Le blog de Flora

memoires

Etoiles immuables...

6 Octobre 2011, 13:18pm

Publié par Flora bis

   Quand on envisage de raconter quelques souvenirs, la question "pour quoi faire?" apparaît immédiatement. Pour l'incursion vers une jeunesse fugace et révolue? Pour en faire profiter un auditoire qui n'en demandait pas tant? Le fantôme de Marcel P. avec sa madeleine trempée dans l'infusion de la tante Léonie nous effleure. Raconter, oui, mais c'est le "comment" qui aura toute son importance! Je pense à mon père: quand il lançait la machine à rembobiner les souvenirs, l'auditoire demeurait suspendu à ses aventures et surtout, à sa façon de les éveiller qui semblait lui faire revivre l'histoire, nous invitant au beau milieu, avec le sourire et une larmichette parfois... 

   Difficile d'être à la hauteur des modèles évoqués! Marcel, ce n'est même pas la peine de le viser, il est inégalable! Comment rendre aux choses quasi insignifiantes du quotidien une portée universelle? Je n'ai point cette prétention. Alors, peut-être, pour fixer le temps; du moins, s'en donner l'illusion...

   Je viens de relire un roman*, au bout d'une cinquantaine d'années. Rien que le chiffre me donne le vertige! J'avais envie de me confronter à l'enfant passionnément boulimique de lectures que j'avais été. Avec la nécessité des mots sous les yeux, ne serait-ce qu'une page de journal ou un vieil almanach en lambeaux, partout, même à table, jusqu'à ce que la sanction tombe...

   Ce livre a marqué mon imagination: je l'ai entamé à l'époque comme on visite un temple célèbre, avec l'attente d'un enchantement qui ne décevrait pas. J'y ai souvent pensé depuis, avec l'envie de replonger, adulte, dans les six cents pages, pour savoir si la magie opérerait toujours...

   Tous les jours, depuis un mois, il m'attendait sur ma table de nuit et j'ouvrais la porte dérobée de la fin de la soirée où ma vie française pouvait s'évanouir pour laisser la place à l'univers de la langue hongroise, partagé avec moi-même, avec mon enfance aussi... J'entrais dans les pages comme dans un nid douillet et familier où les phrases ressurgissaient, empreintes intactes dans la glaise de la mémoire...

* il s'agit du roman de Géza Gárdonyi: Egri csillgok (Etoiles d'Eger), non encore traduit en français à ma connaissance    

 

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Retour sur terre

30 Août 2011, 23:18pm

Publié par Flora

DSCN0526.JPG L'atterrissage est difficile... Je tente une prudente ré-acclimatation, pas à pas, après seulement un peu plus de 15 jours d'absence, mais quel dépaysement! Je regagne mes 16-18° sous un ciel gris, après avoir quitté un été véritable, un soleil ardent qui a fait grimper le thermomètre jusqu'à 44°... Sensation étrange d'avoir plus chaud à l'extérieur qu'à l'intérieur de sa tête... Ca, c'était dans le sud-est de la Hongrie, la semaine dernière... Beaucoup de retrouvailles, parfois inattendues, famille, famille, soleil, chaleur...

   Cependant, ce sont les 3 premiers jours des vacances qui m'ont marquée. Une halte à Venise. Une destination banalisée par la masse de touristes que la ville engloutit tous les ans. Pour certains, le voyage de leur vie. Pour d'autres, retour répété, nostalgique. Pour moi, une envie que je croyais à jamais inassouvie, et je m'y suis résignée. Il y a tant de rêves qui restent en suspens: l'essentiel n'est-il pas d'en avoir encore? Nous avions projeté ce voyage avec Gilbert, en 2005. L'évolution de sa maladie en a décidé autrement. Et tout d'un coup, mon fils m'offre ce cadeau... Dans le vaporetto nous amenant place San Marco, l'émotion me submerge: tant de beauté quasi sans une fausse note, concentrée dans un seul endroit est suffocant. Ceux qui me connaissent savent que je ne pleure pas facilement, surtout en public. Derrière mes lunettes de soleil, mes larmes coulent sans retenue.

