Le blog de Flora

litterature

Début de canicule

6 Août 2020, 17:22pm

Publié par Flora bis

   La canicule promise depuis plusieurs jours est arrivée, il fait 34° ici, dans le Nord et on nous fait miroiter jusqu'à 37°- 38° pour le week end prochain... Je me réfugie dans la relative fraîcheur de la vieille maison, derrière les fenêtres closes et les volets baissés. Avec les années, on devient une petite chose fragile, à préserver, qu'il faut arroser de temps en temps, car elle ne sent même pas la soif...

   La seule soif que je ressens, c'est celle des mots... Je viens de lire un témoignage au sujet d'un poète hongrois, d'un talent instinctif mais terriblement nonchalant concernant ses créations... Souvent, il ne prenait même pas la peine de noter ses poèmes qui n'existaient que dans sa tête et s'évanouissaient de sa mémoire au fur et à mesure... Ses épouses admiratives (car il s'est marié plusieurs fois, pour les tromper sans limites, irrésistiblement), ont bien essayé de lui imposer un minimum de discipline créative: en vain. Il créait comme il respirait, sans effort, avec génie. Qui sait si avec un peu plus de sérieux, de travail et de profondeur, ne nous aurait-il pas laissée une oeuvre majeure?... Il est mort à 53 ans, d'une crise cardiaque, tirant sa révérence sur une vie  -  et une oeuvre  -  inachevée, à peine esquissée...

"Sans travail, le talent n'est qu'un feu d'artifice: ça éblouit un instant, mais il n'en reste rien." écrit Roger Martin du Gard dans Les ThibaultLe génie ne suffit probablement pas. Il faut du travail. Certains prétendent même: 95% de travail et 5% d'inspiration... Difficile de jauger: comment préserver l'apparente légèreté du génie pour ne pas en faire un besogneux...

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Soirée littéraire, ambiance festive

14 Décembre 2019, 11:43am

Publié par Flora bis

   En janvier, ce sera le treizième anniversaire de nos soirées littéraires chez les uns et les autres, librement, suivant les disponibilités de chacun. Muriel, notre hôte d'hier soir, a commencé par évoquer le souvenir de ceux qui nous ont quittés, nous laissant leur présence palpable. Elle a ouvert sa porte à une vingtaine de participants, pour présenter son recueil de poésies "Un ange et quelques nuits" fraîchement publié. Elle nous a fait la lecture de quelques poèmes, des images fortes et surprenantes que j'aime beaucoup, puis elle a passé la parole à ceux qui voulaient partager leurs propres textes, ou encore des extraits des livres de Baudelaire, de Hugo, de Bonnefoy ou de Boringer. Nous avons entendu des poèmes en espagnol, en arabe, en allemand et en hongrois (devinez par qui). J'ai imprimé et lu 3,5 pages des textes parmi ceux qui murissent dans mon ordinateur ou sur mon blog pour tenter de réveiller mes fantômes...

   L'ambiance était chaleureuse comme d'habitude. Il manquait quelques "anciens piliers" mais la richesse des programmes proposée en cette période est énorme et il faut faire un choix. Beaucoup de nouveaux et jeunes visages que j'avais grand plaisir à découvrir pour échanger avec eux. Rien à faire, l'ancienne prof n'est toujours pas éteinte au fond de moi!

   

Soirée littéraire, ambiance festive
Soirée littéraire, ambiance festiveSoirée littéraire, ambiance festiveSoirée littéraire, ambiance festive

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Anniversaire et nuage rose

13 Octobre 2019, 11:17am

Publié par Flora bis

   Je constate souvent que la semaine précédant mon anniversaire devient très mouvementée, pleine de surprises bonnes  -  et mauvaises aussi. Cette fois-ci, les mauvaises dominaient, la plus traumatisante étant une chute nocturne dans ma cuisine entre 3 et 4 heures du matin... Mon ange gardien a repris du service, m'a rattrapée au dernier moment, empêchant ainsi des dégâts plus sérieux ou définitifs... Je m'en suis sortie avec une bosse douloureuse sur le front, les genoux meurtris mais pas cassés... Le plus dur était de me relever: après une demi-heure d'essais vains, j'ai du me résoudre à appeler les pompiers...

