Le blog de Flora

hommage

Leonardo - de près...

27 Septembre 2020, 12:03pm

Publié par Flora bis

   Hier, en fin d'après-midi, bravant les bourrasques et les 9° hostiles, je suis allée au cinéma avec une amie. Quelle bonne idée elle a eue! Dans la grande salle  -  2e semaine!  -  nous étions 5 spectateurs... La distance physique sanitaire a été amplement respectée.

   Nous sommes allées voir le film tourné à l'exposition du Louvre des oeuvres de Leonardo da Vinci. "En nocturne", dans l'intimité presque totale avec le maître prodigieux de la Renaissance, "l'uomo universale" inventeur infatigable dans tous les domaines. Nos deux guides très compétents savaient au besoin rester discrets et nous pouvions approcher, à l'aide de la caméra, les oeuvres rarement ou jamais vues, les innombrables dessins des carnets remplis de notes au moindre centimètre carré (j'ai souris intérieurement à mes 7 cahiers remplis à ras bord, sans la plus petite marge, de vide  -  que l'on me pardonne cette comparaison extrêmement audacieuse!) 

   Comme d'habitude, j'ai été sensible au clair/obscur, au contours effacés, au "sfumato" mystérieux obtenu par la superposition des couches légères qui donnent cette impression de vibration secrète... Mais par-dessus tout, cette fois encore, ce sont ses dessins préparateurs aux tableaux ou simples croquis de l'artiste génial dont les mains ne restaient jamais inoccupées, prolongements naturels de l'observation sans repos de la vie, qui me donnaient le frisson de plaisir toujours renouvelé, inextinguible. 

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Michael Lonsdale

22 Septembre 2020, 10:53am

Publié par Flora bis

   

   Michael Lonsdale vient de mourir à 89 ans. En pensant à lui, l'image du frère Luc, le moine de Tibhirine me vient immédiatement à l'esprit. Il a tourné dans beaucoup de films, des rôles caméléon,  impressionnants, véridiques, mais sous les costumes changeants, le personnage secret, observateur serein qu'il était aussi dans la vie, se laissait deviner.

   Selon un extrait du célèbre "Divan" de Chapuis, il était un boulimique de travail. J'ai noté quelques phrases de cet entretien, phrases qui trouvent un fort écho en moi:

"Le travail bien fait donne envie de continuer. La fatigue ne vient qu'à partir du moment que l'on fait des choses qui ne sont pas bonnes. Le bon travail redonne la force pour continuer. (...)

(...) Je m'adapte partout et je fais en sorte de prendre la couleur de l'endroit où je suis, pour ne pas être dépaysé. Il ne me faut pas être à un certain endroit pour être heureux. Le bonheur pour moi est de m'adapter aux personnes que je rencontre et aux situations et lieux où je suis. Et d'être observateur et heureux partout car il y a à observer et à apprendre dans tous les endroits du monde."

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7 ans déjà...

23 Avril 2020, 12:10pm

Publié par Flora bis

 

J'ai le projet d'écrire un texte pour être lu sur scène et ayant comme thème les "Mères"... La mienne est morte il y a tout juste 7 ans, à l'hôpital, après 3 mois passés dans une maison de retraite. A 1700 km de moi. Je l'ai revue quelques semaines Avant. J'ai encore cette ultime rencontre sur le coeur comme un poids énorme. Celui de la culpabilité qui n'est pas prête à m'abandonner. Il m'enfonce dans les profondeurs, me coupe la respiration. Je suis en apnée.

   Je n'avance pas dans le texte. Sans arrêt, la figure de ma mère éclipse les autres, elle se réclame la première place. Pourtant, ce texte, je ne le veux pas trop personnel afin que (presque) toutes les mères  -  les nôtres et celles que nous sommes devenues  -  puissent se refléter dans ce drôle de kaléidoscope. Que l'on puisse sourire à travers les larmes... 

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"Devenir Matisse"...

7 Février 2020, 11:45am

Publié par Flora bis

Je ne puis pas distinguer entre le sentiment que j’ai de la vie et la façon dont je le traduis. (Henri Matisse)

   Tiens, quelques semaines après Toulouse-Lautrec, un autre illustre Henri de la peinture que nous nous apprêtions à visiter hier après-midi. L'exposition raconte la gestation du peintre Henri Matisse.

