Le blog de Flora

reflexions,

Le nid se vide

19 Octobre 2021, 11:16am

Publié par Flora bis

   J'ai écouté à la radio une discussion intéressante et actuelle sur le "syndrome du nid vide", moment délicat où les enfants quittent la maison familiale dont ils étaient le centre d'animation, d'angoisses diverses, de joies et de contrariétés innombrables durant plus de vingt ans. Cela provoque beaucoup de bouleversements et de remises en questions. J'ai eu envie d'ajouter quelques réflexions personnelles, d'après ce que j'ai pu observer autour de moi  ou  vécu en partie par moi-même.   

   "Les enfants, on ne les fait pas pour soi. Il faut se préparer, les préparer à l'autonomie car le but ultime est qu'ils puissent prendre leur envol." Nous entendons ce bon conseil tout au long de notre vie de jeunes parents, nous l'écoutons d'une oreille attentive ou agacée car au fond, nous voulions cet (ces) enfant(s) bel et bien pour nous, viscéralement, en le(s)  fantasmant pour que notre vie soit accomplie, prolongée au-delà même de la mort... Et ce conseil frappé du coin du bon sens, gâche notre plaisir. A peine arrivé(s), faudrait-il déjà songer à s'en séparer?...

   De nos jours, la place des enfants dans la famille est très différente, comparée à l'époque des générations précédentes. Des armées de psychologues nous enjoignent à abandonner la méthode de dressage à l'ancienne où, à la place de l'ouverture d'esprit, du respect, de la conversation réconfortante, ils avaient droit au silence, aux règlements rigides ("baisse les yeux!", "si tu ne finis pas ton assiette, tu pars à l'école avec!" ou bien pire), sans un geste de tendresse pour les endurcir face aux difficultés de la vie d'adulte qui les attendaient. Le trop d'autorité de jadis est remplacé par le manque d'autorité, nécessaire pourtant, pour servir de limites sur lesquelles s'appuyer en cas de doute ou d'errance. Difficile dosage.

  La fameuse "charge mentale" qui nous a épuisés durant des années, tout d'un coup, se soulève: l'(es) enfant(s) s'envolent, le tourbillon perpétuel, les cris et les rires, les bouderies et des révoltes s'évaporent et une chape de silence retombe sur la maison. Les parents, plus particulièrement les mères, subissent une plus ou moins légère déprime: comment combler ce vide?... Quel sens donner à sa vie? Ils grandissent = nous vieillissons... En couple, il faudra retrouver ou réinventer la complicité d'antan. C'est plus difficile si notre couple s'est érodé, s'est oublié à force de vivre au travers des enfants. Pire, le cas de l'enfant unique ou du parent seul qui l'a élevé, créé comme son chef d'oeuvre, concentré tout entier sur la perfection de son rôle. Le couple parent-enfant peut même se substituer au couple parental. La séparation peut être vécue comme un abandon, voire une trahison...

   Le conseil de se préparer est vital non seulement pour les parents mais aussi pour les enfants. S'ils voient notre détresse, ils auront peur d'affronter le monde extérieur dont ils auront une image hostile. Ou au contraire, ils fuiront les attaches culpabilisantes qui les empêchent de grandir! Il faut les déculpabiliser, témoigner que leur envol nous remplit de fierté plutôt que d'anéantissement, que notre vie ne s'arrête pas avec leur départ: elle entame juste une "renaissance" vers une autre étape. 

image du Net

    

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Chaque année,

9 Octobre 2021, 13:08pm

Publié par Flora bis

   ... quelques semaines troublantes précèdent mon anniversaire. Comme si je devais réitérer l'exploit de me frayer un chemin hérissé d'obstacles vers le monde... Le voyage dure longtemps et parfois, l'idée m'effleure que ce calvaire ne serait pas dû uniquement au jeune âge de ma mère, ni à la maladresse d'une obscure accoucheuse qui, jusqu'au bout, refuse d'appeler le médecin. Serait-ce plutôt moi qui, n'étant pas pressée d'affronter le monde extérieur, m'accroche pour prolonger la quiétude?... Quitte à mettre ainsi en danger la vie de ma mère et aussi la mienne, ajouté-je avec quelque propension à devancer un reproche éventuel. 

