Le blog de Flora

souvenirs

Dimanche de Pâque...

17 Avril 2022, 10:58am

Publié par Flora bis

    Le soleil est radieux, et, après la fraîcheur matinale, il nous gâte de sa chaleur. Pas une feuille ne bouge. Dans l'air, des odeurs suaves des fleurs du printemps et des chants d'oiseaux à tue-tête! Vraiment, quelle chance, quel régal serait cette rare douceur d'un beau week end de Pâque! 

   J'avoue que, exténuée, je ne fais pas beaucoup d'effort pour voir la vie en rose. Je connais beaucoup de gens qui, au lieu de s'enfermer dans le renoncement, dans la résignation, lancent des plans, mobilisent des foules, prennent la tête du mouvement et rechargent ainsi leurs batteries, au lieu de s'étioler dans leur coin. Pas moi. Tel le bernard-l'hermite, je me retire dans ma coquille (qui est bien la mienne, contrairement à l'illustre crustacé qui s'installe dans des coquilles abandonnées). Je me réconforte en échafaudant des plans solitaires car j'ai horreur de susciter de la pitié  -  "péché d'orgueil", me reprochent les amis, vainement. A l'heure qu'il est, cela me demanderait trop d'efforts pour changer. Au contraire, je fuis de plus en plus résolument. Mes amis ne comprennent pas bien, car de mon côté, je suis toujours prête à rendre service, cela ne me pèse pas, bien au contraire. Je ne me souviens plus quel expérience négative a pu me changer aussi radicalement.

    Cette semaine, une amie lointaine m'a fait une grande et agréable surprise. Je l'avais connue pendant notre stage linguistique à Moscou, aux années 1969-70. Nous étions logées dans un vieux bâtiment non loin du stade Loujniki et nous allions en cours de langue et littérature russes, aux spectacles du Théâtre Bolchoï et du Palais des Congrès dans le Kremlin, sans parler de nos nombreux voyages à travers les pays baltes, l'Asie centrale et le Caucase... Nous nous sommes quittées à la fin de l'année scolaire, en juin 1970. Depuis, nous nous étions perdues de vue.

   Il y a quelques mois, Éva m'a découverte sur Facebook et dès le premier contact, nous avons retrouvé l'ambiance de nos 22 ans. La semaine dernière, j'ai reçu d'elle un message inattendu: elle était en visite à Bruxelles chez sa fille et me proposait de faire un saut chez moi avec sa fille et sa petite-fille, avant de rentrer en Hongrie.

   Je garde précieusement le souvenir de nos retrouvailles. Sans parler du côté insolite: décidément, c'est l'Europe que j'aime, celle qui abolit les frontières et les distances qui nous a permis de nous retrouver! Et j'espère vivement qu'il y en aura d'autres occasions!

Voir les commentaires

Fête des Pères...

23 Juin 2021, 08:57am

Publié par Flora bis

   Après des jours lourds et caniculaires, de vrais déluges nous sont tombés dessus. La température s'est agréablement rafraîchie. La semaine a été bien remplie d'une prise de sang, d'un saut à l'hôpital (pour un scanner dont il faudra attendre le compte-rendu pour cause d'embouteillage dans les services), une réunion associative épuisante dans une salle irrespirable (clim' interdite à cause du brassage de virus...) et quelques sorties pour récolter de petits cadeaux pour les enfants que je n'ai pas vus depuis début mai. Samedi matin, nous avons pu prendre la route en compagnie des parents de ma belle-fille pour passer le week end près de Paris.

C'était aussi la Fête des Pères, incitation commerciale parmi tant d'autres. Nous ne l'avons jamais fêtée, refusant d'obéir aux exhortations inventées de toutes pièces avec l'espoir qu'elles deviendraient coutumes. Je n'ai pas besoin de ce genre de rappel pour penser au mien qui aurait cent ans l'année prochaine... J'y pense même de plus en plus souvent, en avançant dans l'âge et en découvrant toujours plus de points communs qui nous lient. Un jour, il faudra que je lui dresse un monument personnel de mots. Cela devient un besoin intime.

   Il est mort le jour de l'attentat contre Ytzhak Rabin, premier ministre d'Israël, le 4 novembre 1995. Je découvre plus tard que les deux hommes avaient le même âge, à 15 jours près: 73 ans... Les deux sont nés en 1922, le 18 février pour mon père, le 1 mars pour Rabin. Le coeur de mon père s'est arrêté le matin du 4 novembre, tandis que Rabin a été assassiné dans la soirée. Je me souviens: le monde entier parlait de l'espoir de la paix assassiné avec Rabin  -  et moi, sous le choc, j'avais le sentiment fugace et irréel que cet événement tragique a "volé" la mort de mon père... C'est ainsi que les drames personnels et planétaires se superposent... 

