Le blog de Flora

souvenirs

Objets inanimés?...

8 Novembre 2015, 19:52pm

Publié par Flora bis

Objets inanimés?...

"Il y a deux sortes de gens: ceux qui utilisent leurs beaux verres en toute occasion jusqu'à ce que le dernier soit cassé, et ceux qui les gardent en réserve pour une occasion vraiment exceptionnelle." (Catherine Cusset, Confessions d'une radine, 2003)

Je tombe sur cette phrase de Catherine Cusset et mentalement, j'ouvre les portes de mon vaisselier qui contient les verres et les tasses de toute une vie. Je connais la place de chacun, sans même avoir besoin de me lever pour vérifier. Je sais d'où ils viennent, à quelle époque ils ont atterri chez nous et combien de fois ils nous ont suivis dans des cartons de déménagement, ballottés dans des camions ou au fond des containers sur des bateaux. Certains n'ont jamais servi... Souvenirs trop précieux, pour risquer de les briser.

J'hésite. Je connais des gens qui, par ignorance ou par manque d'attention, ne savent pas apprécier les belles choses. Ils sont capables d'enfourner les verres de cristal dans le lave-vaisselle ou de les laisser s'entrechoquer dans une eau mousseuse brûlante... Pareil pour les tasses de porcelaine tellement fines qu'elles ne pèsent rien et qu'elles laissent passer la lumière!... J'aime les regarder parfois, pour leur beauté discrète ou étincelante, ou pour le souvenir qu'elles éveillent en moi. Tel service à café, souvenir de Grand-mère Eva, Limoge raffiné, poids plume que je ne sors qu'aux grandes occasions. Pareil pour le service à dessert qui me rappellera immanquablement ma cousine délicate qui dénichait pour moi des cadeaux originaux. Cet ensemble, en l'occurence, antique porcelaine de cent ans, d'une marque célèbre, elle se l'est procuré chez une vieille institutrice et elle me l'a offert en cadeau de mariage... D'elle, il ne reste plus qu'une tombe et les quelques objets en souvenir, mais ces petites assiettes fines me la font revenir à chaque fois. Je supporterais mal de les abîmer...

Il y en a d'autres, plus rustiques mais tout aussi précieuses. La faïence chatoyante de Rouen me rappelle Mario, le vieux garagiste italien, artiste dans l'âme qui sculptait du bois, et sa douce femme de Normandie... Il y a aussi un drôle de petit flacon en verre épais: cadeau d'un antiquaire d'Istanbul, comme ça, sans raison, pour le plaisir du geste et pour la satisfaction de m'apprendre sa destination: doser le rakı...

Alors, pour revenir à la phrase de Catherine Cusset, suis-je inutilement précautionneuse, ne sachant pas jouir du présent, alors que la vie se consume et les objets me survivront?... Faut-il leur donner une telle importance, au point de m'interdire de les banaliser? Parfois, la tentation m'effleure: tant pis, il n'y a que l'instant qui compte, le futur est incertitude et après nous le déluge!

Je n'y arrive pas...

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Images lointaines

4 Octobre 2015, 18:06pm

Publié par Flora bis

Images lointaines

Sur la photo ci-dessus, une scène de rue à Boursa mais elle aurait pu se dérouler à Istanbul ou ailleurs, de la même façon. J'avais l'habitude, par beau temps, de m'installer en plein air avec une petite chaise pliante et quelques ustensiles pour dessiner au pastel ou à l'encre de Chine. En quelques minutes, des gamins de toute taille s'amassaient autour de moi, béats d'admiration pour la magie du pinceau ou du crayon faisant renaître le paysage ou le portrait de l'un d'eux sous leurs yeux, sur la feuille blanche! Les plus grands canalisaient les plus petits, essuyant, au passage, un nez par-ci, par-là. Toujours, un silence respectueux régnait dans l'attroupement et les gamins restaient cloués sur place jusqu'au trait final. Cela m'a toujours touchée de la part de ces enfants pleins de vie et d'énergie, bruyants et infatigables à courir après un ballon pendant des heures! Parfois, je leur ai fait cadeau d'une esquisse de portrait qui les rendait fiers et heureux.

(à cliquer sur les photos)

Images lointainesImages lointaines

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Nostalgie estivale

6 Juillet 2015, 16:26pm

Publié par Flora bis

Nostalgie estivale

Sous mes yeux, de vieilles photos prises aux années 1990...