   Il y a des gens qui haïssent leur anniversaire; au mieux, ils le passent sous silence, comme une corvée à accomplir sur l'autel des conventions. Je soupçonne qu'au fond, c'est leur vie qu'ils détestent et ce jour ne revient que pour retourner le couteau dans la plaie. Ils se voient comme un raté, un loser de naissance, condamné à ramer et à perdre. Immanquablement. 

   Par contre, je connais de véritables éclopés, avec leurs blessures et imperfections criantes, afficher une inébranlable joie de vivre pour célébrer leur victoire sur les vicissitudes de l'existence. Je suppose que cela n'allait pas de soi, qu'ils ont dû traverser mille et une souffrances physiques et morales pour y arriver. D'autres, dont les blessures sont invisibles au premier regard, passent leur vie à les dissimuler. Contrairement à ceux qui font pied et main pour sortir des rangs, eux donneraient tout pour rejoindre la foule grise des "normaux", tout en sachant qu'elle leur sera toujours inaccessible... Alors, parfois, dans des rares moments positifs, ils acceptent leur différence comme un signe particulier du destin et ils lèvent une coupe de champagne pour célébrer leur victoire. Maigre, branlante, cabossée  -  mais victoire quand-même.

 

 

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Roseau pensant

30 Septembre 2021, 12:18pm

Publié par Flora bis

   Le Soleil, timidement, essaie de tenir ses promesses qu'il a consenties à mes sollicitations intimes.  M'offrir un petit sursis, par-ci, par-là, jusqu'à mon anniversaire. Mais voilà, je viens de trahir, en le révélant, cet accord secret. Sera-t-il assez magnanime pour avoir, quand-même, de l'indulgence pour ma faiblesse? Pauvre pécheresse qui est prête à ce genre de traîtrise sur l'autel de l'écriture!...

    J'ai repris un projet plus ancien, faute de pouvoir continuer celui (des mères et des filles), bien entamé mais que je dois laisser mûrir encore. Trop complexe, trop douloureux et grave, pour "amuser" le public. Je le ferai, j'en ai besoin mais pas pour satisfaire une attente qui me met sous pression, pieds et poings liés. Je ne devrais pas évoquer mes projets à l'avance, avant de les avoir achevés. Difficile de résister à l'envie de partager mes enthousiasmes car leur évocation participe à leur élaboration. Je me fais l'impression d'un faible roseau dans le vent.

   Hier soir, j'ai regardé "La Grande librairie", avec beaucoup d'invités. Ces derniers temps, il y a de plus en plus de femmes qui se lancent sur ce terrain piégeux qu'est l'écriture. Plutôt, je crois qu'il y en a eu toujours beaucoup mais on leur offrait moins de visibilité. Et elles se défendent drôlement bien! La sérieuse affaire de l'écriture devient de moins en moins le terrain de jeu des hommes qui pouvaient s'y consacrer libres de la plupart des exigences de la vie quotidienne, usantes et chronophages. Lorsque je les regardais pérorer, imbus de leur importance, je ne pouvais m'empêcher de penser à une figure féminine derrière eux, payée ou non, qui s'affairait, invisible, pour que le grand homme ait son linge propre sous la main, son appartement impeccable et son frigo bien rempli!

 

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Pensées vagabondes en ce début d'automne

23 Septembre 2021, 12:36pm

Publié par Flora bis

   Je viens de passer deux bonnes heures devant l'écran de mon ordinateur, à répondre aux commentaires, à lire des articles, à regarder des documents sur Facebook (p.ex. un extrait de La Grande librairie qui présentait le roman de Victoria Mas "Le bal des folles", émission que j'ai manquée en son temps mais qui donne envie de lire le livre!). Je n'ai pas vu passer le temps si précieux. 

