Le blog de Flora

memoires

Faut-il rêver?...

1 Juillet 2012, 20:00pm

Publié par Flora bis

Ortak-y.jpg Hier soir, j'ai enfin pu regarder la rediffusion de "Faut pas rêver" de FR3 qui nous a fait voyager à travers la Turquie... L'occasion de constater à quel point la nostalgie était toujours au rendez-vous, intacte. Après 22 ans...

   Je me souviens de notre départ définitif, en juillet 1990, après un séjour de six ans. Notre voiture surchargée longeait les rives du Bosphore, par une journée ensoleillée. Je regardais la mer, étincelante, sillonnée par d'innombrables embarcations de toute taille, infatigables, et je pensais: il n'est pas possible que je voie ce spectacle que j'aimais tant, sans jamais m'en lasser, POUR LA DERNIÈRE FOIS! Et miracle: quelques minutes plus tard, nous nous sommes aperçus avoir oublié dans l'appartement d'Ata bey dont nous venions de rendre les clés, les sandwichs destinés pour le long voyage! Nous avons rebroussé chemin et ainsi, j'ai pu revoir mon cher Bosphore deux fois encore!

   Nous y sommes retournés six ans plus tard, invités au mariage de deux anciens élèves de Gilbert. Nous avons revisité les endroits jadis familiers, constatant les changements, nous nous sommes replongés dans le fourmillement multicolore et bruissant. L'émotion ne m'a pas lâchée. Cependant, quelque chose manquait pour que la magie puisse pleinement opérer: nous n'étions plus que des "touristes"! Nous étions privés de ce sentiment chaud et délicat de "chez nous". Nous étions de passage. J'ai eu l'intime et douloureuse certitude que je ne pourrais plus retrouver la chaleureuse familiarité avec les gens et les lieux, seulement ses miettes dissoutes dans les vagues de nostalgie qui ne cessent de m'étreindre, sans doute à jamais...

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Rapide escapade au printemps...

22 Mai 2012, 14:13pm

Publié par Flora bis

   Une semaine... Durée bâtarde pour mettre de la distance entre "ici" et "ailleurs". Se ré-acclimater à la terre natale. A l'enfance, aux traces du passé. Si toutefois c'est encore possible...

   Dans la voiture, le trajet est long (1650 km), effectué d'un seul trait, de nuit et sous la pluie, avec des murs ininterrompus de camions, pressés d'avaler de la route avant l'arrêt forcé du week end. Les petites dorment tant bien que mal.

   Chez ma tante, près de la frontière autrichienne, nous faisons halte pour quelques heures. Elle supporte sa maladie avec son stoïcisme habituel, sachant que son temps est compté. Son sourire m'accompagnera toujours, souvenir de mes vacances heureuses, du temps où tout était encore à venir et semblait possible...

DSCN0573.JPG A cinq, nous fondons sur la solitude de ma mère. Solitude mal supportée et qui dure depuis 1995. La mort de mon père la plonge dans le veuvage à 67 ans. Huit ans plus tard, celle de mon frère, encore plus prématurée à 53 ans, lui assène un deuxième coup dur. Elle qui n'a jamais supporté la solitude est bien servie, tellement imprégnée de son malheur que parfois, elle laisse échapper un: "Tu ne sais pas ce que c'est d'être seule!" A moi de lui rappeler que c'est aussi mon cas depuis bientôt 6 ans et que j'avais dix ans de moins qu'elle lorsque cela m'est arrivé... Peine perdue, recroquevillée sur son malheur, refusant de voir les efforts bienveillants de son entourage, elle rumine son aigreur. Culpabilisante car c'est un peu le but, consciemment ou inconsciemment...

   Personnage de roman, ma mère. Un jour, il faudra que je l'écrive. Il n'y a pas de vie sans histoire. Si j'ai un talent, véritablement, pour l'écriture, il faudra que je lui dresse son monument de mots... 

   

 

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Scarlett et la robe bleue

31 Mars 2012, 18:57pm

Publié par Flora bis

Scarlett-Johansson_NEW.jpg La photo m'est tombée sous les yeux tout à fait par hasard. Scarlett Johansson dans une robe de dentelle couleur saumon qui laisse transparaître sa peau diaphane. Un air du siècle dernier...

