Le blog de Flora

litterature

"Fantastique!"

8 Juin 2018, 10:52am

Publié par Flora bis

 

Hier,  je suis rentrée en miettes de fatigue de la journée (de 9h du matin à 18h30) à la faculté des lettres de l'Université de ma ville. Et ce n'était que le premier jour! J'y ai participé à un colloque sur le thème de la littérature fantastique. Sans être fan du genre, je le connais assez bien grâce aux nombreux essais de Gilbert entre 1996-2006, en collaboration ou individuellement, dans des revues et aux éditions Belin et Ellipses. Hier, ma principale motivation a été de retrouver deux des contributeurs, Mathieu Lottiaux et Alain Delbe, éminents collaborateurs de notre revue "Hauteurs" que nous animions entre 1999 et 2009. 

   Entretemps, nous avons tous pris presque 20 ans... Le souvenir des 10 années riches et mouvementées de la revue continue à nous lier d'amitié  -  avec une pointe de nostalgie que seul un travail en commun bien fait peut générer... Dominique et Agnès, Perrine, Michel, Cathy et Daniel,  Muriel s'ajoutent aux deux noms déjà cités, plus quelques uns, de souvenirs plus douloureux que je ne nommerai pas...

   Alain, auteur de plusieurs romans et nouvelles était reçu en "guest star", de nombreux extraits de ses textes ont été lus. Mathieu qui vient de terminer son premier roman, a présenté une analyse fort savante du mythe du Golem (auquel Alain avait consacré un roman en 2004), d'autres contributions détaillaient les thèmes du vampire, de Peter Pan ou l'oeuvre de Steeman, écrivain belge de la première moitié du 20e s. Ce dernier a été une découverte pour moi: son oeuvre (dont les plus célèbres ont été portées à l'écran par Clouzot "L'assassin habite au 21", "Quai des Orfèvres") est un véritable laboratoire de l'écriture! 

    Les nombreux échanges entre les conférenciers et le public ont rendu la rencontre très intéressante et ont installé cette ambiance à la fois érudite et dépourvue de toute "prise de tête" hermétique, chaleureuse et enrichissante dont le Nord a le secret...

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Soirée au Bar à Lire

13 Mars 2018, 18:10pm

Publié par Flora bis

   En début de semaine, je prends mon temps, je le laisse s'étirer paresseusement comme si j'étais encore en mesure de gaspiller avec largesse le contenu de mon sablier... Vers la fin de la semaine, les choses s'accélèrent: vers midi, un rendez-vous plutôt ennuyeux, puis une soirée littéraire qui me consolera du premier. 

Muriel à la lecture

   La maisonnette très ancienne, rescapée rare des destructions des siècles passés abrite le Bar à Lire. Rien que le nom met l'eau à la bouche (et de fait, on n'y sert que des boissons sans alcool!). C'est là que notre talentueuse poète, Muriel a organisé la soirée autour du thème des femmes, date oblige. Sur les cimaises en briques rouges, les 17 tableaux de Cléa, artiste à l'univers coloré et féerique ont inspiré les poèmes de Muriel lus par elle-même. Le public ayant été invité à apporter des textes, je lis 5 "micro-fictions" au même sujet, pour contribuer à la soirée. J'en ai écrit une quarantaine, aux années 2011-12, en les considérant comme des gammes du pianiste débutant ou des exercices à la barre des danseurs apprentis, en attendant des projets plus ambitieux.

   A ma grande surprise, l'accueil du public est très chaleureux et cela fait du bien à ma confiance toujours prête à chanceler... On me demande même où on peut les trouver... Question saugrenue pour moi: je ne les ai jamais montrées à un éditeur, comme aucun de mes textes, et cela pour plusieurs raisons. "Sur mon blog", dis-je assez sobrement. 

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D'Ormesson, le séducteur irrésistible

5 Décembre 2017, 12:36pm

Publié par Flora bis

   Ce matin, la nouvelle de la mort de Jean d'Ormesson a éclipsé le bébé Panda du zoo de Beauval qui occupait le devant de la scène toute la journée d'hier, remplissant le creux médiatique.