DSCN0486.JPG

   Nous avons beaucoup arpenté les rues, traversé des canaux par les innombrables petits ponts bossus pour laisser passer les gondoliers debout à l'arrière de leurs barques finement élancées. Mes petites-filles trottinaient bravement, demandant parfois à être portées sur les épaules de papa ou de maman. Je ne voulais pas leur infliger les visites de tous les musées, seulement le Palais des Doges. Je voulais surtout m'imprégner de l'atmosphère unique de la ville, secrète comme sous un masque: on ne peut deviner ce qui se cache en-dessous... Beauté divine ou laideur défraîchie?... Les façades sont d'une splendeur à couper le souffle, même dans leur délabrement émouvant. Cette décrépitude due à l'humidité fait partie du charme, elle appartient à leur vérité.

   La fière république vénitienne qui a choisi Saint Marc comme emblème pour mieux affirmer son indépendance. La Sérénissime! Une ville qui est un personnage. Enigmatique, séductrice comme une ombre masquée qui nous attire irrémédiablement dans les dédales de ses secrets... 

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Souvenir lointain...

2 Mai 2011, 11:05am

Publié par Flora

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Décidément, ce blog est de moins en moins sérieux... J'ai eu envie de publier cette photo, prise à Berlin en février 1977. A l'époque, jeunes et beaux (si, si!) nous venions d'arriver, en même temps que sept autres coopérants, célibataires ou en famille, sensiblement du même âge que nous: la trentaine à peine. Je me souviens avoir regardé les deux pères de famille de 40 ans comme des "ancêtres"... 

   Cette photo est prise chez un couple d'Allemands, collègues de Gilbert au Lycée Franco-Allemand. Pour ceux qui nous connaissent mais ont du mal à nous reconnaître, de gauche à droite: René, sémillant professeur de physique-chimie, au charme irrésistible qui dévoile une cuisse candide de-dessous la jupe écossaise, au milieu, moi-même, dissimulée sous une perruque noire et un loup, en gitane improbable, et à droite, Gilbert, se contentant de m'emprunter perruque rousse, robe (!) collier et bracelets, sans oublier le col en plumes d'autruche rouges... Hélas, en matière de chaussures, il doit se contenter de ses baskets, car entre mes 37 et ses 44, la distance est infranchissable... Je dois préciser que c'était en période de carnaval. Nous avons traversé tout Berlin-Ouest dans cet accoutrement, espérant ne subir aucun contrôle de police...

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Lundi de Pâques en Hongrie

28 Avril 2011, 12:20pm

Publié par Flora

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/Le lundi de Pâques, du moins dans mon enfance, était soigneusement préparé d'avance. Nous faisions cuire des dizaines d'oeufs dans une énorme marmite, en compagnie d'un gros jambon et des saucisses maison. Ensuite, la phase de la teinture des oeufs pouvait débuter. Les dessins étaient reportés à la cire sur la coquille, puis les oeufs plongés dans la teinture spéciale et multicolore. Parfois, nous vidions l'oeuf, avant d'entreprendre la décoration mais c'était une manoeuvre éminemment délicate à cause de la fragilité de la coquille... Avez-vous déjà essayé de vider un oeuf sans briser la coquille?...

husvet .locsolas stern de A quoi servaient ces oeufs? Ils étaient destinés aux garçons qui devaient passer dès le lever du soleil pour arroser les filles! Ils faisaient le tour du village et après avoir récité un court poème de circonstance, ils demandaient la permission d'arroser les filles. Plus nous recevions d'eau, meilleurs étaient les pronostics de bonne santé! Les filles négligées en éprouvaient une tristesse infinie...

   Les femmes plus mûres n'étaient pas oubliées non plus, même si elles passaient après. Je me souviens, mon père s'y prenait très tôt, sur le coup des 4-5 heures du matin, pour être sûr de me trouver encore au lit. Quel plaisir de soulever la couette et d'un geste rapide, d'envoyer une carafe d'eau en guise de réveil!