   J'ai lu il y a quelque temps que nos souvenirs ne se trouvent pas bien rangés sur des étagères de notre mémoire, mais qu'il faut les recréer à chaque évocation. Quand nous disposons des photos les ayant figés pour (presque) l'éternité, la re-création est plus aisée, plus précise.

   Ma robe en dentelle bleu ciel... En un instant, elle a glissé à la place de Scarlett Johansson. Ma cousine dont le placard regorgeait de bouts de tissus, destinés à répondre à ses inspirations fulgurantes de couturière instinctive (qui la prenaient parfois en pleine nuit), m'avait offert ce bout de dentelle bleue, avec l'étoffe de la même couleur pour la doublure. J'ai dessiné moi-même le modèle, moulant, très simple, pour mettre en valeur la matière. Les cinquante kilos de mes vingt ans permettaient des audaces...

   Vers la fin des années soixante en Hongrie, à l'époque de l'appareil-photo relativement rare et des pellicules en noir et blanc, on ne faisait pas les tonnes de photos qui nous entourent maintenant. L'image était plus rare et plus regardée, tandis que l'homme d'aujourd'hui, enseveli, bombardé en permanence, y jette un coup d'oeil rapide et passe à la suivante...

   Ma robe bleue à la soirée d'étudiants qui était encore réellement dansante... Surtout des slows, nous permettant de timides corps à corps, apprentissage de la proximité de l'autre, "collé-serré" aussi, test efficace pour savoir si on désirait poursuivre l'aventure... Je me vois nettement avec cette robe, ce nuage bleu serré autour de moi, irradiant sans doute de l'attente pleine d'espoir et de soleil de la rencontre merveilleuse possible car je passe d'un bras à l'autre toute la soirée... Sans avoir croisé le prince charmant.

   Il n'existe aucune photo de la robe en dentelle bleue. Ces images désuètes, du siècle passé, survivent uniquement dans ma mémoire et s'évanouiront avec elle, à leur tour... 

    

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De l'hiver, du vrai...

7 Février 2012, 17:38pm

Publié par Flora bis

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   "Un froid sibérien s'est abattu sur la France! " Les médias se donnent le mot pour décrire le temps inhabituel qui sévit depuis quelques jours. Nous sommes en février, cela n'a rien d'étonnant... Normalement. Serions-nous tellement ramollis par le confort et les hivers doux qu'ils auraient effacé de notre mémoire tout souvenir de la saison blanche?...

   Ces excès de langage me ramènent quelques décennies en arrière. Je n'ai jamais aimé le froid, la neige: j'en ai dégusté beaucoup et longtemps dans mon enfance. Mais ce sont les deux années successives passées à Moscou et à Leningrad qui m'ont laissé entrevoir ce qu'était l'hiver digne de ce nom!

   En 1969 à Moscou, la première neige est tombée fin octobre. Le 7 novembre, fête de la Révolution d'octobre 1917, je suis allée voir la démonstration militaire près de la Place Rouge (je n'avais pas l'autorisation d'y pénétrer). Les fusées géantes, chargées sur des remorques interminables, défilaient dans la neige sans interruption, censées rassurer le peuple enthousiaste, et faisant dignement peur aux impérialistes qui guettaient la faille...

   La neige n'a pas cessé de tout l'hiver, jusqu'à fin avril. De nouvelles couches s'ajoutaient aux précédentes, déjà gelées sur des trottoirs jamais dégagés, ni sablés... Nous tombions comme des mouches sur ces patinoires naturelles pendant les 20 min. de marche jusqu'à la fac, dans le matin sombre et glacial. On annonçait parfois -30°...

   Tout le monde se souvient de l'époque des minijupes. Les collants commençaient à faire leur apparition, mais pas en URSS! Même l'usage du pantalon était interdit pour les filles, car jugé indécent, dans notre fac pudibonde! Alors, la partie restée découverte entre un manteau court et les bottes, a beaucoup souffert du froid! Nous enfilions 2-3 paires de bas, les prolongeant par les pantys  multicolores de l'époque, et une fois au chaud, nous "épluchions" les différentes couches gelées et collées à la peau... Ajoutons à cela les provisions portées à bout de bras: par bonheur, le choix était bien mince!