   Eternel conflit, cas de conscience permanent. Je dispose de mon temps, je n'ai pratiquement que des contraintes que je m'impose moi-même. D'où vient ce sentiment culpabilisant de "gaspillage" d'un bien rare et précieux? Le but prioritaire, à mon âge, ne serait-il pas de "me la couler douce", de prendre du bon temps, sans la pression des devoirs urgents, de profiter des minuscules bonheurs fugaces dont la vie veut bien me gratifier encore?... 

"Le Rideau", huile, T.R.

 Si je creuse un peu les profondeurs de mon histoire, aussi loin que je me souvienne, ce conflit m'a toujours accompagnée. Mon penchant indolent me poussait naturellement vers la contemplation, la rêverie, j'aimais me perdre dans les méandres des pensées qui affluaient, se bousculaient, prendre mon temps comme si j'en gagnais pour vivre... de la vraie vie, en somme. 

   Autour de moi, les injonctions pleuvaient d'arrêter de "perdre mon temps", de m'occuper des choses utiles  -  selon les autres, pas pour moi!  -  participer au maintien de l'ordre et de la propreté dans la maison où trois générations vivaient en bonne entente établie par des règles depuis des siècles... Prendre ma part au désherbage des parcelles de maïs, de pommes de terre ou des pieds de vignes, à la cueillette de la récolte à l'automne. Ces gestes se sont imprégnés en moi, je pourrais les reproduire, intacts, 60 ans plus tard. Ils se sont insinués en moi comme la notion de "devoirs" tacites, indispensables, coûte que coûte. Et cela a continué naturellement, en épousant un homme qui a été formaté selon les mêmes principes immuables: "ne jamais perdre son temps inutilement"!

   Et maintenant? Je fais ce que je veux, il n'y a personne autour de moi avec ses injonctions à occuper mon temps avec des tâches toujours plus importantes que mes désirs. Je me suis débarrassée de pas mal de ces carcans qui m'enserraient comme des antiques instruments de torture. Mais la libération n'est pas si simple. Au fond, persiste l'ombre de la culpabilité d'avoir désobéi...  

   

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Enrichir son vocabulaire... Pour comprendre.

20 Août 2021, 11:52am

Publié par Flora bis

   J'ai appris un nouveau mot ("pour un nouveau-né, tous les gags sont neufs") qui n'est pas si nouveau que cela mais pour la néophyte que je suis, il l'est: "solastalgie". Inventé en 2003 par le philosophe australien Glenn Albrecht (du latin "solacium" réconfort" et du grec "algos" souffrance, douleur. Ce néologisme anglais a été formée plutôt sur le modèle de "nostalgie" d'où l'apparition du -st- .) Bref, dès que j'ai pris connaissance de sa signification, je me suis découverte sur un terrain familier.

   La "solastalgie" désigne, pour ainsi dire, un stress pré-traumatique. C'est à dire, on souffre de quelque chose qui pourrait, qui devrait arriver. Cela crée un état anxieux, un sentiment de perte de contrôle de sa vie, avec sa cohorte de symptômes comme insomnie, dépression, perte du goût des choses, léthargie, tristesse... Combien de fois ai-je vu tomber mes élans dans l'inertie, avec la question immanquable: "A quoi bon?..."

   Alice Desbiolles, le médecin qui a fait connaître le phénomène en France en 2019, le définit comme l'expression de la détresse des écosystèmes, notamment celle du lien entre l'homme et son environnement. Prendre conscience du danger imminent qui menace cet environnement crée une inquiétude permanente et anticipatoire, une représentation tragique de notre présent et de notre futur, un sentiment d'impasse. Nous sommes bombardés sans relâche par des nouvelles catastrophiques venant tour à tour des scientifiques, des politiques (qui en font souvent des arguments électoraux), par les média affamés de frissons sensationnels. Peu importe les dégâts irréparables qu'ils provoquent, sans se soucier des remèdes. Sans oublier cependant de nous culpabiliser au passage, alors que, à notre petite échelle, nous jouons déjà aux colibris dociles et lénifiants, en tentant de nous redonner quelques lambeaux de bonne conscience. Pendant ce temps, ceux à qui le vrai pouvoir d'agir revient, exploitent sans vergogne le bien commun de l'humanité, coupant la branche commune à tous, pour amasser de plus en plus de richesse! Après moi le déluge! Et nos enfants et petits-enfants? Que deviendront-ils?... L'instinct grégaire de l'homme à s'émerveiller au premier cri d'un bébé... Pour danser encore, les yeux bandés, au bord du précipice.