   Plus tard, les moeurs ont commencé à s'adoucir quelque peu. L'eau de Cologne a remplacé le seau d'eau, et à la fin de la matinée, nos cheveux et vêtements embaumaient d'un mélange indescriptible de senteurs fleuries...

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Bribes de mémoire 79. Petit retour à Istanbul

1 Mars 2011, 11:04am

Publié par Flora

st sophiePetit retour à Istanbul... Nous en sommes à la première année de notre séjour. Nous habitons au grand carrefour de la Fıruzaĝa camii, que nous appelons "Mosquée rose" et qui devient "Mosquée verte" quelques années plus tard, à la suite d'une rénovation de la façade (sur la photo, c'est la monumentale Sainte-Sophie sous la neige, la même année). Notre immeuble fait l'angle en face de la mosquée, le minaret trapu à quelque 20 m de notre balcon. Ainsi, les appels à la prière rythment mes journées (et une partie de la nuit), les haut-parleurs braqués sur nos fenêtres.

   L'appartement est très agréable, lumineux, refait à neuf et à un loyer abordable. Ce dernier aspect est dû au fait que nous n'avons pas la vue sur le Bosphore ou la Corne d'Or, obsession de tous les Français du quartier de Cihangir. Avec le temps, quelques autres inconvénients font surface. En premier lieu, les coupures d'eau permanentes. A l'époque à Istanbul, si l'immeuble ne possède pas un énorme réservoir d'eau, les locataires n'ont, au mieux, que quelques heures d'un maigre filet par jour. Idem pour le gaz: la pression est si basse que tout le monde se fait livrer des bouteilles de gaz.

   Nous sommes vraiment des novices et cette première année est destinée à nous forger quelques expériences. Par exemple, le petit réservoir individuel dans la salle de bains aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Mais nous sommes trop pressés de quitter la chambre exiguë de l'hôtel où nous nous entassons à trois depuis 15 jours.

   En principe, le fonctionnement du réservoir est automatique: le robinet de l'arrivée d'eau s'ouvre tout seul et se ferme automatiquement lorsque le réservoir est plein. Cela se produit généralement aux alentours de 2 heures du matin et s'annonce avec force de gargouillements qui sonnent doux à nos oreilles, malgré l'heure tardive: il y aura de l'eau pour demain!

   Avec le temps, nous acquérons un rythme et une organisation confortables, jusqu'à la panne qui doit fatalement arriver! Nous nous réveillons à l'inondation massive de notre appartement due au robinet qui se refuse soudain à tout automatisme. Nous épongeons une bonne partie de la nuit. A partir de ce moment, nous devons guetter l'arrivée de l'eau et le remplissage du réservoir, pour l'ouvrir et le refermer manuellement... En pleine nuit.

   Je cois que j'ai fait le tour de tous les plombiers (nombreux) du quartier mais aucun ne trouve la solution. Au bout d'un an, de guerre lasse, je me remets à la recherche d'un nouvel appartement, avec vue sur le Bosphore, et ma première question, avant même le montant du loyer, sera: "Y a-t-il un réservoir?"... 

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Macar lezzeti soframızda (Saveurs hongroises à notre table)

27 Janvier 2011, 20:13pm

Publié par Flora

elele 2 0001 NEW L'autre jour, en fouillant mon capharnaüm préféré, je suis tombée sur le numéro d'octobre 1989 de la revue mensuelle turque "Elele", périodique sur papier glacé pour femmes qui traite de tous les sujets, de la psychologie à la société, en passant par la mode, la culture, l'astrologie et même la sexologie... A ma grande surprise, une des journalistes francophone de la revue m'a téléphoné pour me proposer de participer à un reportage dans la série "Dünya kadınları ve mutfakları" ("Femmes et cuisines du monde"), dont j'étais censée occuper le troisième volet.