Voir les commentaires

Comme une fin de janvier...

30 Janvier 2021, 18:39pm

Publié par Flora bis

   Nous sommes le dernier jour du mois de janvier. Sur mon blog, 3 articles, c'est tout. Mauvais signe à coup sûr: un mois peu inspirant, sous l'étouffoir. Quelques rendez-vous utiles mais peu enthousiasmants chez le dentiste, des démarches pour obtenir l'inscription sur le registre de la vaccination, en vain. "Ré-essayez fin février...", cherche à m'encourager une voix féminine. En attendant, tentons de passer entre les gouttes... de la pluie qui tombe en abondance. Triste week end, avec la sensation du poids du monde sur la poitrine. Vers 18 h, les rues se dépeuplent, je baisse les volets pour retenir un peu plus de chaleur à l'intérieur de la maison et je m'installe devant mon ordinateur pour tenter de combler le vide, pour allumer une petite lumière autour de moi  -  en moi.

Je tombe sur deux cahiers à carreaux très simples, pièges à souvenirs, machines à remonter le temps. Preuves aussi que je n'ai pas rêvé l'étudiante enthousiaste et avide de découvertes, car à l'intérieur, c'est bien mon écriture, en hongrois et en russe, tracée à la hâte. Je me réfugie dans les souvenirs d'il y a cinquante ans. La première note débute le 14 février 1971, dimanche. (Tiens, à l'époque, on ne savait pas que des décennies plus tard, ce serait, pour nous aussi, le St-Valentin!...) Depuis une quinzaine de jours, nous sommes à Saint-Pétersbourg qui s'appelle à l'époque Leningrad. Dehors, je souffre du vent glacial et humide et dans ma chambre   -  que je partage avec deux étudiantes soviétiques  -  ce sont des assauts nocturnes de punaises que je subis dès que j'éteins ma lampe de chevet... Le jour, elles sont invisibles, je ne sais même pas à quoi elles ressemblent car je n'en avais jamais vues. Elles doivent trouver mon sang exotique à leur goût car elles laissent mes voisines russes en paix. Il me faudra du temps pour que, à l'aide d'une mixture antique recommandée par une de mes profs de fac, je parvienne à m'en débarrasser...

   Six mois suivront, pleins d'aventures, de découvertes, d'amourettes, de grandes conversations, de théâtres, de voyages, d'amitiés pour la vie... Je pense aux étudiants des confinements et d'autres temps de pandémie et je les plains de tout coeur. En plein été, en période des nuits blanches réellement magiques à vingt ans, nous reprenons le train pour la Hongrie. Dernière note du cahier :" le 30 juin 1971, mercredi : à la descente du train, les bras aimants de la famille m'accueillent."

                                                                  

Voir les commentaires

Soirée littéraire, ambiance festive

14 Décembre 2019, 11:43am

Publié par Flora bis

   En janvier, ce sera le treizième anniversaire de nos soirées littéraires chez les uns et les autres, librement, suivant les disponibilités de chacun. Muriel, notre hôte d'hier soir, a commencé par évoquer le souvenir de ceux qui nous ont quittés, nous laissant leur présence palpable. Elle a ouvert sa porte à une vingtaine de participants, pour présenter son recueil de poésies "Un ange et quelques nuits" fraîchement publié. Elle nous a fait la lecture de quelques poèmes, des images fortes et surprenantes que j'aime beaucoup, puis elle a passé la parole à ceux qui voulaient partager leurs propres textes, ou encore des extraits des livres de Baudelaire, de Hugo, de Bonnefoy ou de Boringer. Nous avons entendu des poèmes en espagnol, en arabe, en allemand et en hongrois (devinez par qui). J'ai imprimé et lu 3,5 pages des textes parmi ceux qui murissent dans mon ordinateur ou sur mon blog pour tenter de réveiller mes fantômes...

   L'ambiance était chaleureuse comme d'habitude. Il manquait quelques "anciens piliers" mais la richesse des programmes proposée en cette période est énorme et il faut faire un choix. Beaucoup de nouveaux et jeunes visages que j'avais grand plaisir à découvrir pour échanger avec eux. Rien à faire, l'ancienne prof n'est toujours pas éteinte au fond de moi!

