Éloge de la durée
Toujours en écho au livre d'Alain Badiou et de Nicolas Truong, je ne peux résister à la publication de cette photo parue dans le Télérama de la semaine passée. Première réaction : choqués ? Les vieux corps nus ne se montrent guère. Dans un geste intime de tendresse, encore moins. Comme si l'amour ne pouvait être que jeune, beau, flamboyant...Dans mon modeste parcours de dessinatrice, j'ai toujours eu une préférence pour les visages et les corps qui ont vécu, dont le chemin s'inscrit sur la peau usée, ridée, dans le regard approfondi par l'expérience belle ou éprouvante. A la dictature des canons de la beauté, je préfère l'épreuve de vérité qui incite à rechercher et à assumer l'harmonie avec soi-même, point de départ de l'harmonie avec le monde.
Pour illustrer tous ces propos et surtout la très belle photo, voici un extrait du livre d'André Gorz : Lettre à D. Histoire d'un amour (cité par Nicolas Truong).
"Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien."
Commenter cet article
N
F
M
F
C
F
A
F
A
F