   Ceux qui me connaissent dans la vie, savent que je n'ai jamais été un cordon bleu, même s'il m'arrivait de faire illusion parfois, aux grandes occasions; hélas, je suis dépourvue d'imagination dans l'art de la cuisine... Je déplore ce handicap, ce manque de vocation car c'est une tâche dont il faut s'acquitter, alors, autant le faire avec plaisir et créativité!

elele-plats_NEW.jpgLe photographe et la journaliste ont débarqué dans notre salon de Cihangir, avec tout le matériel, appareils photos, projecteurs et le "parasol", sans oublier le magnétophone. J'avais déjà préparé tous les plats, il ne me restait plus qu'à me maquiller, à m'habiller pour la photo... Pour peu, je me serais sentie comme la star en herbe qui reçoit son premier intervieweur... Heureusement, il me restait assez de sens de dérision pour m'amuser à l'idée de représenter la cuisine hongroise avec ma mince vocation!

   A la fin de la séance, il ne nous restait plus qu'à finir les plats en compagnie de toute l'équipe. Pour être honnête, ils se sont régalés avec la soupe aux boulettes de foie de volaille et à la crème fraîche, le poulet au paprika avec ses petites pâtes faites à la main et pour finir, les crêpes aux noix et au fondant chocolat... Ce n'était pas vraiment hypocalorique mais délectable...

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Bribes de mémoire 78. Algérie

8 Décembre 2010, 09:58am

Publié par Flora

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   Sur la photo, on voit notre tente berbère sous laquelle nous avons passé une nuit, faute d'avoir trouvé de place dans un des petits hôtels près d'El Oued. Nous voyagions avec nos amis et voisins belges, un jeune couple de Malmédy. "L'hôtel" comportait deux "chambres", séparées d'une tenture, les matelas posés à même le sol mais garnis de draps et de couvertures. Le vent de sable de la nuit ne s'est pas laissé intimider par l'obstacle approximatif et au petit matin, nous avons senti les minuscules grains infiltrés partout : dans la bouche, le nez, les yeux et même les oreilles! La toilette se faisait à un robinet solitaire, un peu à l'écart...

   A un autre moment de nos périples, c'est l'armée algérienne qui a dépanné les touristes coopérants qui devaient tous choisir le même moment pour se déplacer : les maigres vacances. Nous étions une douzaine sous la vaste tente couleur camouflage, serrés comme des sardines! Mais à 25 ans, nous n'étions point embourgeoisés...

   Un autre souvenir marquant : au petit hôtel de Biskra, il ne restait qu'une chambre de libre que nous avons réservée avec empressement. Au moment de sortir pour dîner, nous avons demandé la clé pour fermer notre porte. Le patron, imperturbable, nous a répondu qu'il n'y en avait qu'une pour toutes les chambres et quelqu'un l'avait déjà prise...

    Le vent de sable... Néophytes, nous en avions entendu parler par des coopérants endurcis qui rentraient de leur baroud d'avec le Sahara, couverts de sable, cuivrés de soleil, le devant de leurs voitures badigeonné d'une généreuse couche de graisse dont nous nous demandions encore l'utilité... Nous ne pouvions pas nous figurer la force acérée de ces minuscules grains, si fins et si doux au toucher, lorsque le vent, soulevé d'on ne sait où, les rabattait avec une agressivité inouïe, mettant à nu la carrosserie avec l'efficacité du papier de verre. Nous l'avons rencontré au sud d'El Goléa. En un instant, nous nous sommes retrouvés dans un brouillard impénétrable, composé de grains de sable tourbillonnants. Tout a disparu autour de nous : plus de piste, plus de soleil, nous avons perdu le nord dans tous les sens du terme... Les roues de la voiture ont été ensevelies et nous avons dû abandonner toute tentative de les dégager à cause des yeux pleins de sable. Nous nous sommes réfugiés à l'intérieur où notre petit guide attendait, impassible. Il n'y avait plus que ça à faire : attendre. Soudain, une camionnette fantôme a surgi du brouillard. En quelques minutes, les trois hommes ont remorqué notre 204 sur la piste qu'ils étaient seuls à reconnaître, dans la purée de pois chiche...

