Le blog de Flora

reflexions,

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Décembre festif

2 Décembre 2021, 20:50pm

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Publié par Flora bis

   Nous sommes en décembre, au mois des journées raccourcies à l'extrême, dans l'attente du solstice d'hiver qui fera renaître patiemment, minute par minute, la lumière  -  celle de l'espoir aussi  -  selon les incurables optimistes. En attendant, nous avons en pénitence les jours couleur de plomb, le vent humide et pénétrant et le calfeutrement bien au chaud dans nos abris. 

   Décembre, mois festif dans ce monde anxiogène... Nous essayons de recréer l'insouciance d'un monde révolu, entre deux "vagues" que nous n'arrivons même plus à compter, ni à retenir la dernière apparue des lettres de l'alphabet grec pour nommer le variant nouveau du virus désormais familier. Les piqûres se multiplient sur nos bras et nous devons nous considérer chanceux de les avoir. 

   Sapin de Noël, amoncellement de cadeaux, foie gras arrosé de Sauternes, de Loupiac, de Jurançon ou de Monbazillac, à la rigueur d'un château Yquem si vous avez 800 € à négliger... Sinon, on peut se la jouer plus modeste et miser davantage sur les sentiments que sur le matériel achetable. Sur le plaisir de sentir la proximité des êtres que nous aimons, sur les regards complices échangés, sur les mots qui touchent et que nous essayons de prononcer sans avoir peur de nos émotions... Suis-je gnangnan, dégoulinante de bons sentiments, mièvre, bref: "mémérisante" même, en empruntant le vocabulaire des "influenceuses" écervelées? Elles utilisent le terme pour désigner la dégaine définitivement démodée d'une femme qui n'est pas dans dans la sacro-sainte "tendance". Tant pis, j'assume être d'un autre âge, pas "stylée" du tout! 

 

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Cultivons notre jardin

12 Novembre 2021, 11:23am

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Publié par Flora bis

   Cela fait 31 ans que j'habite cette maison. C'est bien la première fois  -  et sans aucun doute la dernière  -  que je reste aussi longtemps dans les mêmes murs! Quand nous y avons emménagé en 1990, après avoir quitté Istanbul, nous n'avons certainement pas pensé que ce serait définitif. Notre vie jusqu'alors nous avait habitués à des courtes séquences de 2 à 6 ans dans un pays. Poser nos valises définitivement sonnait, du moins pour moi, comme une sanction, pour ne pas dire une condamnation avec la vision de la barrière s'abaissant devant moi. Clouée sur place. Jusqu'au bout. Ce qu'il y avait d'effrayant dans cette perspective, c'était "le bout". Le terme, inévitable, le bout dans lequel on se cogne.

   Après avoir quitté la maison de mes parents, j'ai toujours habité en appartement. L'idée du jardin, son manque ne m'effleurait même pas. Les fleurs en vase ou en pot me suffisaient.

   Ici, dans cette maison, mon jardinet de ville avec ses 50 m2 a rapidement pris une importance inattendue. Mes réflexes anciens, en sommeil depuis mon enfance, se sont petit à petit réveillés. L'héritage atavique de mes grands-mères, celui de ma mère m'a poussée instinctivement vers ce petit carré vert, enfermé entre les murs hauts. J'ai bêché la terre, ressemé la pelouse malmenée par le chien des anciens propriétaires  -  et j'ai planté huit rosiers de toutes les couleurs le long des murs. Dans un coin à mi-ombre, un camélia a trouvé la meilleure des places. Au milieu, un érable du Japon rouge, en pot jusqu'alors, a pu libéré ses racines à partir du moment où j'ai renoncé à l'idée de déménager. La construction de la terrasse, sans laquelle le jardin serait désormais inimaginable, a parachevé, pour un bon bout de temps, les aménagements.

   Souvent, je laisse mon regard se promener, s'attarder sur ce "mouchoir de poche" qui affiche pourtant, avec une certaine prétention, le nom de jardin. Je pense qu'il me ressemble, comme les jardins ressemblent à leurs propriétaires, je l'ai souvent observé. Une certaine fantaisie mais toujours contrôlée: pas question que la jungle prenne le pouvoir!... Une soif de liberté et d'exubérance, une envie de se débarrasser des entraves, et en même temps, ce besoin d'ordre et de maîtrise... Pour que ça ne parte pas à vau l'eau.

 

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Baliser le chemin

2 Novembre 2021, 10:15am

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Publié par Flora bis

   Après une nuit en demi-teinte, j'essaie d'arrimer ma barque à la clarté du jour.

