Le blog de Flora

Un peu de Gilbert...bientôt deux ans...

5 Juillet 2008, 00:52am

Publié par Flora

...De demi-ton en demi-ton, monte la perfection rugueuse des pierres hissées, du plus loin des carrières, par les boeufs massifs avides de se changer en gargouilles, de contempler l'horizon nuageux tout en crachant une pluie sale. Isabelle s'est allongée, dans sa posture de gisant. Cette pétrification est le contraire d'une paralysie. Ainsi couchée, elle sent le choeur se bâtir de sa chair durcie, de ses os, puis le transept, la nef et la façade, le jubé, les voussures, les travées et les voûtes, croisées d'ogives à l'acoustique parfaite que la musique borne et traverse. Sans efforts, son chef-d'oeuvre se hérisse de tours octogonales où culminent le flèches.
               * Denn alles Fleich, es ist wie Gras
                und alle Herrlichkeit des Menschens
                wie des Grases Blumen
L'herbe et les fleurs des champs chatouillent ses paupières, picotent ses narines et c'est la renaissance de la couleur, les vitraux qui se tissent de croches, de clefs de sol, se vitrifient de rondes et de soupirs, d'éclats de verre, résilles de plomb, de triolets où les ouvriers se mettent au travail, échelles, marteaux, sous l'oeil d'un diable jaune. Humble et contrit, Théophile pénètre dans l'église qu'il a fait construire, s'agenouille devant l'autel de la Vierge. [...]
Gilbert Millet : Le Déchant   roman, éd. Nestiveqnen, 2005 

*"Car toute chair est comme l'herbe / toute la gloire de l'homme  / est comme la fleur de l'herbe"
Première Epître de Pierre, deuxième partie du Deutsches Requiem de Brahms.

Le sept juillet 2006, vers sept heures du matin, il a cessé de respirer soudain, laissant béant l'immense espace qu'il occupait jusque là. Depuis, le mystère indéchiffrable de la mort se dresse devant moi à chaque instant : comment peut-on, dans une fraction insaisissable de l'instant, devenir rien, après avoir été tout ? Devenir fantôme de plus en plus évanescent du souvenir...
Je ne possède aucun remède réconfortant d'une croyance en un au-delà, d'une âme bienveillante qui veillerait sur moi. C'est le souvenir puissant d'un combat héroïque de chaque instant qui me transmet son incroyable énergie, suppléant à la tristesse stérile une volonté de faire de chaque jour fugace quelque chose de sensé qui ne le laisserait pas s'enfuir sans laisser de trace.

Commenter cet article
A
OK, alors, ne parlons plus de Dieu. Mais que vous devez être anéanties par ce néant qui vous guette ! avancer, connaître, aimer... à quoi bon, si tout s'arrête avec la mort ? En ce cas, autant en finir tout de suite, car cela ne m'intéresse pas. Qu'est ce que la vie ? aucun scientifique n'est capable d'y répondre. Comment la pensée peut naître de cet agglomérat mou et visqueux qu'est le cerveau ? Idem. J'ai une idée folle en tête : et si Dieu (encore !) s'était éparpillé dans tout l'univers un jour de big bang et que chaque être vivant, "humain", animal ou végétal, par sa propre existence, sa quête de connaissance et l'art qu'il cultive, qu'il soit musical, littéraire, musical, ou autre, recollait les morceaux de ce dieu éparpillé par sa propre contribution comme les pièces d'un puzzle, jusqu'à ce que celui-ci soit entièrement reconstitué et unifié, aboutissement de la beauté, de l'amour et de la connaissance... Un petit bout de dieu dans chaque parcelle de vie, dans chaque microcosme, dans chaque pensée. Ne zappez pas, j'arrête ici mes divagations. Hubert Reeves, célèbre astronome, disait qu'à force de voir de plus en plus loin dans l'univers, on finirait par apercevoir le doigt de Dieu... Piouhh, on n'en sortira pas !
Répondre
B
Tu as raison, Flora, et même si je t'ai dit un jour que Gilbert te tendrait la main pour que tu continues à avancer, c'était bien sûr une métaphore.Mais une métaphore qui a du sens, puisque effectivement, tu continues à avancer pour perpétuer son souvenir et son oeuvre.
Répondre
F
Chère Ame chopinienne,<br /> Je crois connaître ton idée sur le monde invisible et tu as raison, je n'y crois pas : pourquoi mêler un dieu à toutes les sauces? Questionnement peut signifier : soif de comprendre, d'apprendre, de découvrir.<br /> Pour moi, au contraire, l'esprit est un produit de la matière et qui cesse d'exister avec la mort de cette forme de la matière...
Répondre
A
Les textes de Gilbert sont vraiment magnifiques !<br /> Non, Gilbert n'est pas mort. Seule son enveloppe physique l'est. Le corps est un véhicule que l'esprit reçoit lorsqu'il s'incarne pour mener sa vie terrestre. Lorsque ce véhicule est trop usé ou abîmé, l'esprit doit le quitter, mais l'esprit demeure sur un autre plan vibratoire. <br /> Même si tu crois que tu ne crois pas, je sais que tout ce questionnement qui te tenaille de plus en plus fort est un appel vers Dieu. Je te conseille la prière, pas de celles qui se trouvent dans les livres religieux, mais celle que tu formuleras sincèrement au plus profond de ton coeur.
Répondre
L
2 ans ou hier ,la Présence de Gilbert est<br /> je crois à la vie invisible et aux souvenirs<br /> impalpables et puissant!
Répondre