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Bribes de mémoire 77. Être prof de russe en Algérie

24 Novembre 2010, 12:11pm

Publié par Flora

piknik-Szahara.jpgPendant les 2 ans de notre séjour, j'ai enseigné la langue russe dans un établissement pour garçons, le lycée Youghourta de Constantine. Drôle d'aventure pour la jeune prof que j'étais, avec 3 ans d'expérience professionnelle derrière moi, dans un lycée paisible de la province hongroise.

   Nous sommes en 1974. L'indépendance n'a que douze ans, beaucoup de blessures commencent tout juste à cicatriser. Pour moi, la guerre d'Algérie est très abstraite, je n'en ai eu que quelques échos très lointains, très scolaires et peu objectifs. Je comprends rapidement que l'objectivité a du mal à s'imposer, de part et d'autre des protagonistes. Le régime Boumediene se tourne vers le bloc communiste pour lui envoyer des coopérants dans les domaines de l'enseignement, de la médecine, de l'industrie, sans se refuser pour autant la coopération occidentale, dont la France reste majoritaire. Après le retrait des Français, le jeune pays indépendant manque cruellement de cadres et fait un gros effort de formation.

   On enseigne le russe au lycée Youghourta mais curieusement, les cinq jeunes femmes fraîchement sorties de leur fac de Sibérie, spécialisée dans l'enseignement en français des matières scientifiques, à destination des pays francophones, anciennes colonies, sont profs de maths, de chimie, de physique, me laissant en charge la langue russe. J'ai des moitiés de classes (l'autre partie faisant anglais ou allemand) qui regroupent plusieurs niveaux d'âge d'élèves, avec des connaissances très médiocres. Pas étonnant : ils se demandent  -  et me posent aussi la question  -  "Madame, à quoi ça va nous servir?" Difficile à dire. A part une bourse pour des études en URSS, je ne le vois pas. Ils me demandent aussi, plus bizarrement, si le russe que je leur apprends est le même d'un bout à l'autre du pays, si l'on se fait comprendre avec les mots que je leur enseigne? J'ai saisi plus tard le sens de la question : l'arabe littéraire que l'on apprend à l'école se heurte aux nombreux dialectes du vaste pays et ils me disent que le journal est souvent lu par un "initié" qui le "traduit" pour les autres... Je les rassure : "mon" russe est le même pour tout le monde!

   Mes élèves ont entre 15 et 20 ans. Moi, quelques années de plus. Ils ont du mal à se plier à l'autorité féminine. La plupart de mes jeunes collègues russes craquent en cours d'année, rapatriées sanitaires... Idéologiquement, elles ont été préparées à beaucoup de choses, mais pas à l'hostilité, aux moqueries des élèves qui raillent leur accent parfois incompréhensible. Les cris, l'autorité braquée sont hautement déconseillés, contre-productifs. Ma curiosité insatiable envers l'humain, son originalité me vient en aide. J'ai envie de les découvrir, de les déchiffrer. En dehors de tenter de leur communiquer un peu de plaisir à apprendre cette langue si difficile, si éloignée de leur culture, je discute beaucoup avec eux. La liberté, l'égalité de la femme algérienne n'existe que sur papier, et encore... Cela génère des discussions  fort intéressantes avec mes grands élèves qui se préparent à la vie adulte, qui me font part de leurs rêves... 

* photo prise dans le Sahara (mon beau-père, Gilbert et moi)

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Bribes de mémoire 76. Le Sahara... suite

9 Novembre 2010, 21:27pm

Publié par Flora

Ghardaïa palmeraie

 

   Le Sahara, mythe inépuisable, nous attire comme un aimant. Notre 204 parcourt des milliers de kilomètres, sur des routes plutôt carrossables : nous n'avons pas le temps de pousser jusqu'à Tamanrasset, affrontant les pistes. En dépit de ces précautions, nous essuyons quelques vents de sable qui feront rendre l'âme à la batterie, après notre retour à Constantine.