   Jour des Morts. Les cimetières sont en fleurs. Je me demande à chaque fois quelle décision prendre concernant les futures traces éphémères de mon parcours terrestre que je considère comme le seul qui compte.

   Les tombes matérialisent les souvenirs, la mémoire a sans doute besoin, ici et là, de ces appuis palpables pour ressusciter une existence devenue évanescente avec le temps. Oui, c'est bien l'être cher qui se cache sous la pierre ou le marbre, parfois humblement sous terre. L'être que nous avons passionnément aimé, haï parfois, jamais quitté... A tel point qu'il est inutile de faire ce pèlerinage sur sa tombe puisque nous l'avons intégré en nous. Nous sommes inséparables, et ce n'est même pas une question de volonté.

   Je ne fais pas partie de ceux qui se consolent avec l'idée des retrouvailles après la mort. Faute de preuve tangible, chacun doit se débrouiller avec son éducation, ses convictions, son imaginaire... Reste à cultiver les souvenirs qui aident à baliser le chemin.

(ill. Tombe arménienne, île d'Akdamar, lac de Van, Turquie, dessin encre, plume T. R..)

 

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Le nid se vide

19 Octobre 2021, 11:16am

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Publié par Flora bis

   J'ai écouté à la radio une discussion intéressante et actuelle sur le "syndrome du nid vide", moment délicat où les enfants quittent la maison familiale dont ils étaient le centre d'animation, d'angoisses diverses, de joies et de contrariétés innombrables durant plus de vingt ans. Cela provoque beaucoup de bouleversements et de remises en questions. J'ai eu envie d'ajouter quelques réflexions personnelles, d'après ce que j'ai pu observer autour de moi  ou  vécu en partie par moi-même.   

   "Les enfants, on ne les fait pas pour soi. Il faut se préparer, les préparer à l'autonomie car le but ultime est qu'ils puissent prendre leur envol." Nous entendons ce bon conseil tout au long de notre vie de jeunes parents, nous l'écoutons d'une oreille attentive ou agacée car au fond, nous voulions cet (ces) enfant(s) bel et bien pour nous, viscéralement, en le(s)  fantasmant pour que notre vie soit accomplie, prolongée au-delà même de la mort... Et ce conseil frappé du coin du bon sens, gâche notre plaisir. A peine arrivé(s), faudrait-il déjà songer à s'en séparer?...

   De nos jours, la place des enfants dans la famille est très différente, comparée à l'époque des générations précédentes. Des armées de psychologues nous enjoignent à abandonner la méthode de dressage à l'ancienne où, à la place de l'ouverture d'esprit, du respect, de la conversation réconfortante, ils avaient droit au silence, aux règlements rigides ("baisse les yeux!", "si tu ne finis pas ton assiette, tu pars à l'école avec!" ou bien pire), sans un geste de tendresse pour les endurcir face aux difficultés de la vie d'adulte qui les attendaient. Le trop d'autorité de jadis est remplacé par le manque d'autorité, nécessaire pourtant, pour servir de limites sur lesquelles s'appuyer en cas de doute ou d'errance. Difficile dosage.

  La fameuse "charge mentale" qui nous a épuisés durant des années, tout d'un coup, se soulève: l'(es) enfant(s) s'envolent, le tourbillon perpétuel, les cris et les rires, les bouderies et des révoltes s'évaporent et une chape de silence retombe sur la maison. Les parents, plus particulièrement les mères, subissent une plus ou moins légère déprime: comment combler ce vide?... Quel sens donner à sa vie? Ils grandissent = nous vieillissons... En couple, il faudra retrouver ou réinventer la complicité d'antan. C'est plus difficile si notre couple s'est érodé, s'est oublié à force de vivre au travers des enfants. Pire, le cas de l'enfant unique ou du parent seul qui l'a élevé, créé comme son chef d'oeuvre, concentré tout entier sur la perfection de son rôle. Le couple parent-enfant peut même se substituer au couple parental. La séparation peut être vécue comme un abandon, voire une trahison...

