Rapide escapade au printemps...
Une semaine... Durée bâtarde pour mettre de la distance entre "ici" et "ailleurs". Se ré-acclimater à la terre natale. A l'enfance, aux traces du passé. Si toutefois c'est encore possible...
Dans la voiture, le trajet est long (1650 km), effectué d'un seul trait, de nuit et sous la pluie, avec des murs ininterrompus de camions, pressés d'avaler de la route avant l'arrêt forcé du week end. Les petites dorment tant bien que mal.
Chez ma tante, près de la frontière autrichienne, nous faisons halte pour quelques heures. Elle supporte sa maladie avec son stoïcisme habituel, sachant que son temps est compté. Son sourire m'accompagnera toujours, souvenir de mes vacances heureuses, du temps où tout était encore à venir et semblait possible...
A cinq, nous fondons sur la solitude de ma mère. Solitude mal supportée et qui dure depuis 1995. La mort de mon père la plonge dans le veuvage à 67 ans. Huit ans plus tard, celle de mon frère, encore plus prématurée à 53 ans, lui assène un deuxième coup dur. Elle qui n'a jamais supporté la solitude est bien servie, tellement imprégnée de son malheur que parfois, elle laisse échapper un: "Tu ne sais pas ce que c'est d'être seule!" A moi de lui rappeler que c'est aussi mon cas depuis bientôt 6 ans et que j'avais dix ans de moins qu'elle lorsque cela m'est arrivé... Peine perdue, recroquevillée sur son malheur, refusant de voir les efforts bienveillants de son entourage, elle rumine son aigreur. Culpabilisante car c'est un peu le but, consciemment ou inconsciemment...
Personnage de roman, ma mère. Un jour, il faudra que je l'écrive. Il n'y a pas de vie sans histoire. Si j'ai un talent, véritablement, pour l'écriture, il faudra que je lui dresse son monument de mots...