue française que nous essayons de cultiver grâce aux grands textes que nous découvrons, en original ou en traduction.
   Lundi dernier, Gilbert est revenu parmi nous à travers les extraits de ses textes publiés dont j'ai concocté la lecture pour une durée d'une bonne heure. Le choix a été crucial : comment en éliminer ?...
  Les gens arrivaient, arrivaient... les chaises manquaient : nous étions une trentaine. Les 4 lecteurs ont été extraordinaires, l'ambiance frôlait le recueillement, allégé par des touches d'humour noir.
 En dernier, je me suis réservé le début de son dernier roman, La Trilogie Armstrong, resté inachevé, corrigé jusqu'au dernier jour sur le lit de l'hôpital et qui m'attend pour être terminé. Des craquements mystérieux nous parvenaient depuis la cuisine... Des moins cartésiens que moi affirmaient que c'était lui qui signalait sa présence
 et qui nous saluait de l'au-delà... Ce serait beau d'y croire... tout en le trahissant. 

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La gravure... enfin !

5 Octobre 2009, 15:54pm

Publié par Flora

   Cela fait trente ans que j'en rêvais... une belle gravure me donnant littéralement des frissons de plaisir, plus qu'une peinture, plus même qu'un dessin ! Va savoir pourquoi... Dans la Hongrie des années soixante - soixante-dix, les arts graphiques et la gravure en particulier ont eu un essor formidable. Moi qui n'ai pas pu suivre une formation dans un lycée de beaux-arts, ma mère estimant que les 40 kilomètres étaient trop loin et que, de toute façon, cela menait à un avenir très aléatoire et que mieux valait se munir d'un vrai  métier, j'ai pu en rêver toute une vie... Ceci dit, elle a eu zéro pointé sur toute la ligne, la pauvre. Je me retrouve à 1600 kilomètres et j'ai très peu exercé mon vrai métier, celui de professeur de français et de russe !
   Par contre, j'ai commencé il y a une semaine, mon apprentissage dans un atelier de gravure et chez un maître que j'admirais de loin à travers ses livres d'artistes et ses expositions et dont le grand talent n'a d'égal que sa modestie et sa simplicité, qualités que j'apprécie particulièrement comme privilèges des tout grands.
   Je me sens comme la parfaite débutante que je suis, l'apprentie qui polit sa première plaque de cuivre pendant deux heures, la prépare, la grave etc., et attend, le coeur battant d'émotion, la première impression qui se dévoile sous l'impressionnant rouleau de la presse...
   La part d'inattendu, de surprise bonne ou mauvaise est toujours présente dans la gravure. C'est bien ce qui m'attirait, avec l'infinie variété des techniques. Il faut que je m'habitue aussi à un rythme tout à fait différent, opposé au dessin où il faut être rapide et spontané. La gravure semble être l'école de la lenteur et de la patience.

premier essai , d'après un dessin de 1998.  T.R.

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Délicieux Willy Ronis : un photographe humaniste

23 Septembre 2009, 17:34pm

Publié par Flora

Françoise  -  Gordes   1958

"Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre"   -  pourrions-nous appliquer ce vers de Beaudelaire, avec Sollers, aux photos de nu de Willy Ronis, éternel jeune homme qui vient de nous quitter à 99 ans. Ses femmes nues deviennent lumineuses dans son regard et nous ne pouvons que nous laisser emporter par cette vague d'émotion, de sérénité et de tranquille simplicité. Elles ne posent pas : elles se laissent vivre. Willy Ronis nous transmet son émerveillement du quotidien, sublimé par son regard...   

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Langue et Patrie...

15 Septembre 2009, 12:59pm

Publié par Flora

   J'ai dévoré le livre de Sándor Márai : Mémoires de Hongrie (FÖLD! FÖLD!). En français. La traduction est très belle  -  entre nous : peut-on prononcer une telle affirmation sans connaître la version originale ? Je n'ai encore lu aucun de ses romans mais ce genre : mémoires, réflexions, vagabondages dans le temps  et l'espace à la recherche d'une boussole, son Etoile, une quête de sens pour pouvoir continuer à vivre m'attire énormément. Peut-être parce qu'il m'aide à poursuivre la mienne...

   "... c'est uniquement en cette langue que je puis exprimer ce que j'ai à dire."  Il suggère même quelque part qu'un écrivain ne peut pleinement s'exprimer que dans sa langue maternelle (même s'il en parlait plusieurs) qui le relie viscéralement à ses racines.

   Je subis parfois, venues de mon passé, d'amicales pressions, à tendance culpabilisante qui me reprochent mes aveux de me sentir désormais davantage chez moi ici, dans ce Nord chaleureux et réservé à la fois, dans cette langue qui grignote le terrain occupé jadis par ma langue maternelle... Tout juste si elles ne m'accusent pas de trahison...
    Au-delà du refus du droit de me juger, même amicalement, je préfère accomplir cet exercice difficile moi-même. Agota Kristof (Le grand cahier) écrit en français, langue qu'elle traite d'ennemie car elle est en train de tuer sa langue maternelle, le hongrois. Je ne sais pas comment je réagirais si j'étais écrivain. A l'heure actuelle, je ne sais qu'une chose : le français a libéré ma parole, a fait sauter des blocages qui me paralysaient parfois en hongrois, liés à cette parcelle de ma vie fantôme...

   Bien sûr, il faut apprivoiser cet outil merveilleux, le maîtriser tant soit si peu pour essayer de le plier à mes envies. Trouver le mot juste à sa juste place... Il faut parvenir à sentir une langue de l'intérieur de ses entrailles pour que l'écriture devienne charnelle. Humer la couleur des mots... Confusion d'images ? Peut-on humer la couleur ? Pas plus que les mots n'ont de couleurs..
. 

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