   D'Ormesson avait 92 ans et tout amoureux de la vie qu'il était, n'en finissait pas d'écrire ses livres-testaments depuis quelques années. Bon client des plateaux télé qui se l'arrachaient, il distillait son humour pétillant, ses anecdotes et citations inépuisables. Avec le style élégant qui rappelait l'art de la conversation du Grand Siècle. Narcissique, séducteur, il s'ébrouait dans l'ambiance ainsi créée, sous le regard de ses nombreux admirateurs.

   Ce grand succès publique le desservait aux yeux des critiques comme si la joie de vivre ne pouvait pas aller de paire avec le talent littéraire. Le Grand Ecrivain doit tremper sa plume dans son propre sang, sinon dans la bile de sa souffrance!... Non dépourvu du sens de la dérision, de l'autodérision même, il laissait poindre un filet d'angoisse concernant la valeur littéraire de son oeuvre. Grand connaisseur  -  et admirateur éperdu  -  des grands auteurs et de leurs textes, il demeurait critique lucide des siens et les reconnaissances ne le rassuraient qu'à moitié.

   Paraître dans la Pléiade au printemps 2015 réalise son rêve véritable: mieux que l'Académie, mieux qu'un prix Nobel, siéger de son vivant parmi les plus grands noms de la littérature mondiale! A nous le plaisir de garder l'homme délicieux dans notre mémoire.

« tant qu’il y aura des livres, des gens pour en écrire et des gens pour en lire,
tout ne sera pas perdu dans ce monde
qu’en dépit de ses tristesses et de ses horreurs nous avons tant aimé ».
 

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Ambition secret

20 Mars 2017, 16:02pm

Publié par Flora bis

Dehors, temps froid et humide et pourtant, c'est le début du printemps... Du moins, dans mes souvenirs. 

Je me console en me persuadant que c'est une chance: je ne suis as attirée dehors pour capter quelques rayons de soleil, pour jardiner, pour flâner en ville, bien au contraire, je peux profiter de cette invitation au voyage intérieur pour continuer ma petite entreprise secret...

Oui, j'ai peaufiné la première page hier. Je ne sais pas si mon moteur diesel poussif arrivera au bout de ce projet ambitieux qui est en route depuis des mois. Pendant ce temps, j'ai beaucoup écrit, des centaines de textes courts que je considérais comme des exercices à la barre du danseur, des gammes du pianiste et surtout, comme des éclats d'inspiration jouissive. Ecrits à la première personne, pour la plupart du temps, comme mes propres souvenirs. Avec le désir de plus en plus pressant de créer quelque chose qui serait d'un souffle plus vaste, plus détaché de moi: de la fiction. J'ai éprouvé le besoin d'enfiler le costume de l'entomologiste pour observer les protagonistes d'une histoire qui est à la fois la mienne et qui est aussi à tout le monde. Une histoire qui parle à voix multiples, reliées légèrement entre elles comme une chorale qui chante à plusieurs en formant une voix unique...

Je n'en connais que le cadre léger, la ligne principale, la logique intime afin qu'elle tienne debout. Je l'étofferai au fur et à mesure, prenant soin d'estomper les frontières, les contours comme j'aime le faire en dessin. Garder un équilibre fragile et solide à la fois. Espérer qu'elle me réservera quelques surprises au passage...

 

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Leïla Slimani: "Chanson douce", roman, 2016

17 Novembre 2016, 16:42pm

Publié par Flora bis

J'ai vu Leïla Slimani pour la première fois à la présentation de son premier roman par François Busnel, à la télévision. "Dans le jardin de l'ogre", l'histoire d'une addiction sexuelle féminine, détonnait déjà dans l'univers éditorial de l'époque. Une jeune femme belle comme on imagine la narratrice des "1001 nuits"  présentait cette histoire audacieuse sur un ton clair, serein et intelligent qui écartait d'emblée tout clin d'oeil en coin, soupçonneux d'inspiration autobiographique. 