   Le remède? "Se raccrocher à quelque chose de positif, de vivant, contacter en soi la force, quelque chose de solide et d'ancré" disent les psychologues qui commencent à se pencher sérieusement sur la gravité du phénomène. On essaie de soigner les symptômes faute de pouvoir traiter la cause. Petites rustines sur une jambe de bois.

Que dit de la résilience B. Cyrulnik qui a importé en France la notion :

"... c'est une stratégie de lutte contre le malheur qui permet d'arracher du plaisir à vivre, malgré le murmure des fantômes au fond de sa mémoire."

 

   

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Sisyphe heureux?

14 Août 2021, 11:02am

Publié par Flora bis

   Après des semaines interminables, le soleil est revenu, du moins pour quelques jours. J'ai appris une expression nouvelle: la "goutte froide" englobant le nord de la France et une partie de la Belgique, avec le Luxembourg et un bout de l'Allemagne. Elle nous a ainsi épargné, pour presque deux mois, la canicule dont souffrait le reste du pays. En échange de la grisaille permanente. Dans ce dérèglement accéléré, les exceptions deviennent peu à peu des règles: des étés torrides avec leurs cohortes d'incendies dévastateurs ou bien des "gouttes froides" déversant des pluies diluviennes et des inondations meurtrières... Ces convulsions de notre pauvre planète surpeuplée et surexploitée nous renvoient des signaux que nous espérons encore et toujours être les avant-derniers... Sans oublier une pandémie qui revient sans cesse à l'attaque et là, je me retiens difficilement pour ne pas fustiger les comportements absurdes, aveuglés par des croyances obscures ou par des manipulations complotistes soigneusement calculées...

   Trouver des moments d'apaisement, pour ne pas dire de bonheur, dans ce chaos de perte de repères jadis semblant immuables, il faut sans doute une foi inébranlable. Foi en quoi?... Les adeptes des religions se remettent dans la grâce d'une super-puissance placée au-dessus des contingences humaines. L'effondrement de notre cadre de vie échappe peu à peu à notre volonté, à notre pouvoir, et une intervention divine reste l'unique recours dans ce "Sodome et Gomorrhe" moderne... 

   D'autres font confiance à la puissance de l'esprit humain, au développement des sciences qui finiront par vaincre les aléas qui surgissent sur ce chemin triomphal... Travail de Sisyphe, interminable  -  inutile? Quel choix devant l'absurdité de la condition humaine?

Je cite ici la réponse de Camus, partage qui veut :

"La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme.

Il faut imaginer Sisyphe heureux."

 

 

Titien, 1548

Titien, 1548

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   Alors, montagnes russes ou voiturette?

28 Juin 2021, 17:59pm

Publié par Flora bis

   Dans 3 jours, nous serons en juillet. Les jours défilent à l'accéléré, et cela donne le tournis.  Pourtant, il ne se passe rien de significatif  -  ou alors, justement, c'est parce qu'il ne se passe rien d'exaltant. Il faut croire que j'ai encore des besoins d'exaltations dans ma vie... Qui l'eût cru?...

   Je m'aperçois que j'utilise assez souvent le mot "exaltant", en guise de synonyme de "galvanisant", "excitant", "enthousiasmant",  -  en un mot: stimulant. Ce n'est pas inconcevable; malgré l'apparente léthargie, on dirait que "la bête vit encore", du moins, elle entrouvre un oeil de temps en temps pour se persuader que la terre n'a pas cessé de tourner.