   Le spectacle prévu pour le soir du 11 octobre ("lecture scénique" de mon texte "Nos étés indiens"), auquel je me raccrochais en pensées, tel le naufragé à une bouée de sauvetage, a été la consolation, le plaisir partagé qui a effacé le tunnel noir des deux semaines précédentes. Evelyne a généreusement accueilli la quarantaine de spectateurs (dont la plupart m'était inconnus), poussant les meubles de son beau salon. Dès le début, le public, très réceptif, a réagi au moindre mot, changement d'intonation des comédiennes, ce qui leur a donné des ailes et la lecture scénique d'une heure s'est terminée en feu d'artifice!... Je n'en revenais pas! Et j'étais très heureuse, il faut bien l'avouer.

   Nous avons longuement discuté autour de la table chargée de victuailles. Le plaisir de partage des mots et des émotions flottait dans l'air comme une onde toute puissante qui réchauffaient les coeurs dans ce monde menacé du blizzard de l'égoïsme et de l'isolement...

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Printemps des Poètes

25 Mars 2019, 11:49am

Publié par Flora bis

   Qu'il est difficile d'écrire, de peindre la beauté, le bonheur, sans tomber dans la mièvrerie, le poncif creux, la banalité usée jusqu'à la trame... Pourtant, nous avons besoin de cette source vive pour exister.

   Cette année, le Printemps des Poètes a choisi le thème de "la Beauté". Nous étions une trentaine réunis à Saint-Amand-les Eaux, à l'ancien Café des Sports joliment décoré par l'Association "Paroles d'Hucbald" qui y organise des cafés littéraires et des cours d'alphabétisation. (Hucbald fut un moine bénédictin, poète et musicien à l'Abbaye de Saint-Amand, une des plus importantes du Moyen âge, fondée par Dagobert au 7e s. et détruite pendant la Révolution. Seule en subsiste l'extraordinaire Tour Abbatiale.) 

   Beaucoup de participants ont apporté des textes, en vers et en prose, dont le sujet tournait autour de la beauté. Des poètes présentaient leurs propres textes, d'autres les ont empruntés à Baudelaire, à Hugo, aux différents auteurs d'aphorismes aussi, pour alléger l'émotion forte par le sourire.

   En ce qui me concerne, j'ai apporté deux poèmes de Miklós Radnóti. A l'évocation de la beauté en poésie, ma première pensée me mène toujours vers lui. Rares sont les poètes capables de nous suggérer la beauté de la vie avec autant d'intensité et de sensualité, sollicitant la mémoire nostalgique de nos cinq sens. Cette beauté réside dans la multitude de détails de la vie quotidienne, porteurs d'émotion, et surtout, de la nostalgie du bonheur menacé par la guerre, par la mort précoce. Ci-dessous la fin du poème "Ode à peine" (Tétova óda) traduit par moi, en collaboration avec Muriel Verstichel.

(...)

que dire de plus ? le regard des objets s’entrecroise

et chante ta louange, un morceau de sucre
résonne, la goutte de miel retombe

sur la nappe comme une perle d’or,

le verre à eau vide tinte seul.

Heureux de partager ta vie. Aurai-je encore le temps

de dire sa joie dans l’attente de ta venue?

L’obscurité floconneuse du songe te frôle

elle s’envole puis se pose sur ton front.

Tes yeux mi-clos me font signe encore

tes cheveux se dénouent, se répandent comme une flamme,

et tu t’endors. L’ombre allongée de tes cils frémit.

Ta main s’alanguit sur mon oreiller, branche assoupie de saule,

et par toi, je m’endors aussi, habitant du même monde.

Et j’entends venir jusqu’à moi la métamorphose

de toutes les lignes mystérieuses, fines et sages

                                          de ta paume fraîche.