Son deuxième roman "Chanson douce" m'a été offert par une amie. Une histoire peu banale, racontée sur un ton neutre, presque "journalistique", factuel, laissant le lecteur construire sa propre analyse psychologique. On avance prudemment, glacé encore sous l'effet du début du roman: le meurtre de deux petits par leur nounou modèle qui tente de se supprimer elle-même... Leïla Slimani, en bon entomologue, ne nous donne que des faits, elle n'explique rien, c'est à nous de découvrir les ressorts des réactions de ses personnages. Un couple de bobos, coincés entre l'envie de s'accomplir professionnellement et de réussir la vie de famille, en ne lâchant rien... Une nounou, perle rare, qui comble leurs lacunes et qui s'incruste, se greffe en échange dans tous les hiatus de leur vie... C'est aussi le roman d'une vie sombre dans la peur de la solitude. "La solitude lui sautait au visage au crépuscule, quand la nuit tombe et que les bruits montent des maisons où l'on vit à plusieurs." Un roman de notre époque.

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Cadeau d'anniversaire

15 Octobre 2016, 19:12pm

Publié par Flora bis

sur l'Acropole

sur l'Acropole

   Tous les ans, je m'offre un cadeau "de la part de Gilbert" pour mon anniversaire, comme pour perpétuer les habitudes de 33 années... Ou alors, pour prêter un peu plus de solennité à la chose: se l'offrir tout simplement banaliserait le geste.

   Cette fois-ci, je devais attendre deux jours de plus: l'objet de ma convoitise n'est sorti en librairie que le 14 octobre. Il s'agit des deux volumes imposants des éditions Gallimard: "Lettres à Anne" (1962-1995), 1276 pages et "Journal pour Anne" (1964-1970), 493 pages... Un poids conséquent qui vous découragera de les lire dans votre lit, sous peine d'être assommé en cas d'assoupissement fortuit...

   François Mitterrand aurait cent ans. Il était le président le plus secret, le plus intrigant, controversé, séducteur, cultivé de la cinquième république: les adjectifs ne sont pas exhaustifs. Les livres qui tentaient de déchiffrer ses multiples facettes sont nombreux. Aucun de ceux qui l'ont approché ne connaissait sans doute l'homme en son intégrité. Celle qui en a l'image la plus intime est probablement Anne Pingeot, son amour secret durant 33 ans. Jusqu'à sa mort.

   J'ai eu l'occasion de lire quelques extraits avant la parution du recueil. La beauté de l'écriture, la profondeur des sentiments m'ont surprise. Cela dépasse les premières réticences devant l'aspect voyeur de jeter un regard sur l'intimité des gens. Si la discrète Anne Pingeot, secrète jusqu'à l'effacement, me suis-je dit, a pu donner son accord à ce dévoilement, le livre ne va pas me plonger dans le malaise... 

   1217 lettres au total. Un extrait:

"... Je t'ai rencontrée et j'ai tout de suite deviné que j'allais partir pour un grand voyage. Là où je vais je sais au moins que tu seras toujours. Je bénis ce visage, ma lumière. Il n'y aura plus jamais de nuit absolue pour moi. La solitude de la mort sera moins solitude. Anne, mon amour."

   

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Soirée littéraire: "La correspondance"

13 Mai 2016, 12:13pm

Publié par Flora bis

Soirée littéraire: "La correspondance"

Mercredi soir, la pluie n'a pas découragé les participants de notre soirée littéraire. Ils sont arrivés passablement trempés, chargés de victuailles et des textes à partager! J'en suis toujours très touchée: il faut avoir envie d'affronter le temps orageux, la fatigue, le froid ou le verglas en hiver, de faire des kilomètres en pleine nuit, rien que pour écouter et lire des mots!

Le thème était "la correspondance" (j'y ai consacré une note sur ce blog en février dernier).

J'ai commencé avec une assez longue introduction, m'appuyant sur une conférence de Gilbert donnée en 2000 à Maubeuge. En hommage, redonnant vie à ses mots qui se sont éteints il y a bientôt 10 ans, le 7 juillet 2006.

