Cruel dilemme
Il n'est pas simple de dire adieu à un blog, à une tranche de vie de 18 ans.
J'ai entamé cette aventure en juillet 2008, à l'époque de la relative nouveauté du genre. Cela faisait 2 ans que je me familiarisais avec la solitude, avec, soudain, le trop-plein de temps libre, après des années d'intense mobilisation contre le cancer, pour la survie la plus longue possible de Gilbert, un qui-vive qui ne laissait pas de place pour un pas de côté... Et tout d'un coup, il fallait apprendre à se connaître, à occuper 24 h par jour avec ce nouveau sujet : moi-même...
Les blogs venaient de naître à peu près à la même époque. Parfaits pour combler la solitude, découvrir le chemin vers soi en même temps qu'ouvrir une fenêtre vers les autres. Une frénésie de communications, de créativités possibles et autorisées, offertes au public, au lieu de rester dans l'ombre de l'anonymat. Selon ses désirs, son audace ou sa timidité, on pouvait y participer, à visage découvert ou masqué par un pseudonyme.
Une vraie caverne d'Ali baba où l'on trouvait, ébahis, le pire comme le meilleur. Avec la joie de la surprise et de la découverte. Des relations naissaient, virtuelles mais avec de vrais sentiments d'amitié, de deuil et de l'admiration! On retrouvait des personnes disparues de notre vie depuis des décennies et qui réapparaissaient par magie, nous obligeant de prendre conscience de la fuite impitoyable du temps, dont, au jour le jour, nous ne voyions pas forcément les stigmates.
Je me souviens de la naissance de ce blog, pas à pas, de l'émotion intense qui me serrait le coeur - même sous pseudonyme choisi avec soin : Flora qui existe aussi en hongrois, - une des muses d'Attila Jozsef, ce géant de la poésie hongroise que je m'apprêtais à faire découvrir - car j'avais de l'ambition pour ce blog! Entre autres, diffuser ne serait-ce qu'à ma petite échelle, les oeuvres de Gilbert et celles de la littérature hongroise, en traduction, souvent par moi-même. Raconter ma vie aussi, mon parcours. Devoir de mémoire, dette de survivant. Pérégrinations, adaptations, attachements, amitiés, fidélités...
Possibilité de s'exprimer devant un public, tout en restant cachée... Peser le chemin parcouru, tracer le futur, le dégageant un peu aveuglément, à la machette dans la jungle. Avec précaution quand-même, à chacun son tempérament!... Je ne suis pas une guerrière.
Et surtout, la toute puissance des mots! Cette addiction magique, une langue d'adoption à cultiver, en parallèle avec ma langue maternelle à ne pas laisser à l'abandon.
Difficile, sinon impossible d'y renoncer... Il est devenu un peu ce que je suis.
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