Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 6.
En fait, plus que d'inconscience, je souffre d'inertie. Chaque détail de ma vie en apporte la preuve. Ainsi, je
continue à résumer, analyser chaque ouvrage que je lis. Dans mes boîtes métalliques s'alignent des milliers de fiches, roses pour les romans français, jaunes pour les étrangers, bleues pour le
théâtre, vertes pour les essais. Elles avaient pour fonction de prévenir les trous de mémoire. Tant de livres s'effacent aussitôt lus... Si je dois mourir dans quelques mois, l'argument ne tient
plus. Pourquoi continuer ?
Il y a plusieurs façons d'attaquer un cancer. La chirurgie ? Je ne suis pas opérable. Puisque la moelle est infectée, il faudrait m'enlever tous les os, me ficeler ensuite comme un rôti de dindonneau. Un traitement ? On parle de chimiothérapie, de rayons, sans assurance de succès. L'espoir que les chercheurs déboucheront sur le remède miracle ? Le sida, l'obésité sont plus médiatiques que le myélome.
Du monde réel, rien à attendre. Je me choisis des guérisons fantasques. Je me métamorphose en rocher. Certes, les pierres sont mortelles. On peut les concasser, broyer, éparpiller piler, pulvériser, dynamiter, on peut les humilier en les glissant dans une façade, derrière un nain de jardin. Si elles survivent à ces déboires, elles finiront dans la débâcle de la terre, lorsque le soleil, ayant brûlé son énergie, se changera en géante, absorbant les planètes. Le roc n'en laisse pas moins davantage de chance qu'un myélome de traverser les siècles. Séverine ouvre des yeux affligés. La mort du soleil la terrorise. Elle pleurerait presque à l'idée que puisse s'effondrer le décor de sa chère réalité. Quand je lui dis qu'elle bénéficiera d'un délai supplémentaire puisque l'extinction du soleil ne nous apparaîtra que neuf minutes après l'événement, en raison du temps mis par la lumière - ou son absence - pour nous parvenir, elle hausse les épaules.
Les premières pendules portatives servaient de réserve à parfum. Les belles du XVIe siècle ne se contentaient pas de lire l'heure. Elles dissimulaient leurs odeurs corporelles, dues au manque d'hygiène. Une forme olfactive du temps, comme la madeleine de Proust.
Il y a plusieurs façons d'attaquer un cancer. La chirurgie ? Je ne suis pas opérable. Puisque la moelle est infectée, il faudrait m'enlever tous les os, me ficeler ensuite comme un rôti de dindonneau. Un traitement ? On parle de chimiothérapie, de rayons, sans assurance de succès. L'espoir que les chercheurs déboucheront sur le remède miracle ? Le sida, l'obésité sont plus médiatiques que le myélome.
Du monde réel, rien à attendre. Je me choisis des guérisons fantasques. Je me métamorphose en rocher. Certes, les pierres sont mortelles. On peut les concasser, broyer, éparpiller piler, pulvériser, dynamiter, on peut les humilier en les glissant dans une façade, derrière un nain de jardin. Si elles survivent à ces déboires, elles finiront dans la débâcle de la terre, lorsque le soleil, ayant brûlé son énergie, se changera en géante, absorbant les planètes. Le roc n'en laisse pas moins davantage de chance qu'un myélome de traverser les siècles. Séverine ouvre des yeux affligés. La mort du soleil la terrorise. Elle pleurerait presque à l'idée que puisse s'effondrer le décor de sa chère réalité. Quand je lui dis qu'elle bénéficiera d'un délai supplémentaire puisque l'extinction du soleil ne nous apparaîtra que neuf minutes après l'événement, en raison du temps mis par la lumière - ou son absence - pour nous parvenir, elle hausse les épaules.
Les premières pendules portatives servaient de réserve à parfum. Les belles du XVIe siècle ne se contentaient pas de lire l'heure. Elles dissimulaient leurs odeurs corporelles, dues au manque d'hygiène. Une forme olfactive du temps, comme la madeleine de Proust.
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