Pendant plus de 2 heures, les lectures se succédaient... Lettres des poilus, Sartre et Beauvoir, Kathrin Kressmann Taylor, Georges Sand, Céline, Aragon... Vers 22h30, nous avons partagé la montagne de nourriture terrestre salée et sucrée, arrosée de bon vin et d'eau à bulles, dans un brouhaha joyeux, jusqu'à minuit passé!

Ai-je quitté vraiment ma peau d'enseignant de jadis quand je me lance dans ce genre de présentation?... Je crains que non. Dans le sens noble du terme. Il n'y a pas de leçon à donner ou à recevoir, pas de jugement, pas d'obligation de réciter quoi que ce soit. Dans mes propos, pas de déclaration "ex cathedra" d'une Vérité, unique et inébranlable, de ce qu'il faut penser. Que le plaisir du partage de ce que j'aime, de ce que j'estime être de la bonne nourriture qui ferait du bien à tous. A convaincre par l'exemple...

Partager le bonheur que les grands textes nous offrent.

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Soirée littéraire entre nous

11 Décembre 2015, 11:42am

Publié par Flora bis

Soirée littéraire entre nous

Avant-hier soir, nous nous sommes réunis chez moi: une dizaine d'enthousiasmes et d'amours de la littérature qui bravions fatigue et froid. Beaucoup d'habitués étaient pris ailleurs en ce mois de décembre si rempli d'événements pressants et intéressants!

J'avais proposé le thème "Mon Paris", "Ma France", poussée par l'ambiance lourde de cet automne, entre attentat et élections aux sinistres présages. J'avais envie d'affirmer que l'amour du pays n'appartient pas exclusivement aux extrêmes qui s'en sont appropriés car celui-ci était abandonné frileusement par les autres...

Moi-même - cela allait de soi - j'ai choisi les écrivains, poètes et artistes étrangers qui sont venus en France, attirés par une culture fantasmée. Confrontés à la réalité, certains ont été déçus, d'autres sont restés, devenus partie intégrante du patrimoine culturel de la France, l'enrichissant tellement bien que beaucoup de Français ne savent même pas qu'ils étaient nés ailleurs!...

Beaucoup d'écrivains étrangers ont choisi la langue française comme langue d'écriture. Ils sont des centaines! Beckett, Ionesco, Sarraute, Tzara, Levinas, Kundera, Alexakis, Cheng, Kristeva, Cioran, Gary, Troyat, Semprun, Carrère-d'Encausse et la liste est encore longue!

Le Russe Andreï Makine, nourri par l'héritage d'une grand-mère française atterrie en Russie, a fini par s'installer en France et obtenir le prix Goncourt (1995) pour son roman "Le testament français". L'Américain Jonathan Littell est primé en 2006 pour "Les bienveillantes", l'Afghan Atiq Rahimi lui emboîte le pas en 2008 pour son roman "Singué sabour", sans parler de Gao Xingjian qui a obtenu le 13ème prix Nobel de la littérature française, avec son roman monumental "La montagne de l'âme". Eduardo Manet, Nancy Huston, Zoé Valdès, Hector Bianciotti, Nina Berberova... et la comtesse de Ségur! Tous ont choisi la langue française pour créer. Certains avaient déjà une oeuvre importante derrière eux dans leur langue maternelle, pour d'autres, la source de l'inspiration a jailli grâce à la langue française. D'évidence, écrire dans une langue d'adoption permet la mise à distance entre l'écriture et les émotions qui la nourrissent.

Les Français sont parfois étonnés quand je leur dis que pour moi, le français est la langue de l'écriture par excellence. Probablement, beaucoup d'entre eux n'ont pas conscience du trésor qu'ils ont reçu à la naissance. Trésor que nous, nés à l'étranger, devons nous approprier de haute lutte, au prix des efforts qui ne prendront fin qu'avec notre dernier jour... Mais quel plaisir intense lorsqu'on a la sensation jouissive de trouver le mot juste à sa juste place!

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Le pouvoir des mots...

23 Février 2014, 16:40pm

Publié par Flora bis

Le pouvoir des mots...