J'ai besoin de ces supports fragiles pour me "téléporter" à l'instant fixé par l'appareil-photos, pour ressentir la saveur du moment: la chaleur commence à tomber et nous nous installons dans la rue, devant la maison, à l'ombre des cerisiers, sur le banc fabriqué par mon père et sur les chaises sorties à la hâte...

C'est la dernière visite de mes beaux-parents en Hongrie. Mon père a encore deux ans à vivre et par bonheur, nous ne le savons pas... Sur les sept personnes de la photo, deux survivants.

Bientôt, nous reprendrons la route. La maison nous attend, imperturbable. Les générations changent: les anciennes cèdent la place aux nouvelles, afin qu'elles continuent à tisser la toile des souvenirs...

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Passage éclair

8 Juin 2015, 11:32am

Publié par Flora bis

Passage éclair

Le 29 mai dernier, avec mon fils, nous avons quitté 16° à l'aéroport de Charleroi pour atterrir dans la chaleur de 31° ou plus à Budapest. Un changement secrètement désiré, espéré. Comme un retour vers le passé, vers la jeunesse où il faisait toujours beau... Du moins dans les souvenirs.

Dans la maison de mes parents, désertée des vivants, les fantômes se bousculent, mécontents d'être dérangés par des intrus que nous sommes, faisant irruption dans leur calme ensommeillé. Sur la table de la cuisine, un dîner nous attend, avec un petit papier: "Bon appétit!" A coup sûr, c'est l'oeuvre des vivants! Tout comme les lits prêts à nous accueillir à 2h du matin. En l'occurrence, celle de ma belle-soeur et de mon neveu.

Le lendemain matin, grand soleil! Contrairement à mes habitudes françaises et nordistes de surcroît, je me lève tôt pour en profiter, pour siroter mon café dans les décors immuables de la cuisine aux effluves de vanille et de cannelle, derrière les rideaux de dentelle... Les fantômes radoucis semblent enclins à m'adopter. Ils tolèrent que je retrouve mes repères, que je me réapproprie les espaces.

Vers midi, je retrouve mes camarades du lycée, dans la ville voisine, à 49 ans de distance du baccalauréat. On se reconnait en un clin d'oeil, malgré les kilos en trop, les rides plus ou moins visibles, les cheveux clairsemés... De midi à 19 heures, conversations à bâton rompu, sous les parasols de l'hôtel, dans la tiédeur du parc. Mon trac a disparu.

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Shiatsu

3 Février 2015, 19:15pm

Publié par Flora bis

Shiatsu

Connaissez-vous ce massage d'origine chinoise? On peut dire que j'ai fait connaissance avec ses bienfaits le 28 décembre dernier, à la sortie de la forteresse Saint-George, à Lisbonne...

Depuis des heures, j'avais le dos bloqué: sous l'omoplate gauche, un point extrêmement douloureux irradiait dans tout le dos, m'empêchant même de bouger les bras pour manger...

Comme j'essayais de remuer le moins possible tête et bras pour éviter la douleur lancinante, j'avais le corps entier ankylosé, crispé et c'est dans cet état que j'ai visité la vénérable forteresse du saint protecteur du Portugal.

A la sortie, un kinésithérapeute distribuait ses soins, en plein air, avec une espèce de chaise à torture à ses côtés. J'avais tellement mal que j'ai décidé sur-le-champ de me soumettre à ses manipulations musclées. En public. Les spectateurs s'amassaient en groupe attentif et compatissant autour de nous pendant les 20 minutes du traitement.

La tête enfouie dans un cercle, je ne voyais rien. Je sentais par contre assez vigoureusement ses doigts, son coude, voire ses genoux s'enfoncer dans divers endroits de ma colonne vertébrale, mes bras et mon cou se tordre mais bizarrement, cela ne faisait pas mal! Au contraire, comparé à la douleur précédente, c'était presque agréable!

Au bout des vingt minutes, je suis repartie soulagée, sous les regards intrigués des spectateurs.