(ici le poème en entier, lien modifié)

 

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"La vallée du néant" de Jean-Claude Carrière

3 Décembre 2018, 17:11pm

Publié par Flora bis

   La semaine dernière, j'ai entendu un long entretien avec Jean-Claude Carrière, à propos de son livre paru en septembre. La conversation a si bien "vendu" le thème du livre que l'après-midi même, j'ai couru l'acheter à la FNAC. 

  J'admire Jean-Claude Carrière depuis longtemps, sans doute depuis "La

controverse de Valladolid" que j'ai vu à la télé au début des années 1990. Le Mahabharata et Le Dictionnaire amoureux de l'Inde ont atterri dans notre bibliothèque plus tard. Je savais qu'il avait collaboré à des dizaines et des dizaines de films dont j'ai vu un bon nombre sans savoir qu'il était l'auteur du scénario. De Bunuel à Godard, de Wajda à Forman, de grands metteurs en scène ont sollicité sa collaboration. Et je ne parle pas de ses adaptations pour le théâtre et pour la télévision. Depuis 1957, il ne cesse de publier des romans, des essais, en même temps.

   Une boulimie de travail de cette envergure ne peut que provoquer l'admiration. A 87 ans, il est inévitable de questionner le Néant. Et lorsqu'on possède l'énorme culture et la non moindre curiosité, la soif d'explorer de Jean-Claude Carrière, on en fait un livre de questionnements, de réflexions et de tentatives de réponse.

   Depuis ma rencontre avec la mort en 2006, je ne cesse de tourner autour du sujet. Je me suis fabriqué mon propre récit sur mesure pour me préparer à l'ultime rencontre avec le plus grand mystère, à l'acceptation de ma disparition. J'arrive à une conclusion qui laisse difficilement de place aux spéculations rassurantes d'une survie quelconque: notre existence se limite bien au parcours entre la naissance et la mort... Comment faire, pour la traverser enrichi et la quitter sans trop de regrets?...

 "Traverser l'existence chargé, nourri par des milliers d'autres expériences et recherches, par d'autres savoirs, rester constamment curieux, attentif, vigilant, et si possible y ajouter quelque chose, même une virgule, une note, un accent...

   La vie sur cette Terre est, dans ce cas, le plus beau cadeau possible. Un cadeau de l'invisible, du destin, ou, si l'on préfère, du hasard. Depuis que je suis né, si par bonheur je suis curieux, j'avance au milieu des surprises. Je suis étonné à chaque pas. On m'a donné toute une existence pour aller dans la grande forêt, où chaque arbre, chaque feuille d'arbre porte un mystère.

   Et j'ai de la chance d'être là. Peut-être avec ma petite lumière."

J-C Carrière: La vallée du néant

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Extrait de "Nos étés indiens"...

26 Novembre 2018, 15:54pm

Publié par Flora bis

   Un nouvel extrait du texte lu le 16 novembre dernier (lien ici vers le premier

extrait). Cette fois-ci c'est la femme solitaire éternelle célibataire qui se raconte.

 

La Célibataire : Je ne peux pas me plaindre, j’ai été plutôt bien servie par la nature. De la beauté ? Je dirais plutôt du charme, ce pouvoir mystérieux qui m’a permis d’ensorceler à peu près tous ceux que je voulais. Je les enveloppais dans un halo de phéromones qui les tétanisait : oui, de phéromones comme chez les papillons ou les fourmis ! Je dosais savamment les ingrédients : une pincée de promesse de félicité, un brin de fragilité. Rares sont les hommes qui ne sont pas flattés à l’idée de protéger le sexe faible ! Le tout saupoudré d’un soupçon de mise à distance afin qu’ils soient ferrés à jamais, leur laissant entrevoir l’immensité de la perte si je leur échappais…  Mon tableau de chasseest conséquent. 

