Le blog de Flora

"Le Mélomane"

7 Juillet 2008, 18:32pm

Publié par Flora


"...Je ne saurai jamais ce que valait ma petite musique. On est mauvais juge de soi-même... Si je pouvais encore parler, je vous expliquerais la profondeur de cet instant. Toute votre vie s'en trouverait métamorphosée. Je vous offre simplement ma mort, modeste parcelle de la grande symphonie qui tourne dans ma tête. Ne la laissez pas s'enfuir. Voici le final. Ecoutez bien, Corinne! Tendez l'oreille. Habituez-vous à la beauté du son, à sa pureté naturelle. Tâchez de saisir l'essentiel, le moment capital, l'adagietto où tout bascule."

"Le Mélomane", 
in  Petites tombes en viager,  éd. Quorum,  1998



..."
Barnabé Funérailles" ne se contentait pas d'offrir des mises en bière, en terre, en cendres, activités que les concurrents promettaient depuis toujours, à grand renfort de publicités et de rabais alléchants. Outre un service de qualité, physionomies de circonstances, main-d'oeuvre experte et prestations variées pour des factures modiques ne gâtant pas le bonheur des héritiers, elle proposait à ses clients une philosophie, un véritable art de mourir. 
  Plus besoin de se soucier de l'apparence de la veuve, des voisins, des amis, des maîtresses ou amants. Tristesse sincère et recueillement feutré faisait partie du contrat de confiance. satisfait ou remboursé... La perte d'un centenaire reclus depuis vingt ans dans un hospice devenait déchirante. Mieux encore : dès que les larmes commençaient à sécher, que les bouquets menaçaient de faner, les herbes folles d'envahir la tombe, une clause supplémentaire entrait en vigueur, que "Barnabé Funérailles"  était seule à garantir. Vêtu de son costume noir, gants à la main, démarche lente du professionnel, Barnabé rendait visiste aux familles, revigorait le deuil." 

"Une figure d'enterrement", 
in  Petites tombes en viager"  éd. Quorum, 1998

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Ce jour, c'est inéluctablement...

7 Juillet 2008, 17:50pm

Publié par Flora

La mort a depuis toujours obsédé Gilbert, avec son injustice suprême pour un humain, avec son mystère indéchiffrable. Dans de nombreux textes, il tourne autour pour la défier, pour l'apprivoiser. La mort tragique ou dérisoire mais toujours énigmatique qui aura le dernier mot.

"...De l'intérieur, dans sa bouche, son sexe, corps soudain inerte. Encore chaud, déjà froid. Son corps décomposé. J'ai senti sa mort. Senti, pas compris. Je ne comprends jamais. La seconde où tout bascule. La seconde. Le milliardième.
   Son regard éteint et qui pourtant savait. Pour une seconde, un millirdième. Qui savait et ne sait plus. Plus d'elle. Plus rien. Pourriture, poussière, néant. Glisser hors d'elle, la rejeter.
   Son regard au dernier instant. Regard sur moi. Elle savait. Depuis toujours. Démasqués mon orgueil, ma folie. Chercher ce qu'il ne faut pas chercher. Son regard, le dernier. Si éloquent. Sur mon visage. Et le rictus. Cela aussi, elle savait. Mon visage que je n'avais pas su traquer. Regard qui s'éteint. Un milliardième et tout s'en va. Un rat de moins. Bon débarras. Son regard où s'incrit ma mort."


Gilbert Millet : Le jeu de la mort et du hasard  in  Le Déchant , éd. Nestiveqnen,  2005


Cette lucidité impitoyable est difficilement supportable pour la plupart des gens qui préfèrent la contourner ou la masquer par des pensées lénifiantes qui font abstraction de la brutalité insoutenable de la vérité. On peut aussi échafauder des croyances selon lesquelles la mort ne serait qu'une étape  -  puisque cela ne peut pas finir comme ça!  -  et notre parcours continue éternellement sous d'autres formes. Personnellement, je pense comme lui : la mort est bien une fin et cela rend la vie encore plus précieuse, encore plus unique et encore plus admirable! Il n'y a pas de brouillon, on n'a aucune possibilité de corriger la copie...  Et ce n'est pas vraiment triste... On a notre chance sur terre, il ne faut pas la gaspiller. Après? On rejoint la matière qui ne disparaît pas mais se transforme et ce n'est pas grave... Quelques uns nous regretteront un temps, d'autres seront peut-être soulagés qu'on libère une place au soleil. Il est préférable que nous utilisions ce passage si court, si fulgurant au regard de l'éternité, à transmettre quelque chose qui participera à renforcer l'édifice humain, telles les tranches des colonnes du temple d'Aphrodite renforçant les murailles de Constantinople...

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Carmen

6 Juillet 2008, 18:14pm

Publié par Flora

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Questionnement sur la spiritualité

5 Juillet 2008, 17:27pm

Publié par Flora

Je suis sans cesse à la recherche du sens de ce mot, sans son parfum d'encens, sans la certitude d'un monde invisible; un sens à moi, en accord avec l'idée lumineuse des sciences qui cherchent et qui ne se contentent pas de dire : tu ne le sauras jamais, contente-toi de croire à un dieu...

Un jour, quelqu'un m'a dit : "Nous avons élevé nos enfants dans l'ouverture, le doute, le questionnement. Je me demande si nous n'aurions pas mieux fait de leur donner la douce certitude d'une religion au lieu de les exposer à une éventuelle souffrance?"
Cette réfléxion m'a bouleversée et je me suis dit que je préférais cent fois souffrir les yeux ouverts que de me bercer de la vérité d'un dogme.

