Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 27.
Séverine m'accompagne chez le médecin. Une heure d'attente pour de simples ordonnances : avant l'IRM, il faut que je fasse une prise de sang. Il faut aussi que j'achète le produit à injecter dans mes veines, ce jour-là, pour que mon corps devienne lisible et les médicaments à avaler la semaine précédente pour prévenir une allergie. Que de précautions pour un examen réputé sans danger !
Une heure d'attente pour deux bouts de papier. Le cancérologue aurait pu les joindre à sa dernière lettre mais il veut faire vivre le généraliste. Entre une vieille arthritique et un gamin enrhumé dont la mère mouche le nez toutes les trente secondes, Marcel passe et trébuche sur le pavé de l'hôtel de Guermantes. Cette idée de la mort s'installa définitivement en moi comme fait un amour. Non que j'aimasse la mort, je la détestais. Mais, après y avoir songé sans doute de temps en temps comme à une femme qu'on n'aime pas encore, maintenant sa pensée adhérait à la profonde couche de mon cerveau si complètement que je ne pouvais m'occuper d'une chose sans que cette chose traversât d'abord l'idée de la mort...
Radios des jambes. A la recherche du trou dans l'os... L'atmosphère est glacée malgré un petit chauffage électrique. Idéal pour les maux de tête.
Variantes du cadran solaire, des méridiennes longues de plusieurs dizaines de mètres sont tracées sur le sol de quelques églises d'Italie, à Florence, Milan, Bologne ou Rome. Au-dessus, la coupole est percée d'un trou. La lumière s'y introduit et va frapper un point de la méridienne, indiquant l'heure.
Onze novembre. Les poilus ont gagné. Un million quatre cent mille tués contre un million huit cent mille pour l'Allemagne. Je me laisse pousser la barbe, par pur patriotisme...