Bribes de mémoire 56. Libourne...
Les six années effervescentes de Berlin sont suivies de deux à Libourne : une période en apnée totale. La Gironde, région enviée pourtant, conjugue la beauté sauvage des plages de l'Atlantique et la douceur des vignobles où la moindre bâtisse s'appelle "château". Ce n'est pas rien que d'habiter à 10 km de Saint-Emilion, de voir les nobles bouteilles de Pomerol pousser à la sortie de la ville et d'être à 50 km des sables fins et des vagues impressionnantes de l'Atlantique !
Toute cette beauté inoubliable et exaltante se paye très cher : par une Solitude absolue et sournoisement dévorante. Le Bordelais est réputé par son hermétisme envers les "envahisseurs" : en touristes, passe encore ; certes, sans débordements enthousiastes, mais en résidant, à vouloir partager l'héritage ancestral des "autochtones" de soleil et de beauté : les murailles des bâtisses cossues se rehaussent aussitôt pour empêcher le regard de s'infiltrer dans les jardins secrets dont les parfums enivrants laissent seulement deviner les mimosas en fleur à la fin de l'hiver.
Je suis plutôt de nature ouverte et sociable mais l'isolement total de ces deux années me font frôler la dépression, avec son cortège de terreurs nocturnes, de tremblements subits et d'autres symptômes psychosomatiques... J'essaie pourtant : je fréquente la fac de Bordeaux afin de parfaire ma licence de russe, entamée à Berlin d'où je prends l'avion pour passer les examens semestriels à l'Institut des Langues Orientales à Paris, les mains dans les poches, puisque je ne peux pas suivre les cours... pour obtenir l'équivalence de mes diplômes hongrois. Ma foi, avec des résultats dûs aux beaux restes de mes études terminées dix ans plus tôt ! Je fréquente aussi un atelier de dessin, j'expose et j'obtiens même un deuxième prix, doté de deux bonnes bouteilles de bordeaux !
Malgré tout, la solitude des journées entières, les mauvaises conditions de logement minent le moral. La nomination de Gilbert à Istanbul arrive à point nommé, comme une ultime bouée de sauvetage. Formalités, déménagements - et nous prenons la route mi-octobre, aux alentours de mon anniversaire. La confirmation du poste tarde à arriver (avec la Turquie, les postes sont toujours soumis aux soubresauts "climatiques" des relations franco-turques) et le ministère n'a plus le temps d'obtenir les visas hongrois et bulgare : nous prenons donc l'itinéraire plus long, par la Grèce. L'aventure démarre fort dès la première nuit, celle qui précède mon anniversaire...
la suite suivra...
Toute cette beauté inoubliable et exaltante se paye très cher : par une Solitude absolue et sournoisement dévorante. Le Bordelais est réputé par son hermétisme envers les "envahisseurs" : en touristes, passe encore ; certes, sans débordements enthousiastes, mais en résidant, à vouloir partager l'héritage ancestral des "autochtones" de soleil et de beauté : les murailles des bâtisses cossues se rehaussent aussitôt pour empêcher le regard de s'infiltrer dans les jardins secrets dont les parfums enivrants laissent seulement deviner les mimosas en fleur à la fin de l'hiver.
Je suis plutôt de nature ouverte et sociable mais l'isolement total de ces deux années me font frôler la dépression, avec son cortège de terreurs nocturnes, de tremblements subits et d'autres symptômes psychosomatiques... J'essaie pourtant : je fréquente la fac de Bordeaux afin de parfaire ma licence de russe, entamée à Berlin d'où je prends l'avion pour passer les examens semestriels à l'Institut des Langues Orientales à Paris, les mains dans les poches, puisque je ne peux pas suivre les cours... pour obtenir l'équivalence de mes diplômes hongrois. Ma foi, avec des résultats dûs aux beaux restes de mes études terminées dix ans plus tôt ! Je fréquente aussi un atelier de dessin, j'expose et j'obtiens même un deuxième prix, doté de deux bonnes bouteilles de bordeaux !
Malgré tout, la solitude des journées entières, les mauvaises conditions de logement minent le moral. La nomination de Gilbert à Istanbul arrive à point nommé, comme une ultime bouée de sauvetage. Formalités, déménagements - et nous prenons la route mi-octobre, aux alentours de mon anniversaire. La confirmation du poste tarde à arriver (avec la Turquie, les postes sont toujours soumis aux soubresauts "climatiques" des relations franco-turques) et le ministère n'a plus le temps d'obtenir les visas hongrois et bulgare : nous prenons donc l'itinéraire plus long, par la Grèce. L'aventure démarre fort dès la première nuit, celle qui précède mon anniversaire...
la suite suivra...
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