   J’ai été une vraie baroudeuse du sexe : j’ai cumulé les aventures, dans une soif insatiable de conquêtes… D’où venait cette nécessité ? Quel besoin avais-je à combler ? Etait-ce l’envie de prendre le contre-pied de la frigidité lugubre de ma mère ? Ou alors, un simple appétit curieux pour les plaisirs de la vie qu’elle n’avait cessé de dénigrer devant moi...  J’étais mince, presque sèche, le regard aiguisé pour repérer la proie… C’est le jeu qui m’intéressait, saisir la victime sans défense, jouer avec, en le laissant par moments s’éloigner mais toujours à portée d’un coup de griffe… Vous voyez le chat qui s’amuse avec la souris ? Jusqu’à ce que la bête, épuisée, exsangue, revienne en rampant vers son bourreau, le supplie de la croquer pour en finir… Mais cette phase du jeu ne m’amusait plus et, la plupart du temps, je m’en suis détournée avec lassitude.

   C’est la conquête qui m’excitait et non la construction que j’imaginais fastidieuse, monotone, demandant trop de sacrifices. C’est pour les fourmis besogneuses et non pour les Diane Chasseresse ! Que faire d’une proie une fois capturée ? Elle perd tout son attrait. On est obligé de se lancer à la poursuite de la nouveauté… Le jeu de la séduction est autrement plus excitant que celui de la conservation ! J’ai toujours été piteuse ménagère. D’ailleurs, il n’y a pas un seul bocal de confiture dans mon placard ! Je préfère croquer les fruits quand ils sont encore juteux !

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Dimanche bleu avec nuage rose...

18 Novembre 2018, 16:08pm

Publié par Flora bis

   Dimanche frisquet mais ensoleillé. Mon jardin commence à se déplumer, le petit érable du Japon a perdu ses feuilles, le vert de la pelouse se couvre de taches rougeâtres et jaunes dans toutes leurs nuances.

   Et moi, je contemple ce paysage perchée sur mon petit nuage rose, depuis vendredi soir... Après quelques répétitions, mon texte intitulé "Nos étés indiens" a été présenté devant une trentaine de personnes, dans le cadre de nos soirées littéraires mensuelles (depuis janvier 2007). A l'origine, je l'ai écrit en 2010, pour Richarda: elle a joué seule les cinq femmes solitaires qui racontent, au crépuscule de leur vie, le chemin qui les a menées à la solitude. 

   Au bout de 8 ans, l'envie m'est revenue de reprendre le texte. Pour mesurer si mon écriture a mûri... Pour revoir, approfondir, remodeler les personnages, archétypes féminins qui se sont laissé composer à partir des figures de femmes rencontrées tout au long de ma vie: famille, amies, inconnues de passage  -  mes propres expériences aussi, sans doute  -  le tout passé au filtre de l'imaginaire...

   Cette fois-ci, je les ai confiées à quatre comédiennes talentueuses amies. Je ne suis pas metteur en scène, d'ailleurs, il ne s'agit pas d'une pièce de théâtre. Plutôt de monologues, découpés puis mélangés pour créer un certain rythme dans la progression des récits. Il n'y a pas de jeu de scène proprement dit: c'était une lecture sur scène.

   En l'écrivant, j'avais l'intonation de chaque phrase dans l'oreille: plutôt, j'écrivais ce que j'entendais de leurs paroles dans ma tête. Puisqu'on revêt la peau de chaque personnage que l'on crée, on entend leurs paroles... Bien sûr,  les interprètes ont droit à quelques initiatives. Je ne connais pas de jeu plus excitant, plus intéressant que l'écriture.

   Le public nous a réservé un accueil très chaleureux, très enthousiaste, réchauffant mes mains glacées de trac pendant toute la durée du spectacle... Après, pendant 3 bonnes heures, nous avons échangé autour des verres et des plats de l'amitié. 

    

Dimanche bleu avec nuage rose...
Dimanche bleu avec nuage rose...Dimanche bleu avec nuage rose...
Dimanche bleu avec nuage rose...Dimanche bleu avec nuage rose...Dimanche bleu avec nuage rose...

