Echanger
Je remonte les volets. Je constate - à la place, au moins pour un instant fugace, de l'image du Bosphore majestueuse, changeante scène de théâtre de mon quotidien pendant 6 ans - que l'asphalte brille de la pluie fine de la nuit... Le ciel de plomb confère aux briques rouges une tonalité plus sombre, en attendant que le soleil réchauffe à nouveau les façades austères du Nord.
J'ai passé le week end chez les enfants. Les neuf personnes ont bien rempli la maison. Le soleil aussi était au rendez-vous, la promenade digestive, calibrée à mes jambes, raccourcie mais très agréable. Ajoutons les parties de cartes indispensables, tout comme les conversations, dans lesquelles je puise l'énergie pour les jours à venir.

Je connais des gens verrouillés à l'échange. Se sentent-ils protégés, à l'abri dans l'hermétisme de leur silence, je ne le sais pas. Sont-ils impuissants, tout simplement, à forcer la carapace dans laquelle leur éducation, la culture familiale, environnementale les ont enfermés depuis leur enfance?
Je me dis: quelle chance j'ai à pouvoir faire confiance aux mots! Se livrer représente, certes, un risque, n'ayant pas la certitude si les personnes ainsi mises dans la confidence sont ou non dignes de celle-ci. Encore que, le dosage dépend de notre volonté. Libre à nous d'en fixer les limites. Mais les mots ont un pouvoir libérateur incroyable! Ils cicatrisent les blessures, transforment les plaies ouvertes en traces visibles mais qui cessent de nous faire souffrir à vif!


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souvenirs. 