   Le conseil de se préparer est vital non seulement pour les parents mais aussi pour les enfants. S'ils voient notre détresse, ils auront peur d'affronter le monde extérieur dont ils auront une image hostile. Ou au contraire, ils fuiront les attaches culpabilisantes qui les empêchent de grandir! Il faut les déculpabiliser, témoigner que leur envol nous remplit de fierté plutôt que d'anéantissement, que notre vie ne s'arrête pas avec leur départ: elle entame juste une "renaissance" vers une autre étape. 

image du Net

    

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Chaque année,

9 Octobre 2021, 13:08pm

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Publié par Flora bis

   ... quelques semaines troublantes précèdent mon anniversaire. Comme si je devais réitérer l'exploit de me frayer un chemin hérissé d'obstacles vers le monde... Le voyage dure longtemps et parfois, l'idée m'effleure que ce calvaire ne serait pas dû uniquement au jeune âge de ma mère, ni à la maladresse d'une obscure accoucheuse qui, jusqu'au bout, refuse d'appeler le médecin. Serait-ce plutôt moi qui, n'étant pas pressée d'affronter le monde extérieur, m'accroche pour prolonger la quiétude?... Quitte à mettre ainsi en danger la vie de ma mère et aussi la mienne, ajouté-je avec quelque propension à devancer un reproche éventuel. 

   Il y a des gens qui haïssent leur anniversaire; au mieux, ils le passent sous silence, comme une corvée à accomplir sur l'autel des conventions. Je soupçonne qu'au fond, c'est leur vie qu'ils détestent et ce jour ne revient que pour retourner le couteau dans la plaie. Ils se voient comme un raté, un loser de naissance, condamné à ramer et à perdre. Immanquablement. 

   Par contre, je connais de véritables éclopés, avec leurs blessures et imperfections criantes, afficher une inébranlable joie de vivre pour célébrer leur victoire sur les vicissitudes de l'existence. Je suppose que cela n'allait pas de soi, qu'ils ont dû traverser mille et une souffrances physiques et morales pour y arriver. D'autres, dont les blessures sont invisibles au premier regard, passent leur vie à les dissimuler. Contrairement à ceux qui font pied et main pour sortir des rangs, eux donneraient tout pour rejoindre la foule grise des "normaux", tout en sachant qu'elle leur sera toujours inaccessible... Alors, parfois, dans des rares moments positifs, ils acceptent leur différence comme un signe particulier du destin et ils lèvent une coupe de champagne pour célébrer leur victoire. Maigre, branlante, cabossée  -  mais victoire quand-même.

 

 

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Roseau pensant

30 Septembre 2021, 12:18pm

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Publié par Flora bis

   Le Soleil, timidement, essaie de tenir ses promesses qu'il a consenties à mes sollicitations intimes.  M'offrir un petit sursis, par-ci, par-là, jusqu'à mon anniversaire. Mais voilà, je viens de trahir, en le révélant, cet accord secret. Sera-t-il assez magnanime pour avoir, quand-même, de l'indulgence pour ma faiblesse? Pauvre pécheresse qui est prête à ce genre de traîtrise sur l'autel de l'écriture!...

    J'ai repris un projet plus ancien, faute de pouvoir continuer celui (des mères et des filles), bien entamé mais que je dois laisser mûrir encore. Trop complexe, trop douloureux et grave, pour "amuser" le public. Je le ferai, j'en ai besoin mais pas pour satisfaire une attente qui me met sous pression, pieds et poings liés. Je ne devrais pas évoquer mes projets à l'avance, avant de les avoir achevés. Difficile de résister à l'envie de partager mes enthousiasmes car leur évocation participe à leur élaboration. Je me fais l'impression d'un faible roseau dans le vent.

   Hier soir, j'ai regardé "La Grande librairie", avec beaucoup d'invités. Ces derniers temps, il y a de plus en plus de femmes qui se lancent sur ce terrain piégeux qu'est l'écriture. Plutôt, je crois qu'il y en a eu toujours beaucoup mais on leur offrait moins de visibilité. Et elles se défendent drôlement bien! La sérieuse affaire de l'écriture devient de moins en moins le terrain de jeu des hommes qui pouvaient s'y consacrer libres de la plupart des exigences de la vie quotidienne, usantes et chronophages. Lorsque je les regardais pérorer, imbus de leur importance, je ne pouvais m'empêcher de penser à une figure féminine derrière eux, payée ou non, qui s'affairait, invisible, pour que le grand homme ait son linge propre sous la main, son appartement impeccable et son frigo bien rempli!

 

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Pensées vagabondes en ce début d'automne

23 Septembre 2021, 12:36pm

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Publié par Flora bis

   Je viens de passer deux bonnes heures devant l'écran de mon ordinateur, à répondre aux commentaires, à lire des articles, à regarder des documents sur Facebook (p.ex. un extrait de La Grande librairie qui présentait le roman de Victoria Mas "Le bal des folles", émission que j'ai manquée en son temps mais qui donne envie de lire le livre!). Je n'ai pas vu passer le temps si précieux. 