Extraordinaire pouvoir des mots! Nos réunions autour de la littérature ont lieu tous les mois, depuis sept ans maintenant. Qu'il neige, qu'il vente, qu'il fasse beau (plus rarement), les fidèles se réunissent chez Mu, Richarda ou moi, pour écouter les mots des poètes, des écrivains, des théâtreux...

J'écris "fidèles" comme s'il s'agissait de messes étranges où l'on se presse à la recherche d'une spiritualité qui offrirait une échappatoire à la grisaille du quotidien. A l'époque où les distractions sont commerce florissant - souvent moyen puissant pour abrutissement massif - un besoin d'authentique refait surface. En dépit des pronostics défaitistes qui prévoient régulièrement la disparition de la littérature, ces moments de recueillement autour des mots nous font du bien.

Nous choisissons un thème ou un auteur autour duquel s'organise la lecture. En ce qui me concerne, je suis sans doute la mieux placée dans l'assemblée pour parler de la littérature hongroise, si peu connue en France ou de la littérature russe que je ressuscite des brumes lointaines de mes études d'antan... Dans ces cas, je n'hésite pas à donner un échantillon de la sonorité de la langue d'origine, si importante pour la poésie en particulier.

Vendredi dernier, la soirée s'articulait autour des textes qu'on aurait aimé inspirer ou écrire... Choix difficile! Chacun arrivait avec sa petite liasse de feuilles et nous nous lancions la balle à tour de rôles. Parfois, l'émotion tremblait dans l'air...

"... Car l'automne est là. On gaule les noix et les murs de la chambre

filtrent le goutte-à-goutte du silence

libère la tourterelle rêveuse sur ton épaule

les feuilles tombent et dans le gel qui approche

le champ roide s'écroule

entends-tu le silence de la chute?

Ô ma douce, gardienne des saisons, je t'aime!

ô jamais n'aimerai d'autre que toi."

(Miklós Radnóti: "Poème d'amour" extrait trad. R.T. et M.V.)

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Petite histoire de poisson et de pêcheur débutant...

26 Janvier 2014, 12:20pm

Publié par Flora bis

Petite histoire de poisson et de pêcheur débutant...

Je me suis offert un petit bouquin (comme si je n'étais pas encore assez envahie!...), une sorte de "calendrier éternel" autour "des plus belles premières phrases" de la littérature.

Alléchant! Certains prétendent qu'il faut particulièrement soigner le début d'un roman, surtout, dans le cas d'un premier manuscrit de l'écrivain débutant à la pêche d'un éditeur.

Aussitôt, l'image d'un magnifique hameçon surgit devant mes yeux intérieurs, flottant dans l'eau opaque des milliers de prétendants à la gloire éphémère et, un poisson indécis, déjà rassasié, tourne autour, avec une seule envie: qu'on lui donne faim!

Ce premier barrage passé, la cause est loin d'être gagnée: un futur lecteur est bombardé de titres, de couvertures et de résumés accrocheurs, d'articles de presse plus ou moins complaisants, de plateaux de télé promotionnels! En France, deux fois par an (en septembre et en janvier) plus de 500 romans paraissent, sans compter les publications intermédiaires. Vertigineux! Dans ce choix chaotique, émergeront quelques dizaines de vedettes ou de chanceux qui arriveront à attirer de la lumière. D'autres auront leur petit succès d'estime dans le cercle intime, familial ou amical, voire un peu plus s'ils connaissent quelques journalistes de la presse locale ou régionale.

Alors, notre pauvre pêcheur débutant? Il travaille surtout ses premières phrases car il sait que le poisson-éditeur croulant sous des manuscrits - tous chargés du message: "Attention, chef d'oeuvre!" - n'ira pas plus loin...

Voici la phrase du 21 janvier de mon calendrier. Elle donne furieusement envie de poursuivre la lecture:

"Les familles heureuses se ressemblent toutes; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon."

En version originale:

"Все счастливые семьи похожи друг на друга, каждая несчастливая семья несчастлива по-своему."

(Lev Tolstoï: Anna Karénina)

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