   

Soirée littéraire, ambiance festive
Soirée littéraire, ambiance festiveSoirée littéraire, ambiance festiveSoirée littéraire, ambiance festive

Voir les commentaires

Retour à Istanbul

24 Septembre 2019, 16:51pm

Publié par Flora bis

   Je fouille dans ma photothèque comme à chaque fois que que l'envie me prend de faire un petit voyage dans le temps... Nostalgie stérile? Je pense plutôt au besoin impérieux de m'évader d'un présent qui n'a rien d'exaltant, l'occasion mise à part de me réjouir que l'infirmière de ce matin, très professionnelle, n'a pas esquinté la seule veine qui me restait à exploiter, avant d'injecter le produit de contraste qui m'inonderait d'une chaleur intense, de la tête au pied...

   En farfouillant parmi les images, je tombe sur cette photo prise à Istanbul, en 1990, à la salle d'exposition de Institut Français où j'attends l'ouverture du vernissage de ma deuxième exposition. "23 Mayis  -  3 Haziran". Je constate que pour la xième fois, on a écorché mon prénom sur l'affiche... Je ne sais pas pourquoi, cette composition de deux consonnes "ZS" semble contre nature pour l'oeil français, pire encore que le "SZ"... Je note au passage que la mode était aux épaulettes démesurées, ce qui, forcément, affinait la ligne des hanches... Ceci dit, ma minceur de 42 ans, désormais inatteignable, était alors bien réelle. 

   J'ai exposé essentiellement des lavis d'encre, pris sur le vif dans de différents endroits d'Istanbul. Avec ma petite chaise pliante, je m'installais dans les mosquées ou dans les cimetières, au pied de la Tour de Galata ou au bord du Bosphore, en haut de la rue des brocanteurs ou dans les jardins de Karyie Camii (Saint-Sauveur-in-Chôra) et beaucoup d'autres... Je n'ai jamais été importunée: "Kolay gelsin!"  -  me disaient les passants avec un sourire d'encouragement... (ce qui veut dire à peu près: "Que la peine vous soit légère!" c'est à dire: "Bon courage!")

 

Voir les commentaires

Périples d'été, riches et fatigants

21 Août 2019, 08:10am

Publié par Flora bis

   Je regarde les photos de ces 3 semaines de vacances, encore et encore, tout en essayant de recoller les morceaux éparpillés de mon pauvre corps... Peu importe, l'essentiel est d'avoir vécu ces sensations fortes, cette beauté et le soleil qui les enveloppait. Les faiblesses du corps écrasé par la fatigue, on espère en venir à bout lorsque le temps du repos arrivera enfin...

   Les enfants ont concocté un programme très varié: à commencer par 1 semaine dans les Alpes, près de Briançon, à 1300 m d'altitude, entourés de sommets époustouflants entre 2-3000 m, aux tons et reliefs sans cesse variés, au gré du soleil. Il est vrai que je me suis tenue à l'écart des activités familiales (canyoning, rafting, parapente, vélo  -  et même des randonnées digne de ce nom), me contentant d'un peu de marche avec mon bâton de faux randonneur. Respirer surtout cet air si pur dont on oublie même la saveur comme celle des tomates de notre enfance...

   Venise... Sur le chemin vers la Hongrie, nous y avons fait halte pour une nuit. Retrouvailles fugaces mais inoubliables! Cette fois-ci, ce n'était plus la découverte de son charme désuet, d'une beauté à vous couper le souffle, phénomène que j'avais vécu dans le sens propre il y a 8 ans... Je savais ce que je cherchais à retrouver, avec la sensation intime de la dernière fois...

   Après avoir traversé la Slovénie, nous sommes arrivés en pleine nuit dans le sud de la Hongrie, pour y passer 15 jours, souvent caniculaires, bien remplis de bricolages, de promenades, de plages et de retrouvailles familiales. Le retour, de nuit, en voiture (1700 km), nous a laissés en morceaux... Le travail a déjà repris pour certains.