   Eternel conflit, cas de conscience permanent. Je dispose de mon temps, je n'ai pratiquement que des contraintes que je m'impose moi-même. D'où vient ce sentiment culpabilisant de "gaspillage" d'un bien rare et précieux? Le but prioritaire, à mon âge, ne serait-il pas de "me la couler douce", de prendre du bon temps, sans la pression des devoirs urgents, de profiter des minuscules bonheurs fugaces dont la vie veut bien me gratifier encore?... 

"Le Rideau", huile, T.R.

 Si je creuse un peu les profondeurs de mon histoire, aussi loin que je me souvienne, ce conflit m'a toujours accompagnée. Mon penchant indolent me poussait naturellement vers la contemplation, la rêverie, j'aimais me perdre dans les méandres des pensées qui affluaient, se bousculaient, prendre mon temps comme si j'en gagnais pour vivre... de la vraie vie, en somme. 

   Autour de moi, les injonctions pleuvaient d'arrêter de "perdre mon temps", de m'occuper des choses utiles  -  selon les autres, pas pour moi!  -  participer au maintien de l'ordre et de la propreté dans la maison où trois générations vivaient en bonne entente établie par des règles depuis des siècles... Prendre ma part au désherbage des parcelles de maïs, de pommes de terre ou des pieds de vignes, à la cueillette de la récolte à l'automne. Ces gestes se sont imprégnés en moi, je pourrais les reproduire, intacts, 60 ans plus tard. Ils se sont insinués en moi comme la notion de "devoirs" tacites, indispensables, coûte que coûte. Et cela a continué naturellement, en épousant un homme qui a été formaté selon les mêmes principes immuables: "ne jamais perdre son temps inutilement"!

   Et maintenant? Je fais ce que je veux, il n'y a personne autour de moi avec ses injonctions à occuper mon temps avec des tâches toujours plus importantes que mes désirs. Je me suis débarrassée de pas mal de ces carcans qui m'enserraient comme des antiques instruments de torture. Mais la libération n'est pas si simple. Au fond, persiste l'ombre de la culpabilité d'avoir désobéi...  

   

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Enrichir son vocabulaire... Pour comprendre.

20 Août 2021, 11:52am

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Publié par Flora bis

   J'ai appris un nouveau mot ("pour un nouveau-né, tous les gags sont neufs") qui n'est pas si nouveau que cela mais pour la néophyte que je suis, il l'est: "solastalgie". Inventé en 2003 par le philosophe australien Glenn Albrecht (du latin "solacium" réconfort" et du grec "algos" souffrance, douleur. Ce néologisme anglais a été formée plutôt sur le modèle de "nostalgie" d'où l'apparition du -st- .) Bref, dès que j'ai pris connaissance de sa signification, je me suis découverte sur un terrain familier.

   La "solastalgie" désigne, pour ainsi dire, un stress pré-traumatique. C'est à dire, on souffre de quelque chose qui pourrait, qui devrait arriver. Cela crée un état anxieux, un sentiment de perte de contrôle de sa vie, avec sa cohorte de symptômes comme insomnie, dépression, perte du goût des choses, léthargie, tristesse... Combien de fois ai-je vu tomber mes élans dans l'inertie, avec la question immanquable: "A quoi bon?..."

   Alice Desbiolles, le médecin qui a fait connaître le phénomène en France en 2019, le définit comme l'expression de la détresse des écosystèmes, notamment celle du lien entre l'homme et son environnement. Prendre conscience du danger imminent qui menace cet environnement crée une inquiétude permanente et anticipatoire, une représentation tragique de notre présent et de notre futur, un sentiment d'impasse. Nous sommes bombardés sans relâche par des nouvelles catastrophiques venant tour à tour des scientifiques, des politiques (qui en font souvent des arguments électoraux), par les média affamés de frissons sensationnels. Peu importe les dégâts irréparables qu'ils provoquent, sans se soucier des remèdes. Sans oublier cependant de nous culpabiliser au passage, alors que, à notre petite échelle, nous jouons déjà aux colibris dociles et lénifiants, en tentant de nous redonner quelques lambeaux de bonne conscience. Pendant ce temps, ceux à qui le vrai pouvoir d'agir revient, exploitent sans vergogne le bien commun de l'humanité, coupant la branche commune à tous, pour amasser de plus en plus de richesse! Après moi le déluge! Et nos enfants et petits-enfants? Que deviendront-ils?... L'instinct grégaire de l'homme à s'émerveiller au premier cri d'un bébé... Pour danser encore, les yeux bandés, au bord du précipice.