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"Quatre femmes solitaires"

25 Septembre 2018, 11:01am

Publié par Flora bis

   J'ai terminé le remaniement de mon texte (2011) sur les "Quatre femmes solitaires". Au crépuscule de leur vie, elles racontent leur parcours. Si tout va bien, nous allons le lire devant notre petit public généreux mais exigeant, en novembre... Le trac... En voici un petit extrait pour chacune d'elles:

La mariée sans amour: "... Avec le temps, je me suis habituée à lui. Pour être honnête, je dois même avouer que j'ai fini par éprouver une certaine tendresse à son égard... Il avait beaucoup de mérite. Cependant, l'amour demeurait du domaine du "devoir conjugal", le bien nommé... Tous les prétextes étaient bons pour m'y soustraire! Mon mari s'est résigné à l'idée d'avoir épousé un glaçon. J'y pense parfois: il lui a fallu, sans doute, une sacrée dose de conviction pour faire l'amour à un objet inerte qui attendait que ça passe, en serrant les dents, toujours dans le noir et la chemise de nuit boutonnée jusqu'au cou..."

La célibataire endurcie: "... Quand on est jeune, une certaine inconscience ou le désir viscéral de trouver son partenaire est plus fort que l'hésitation à s'engager. En tout cas, plus le temps passe, moins je me vois faire de la place à une brosse à dent étrangère dans ma salle de bains! Ni conditionner le moindre de mes mouvements par le consentement de quelqu'un! A me battre pour la possession de la télécommande! Non, après tout, je n'ai pas fait toutes ces concessions à la vie, pour me retrouver avec un mari vieillissant et acariâtre, à classer ses chaussettes dépareillées et à repasser ses slips kangourous tue-l'amour..."

L'abandonnée: "... Je l'observais à faire le beau devant une jeune collègue, célibataire, la trentaine à peine, la working girl dans toute sa splendeur. Regardez-le! Ridicule... Il frétille comme un poisson dans le filet... Il y était, d'ailleurs, dans le filet de cette blondasse, vulgaire et scandaleuse! Ou alors, il n'y avait que moi qui la trouvais vulgaire... Parce qu'elle était plus jeune et plus fraîche que moi, qu'elle traînait derrière elle un parfum de nouveauté que je n'avais plus depuis vingt ans... Je le voyais, avec le trac du jeune homme à son premier rendez-vous, mais ce trac ne s'adressait plus à moi... Il était comme rajeuni. Il brillait de ce petit feu intérieur que j'ai bien connu dans un passé lointain..."

L'amoureuse: "...Nous avons mis cinquante ans à nous découvrir, à nous séduire, oui, je peux le dire, inlassablement… Je connaissais chaque centimètre carré de son corps, accueillant et familier… Au lieu de m’en lasser, cette intimité si rassurante demeurait une source de plaisir renouvelé et réciproque. Pas question de routine sans âme, en pensant à autre chose, et surtout pas à quelqu’un d’autre !...    

Nos corps ont changé petit à petit, sous les yeux de l’autre, et cette lente métamorphose devenait familière, une nouvelle source de tendresse. Oui, je l’ai aimé avec les cheveux en moins, les kilos en plus, avec la même flamme dans le regard que je parvenais encore à susciter. Il était là, le jeune homme, inchangé, dans cette petite flamme qui nous rappelait si généreusement notre jeunesse…"

 

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Extrait... projet...

15 Août 2018, 20:50pm

Publié par Flora bis

Extrait d'un texte destiné à être "mise en espace" fin octobre, début novembre si tout va bien. Le motif, cependant, sera assez fondamental dans un projet plus ambitieux... Si tout va bien.