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Petite escapade hivernale

4 Janvier 2015, 11:00am

Publié par Flora bis

Lisbonne au soleil de fin de décembre

Lisbonne au soleil de fin de décembre

Je tente de retenir les caresses du soleil portugais sur ma peau fatiguée de nordiste d'adoption... Six jours de Lisbonne - pour moi, une initiation - ne permettent qu'un aperçu sommaire de la vie des gens: mes longs séjours dans des pays étrangers m'en ont profondément convaincue. Il faut y vivre des années, partager le quotidien.

Pour une initiation, six jours suffiront. L'avion survole les collines qui descendent vers l'océan. L'estuaire du Tage (Tejo) majestueux devient si large qu'il se confond avec l'Atlantique... Nous découvrons les quartiers anciens, témoins d'un passé glorieux où le Portugal était le premier peuple navigant découvreur de voies maritimes nouvelles, possédant des territoires de plusieurs fois sa taille... Que reste-t-il de ce passé grandiose? Le saudade, mélancolie nourrie du sentiment d'appartenir à un même destin, nostalgique du passé mais dénué de désespoir pour le futur...

Le grand poète Pessoa exprime ainsi ce flottement intemporel:

Je ne suis rien.

Je ne serai jamais rien.

Je ne pense vouloir être rien.

A part ça, je porte en moi tous les rêves du monde.

Le touriste ordinaire néanmoins sensible foule les petits pavés des rues étroites qui escaladent les collines, parmi les façades délabrées mais imprégnées de la dignité d'une richesse d'antan, ornées des azulejos qui tombent, détaillées ensuite sur les étals des marchés aux puces. Le piéton partage les pavés avec le légendaire tram 28, dont l'unique voiture bondée brave la montée en pente raide, les taxis et les tuc-tuc vrombissants capables d'engloutir notre groupe de sept personnes... Le piéton se plaque contre le mur ou se dissimule dans les portes, afin de laisser passer le trafic. Personne ne s'énerve, la jovialité règne. Le Portugal supporte le poids de la crise avec la même dignité noble.

Petite escapade hivernalePetite escapade hivernale
Petite escapade hivernale

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Le début de la gloire...

21 Novembre 2014, 17:08pm

Publié par Flora bis

Le début de la gloire...

Il y'a quelques semaines, lors de mon dernier passage en Hongrie, dans la maison de mes parents désormais déserte, j'ai ouvert une grande valise où ma mère avait stocké quelques uns de mes vieux dessins échappés au temps...

Je suis tombée sur cette aquarelle naïve qui est sans doute la première de mes oeuvres sauvée pour la postérité. La preuve: elle n'est pas datée. Or, vers mes dix ans, j'ai été "découverte" par une professeur de dessin enthousiaste qui nous a donné le réflexe de dater le moindre de nos gribouillis, geste que je n'ai jamais manqué depuis...

En contemplant ce dessin quelque peu jauni (plus de 57 ans au compteur tout de même!...), les sensations d'antan me reviennent en mémoire. Qu'est-ce que j'ai peiné avec ce pied droit levé!... Je me vois, tirant la langue dans ma grande concentration. Les proportions laissent à désirer. Le pied gauche ne tient pas sur la feuille par l'erreur typique de la débutante prise au piège des détails, faute de concevoir l'ensemble... L'envolée de la jupe bleue aux pois blancs réveille en moi l'intense plaisir que je ressentais à la peindre... J'avais exactement la même tenue, je l'ai sauvegardée pour l'éternité... Du moins pour son illusion.

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"Il était une fois... Richarda"

27 Septembre 2014, 12:08pm

Publié par Flora bis

Hier soir, début de la nouvelle saison de nos soirées littéraires mensuelles chez Muriel. Nous l'avons consacrée à un hommage à notre amie Richarda, qui a été une des organisatrices de ces soirées, depuis 7 ans déjà. Sa place reste impossible à combler même si nous avons décidé de continuer sans elle. Sans elle? Pas si sûr... Elle croyait si fermement en l'existence des liens entre le visible et l'invisible que je ne serais pas étonnée, toute cartésienne que je suis, de recevoir tout d'un coup quelques signes, clin d'oeil ou souffle de l'au-delà, témoignant qu'elle n'est pas vraiment partie, qu'elle continue à diffuser parmi nous son énergie indéfectible, sa chaleureuse disponibilité.