   Si nous prenons l'habitude de chercher la tranquillité, un rythme de vie sans secousses, nous finissons par sombrer dans un demi-sommeil, prélude à l'endormissement définitif dont il n'y aura pas de réveil... Le cerveau, le coeur s'engraissent dans leur inactivité prudente et, au lieu de nous préserver  -  mais pour quelle contrepartie? vivoter à petit feu, à l'économie, pour faire des centenaires momifiés vivants?  -  oui, à nous épargner des tremblements de terre, même minuscules, ils nous feront glisser imperceptiblement dans le sommeil éternel.

   De quelle exaltation s'agit-il? J'entends par là un état presque grisant où les sens sont en éveil, les idées fusent et une envie irrépressible de créer s'empare de vous... Cette sensation peut être provoquée par une rencontre, un spectacle, un voyage, une lecture, une conversation. Une chose semble sûre: cela se déclenche toujours de façon imprévue, sans attente ou préparation préalable. Bien au contraire: toute prévision la tue avant qu'elle ne puisse vous faire décoller du plancher des vaches!

   Alors, montagnes russes ou voiturette? La vie est une aventure exaltante et dangereuse qui, de toute façon, finit toujours mal, à en croire à Marcel Aymé.

(illustration: R.T. pastel 2015)

 

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Les tourments d'être entre deux langues

15 Juin 2021, 18:33pm

Publié par Flora bis

   Je me surprends à constater, une fois de plus, que la "Flora" qui écrit sur son blog français n'est pas exactement la même personne que celle qui alimente son blog hongrois. Non seulement l'un des espaces n'est pas la traduction de l'autre mais les sujets traités ne se répondent pas non plus, la plupart du temps. Leurs rédactions nécessitent un "changement de peau", de ton comme si, avec le changement de langues, on touchait à une certaine structure mentale, comme si, inévitablement, on devenait "autre" ...

   Ecrire sur mon blog hongrois me donne le sentiment de rentrer à la maison, après une représentation dans le monde extérieure: dès l'entrée, on enlève ses chaussures qui serrent un peu, on quitte le costume un tantinet strict qui comprime aux entournures. Il ne s'agit pas de le remplacer pour autant par un vieux survêt' éculé, élimé mais par une coquette robe d'intérieur qui permet de se sentir à l'aise. Même mes pantoufles seront seyantes pour tenter de préserver un soupçon de raffinement... Avec ma langue maternelle, je retrouve un sentiment d'intimité, de familiarité, pour ne pas dire une certaine liberté. Très imagée, suggestive et indomptable, elle me permet toutes les audaces, sans crainte d'être prise en défaut.

   Que se passe-t-il quand j'écris un article sur mon blog français? J'ai souvent décrit le plaisir que j'éprouve à manier la langue française, cette langue d'adoption que j'ai commencé à étudier au lycée comme 2e langue, à portion congrue. Les années de fac puis, surtout, ma rencontre avec Gilbert ont permis le véritable apprentissage de cette belle langue riche, élégante et exigeante à la fois. Plus le néophyte pénètre ses secrets, plus elle se dérobe à la possession comme si elle obligeait les prétendants à des efforts sans fin pour la séduire...

   Pour le pratiquer, je me sens un peu corsetée, je me passe en revue comme devant la glace avant une sortie: est-ce que tout est à sa place, n'y a-t-il pas une mèche de cheveux mal coiffée, un vêtement de travers, une règle de grammaire ou d'orthographe qui échapperaient à ma vigilance, une fausse note, en somme, qui serait impardonnable à mes yeux?... Je dis bien "à mes yeux" car aux yeux de mes rares lecteurs plutôt magnanimes, j'aurais sans doute quelques excuses...

Les tourments d'être entre deux langues

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Avec Montaigne...