   L'hiver à Leningrad, l'année d'après, était différent. Moins froid, mais à cause de l'ouverture de la ville sur la mer et ses vents chargés de 70% d'humidité, il nous semblait bien plus inhospitalier que le froid sec de Moscou.

   Alors, vous avez toujours autant froid?...

 

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Ruminants...

27 Janvier 2012, 12:16pm

Publié par Flora bis

piriti-utca_NEW.jpg Depuis toujours, je passais les vacances d'été chez mes grands-parents maternels, à l'autre bout du pays. Quelle que soit la distance, l'autre bout est quand-même l'autre bout, même dans un petit pays! Sans doute que nos ratios  se modifient à l'échelle du pays que nous habitons...

   Tout était différent dans ce coin perdu, près de la frontière autrichienne. Après la Grande Plaine, où la seule bosse de mon horizon était constituée par la digue de la Tisza, la grande rivière paresseuse et par endroit capricieuse qui longeait le gros bourg où je suis née, dans ce minuscule village à trois-quatre rues, les douces collines enchantaient mon regard. Muché (comme on dit dans ch'Nord cher à mon coeur d'adoptée) dans des forêts d'acacias et de chênes, il demeurait invisible et il fallait emprunter des routes connues des seules initiés, pour y parvenir. Avec la calèche tirée par deux superbes chevaux de mon oncle, nous arrivions de la gare, tels des hôtes de marque! Et le conte de fée démarrait immanquablement, tous les ans, avec le même enchantement au rendez-vous.

   Adolescente, on me confiait la garde de la vache de ma tante: signe de grande confiance! Une vache ne m'était pas tout à fait exotique, nous en possédions quand j'étais petite mais je n'ai jamais eu à m'en occuper. Ainsi, garder la vache de ma tante faisait partie de la grande bouffée de liberté de mes vacances d'été.

   Moi qui n'ai jamais été matinale, je me levais allègrement avec le soleil, vers 5 heures du matin. Je respirais la douceur de l'air, encore frais de la rosée et des premiers rayons du soleil presque timides. Pieds nus  -  mon grand plaisir estival  -  je suivais la vache jusqu'à la pâture: elle connaissais le chemin par coeur. Elle broutait à sa guise toute la journée, me laissant tranquille sur la couverture dans l'herbe odorante, avec mon bouquin et les tartines démesurées de ma tante. J'aimais son côté imperturbable, elle m'enseignait sa philosophie en harmonie avec la nature. Avec le soleil pâlissant, on prenait le chemin du retour. Elle pressait le pas, avide d'être soulagée par la traite du soir. Immanquablement, elle retrouvait la maison dont la porte grande ouverte nous attendait...

* illustration: une de mes aquarelles de 1962, peinte là-bas, à 14 ans...

   

   

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Comme une corde au cou...

21 Janvier 2012, 20:10pm

Publié par Flora bis

illo-pour-Aquarelles.jpg Il y a des jours où, engluée dans mes retards, mes impuissances, je languis après une plage de temps libre, en pensant à tout ce qu'elle me permettrait de réaliser d'exaltant, d'appétissant, d'indispensable si, pelotonnée dans le silence, je pouvais enfin y accéder, sans que rien, ni personne ne m'en empêche! Puis, quand cela arrive enfin, la possibilité, littéralement me paralyse... Et une histoire ancienne, obsédante, refait surface.

   Dans la nouvelle maison où nous emménageâmes en janvier 1957, il y avait une pièce qui me donnait des frissons. J'y entrais avec réticence, oppressée par des pesanteurs maléfiques. L'ancienne propriétaire nous conta son histoire.

   Elle nous vendit la maison héritée de ses parents. Son père était revenu de la guerre avec un handicap lourd mais invisible: un obus avait explosé près de lui, ne laissant aucune égratignure mais une obsession indélogeable: une envie de se pendre... 

   Il fit de nombreuses tentatives mais la famille aux aguets l'en empêcha toujours au dernier moment.

   Un samedi, sa femme et sa fille vaquaient à leurs occupations, se préparaient pour le marché. Le père mit son costume du dimanche, le noir qu'il gardait pour la messe, en disant qu'il allait bavarder avec des amis sous les platanes.