   Le remède? "Se raccrocher à quelque chose de positif, de vivant, contacter en soi la force, quelque chose de solide et d'ancré" disent les psychologues qui commencent à se pencher sérieusement sur la gravité du phénomène. On essaie de soigner les symptômes faute de pouvoir traiter la cause. Petites rustines sur une jambe de bois.

Que dit de la résilience B. Cyrulnik qui a importé en France la notion :

"... c'est une stratégie de lutte contre le malheur qui permet d'arracher du plaisir à vivre, malgré le murmure des fantômes au fond de sa mémoire."

 

   

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Sisyphe heureux?

14 Août 2021, 11:02am

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Publié par Flora bis

   Après des semaines interminables, le soleil est revenu, du moins pour quelques jours. J'ai appris une expression nouvelle: la "goutte froide" englobant le nord de la France et une partie de la Belgique, avec le Luxembourg et un bout de l'Allemagne. Elle nous a ainsi épargné, pour presque deux mois, la canicule dont souffrait le reste du pays. En échange de la grisaille permanente. Dans ce dérèglement accéléré, les exceptions deviennent peu à peu des règles: des étés torrides avec leurs cohortes d'incendies dévastateurs ou bien des "gouttes froides" déversant des pluies diluviennes et des inondations meurtrières... Ces convulsions de notre pauvre planète surpeuplée et surexploitée nous renvoient des signaux que nous espérons encore et toujours être les avant-derniers... Sans oublier une pandémie qui revient sans cesse à l'attaque et là, je me retiens difficilement pour ne pas fustiger les comportements absurdes, aveuglés par des croyances obscures ou par des manipulations complotistes soigneusement calculées...

   Trouver des moments d'apaisement, pour ne pas dire de bonheur, dans ce chaos de perte de repères jadis semblant immuables, il faut sans doute une foi inébranlable. Foi en quoi?... Les adeptes des religions se remettent dans la grâce d'une super-puissance placée au-dessus des contingences humaines. L'effondrement de notre cadre de vie échappe peu à peu à notre volonté, à notre pouvoir, et une intervention divine reste l'unique recours dans ce "Sodome et Gomorrhe" moderne... 

   D'autres font confiance à la puissance de l'esprit humain, au développement des sciences qui finiront par vaincre les aléas qui surgissent sur ce chemin triomphal... Travail de Sisyphe, interminable  -  inutile? Quel choix devant l'absurdité de la condition humaine?

Je cite ici la réponse de Camus, partage qui veut :

"La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme.

Il faut imaginer Sisyphe heureux."

 

 

Titien, 1548

Titien, 1548

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   Alors, montagnes russes ou voiturette?

28 Juin 2021, 17:59pm

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Publié par Flora bis

   Dans 3 jours, nous serons en juillet. Les jours défilent à l'accéléré, et cela donne le tournis.  Pourtant, il ne se passe rien de significatif  -  ou alors, justement, c'est parce qu'il ne se passe rien d'exaltant. Il faut croire que j'ai encore des besoins d'exaltations dans ma vie... Qui l'eût cru?...

   Je m'aperçois que j'utilise assez souvent le mot "exaltant", en guise de synonyme de "galvanisant", "excitant", "enthousiasmant",  -  en un mot: stimulant. Ce n'est pas inconcevable; malgré l'apparente léthargie, on dirait que "la bête vit encore", du moins, elle entrouvre un oeil de temps en temps pour se persuader que la terre n'a pas cessé de tourner.

   Si nous prenons l'habitude de chercher la tranquillité, un rythme de vie sans secousses, nous finissons par sombrer dans un demi-sommeil, prélude à l'endormissement définitif dont il n'y aura pas de réveil... Le cerveau, le coeur s'engraissent dans leur inactivité prudente et, au lieu de nous préserver  -  mais pour quelle contrepartie? vivoter à petit feu, à l'économie, pour faire des centenaires momifiés vivants?  -  oui, à nous épargner des tremblements de terre, même minuscules, ils nous feront glisser imperceptiblement dans le sommeil éternel.

   De quelle exaltation s'agit-il? J'entends par là un état presque grisant où les sens sont en éveil, les idées fusent et une envie irrépressible de créer s'empare de vous... Cette sensation peut être provoquée par une rencontre, un spectacle, un voyage, une lecture, une conversation. Une chose semble sûre: cela se déclenche toujours de façon imprévue, sans attente ou préparation préalable. Bien au contraire: toute prévision la tue avant qu'elle ne puisse vous faire décoller du plancher des vaches!

   Alors, montagnes russes ou voiturette? La vie est une aventure exaltante et dangereuse qui, de toute façon, finit toujours mal, à en croire à Marcel Aymé.

(illustration: R.T. pastel 2015)

 

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