 

   

Périples d'été, riches et fatigants
Périples d'été, riches et fatigantsPériples d'été, riches et fatigants
Périples d'été, riches et fatigantsPériples d'été, riches et fatigants

Voir les commentaires

Beau début pour juillet

11 Juillet 2019, 10:20am

Publié par Flora bis

   J'ai du mal à reconnaître ma terrasse et mon jardinet! De bonnes fées les ont remis en forme en quelques heures rapides, hier après-midi: taillé les haies (qui avaient tellement poussé que je ne voyais plus le bout du jardin), désherbé les parterres, tondu la pelouse, libéré la terrasse qui a gagné en surface etc... Tous ces travaux qu'il faut effectuer régulièrement et que j'étais devenue incapable d'assurer suffisamment...

   Qui étaient les bonnes fées en question, discrètes et efficaces? Mon neveu et sa famille: sa femme et ses deux enfants dont un garçon de 20 ans, arrivés en visite chez moi (de Hongrie) pour huit jours. Ce n'était pas la première fois, plutôt la quatrième. Nous avons été à la mer, passé un week end à Paris chez mon fils, très attaché à son cousin. Le beau temps ensoleillé sans être trop chaud a été de la partie. 

   Nous avons aussi beaucoup discuté, mon passe-temps favoris, atour de la table, sur la terrasse, à l'ombre du parasol. A., sa femme, discrète et efficace, m'a entièrement déchargée de la vaisselle, son sourire, sa bonne humeur étaient un vrai rayon de soleil! Quant à moi, j'ai assuré l'intendance, la cuisine et les transports (ma petite Clio a résisté à la surcharge et les passagers à l'état des sardines dans leur boîte!...) Quelle agréable semaine nous avons passée!

Voir les commentaires

De l'Amour, simplement

16 Juin 2019, 12:11pm

Publié par Flora bis

  Nous sommes un petit groupe à alimenter un blog commun. Son administrateur change régulièrement de sujet. Le dernier en date : "l'Amour". Si vaste et  si délicat à la fois.

   Je suis de la génération qui a eu 20 ans à la fin des années soixante. A cheval entre la morale corsetée de nos parents et le début de la libération des moeurs. Un jour, encore étudiante en français, je devais accompagner une délégation égyptienne comme interprète. A un moment de la conversation, ils me posent des questions sur les relations entre filles et garçons de mon âge, dans la Hongrie de l'époque. Que se passe-t-il si je "cède" à un garçon et celui-ci me laisse tomber puisque, ayant perdu "ma pureté", je ne serais plus "digne d'être épousée"? La question me surprend et m'indique l'abîme qui sépare une société musulmane (même "nasserienne") et la nôtre... Je réponds simplement, un peu bravache, que je n'aurais aucun regret car en agissant ainsi, le garçon prouve qu'il ne m'aurait pas "méritée"... Et que, de toute façon, mon seul but dans la vie n'était pas de dénicher un mari.

   C'était le principe mais la réalité était beaucoup plus complexe. Notre liberté était limitée par la peur de tomber enceinte (l'avortement et la contraception étaient libres mais ils nécessitaient des visites médicales préalables). Ainsi, nous nous imposions les limites nous-mêmes.

Leningrad, 1971

   L'amour devenait de la sorte très éthéré, très fantasmé et très important. Nos flirts, même poussés, s'arrêtaient aux baisers enflammés, aux promenades romantiques, en attendant l'apparition de "l'homme de notre vie" qu'une certitude intime devait nous désigner: cette petite voix intérieure qui vous avertit  -  ou qui vous fait croire  -  que c'est votre destin qui frappe à la porte...

   Nous avons beaucoup flirté pendant nos années estudiantines, malgré la charge de travail écrasante de la fac. Nous avions 21-22 ans, ce qui semble "canonique" aux générations actuelles, pour hésiter encore devant "la chute", comme nous évoquions alors avec ironie une relation sexuelle. Pendant notre stage d'un an et demi à Moscou et à Leningrad, avec mon amie hongroise, Marie, "compagnonne de chambrée", nous nous sommes jetées avec gourmandise dans la découverte des contrées exotiques. Je dois dire que nous avons eu beaucoup de chance d'être toujours tombées sur des "chevaliers sans reproches"  -  ou alors, les temps étaient encore très différents...

   Il y aurait beaucoup à raconter sur ces années légères et graves à la fois, si déterminantes dans l'apprentissage de la vie d'adultes qui nous attendait. Pour moi, elles ont pris fin avec la rencontre avec Gilbert. Nos 33 ans communs ont entièrement rempli ma vie, sans laisser la moindre place à une pensée, un regard de côté... Et même sa mort, il y a bientôt 13 ans n'y a rien changé.