   De retour à la maison, la fille poussa la porte de la chambre mais celle-ci restait coincée par un obstacle lourd. Par la fenêtre latérale, elle aperçut la grande silhouette droite du père, vêtue de noir, se tenant debout sous une corde nouée à la poutre, le visage envahi par une clarté jubilatoire, soulagé, libre. Il était mort, debout. Pétrifié à l'idée de pouvoir enfin accéder à son désir obsédant. 

 

P.S. après quelques commentaires, il m'a semblé nécessaire d'ajouter ces précisions: le caractère unique et "original" de cette histoire réside dans le fait que justement, il ne s'est pas pendu! Il a bien noué la corde à la poutre mais il n'a pas eu besoin de se la mettre autour du cou. Son coeur s'est arrêté, pétrifié sous l'effet de la grande émotion qu'enfin, personne ne pourrait l'empêcher de réaliser son désir obsessionnel. Et il est resté debout, oui... Histoire vraie, racontée par sa fille qui l'a découvert. C'est bien pour cela qu'elle me hante...

   

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Vieille photo...

19 Décembre 2011, 21:18pm

Publié par Flora bis

en-es-ocsi-4-es-2-evesen_NEW.jpg C'est une bien vieille photographie, un peu usée, retrouvée dans le portefeuille de mon père, après sa mort. Jamais elle ne le quittait. Sur la photo, mon frère et moi, au début des années cinquante. Une vingtaine de mois nous séparaient, mais grand costaud, il m'a rapidement rattrapée, puis dépassée en taille.

   Nous avons grandi ensemble. Jusqu'à l'adolescence, nous étions presque inséparables. A partir de ce moment-là, nos fréquentations, nos intérêts pour les études  -  ou leur manque  -  nous ont orientés dans des directions très différentes. Il s'est marié à 20 ans, alors que j'étais encore à la fac. Père de famille un an plus tard, alors que moi, j'ai encore attendu 6 ans... 

   Je suis partie vivre à l'étranger avec Gilbert. Nous nous retrouvions pendant les vacances d'été et nous essayions de renouer les fils de la complicité de notre enfance, en remémorant les souvenirs. Mais je me suis rendu compte avec un regret lancinant que je ne le connaissais pas vraiment... Nos discussions restaient à la surface des choses, en évitant l'essentiel.

   Sa passion pour les chevaux datait de l'enfance, de nos vacances chez mes grands-parents maternels. Notre oncle possédait deux chevaux avec lesquels il venait nous chercher à la gare, à quelques kilomètres plus loin, en calèche! Début d'un véritable conte de fée qui durait tout l'été et pendant des années! Mon frère passait le plus clair de son temps avec les chevaux. Devenu adulte, dès qu'il a pu, il s'en est procuré deux; des poulains naissaient fréquemment...

   Il a beaucoup travaillé. Grand fumeur, son coeur s'est arrêté net un jour de l'été torride de 2003. Il lui manquait un mois et demi, pour atteindre ses 54 ans...

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Hommage...

26 Novembre 2011, 16:34pm

Publié par Flora bis

 

maman de Vera Erdinç NEW

 Ce matin, un message de Vera Oliveira-Erdinç m'a soudain ramenée 23 ans en arrière... L'année où j'ai peint ce portrait à Istanbul. Elle m'apprend le décès de sa mère, survenu tout juste il y a un mois, au Brésil. Ce portrait est donc revenu avec Vera à Istanbul.

   Vera a été le professeur de piano de notre fils, elle l'a initié à cet instrument durant 4 ans. Les leçons ont eu lieu chez elle ou chez nous, dans la pièce qui servait aussi d'atelier de peinture pour moi. Vera, pianiste de grand talent, mariée au chef d'orchestre turc renommé Erol Erdinç, est devenue une amie très chère pour moi. Nous avons fait des sorties culturelles ensemble et surtout, nous avons beaucoup discuté. A l'époque, j'ai fait toute une série de portraits à l'huile et mes modèles  -  des amis, la plupart du temps  -  venaient poser pour quelques séances dans mon atelier, surnommé le "confessional de Cihangir"... Une exposition a clôturé cette série de portraits. (sur la photo, avec Vera au vernissage)

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   Sa mère, en visite du Brésil, a posé pour moi, à la demande de sa fille. Ces deux fois 2 heures restent un souvenir étrange et inoubliable. Habituellement, pendant les poses, je fais la conversation à mes modèles, pour les mettre à l'aise  -  et peut-être aussi à cause de ma nature bavarde, incapable de se taire... Là, silence total. Je ne parle ni l'anglais, ni le portugais. Elle ne connaissait aucune des langues que je pouvais lui proposer. Que peuvent raconter les yeux? De temps en temps, je devais la dévisager pour porter son visage sur la toile. Elle-même ne cessait de me fixer avec son regard intense, pénétrant, magnifique... Troublant même, comme si elle avait eu le pouvoir de regarder au fond de mon âme... Je n'ai jamais vécu une rencontre aussi étrange et qui m'a marquée pour toujours.