Superbe journée! Du soleil avec un ciel bleu sans tache, après une nuit froide comme il se doit en hiver. Dès 14 h, nous nous sommes mises en route pour Le Cateau, petite ville non loin de Cambrai. Matisse y est né le dernier jour de l'année 1869, par le hasard d'une visite de ses parents rendue à la famille. Depuis des siècles, la région est dédiée aux métiers du textile, l'enfant Matisse lui-même est entouré de tissus et d'étoffes chatoyants qui joueront un rôle éminent dans sa peinture.

   Il commence par des études de droit et ne découvre la peinture qu'à 20 ans, presque par hasard. Il va à Paris pour fréquenter les ateliers, les cours de peintres célèbres, dont Gustave Moreau et Bourdelle, copiant  -  sur l'incitation du premier  -  les oeuvres des maîtres exposées au Louvre. C'est cet exercice qui le mène à trouver sa propre vision de la peinture.

   En 1904, il s'installe à Saint Tropez dont le soleil, la luminosité exceptionnelle réveille sa palette. Il devient le chef de fil des "Fauves". Les voyages, les contacts, l'influence de Van Gogh, Gauguin, Cézanne, Picasso et surtout, ses propres émotions  dictent son expression. 

"J'ai toujours essayé de dissimulé mes efforts, j'ai toujours souhaité que mes oeuvres aient la légèreté et la gaieté du printemps qui ne laisse jamais soupçonner le travail qu'il a coûté."

    Il meurt à Nice, en 1954, il y est enterré. La ville lui consacre un grand musée.

(photos prises à l'exposition par moi-même)(photos prises à l'exposition par moi-même)
(photos prises à l'exposition par moi-même)(photos prises à l'exposition par moi-même)
(photos prises à l'exposition par moi-même)(photos prises à l'exposition par moi-même)

(photos prises à l'exposition par moi-même)

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Grand Palais, grande émotion

16 Janvier 2020, 11:44am

Publié par Flora bis

   Henri de Toulouse-Lautrec est un de mes artistes préférés. Depuis longtemps. J'ai vu quelques uns de ses tableaux au Musée d'Orsay, il y a des années mais voir une grande exposition sur deux niveaux et dans de nombreuses salles, c'était un événement à ne pas manquer. J'étais pourtant prête à y renoncer à cause d'une phlébite récalcitrante à la jambe, et aussi à cause de la fatigue insurmontable qu'un piétinement dans une salle surpeuplée signifie pour moi... Les enfants ont insisté avec beaucoup de générosité et finalement, toute la famille s'est déplacée dimanche matin.

 La courte vie du peintre tient entre ces deux dates: 1864-1901. Courte vie, petite taille (152 cm) mais le talent d'un géant! Il quitte Albi (où, de nos jours, un beau musée abrite nombre de ses tableaux) et sa famille de la vieille aristocratie des mariages consanguins (cause de son handicap) pour Paris et le milieu bohème de ses artistes de cabarets, de cirque et de ses maisons closes dont les pensionnaires l'accueillent avec une grande générosité, lui servant de modèles. Les coulisses de cette vie s'ouvrent devant nous, dans tout son naturel, sur les tableaux et dessins de Lautrec empreints d'une grande humanité. 

   Hélas, les nombreux visiteurs m'ont empêchée de m'approcher vraiment et surtout, de m'attarder suffisamment longtemps devant les cadres, de les dévorer des yeux en pénétrant l'univers de l'artiste, les contours rapides et admirablement justes, les toiles "non finies" mais encore plus intéressantes pour moi. J'étais ébahie devant les poses audacieuses, prises sur le vif comme s'il avait voulu saisir un maximum de la vie, pressentant le peu de temps qui lui était imparti.

   Depuis toujours, j'ai un faible pour le dessin, ce genre dédaigné par beaucoup face à la peinture. Pour moi, il est vivant, libre et fragile à la fois : c'est la perception première en marche. Il ne faut pas le charger, lécher, il faut le laisser vivre cette liberté, cette velléité de disparaître à l'occasion.

Grand Palais, grande émotionGrand Palais, grande émotionGrand Palais, grande émotion
Grand Palais, grande émotionGrand Palais, grande émotion

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Fête des Mères

26 Mai 2019, 19:19pm

Publié par Flora bis

   La Fête des Mères... Est-elle galvaudée, aussi bien que les autres, devenues obligations commerciales sans véritable continu: un devoir à accomplir ou un oubli sans âme qui passe sous silence... Pour certains, c'est même un résidu pétainiste réactionnaire qu'il faudrait supprimer. J'aimerais que ce soit autre chose.