"(...) Le jour des noces, nous n’étions pas nombreux autour de la table. C’était en décembre, je me souviens, quelques jours avant Noël. Un hiver rude, peu après la fin de la guerre ; nous étions contents d’être restés en vie. On était encore en train de panser les blessures, de compter ceux qui étaient rentrés, de pleurer les autres, disparus à jamais. Mon amour secret faisait partie de ces derniers. Il n’en restait qu’une photo, bien cachée, personne n’était au courant, surtout pas Mère! Je regardais cette photo rarement, je n’en avais pas besoin pour ressusciter sa figure dans ma tête, ses cheveux dorés que la gomina avait du mal à dompter, et ses yeux verts qui s’étaient si souvent posés sur moi… Je sentais son regard sur ma nuque, ses mains s’appuyant sur mon banc, sous prétexte de vérifier mon cahier. A chaque fois, un feu délicieux me montait aux joues, jusqu’à brouiller ma vue… Je respirais à fond son parfum, fin mélange de tabac et de savonnette à la lavande, l’empreinte de sa main laissée sur le coin de ma table, parmi les taches d’encre.

J’étais sa meilleure élève. A 14 ans, je semblais plus grande, plus mûre que mon âge. Est-ce la vie dure que Mère m’imposait qui m’a fait grandir plus vite ? A la veille de son départ au front, il m’a raccompagnée après les cours. J’aurais voulu que les quelques centaines de mètres qui séparaient notre maison de l’école soient démultipliés ! Que le trajet dure une éternité ! Pourtant, rien ne s’est passé. Il m’a parlé de l’importance de poursuivre les études pour «une bonne tête comme moi». Je ne l’écoutais qu’à moitié, je savourais sa proximité, sa main sur mon épaule, et de toutes mes forces, j’ai désiré qu’il ressente à quel point je l’aimais… Devant notre porte, il m’a regardée avec intensité et regrets, a posé un baiser furtif sur ma joue et m’a tendu la main pour l’ultime adieu. Il avait déjà disparu dans l’obscurité, lorsque j’ai osé regarder la photo qu’il avait glissée dans ma main… La seule chose qui reste de lui. Disparu pendant la guerre…

A l’évocation du mot « amour », c’est encore son image qui surgit dans ma tête… Dans ma tête de vieille folle qui s’obstine à garder ce sentiment intact… C’est lui seul qui ravive le goût du vertige, du désir inassouvi comme on ne peut le ressentir qu’à l’adolescence : puissant, dévastateur… Je me réfugie auprès de ce souvenir  pour me convaincre que j’ai quand même connu l’amour…

Inassouvi… C’est sans doute mieux ainsi : un amour qui n’aura pas eu à s’user au quotidien, à nous user aussi… (...)"

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Est-ce facile de critiquer?

11 Juillet 2018, 19:47pm

Publié par Flora bis

   Sur mon blog hongrois, nous avons eu des échanges intéressants au sujet de la relation parfois difficile entre écrivains et critiques, sur des ego surdimensionnés des auteurs qui considèrent les remarques (surtout négatives) comme des vengeances d'écrivains ratés... 

   Est-ce facile de critiquer la prestation des autres? Pas si simple. Surtout, si vous connaissez l'auteur, plus ou moins intimement. Certains, avec prudence, se tiennent à distance de la production littéraire de leur conjoint(e) ou ami(e). Sage précaution! Même s'il est flatteur de répondre à la sollicitation de donner son avis, d'être le lecteur privilégié, c'est un terrain éminemment glissant! 

   Quoi de plus normal que la soif de l'écrivain d'une reconnaissance aussi large que possible? Sinon, il suffirait d'écrire pour son tiroir. Le danger qui le guette est double. Le nez sur son texte, il manque de la distance nécessaire pour pouvoir le juger objectivement (si jamais le jugement objectif existe). Il y voit non seulement ce qu'il a réalisé mais aussi ses intentions! Il les lit entre les lignes, de façon subliminale, visibles par lui seul... L'autre danger est plus narcissique: il barbote, s'ébroue dans le bain des mots, il s'émerveille de ses propres trouvailles, incapable de déceler le bavardage inutile et surchargé, le ridicule qui guette...

   Comment le lui dire, alors qu'il est si heureux de sa performance?... Comment lui broyer le moral quand l'écriture est devenue sa respiration?... Il vous en voudra à mort.

 

 

"Poème maudit" par Santiago Caruso

 

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