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Vacances de la Toussaint à la maternelle...

30 Octobre 2011, 10:20am

Publié par Flora bis

DSCN0630.JPG Voilà la cause de mes absences prolongées de la blogosphère! Mademoiselle Alice vient d'avoir 3 ans depuis une semaine! Et elle passe ses premières vacances de l'école maternelle avec moi. Depuis septembre, la salle des Girafes l'accueille, tandis que sa soeur est déjà passée chez les Caribous, en attendant ses 6 ans au mois de mars. Il y a même des "CP" dans ce groupe, on peut donc glaner des miettes de connaissances sur l'arbre du savoir, réservé aux plus grands. 

   Une dizaine de jours à deux, dans une "zénitude" parfaite, pas un mot plus haut qu'un autre, je ne lui dispute pas ses jouets, j'écoute patiemment  -  et même avec un émerveillement tout "grand-mérien"  -  ses raisonnements débutants, je lui raconte inlassablement l'histoire de Tsingoré, le petit danseur africain et nous terminons par des berceuses en français et en hongrois, pour la plonger dans un doux sommeil jusqu'au lendemain matin.                                                                                                             web-11.jpg Quant à Lucie, elle séjourne chez ses autres grands-parents. Du haut de ses presque 6 ans, elle est tour à tour protectrice ou impatiente avec sa petite soeur qui la suit, admirative, jusqu'à ce qu'il devienne nécessaire de se révolter, pincer ou mordre au besoin. L'autorité dûe à l'âge a des limites! Pas question de se laisser mener par le bout du nez! Ou alors, il faut y mettre sérieusement les formes. 

 

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Je me souviens... II.

19 Octobre 2011, 17:52pm

Publié par Flora bis

Tancsics-utca_NEW.jpg La nostalgie est porteuse, surtout en temps de crise où les gens ont tendance à se replier dans un passé rassurant, familier qui ne leur réserve plus de mauvaises surprises, où ils peuvent trier les bons souvenirs.

Il m'est arrivé de céder à cette douce tentation (Je me souviens... I.) et il m'a semblé que le thème était inépuisable et de surcroît, il pouvait créer un écho enchanteur dans chacun de nous...

 

Je me souviens que l'arrivée du printemps avait une fragrance particulière... Soudain, à la sortie de l'école, la douceur infinie de l'air t'enveloppe, les vêtements chauds du matin paraissent insupportables, tu as envie d'exposer ton visage pâle aux caresses du soleil qui a retrouvé une vigueur nouvelle, et tu humes dans l'air ce parfum reconnaissable parmi tous: il charrie les bourgeons, les lilas et les jacinthes, l'herbe tendre et la terre grasse qui se réchauffe...

Je me souviens de l'impatience de mon père à retrouver les sensations de l'éveil de la nature: je le vois prendre une poignée de terre noire dans sa main, l'émietter tout doucement, pour se rendre compte si elle était prête à recevoir les semailles...

Je me souviens de cette fatigue irradiant tout le corps après une journée passée dans les champs... Les bras, les jambes pèsent une tonne, le corps entier fourmille des muscles endoloris mais bizarrement, le repos agit comme un bienfait dont on renaît avec plus de vigueur. Je comprends mieux la satisfaction de mon père après une journée au grand air, éreinté mais heureux... Je l'ai éprouvé plus tard: on se remet nettement moins bien d'un épuisement des méninges...

Je me souviens des orages d'été mémorables, des éclairs déchirant un ciel noir et le tonnerre immédiat, assourdissant. J'avais très peur jusqu'au jour où ma grand-mère a eu cette phrase magique: "Il n'y a que les méchants qui en ont peur". Depuis cet instant, les orages les plus effrayants me laissent de marbre.

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