De l'hiver, du vrai...

"Un froid sibérien s'est abattu sur la France! " Les médias se donnent le mot pour décrire le temps inhabituel qui sévit depuis quelques jours. Nous sommes en février, cela n'a rien d'étonnant... Normalement. Serions-nous tellement ramollis par le confort et les hivers doux qu'ils auraient effacé de notre mémoire tout souvenir de la saison blanche?...
Ces excès de langage me ramènent quelques décennies en arrière. Je n'ai jamais aimé le froid, la neige: j'en ai dégusté beaucoup et longtemps dans mon enfance. Mais ce sont les deux années successives passées à Moscou et à Leningrad qui m'ont laissé entrevoir ce qu'était l'hiver digne de ce nom!
En 1969 à Moscou, la première neige est tombée fin octobre. Le 7 novembre, fête de la Révolution d'octobre 1917, je suis allée voir la démonstration militaire près de la Place Rouge (je n'avais pas l'autorisation d'y pénétrer). Les fusées géantes, chargées sur des remorques interminables, défilaient dans la neige sans interruption, censées rassurer le peuple enthousiaste, et faisant dignement peur aux impérialistes qui guettaient la faille...
La neige n'a pas cessé de tout l'hiver, jusqu'à fin avril. De nouvelles couches s'ajoutaient aux précédentes, déjà gelées sur des trottoirs jamais dégagés, ni sablés... Nous tombions comme des mouches sur ces patinoires naturelles pendant les 20 min. de marche jusqu'à la fac, dans le matin sombre et glacial. On annonçait parfois -30°...
Tout le monde se souvient de l'époque des minijupes. Les collants commençaient à faire leur apparition, mais pas en URSS! Même l'usage du pantalon était interdit pour les filles, car jugé indécent, dans notre fac pudibonde! Alors, la partie restée découverte entre un manteau court et les bottes, a beaucoup souffert du froid! Nous enfilions 2-3 paires de bas, les prolongeant par les pantys multicolores de l'époque, et une fois au chaud, nous "épluchions" les différentes couches gelées et collées à la peau... Ajoutons à cela les provisions portées à bout de bras: par bonheur, le choix était bien mince!
L'hiver à Leningrad, l'année d'après, était différent. Moins froid, mais à cause de l'ouverture de la ville sur la mer et ses vents chargés de 70% d'humidité, il nous semblait bien plus inhospitalier que le froid sec de Moscou.
Alors, vous avez toujours autant froid?...