Le blog de Flora

Ce jour, c'est inéluctablement...

7 Juillet 2008, 17:50pm

Publié par Flora

La mort a depuis toujours obsédé Gilbert, avec son injustice suprême pour un humain, avec son mystère indéchiffrable. Dans de nombreux textes, il tourne autour pour la défier, pour l'apprivoiser. La mort tragique ou dérisoire mais toujours énigmatique qui aura le dernier mot.

"...De l'intérieur, dans sa bouche, son sexe, corps soudain inerte. Encore chaud, déjà froid. Son corps décomposé. J'ai senti sa mort. Senti, pas compris. Je ne comprends jamais. La seconde où tout bascule. La seconde. Le milliardième.
   Son regard éteint et qui pourtant savait. Pour une seconde, un millirdième. Qui savait et ne sait plus. Plus d'elle. Plus rien. Pourriture, poussière, néant. Glisser hors d'elle, la rejeter.
   Son regard au dernier instant. Regard sur moi. Elle savait. Depuis toujours. Démasqués mon orgueil, ma folie. Chercher ce qu'il ne faut pas chercher. Son regard, le dernier. Si éloquent. Sur mon visage. Et le rictus. Cela aussi, elle savait. Mon visage que je n'avais pas su traquer. Regard qui s'éteint. Un milliardième et tout s'en va. Un rat de moins. Bon débarras. Son regard où s'incrit ma mort."


Gilbert Millet : Le jeu de la mort et du hasard  in  Le Déchant , éd. Nestiveqnen,  2005


Cette lucidité impitoyable est difficilement supportable pour la plupart des gens qui préfèrent la contourner ou la masquer par des pensées lénifiantes qui font abstraction de la brutalité insoutenable de la vérité. On peut aussi échafauder des croyances selon lesquelles la mort ne serait qu'une étape  -  puisque cela ne peut pas finir comme ça!  -  et notre parcours continue éternellement sous d'autres formes. Personnellement, je pense comme lui : la mort est bien une fin et cela rend la vie encore plus précieuse, encore plus unique et encore plus admirable! Il n'y a pas de brouillon, on n'a aucune possibilité de corriger la copie...  Et ce n'est pas vraiment triste... On a notre chance sur terre, il ne faut pas la gaspiller. Après? On rejoint la matière qui ne disparaît pas mais se transforme et ce n'est pas grave... Quelques uns nous regretteront un temps, d'autres seront peut-être soulagés qu'on libère une place au soleil. Il est préférable que nous utilisions ce passage si court, si fulgurant au regard de l'éternité, à transmettre quelque chose qui participera à renforcer l'édifice humain, telles les tranches des colonnes du temple d'Aphrodite renforçant les murailles de Constantinople...

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A
C'est la croyance qui est au centre de tout, c'est vrai ! même penser que la mort est la fin de tout est une croyance ... Les croyances permettent de rendre la vie tolérable - il suffit de savoir que ce sont des croyances pour rester lucide ! Tu dis que "après", on rejoint la matière ... pourquoi seulement la matière ? Beaucoup de composantes forment l'Univers et particulièrement des composantes qui dépassent notre entendement ! vaste sujet de réflexion merci de l'aborder ... j'ai moi aussi accompagné quelqu'un que j'aimais au seuil de l'"après" ...
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F
<br /> <br /> L'éducation très matérialiste que j'ai reçue dans la Hongrie communiste (même si elle tolérait que le curé vienne faire du catéchisme à l'école, mais nous n'étions pas à une<br /> schizophrénie de près...) m'a beaucoup imprégnée. Que l'esprit soit une foction de la matière et que nous réintégrions celle-ci avec la mort me réconforte, me rassure; que les émotions soient<br /> finalement les résultats du fonctionnement de telle ou telle partie du cerveau et du corps en résonance me plaît énormément parce qu'au lieu de déchirer la brume poétique, elle donne un éclairage<br /> lumineusement scientifique donc rationnel, donc plus maîtrisable de tout cela...<br /> Mais ce n'est que le début de la réflexion, cher Antiochus. Merci de ta visite.<br /> <br /> <br /> <br />