   Pour moi, c'est l'occasion de susciter le souvenir de la mienne. Cela fait 6 ans

qu'elle ne vit plus que dans des traces se reflétant dans ma mémoire : une photo qui réveille des sensations anciennes, l'odeur de cannelle et de clous de girofle du placard de la cuisine, les multiples rideaux sur les portes et fenêtres, les pétunias du jardin... Un perpétuel désir de beauté qui, pour la plupart du temps, restera inassouvi...

   On est souvent injuste avec sa mère... Pour une fille, elle est à la fois une référence, un modèle à copier et à combattre pour devenir soi-même... Une mère parfaite peut être paralysante : comment atteindre une telle perfection?... Nous nous débattons dans nos contradictions, nos révoltes, nos offenses car nous sommes sûrs d'une chose : son amour restera, en dépit de tout, inébranlable. A toute épreuve. A nous acquis pour l'éternité.

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Connexion secrète

25 Avril 2019, 15:54pm

Publié par Flora bis

                  "Én megőrzöm titkos vágyaid, mindig, mindig.
                   Én ismertem minden álmodat, mindet, mindet.
                   Gondolj rám, ha egyszer nem leszek. Sokszor, sokszor."  (Magda Szabó)
 

"Je garde tes désirs secrets, à jamais, à jamais. 

 Je connaissais tous tes rêves, chacun, chacun.

  Pense à moi quand je ne serai plus. Souvent, souvent."  (trad. R.T.)

   Je suis tombée sur ces trois lignes de Magda Szabó (que je connaissais et appréciais en tant que romancière) tout à fait par hasard. "Pense à moi quand je ne serai plus. Souvent, souvent."  : cette dernière ligne résonnait en moi, curieusement, en apprenant la nouvelle de la mort de Jean-Pierre Marielle. Malade, 87 ans, rien d'anormal à ce qu'il ait rejoint Jean Rochefort et Philippe Noiret, ses amis depuis le conservatoire. Toutefois, le public apprend la nouvelle avec le choc d'avoir perdu un proche.

   A chaque fois qu'un personnage familier  -  écrivain, chanteur, comédien ou autre figure proche du public  -  disparaît, un sentiment de perte s'empare de nous. Ces personnes nous étaient à la fois lointaines et intimes, nous accompagnant depuis des décennies, par l'intermédiaire des oeuvres dont ils étaient les créateurs ou les transmetteurs, les incarnations. Ils faisaient partie de notre vie et, suscitant des émotions profondes, participaient aux métamorphoses mystérieuses qui s'opéraient en nous.

   Je regarde, j'écoute, je lis les réactions dans les média. J'ausculte mes propres sentiments. Quelle chance nous avons de les avoir côtoyés! Ils nous ont beaucoup donné. Ils nous ont fait frôler les profondeurs insondables tout comme le rire doux-amer qui guérit. Quelle chance ils ont de pouvoir susciter la vague d'émotion qui les accompagnera au début du chemin de la mort... J'aimerais croire à l'idée d'une connexion secrète qui permettrait aux défunts de profiter de ce cortège de gratitudes qui rendrait l'éloignement plus léger...

 

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Bûcher

18 Avril 2019, 18:46pm

Publié par Flora bis

   Je ne voulais pas en rajouter aux innombrables commentaires et images qui circulent sur les écrans à propos du tragique incendie de Notre Dame. De plus, je préfère ne pas réagir à chaud, laissant la grande vague d'émotion commune descendre et me questionner sur mes propres sentiments de citoyenne d'adoption, chrétienne car baptisée, sans demander mon consentement, puis émancipée des religions.

   J'ai appris la tragédie lundi vers 21 h, à l'appel de mon fils sur le chemin de la maison. Depuis trois heures, j'étais abîmée dans le travail sur un texte et son coup de fil m'a désorientée; j'étais à mille lieux d'imaginer le drame... En témoigne ce petit dialogue: "Tu as vu la catastrophe?" - "Non, mais je l'ai entendue à la radio. Ca fait la troisième fois qu'ils se font battre piteusement; veulent-ils prolonger le suspens du championnat jusqu'au bout pour susciter un peu d'intérêt?" - "Je ne parle pas du PSG, je parle de Notre Dame!" - "Quoi, Notre Dame? Qu'est-ce qu'elle a?" -  "Elle brûle!"

image Internet

   J'ai couru ouvrir la télé et j'ai continué à regarder les images jusqu'à une heure tardive de la nuit, sidérée, incrédule, plongée dans la tristesse. J'ai regardé les gens sur les quais, sensiblement dans le même état d'esprit, silencieux. Les lances à incendie semblaient dérisoires face aux flammes toutes-puissantes. La flèche et la toiture ont disparu.

