Petite escapade hivernale
Je tente de retenir les caresses du soleil portugais sur ma peau fatiguée de nordiste d'adoption... Six jours de Lisbonne - pour moi, une initiation - ne permettent qu'un aperçu sommaire de la vie des gens: mes longs séjours dans des pays étrangers m'en ont profondément convaincue. Il faut y vivre des années, partager le quotidien.
Pour une initiation, six jours suffiront. L'avion survole les collines qui descendent vers l'océan. L'estuaire du Tage (Tejo) majestueux devient si large qu'il se confond avec l'Atlantique... Nous découvrons les quartiers anciens, témoins d'un passé glorieux où le Portugal était le premier peuple navigant découvreur de voies maritimes nouvelles, possédant des territoires de plusieurs fois sa taille... Que reste-t-il de ce passé grandiose? Le saudade, mélancolie nourrie du sentiment d'appartenir à un même destin, nostalgique du passé mais dénué de désespoir pour le futur...
Le grand poète Pessoa exprime ainsi ce flottement intemporel:
Je ne suis rien.
Je ne serai jamais rien.
Je ne pense vouloir être rien.
A part ça, je porte en moi tous les rêves du monde.
Le touriste ordinaire néanmoins sensible foule les petits pavés des rues étroites qui escaladent les collines, parmi les façades délabrées mais imprégnées de la dignité d'une richesse d'antan, ornées des azulejos qui tombent, détaillées ensuite sur les étals des marchés aux puces. Le piéton partage les pavés avec le légendaire tram 28, dont l'unique voiture bondée brave la montée en pente raide, les taxis et les tuc-tuc vrombissants capables d'engloutir notre groupe de sept personnes... Le piéton se plaque contre le mur ou se dissimule dans les portes, afin de laisser passer le trafic. Personne ne s'énerve, la jovialité règne. Le Portugal supporte le poids de la crise avec la même dignité noble.