   Pour nous, peu de repères dans l'étendue désertique. Quelques troupeaux de dromadaires, de minuscules palmeraies, des oasis signalées de loin par la tache de verdure qui les dissimule, petites maisons en pisé, dans toutes les nuances de l'ocre des dunes alentour. A nos yeux de touristes, peu de végétation dans le sable, encore moins sur les cailloux. De quoi peuvent bien se nourrir les ânes, les dromadaires ou les chèvres? Où sont ramassés les maigres fagots charriés par les bêtes ou les humains?...

   Un jour, nous croisons un homme enturbanné, emmitouflé dans son burnous blanc et nous le prenons en stop.  Taciturne, il nous fait signe de démarrer. Pendant une bonne demi-heure, il ne prononce pas un mot, sans doute ne parlant pas le français. La route demeure inchangée, serpentant entre les dunes, sans le moindre arbrisseau ou poteau signalétique... Soudain, notre passager nous fait signe de nous arrêter. Après un muet signe de la main, il disparaît derrière les crêtes... Comment a-t-il reconnu le bon port? Mystère...

   A Timimoun, la ville rouge, nous avons vraiment l'impression de frôler le Sud... Soleil écrasant, maisonnettes basses aux ouvertures minimales. Les gens ont la peau presque noire, tannée par la chaleur. Accroupis au pied des murs, devant les maisons, ils n'ont même pas l'envie de chasser les mouches posées sur le coin de la bouche, des yeux... Asthénie totale... Nous entrons dans la boutique d'un photographe. Quelques boîtes de pellicules orphelines sur une étagère. L'homme est heureux de tomber enfin sur des touristes. Il insiste pour nous offrir le thé. Dans l'arrière-boutique où se trouve aussi sa couche, nous nous installons sur un tapis autour d'un petit brûleur à gaz pour assister à une authentique cérémonie du thé du désert, avec le bloc de sucre brisé, le thé versé de haut, le tout sans un mot, avec le sourire et le silence échangés. Je lui laisse ma superbe casquette jaune en souvenir...      

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Bribes de mémoire 75. Ghardaïa, le M'Zab

18 Octobre 2010, 17:18pm

Publié par Flora

Gharda a 2En mars 1975, nous avons réalisé notre première expédition d'une semaine vers le Sud, jusqu'à El Goléa. Cela fait un millier de kilomètres de Constantine mais il en reste autant jusqu'à Tamanrasset! 

   Le but principal du voyage était Ghardaïa, ville secrète, cachée au fin fond du M'zab. Les ancêtres des habitants, les Mozabites, s'étaient retirés dans ces terres déshéritées, fuyant les persécutions religieuses. Dans un paysage lunaire, tout d'un coup, après le dernier virage, cinq petites villes se dressent sur cinq collines voisines. Emergeant de la palmeraie, les rues étroites escaladent les monticules, couronnées d'un minaret élancé, blanc ou ocre. Nous voici en pays mozabite.

   Les hôtels minuscules étaient complets et nous avons trouvé dans une des petites villes, à Beni Isguen, un hébergement de fortune qui nous a enchantés. En effet, la chaleur étant suffocante pendant une bonne partie de l'année, beaucoup d'habitants se réfugient dans leurs villas, dans la fraîcheur de la palmeraie. En mars, ces villas étaient encore disponibles.

   La nôtre, blanchie à la chaux à l'extérieur comme à l'intérieur, avec de petites pièces pour maison de poupée, au plafond bas en bois de palmier, meublées très sommairement d'un matelas par terre, était dépourvue de fenêtres. A l'étage, on trouvait l'immanquable terrasse pour y dormir à la belle étoile, pendant les nuits d'été...

   Je vous laisse imaginer  le lever du soleil sur cette même terrasse (voir photo ci-dessus), avec la mer verdoyante des cimes des palmiers à nos pieds, le calme absolu à l'abri des bruits de la ville, les ingénieux réseaux de barrages et de canaux d'irrigation pour recueillir les rares pluies.  

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