Voir les commentaires

Fête des Mères

26 Mai 2019, 19:19pm

Publié par Flora bis

   La Fête des Mères... Est-elle galvaudée, aussi bien que les autres, devenues obligations commerciales sans véritable continu: un devoir à accomplir ou un oubli sans âme qui passe sous silence... Pour certains, c'est même un résidu pétainiste réactionnaire qu'il faudrait supprimer. J'aimerais que ce soit autre chose.

   Pour moi, c'est l'occasion de susciter le souvenir de la mienne. Cela fait 6 ans

qu'elle ne vit plus que dans des traces se reflétant dans ma mémoire : une photo qui réveille des sensations anciennes, l'odeur de cannelle et de clous de girofle du placard de la cuisine, les multiples rideaux sur les portes et fenêtres, les pétunias du jardin... Un perpétuel désir de beauté qui, pour la plupart du temps, restera inassouvi...

   On est souvent injuste avec sa mère... Pour une fille, elle est à la fois une référence, un modèle à copier et à combattre pour devenir soi-même... Une mère parfaite peut être paralysante : comment atteindre une telle perfection?... Nous nous débattons dans nos contradictions, nos révoltes, nos offenses car nous sommes sûrs d'une chose : son amour restera, en dépit de tout, inébranlable. A toute épreuve. A nous acquis pour l'éternité.

Voir les commentaires

De nos "premières fois"...

14 Mai 2019, 09:34am

Publié par Flora bis

  L'administratrice de notre blog commun (en hongrois) a lancé le sujet suivant: "Nos premières fois". Les contributeurs, quelques furieux graphomanes, sont tous à peu près de la même génération, nés pendant et surtout, après la guerre. Ainsi, les souvenirs que nous partageons, se nourrissent quasiment du même terreau nostalgique...   

   Il y a des "premières fois" déterminantes qui ne seront pas dévoilées. Sans l'ambiguïté bienfaisante de la fiction, à la frontière de l'imaginaire, on ne soulève pas facilement le voile sur des souvenirs intimes... Pas même dans une autre langue qui, installant la distance nécessaire entre le vécu et le partage, rend ce dernier possible. 

   * Mon premier cartable: c'était un petit cartable, cadeau de mon père pour ma première rentrée des classes en 1954. Il était cousu de petits rectangles multicolores qui formaient un ensemble harmonieux entre le roux, l'ocre et le vert olive et il sentait bon le cuir. Mon père, lieutenant de réserve de l'armée était revenu en permission pour quelques jours. Ils étaient expédiés à la frontière yougoslave pour ramasser les mines installées quelques temps auparavant. Il y a eu un redoux dans les relations entre Tito, "le chien enchaîné" et les Russes et ses proches alliés... Je me souviens des larmes de mon père en repartant car personne ne pouvait être sûr des retrouvailles... 

* Mon premier bal: il a eu lieu pendant mes vacances d'été dans le petit village de mes grands-parents maternels. A 15-16 ans, la famille a jugé que je pouvais participer au bal clôturant la Kermesse du village. J'ai décrit cet événement si marquant dans une micro-fiction*** où la fiction n'a joué qu'un tout petit rôle...

* Mon premier vol en avion : il a eu lieu entre Moscou et Samarkand. J'étais étudiante à Moscou entre août 1969 et juin 1970. Ce voyage à la découverte de l'Asie centrale a eu lieu à la fin d'avril 1970. Nous avons quitté Moscou sous la neige en pleine nuit et après des heures de vol, nous avons atterri dans le printemps de Samarkand, sous le soleil! Par la suite, pour visiter Boukhara et Tashkent, nous avons repris l'avion 4 fois pendant ce voyage: des longs-cours confortables au petit coucou (Antonov) à 30 places partagées avec des oies dans les corbeilles des Ouzbeks rentrant du marché...

   Bien sûr, il y aurait encore d'innombrables "premières fois" à évoquer... J'arrête ici, de peur d'être trop diserte car l'éventuel lecteur est souvent fatigable... Plus la vie est longue, plus les expériences s'accumulent. Encore que, les occasions d'en faire de nouvelles ont tendance à se tarir. Les explorations grisantes des jeunes années où tout reste à découvrir se remplacent par "mon premier cheveu blanc", "ma première cataracte", "ma première prothèse de hanche" etc. peu exaltantes. On fera avec, bon an mal an...

*** l'histoire a été publiée sur ce blog le 25 août 2010, dans la catégorie "microfictions", sous le titre de "Feu de Saint-Jean"

   

  

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 > >>