L'esprit humain créateur qui cherche inlassablement sa place dans l'Univers...
Créer. Créer l'illusion, surtout. Mais aussi, peut-être, créer sa vérité. Ce serait-il cela, la spiritualité?
Quand on trouve le mot juste, l'image, le mouvement, le trait, la couleur et le son justes, n'approche-t-on pas cette vérité un peu, donc le lien entre visible et invisible, comme on entend communément la définition de la spiritualité. Reste la tâche ardue de la faire sienne. Cela relativise beaucoup de choses, nous libère du poids du regard des Autres, même si nous vivons beaucoup dans ce miroir, par ce miroir. Ils sont des ombres mouvantes de notre décor.
Il y a tellement de sujets dont il faudrait faire le tour, sur lesquels il faudrait faire le point. Faire le point, marquer l'étape, avant de continuer à avancer, si possible. 
Vivre  -  est-ce être conscient de ce qu'on est, de ce qui nous arrive, de ce qu'on fait?
Peut-on vivre sans cette conscience? Sans doute. Mais peut-on encore appeler cela vivre?...
  

 

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Un peu de Gilbert...bientôt deux ans...

5 Juillet 2008, 00:52am

Publié par Flora

...De demi-ton en demi-ton, monte la perfection rugueuse des pierres hissées, du plus loin des carrières, par les boeufs massifs avides de se changer en gargouilles, de contempler l'horizon nuageux tout en crachant une pluie sale. Isabelle s'est allongée, dans sa posture de gisant. Cette pétrification est le contraire d'une paralysie. Ainsi couchée, elle sent le choeur se bâtir de sa chair durcie, de ses os, puis le transept, la nef et la façade, le jubé, les voussures, les travées et les voûtes, croisées d'ogives à l'acoustique parfaite que la musique borne et traverse. Sans efforts, son chef-d'oeuvre se hérisse de tours octogonales où culminent le flèches.
               * Denn alles Fleich, es ist wie Gras
                und alle Herrlichkeit des Menschens
                wie des Grases Blumen
L'herbe et les fleurs des champs chatouillent ses paupières, picotent ses narines et c'est la renaissance de la couleur, les vitraux qui se tissent de croches, de clefs de sol, se vitrifient de rondes et de soupirs, d'éclats de verre, résilles de plomb, de triolets où les ouvriers se mettent au travail, échelles, marteaux, sous l'oeil d'un diable jaune. Humble et contrit, Théophile pénètre dans l'église qu'il a fait construire, s'agenouille devant l'autel de la Vierge. [...]
Gilbert Millet : Le Déchant   roman, éd. Nestiveqnen, 2005 

*"Car toute chair est comme l'herbe / toute la gloire de l'homme  / est comme la fleur de l'herbe"
Première Epître de Pierre, deuxième partie du Deutsches Requiem de Brahms.

Le sept juillet 2006, vers sept heures du matin, il a cessé de respirer soudain, laissant béant l'immense espace qu'il occupait jusque là. Depuis, le mystère indéchiffrable de la mort se dresse devant moi à chaque instant : comment peut-on, dans une fraction insaisissable de l'instant, devenir rien, après avoir été tout ? Devenir fantôme de plus en plus évanescent du souvenir...
Je ne possède aucun remède réconfortant d'une croyance en un au-delà, d'une âme bienveillante qui veillerait sur moi. C'est le souvenir puissant d'un combat héroïque de chaque instant qui me transmet son incroyable énergie, suppléant à la tristesse stérile une volonté de faire de chaque jour fugace quelque chose de sensé qui ne le laisserait pas s'enfuir sans laisser de trace.

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Opulence

4 Juillet 2008, 20:18pm

Publié par Flora

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En guise de bienvenue

3 Juillet 2008, 20:07pm

Publié par Flora

Dans mon esprit, démarrer un blog, c'est lancer une bouteille à la mer.
Se raconter ne suffit pas : on espère que quelqu'un repêchera le message et le contact s'établira miraculeusement entre inconnus.
Pour se raconter, il suffirait de s'acheter un bon gros cahier à spirale.
Un blog, pour moi, c'est plus un dialogue  - multiple - qu'un monologue.
Un autre défi se dresse devant moi : la langue. Le français n'est pas ma langue maternelle, j'ai commencé à l'apprendre à 14 ans, au lycée comme seconde langue étrangère, en plus du russe, obligatoire. J'en ai fait mon métier initial : professeur de russe et de français, langues étrangères. Deux langues magnifiquement riches, très éloignées en structure de ma langue maternelle, le hongrois.
Cela fait longtemps (sans donner trop d'indications sur ma date de naissance) que j'ai quitté la Hongrie pour suivre mon mari, un Français échoué dans la Hongrie communiste comme lecteur dans un lycée où j'exerçais mon métier. Le français, je l'ai vraiment appris, dégusté, absorbé avec lui qui était un styliste fin aussi bien dans le quotidien que dans ses romans, essais, nouvelles et pièces de théâtre. Je dis était  car il n'est plus depuis deux ans...
Dans ce blog, je voudrais faire découvrir la littérature hongroise à travers des textes traduits par mes soins.
Je voudrais faire vivre les textes publiés ou non de mon mari pour répondre à ses souhaits, pour en donner à lire à ceux qui ne les connaissent pas encore.
Pour finir, de temps en temps, je vous laisserai entrevoir mes dessins et peintures, autre occupation depuis l'âge de 10 ans...

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3 Juillet 2008, 18:58pm

Publié par Flora

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