"Cela s’est passé le 15 juillet dernier. Vers 6 h du matin, elle a emprunté ce « chemin de lumière » qu'elle entrevoyait depuis quelques jours déjà. Le mystère de la mort dont nous avons tant parlé ensemble et que nous avons quelquefois vécu indirectement, auprès des êtres aimés, s'est dévoilé devant elle.

Elle, elle sait déjà où c'en est... Où allons-nous lorsque notre corps devient une dépouille vide, déserté de tout ce fluide immatériel, cette énergie invisible mais tellement perceptible par l'Autre ! Nous l'appelons volonté, amitié, colère, gaieté, générosité... et beaucoup d'autres émotions encore qui constitueront plus tard nos précieux souvenirs.

Je ressens l'urgence d'essayer de fixer son image dans mes souvenirs... Je sais par expérience que les figures réelles, concrètes des personnes aimées s'éloignent de nous à une vitesse sidérale. Au bout d'un moment, nous avons du mal à ressusciter leurs voix, plus tard, leurs visages deviennent flous, mis à part quelques flashs à travers l'opacité de la mémoire. Heureusement, il y a des photos, quelques bouts de films qui fixeront les instants dans leur intemporalité..." (extrait de l'hommage rendu par moi-même)

"Il était une fois... Richarda""Il était une fois... Richarda"
"Il était une fois... Richarda""Il était une fois... Richarda"

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L'âme de voyageur

9 Avril 2014, 11:44am

Publié par Flora bis

L'âme de voyageur

"Le voyage est une suite de disparitions irréparables."

Je suis tombée par hasard sur cette phrase de Paul Nizan.

J'ai beaucoup voyagé entre mes vingt et cinquante ans. Commencé par le séjour d'un an à Moscou - première occasion de quitter la Hongrie, armée d'une énorme valise contenant des vêtements pour quatre saisons, dont l'hiver russe carabiné, sans oublier un sachet de paprika en poudre et des saucisses maison au goût du vrai...

Par la suite, je suis devenue une nomade assez expérimentée qui plante sa tente au gré des nécessités, dans des conditions parfois périlleuses. Cela demande une certaine faculté d'acclimatation qui était nourrie chez moi par la curiosité insatiable pour les gens, leur façon de vivre et de penser. M'enraciner dans un sol, même provisoirement, m'attacher aux personnes même pour un temps m'était nécessaire. J'avais besoin de sentir cette appartenance. Les quitter était un déchirement inévitable.

Et pourtant, je repartais à l'aventure, faisant confiance à ma bonne étoile.

Cela fait 23 ans que j'habite ici, dans la même maison. Une aussi longue étape ne m'est jamais arrivée... Serait-ce la dernière? Une chose est sûre: désormais - un peu malgré moi - je voyage surtout dans ma tête, parmi les souvenirs indélébiles qui peuplent ma mémoire.

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Toussaint

2 Novembre 2013, 10:12am

Publié par Flora bis

Toussaint

Temps de Toussaint, pluie et vent...

La photo ci-contre a été prise à un début d'été, il y a quelques années. Depuis, les plants qui entourent la plaque ont grandi, ils nécessitent une petite taille de temps en temps que j'effectue aux ciseaux.

Longtemps, j'ai hésité à prendre cette photo, comme si j'avais dérobé une intimité. Avec mes petites-filles, nous y allons par beau temps, rendre visite à leur grand-père qu'elles n'ont pas eu le temps de connaître. Nous y laissons un petit caillou, selon la coutume empruntée aux Juifs.

Le marbre de 60 / 60 cm s'appelle "Galaxie". Sur fond d'un bleu-noir secret, scintillent des éclats minuscules. Je me souviens de ma joie quand le marbrier l'a enfin découvert derrière un grand nombre d'échantillons: Gilbert, essayiste et critique de science-fiction, pourra ainsi continuer ses voyages inter-galactiques! Ma première pensée était: il sera content quand je lui raconterai cela en rentrant! J'avançais alors à tâtons sur le no man's land entre l'impossible et la réalité...

Longtemps, Gilbert souhaitait que ses cendres soient dispersées du haut de la cathédrale de Laon. Vers la fin, il s'est choisi une place au cimetière de notre ville. Lorsque, surprise, je lui ai demandé la raison de ce changement, il m'a répondu: "Je veux que l'on puisse me retrouver."

Sur la plaque, j'ai fait graver sa phrase: "Si la réalité existait, il faudrait s'empresser de la faire disparaître."

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