   Pendant longtemps, Notre Dame était pour moi un rêve, un fantasme, une lecture et un film. Je l'ai visitée pour la première fois vers 1973, avec Gilbert comme guide, fier de me montrer ce joyau national. Je me souviendrai toujours du sentiment de ma petitesse, lorsque j'ai arpenté la nef et les bas-côtés pour la première fois. J'ai ressenti une grande émotion, semblable à ce que l'on éprouve à la vue d'un tableau, d'une sculpture ou d'un paysage dont on a longtemps rêvé. Par la suite, j'ai visité celles de Reims, d'Amiens, de Beauvais, de Bourges et surtout, celle de Laon.

   Notre Dame de Paris demeure la plus célèbre, bien qu'elle ne soit ni la plus ancienne, ni la plus grande, ni peut-être pas la plus belle. Elle est simplement unique, familière, résistante aux tempêtes, appartenant à nous tous. Un symbole qui réunit, elle nous suggère l'illusion de l'éternité. Elle ne peut pas disparaître... Que deviendrait Paris sans elle?...

 

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L'exemple de Varda

30 Mars 2019, 12:25pm

Publié par Flora bis

   J'ai une amie, elle a quelques années de plus que moi. Elle vit seule avec une santé parfois chancelante mais rien de grave. Je lis ses publications courtes et abondantes sur son blog ou sur sa page Facebook: elle ne cesse d'évoquer les aléas de l'âge, sa mort probablement proche, ses chers disparus qu'elle rejoindra bientôt. On dirait qu'elle ne se rend pas compte de l'effet produit sur le lecteur. Cela devient extrêmement pesant mais je la lis quand-même régulièrement. Comme un exorcisme? Comme une punition?...

   Aussitôt, je révise mentalement mes sujets récurrents, mes flottements d'humeur, mes jérémiades et mes déprimes causés par le soleil parcimonieux ou par des douleurs réelles. Mes angoisses devant la déchéance due à l'âge qui accélère le temps, sans l'espoir de pouvoir inverser la tendance. L'état du monde et la vision apocalyptique que suggèrent les événements et les médias anxiogènes. Quelle différence, finalement, avec mon amie qui ne sourit presque JAMAIS?...

   Il faut que j'arrive à faire un effort sur moi-même. Je n'ai pas le droit d'assommer le lecteur avec un pessimisme lourd qui suinterait avec constance de l'ambiance de mes pages. Bien sûr, il ne s'agit pas de mentir, plongeant soudainement dans la béatitude d'une autruche qui ne me ressemble pas.

   Je pense à Agnès Varda qui vient de mourir à 90 ans. Son "Cléo de 5 à 7" m'a profondément marquée: je l'ai vu, étudiante, et j'y repensais aux différentes étapes de ma vie. Je regarde la photo de la minuscule vieille dame haute en couleurs qui se promenait dans la vie toujours active, curieuse et ouverte sur le monde et les gens, au lieu de pleurer sur son sort... Voilà la bonne piste à suivre. Sourire au monde. Sourire aux autres. Essayer de trouver quelques parcelles de réconfort réel dans un quotidien avare en espoir.

   

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Simone au Panthéon

2 Juillet 2018, 17:57pm

Publié par Flora bis

Hier matin, j'ai suivi la cérémonie de la "panthéonisation" de Simone Veil. 

C'était une belle et émouvante cérémonie, solennelle et sobre à la fois, digne de cette grande dame si aimée et respectée par la majorité des Français jusqu'à la fin de sa vie, en juin 2017.

J'ai lu son livre "Ma vie" à sa parution. Son courage, sa volonté m'ont impressionnée, sa ténacité en toute circonstance. Sa droiture aussi. C'est sans doute pour cela qu'elle a résisté à l'embrigadement dans un parti politique... Elle était au-dessus des petits jeux de circonstance, elle préférait les grandes causes aux arrangements politiciens à la petite semaine.

La loi Veil de 1974... Résister aux insultes de bas-étages des conservateurs catholiques... "Aucune femme n'a recours à l'avortement de gaieté de coeur" disait-elle. Beaucoup de femmes mouraient alors à cause des avortements clandestins.

L'Europe, sa grande affaire... La réconciliation après une guerre dont elle a souffert dans sa propre chair. Première Présidente élue du Parlement Européen à une époque où l'Europe était encore une belle utopie...

 

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