31 Mai 2021, 16:47pm

Publié par Flora bis

    Depuis mercredi dernier, le jour de notre première sortie "terrasse" pour déguster des moules-frites en grelottant sous le chapiteau traversé par le courant d'air glacial, le temps s'est grandement amélioré. Il fait jusqu'à 28° dehors, et le jardin ressemble à une jungle foisonnante, les chats des voisins se cachent dans l'herbe en guettant les oiseaux à chasser. Je pense que cela ne durera pas longtemps, la météo nous annonce déjà au moins 3 jours de pluie pour la fin de la semaine.

  Des invitations, une réunion associative au bout de sept mois de confinement... Nous nous sommes retrouvés avec grand plaisir, malgré les masques et les distances imposés. On ne peux pas se serrer la main, se prendre dans les bras, sans parler d'embrassades  -  en masque, horribile dictu!  -  mais bon, c'est encore une période de transition... Patience... Il faut se préserver et préserver les autres. Il faut aussi espérer que cette patience et cette persévérance qui nous guident n'auront pas asséché complètement notre capacité de manifester nos émotions, notre affection envers amis et famille, que nous pourrons encore vivre le partage sans peur, sans méfiance, en écoutant Michel de Montaigne: "Tu ne meurs pas de ce que tu es malade; tu meurs de ce que tu es vivant."   

   Nous avons écouté un exposé sur "la peur", inspiré par la célèbre phrase de Montaigne: "C'est de quoi j'ai le plus de peur que la peur."  De quoi déclencher des échanges riches ! Les Essais de Montaigne, si modernes, si lumineux, constituent une source inépuisable de réflexions pour l'homme d'aujourd'hui, perdu dans un monde sans repères. Montaigne l'humaniste ne nous juge pas, ne nous culpabilise pas, il nous prend tranquillement par la main, nous disant: je vis ainsi, je pense ainsi, je partage avec vous "l'humaine condition". Je n'impose rien à personne, ceux qui m'aime me suivent  -  s'ils veulent!

 

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Dilemme - ou pas...

15 Mai 2021, 17:04pm

Publié par Flora bis

   "Ce que je te reproche, c'est que tu vis trop dans le passé"  -  me dit quelqu'un dont l'avis compte beaucoup pour moi. C'est sans doute pour cette raison que je tourne et retourne dans ma tête la phrase qui, à chaque fois, pèse comme un pavé dans ma conscience. Elle remet en question l'ambiance de mon quotidien, souvent pesante, dans laquelle, depuis cinq ou six ans, je m'enfonce peu à peu. Depuis la rafale de deuils qui ont, d'un seul coup, déchiré le voile de mes douces illusions concernant mon "éternité", suivis de LA maladie qui, avant même d'être dévoilée, m'a longtemps susurré à l'oreille que c'était mon tour... 

    J'ai vécu 33 ans avec un homme qui détestait la nostalgie, qui avait le regard fixé sur l'horizon du futur et qui aimait la science-fiction. Cela a forcément déteint sur moi, je m'efforçais donc à y croire, en cet avenir lointain (et radieux, comme disait le slogan communiste...), pour le rejoindre sur son terrain. Avec sa mort précoce, la nostalgie du passé est revenue comme un refuge où l'on peut trier les souvenirs qui font du bien. Que pourrais-je y opposer? Un présent somme toute assez aride, calme et sans relief, dans lequel ma vie s'écoule doucement  -  je m'estime même bien heureuse s'il m'épargne de ses soubresauts qui ne réservent rien qui vaille... L'avenir? Que puis-je en espérer d'enthousiasmant?... Ah oui, les plaisirs minuscules que l'on me souhaite et que je souhaite à mon tour à mes amis du même âge. Et je traduis au fond de moi: contente-toi du peu qui t'échoit encore, avant de devenir... J'arrête. Je ne veux pas plomber complètement le moral des rares personnes qui liront ces lignes. Mais la lucidité est une blessure du soleil, selon René Char, et je ne peux pas mentir.

 

Dilemme  -  ou pas...

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