Bribes de mémoire 51. Leningrad 1971, Ivan...
Saut d'humeur, au gré du rayon de soleil transperçant la lourde couche nuageuse qui nous étouffe depuis plus d'une semaine. Passage de coq à l'âne qui m'est cher : ne pas se laisser emprisonner dans les contraintes de la linéarité, fuir le systématique, ennemi de la spontanéité.
Sur ce blog, j'étais à Berlin il y a peu - j'y retournerai encore - mais cela fait longtemps que je tournicote autour du souvenir d'Ivan. J'ai du mal à l'imaginer grand-père; le temps s'arrête... Je relis ses lettres, de même que les pages de mon "journal" de Leningrad qui consignent notre courte histoire. Entre deux dates : 17 mars - 17 mai, treize rencontres en tout... suivies de deux ans de correspondance.
De mon côté, un point de départ classique : quasi indifférence ou presque. Une demi-phrase dans le résumé des événements de la journée et de la préparation de la soirée de l'"interclub" prévue pour quinze jours plus tard : "Je rencontre un Bulgare chez Gricha, ça bouge à l'interclub." Même la soirée fatidique démarre de façon insignifiante ; il m'invite plusieurs fois à danser puis me raccompagne à mon "korpous", un des immeubles à vingt étages, à travers le terrain vague enneigé, balayé par le vent humide et tranchant d'un Leningrad hivernal. Je rentre chez moi avec le souvenir d'une soirée mal partie mais finalement pas trop désagréable, sans plus. Le lendemain : patatras ! Le coup de foudre à retardement que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer ( lien vers Bribes de mémoire 35.) Quelle est la mystérieuse alchimie qui fait sournoisement son chemin à votre insu, pour vous ensorceler pendant votre sommeil ? Tout d'un coup, je perçois sa beauté, sa taille élancée, ses boucles noires (j'ai toujours eu un faible pour les grands bruns) et ses grands yeux gris à l'abri des longs cils. Comment se fait-il que la veille, je n'aie rien vu de tout cela ? Le lendemain, c'est dans un certain état d'ivresse que j'attends son passage, alors que nous n'avons même pas rendez-vous....
La rupture est très douloureuse, deux mois plus tard. Il semble très épris mais je n'arrive pas à faire confiance à ses sentiments, et, à l'époque, bien que flirtant à tout va, nous jouons serré avec les vrais sentiments... La fuite devant une décision que je voulais fatidique. A l'aune des moeurs d'aujourd'hui, c'est beaucoup de tourments pour pas grand-chose...
Avons-nous un ange gardien? Est-ce le destin qui veille sur nous? Toujours est-il qu'après deux ans de correspondance belle et sincère, j'ai l'occasion de retourner dans les environs de Leningrad, à Louga, pour accompagner un stage linguistique de lycéens. J'ai une "fenêtre" (comme la fusée Ariane) de quelques heures pour le revoir avant son départ pour la Bulgarie. 2 heures de train, métro, j'arrive à son "korpous" (bâtiment) : il vient de partir à la gare. J'y fonce en métro et j'arrive au moment où le train quitte la gare. Je remonte en courant les wagons qui s'éloignent en accélérant... en vain. L'histoire s'arrête là.
Sur ce blog, j'étais à Berlin il y a peu - j'y retournerai encore - mais cela fait longtemps que je tournicote autour du souvenir d'Ivan. J'ai du mal à l'imaginer grand-père; le temps s'arrête... Je relis ses lettres, de même que les pages de mon "journal" de Leningrad qui consignent notre courte histoire. Entre deux dates : 17 mars - 17 mai, treize rencontres en tout... suivies de deux ans de correspondance.

De mon côté, un point de départ classique : quasi indifférence ou presque. Une demi-phrase dans le résumé des événements de la journée et de la préparation de la soirée de l'"interclub" prévue pour quinze jours plus tard : "Je rencontre un Bulgare chez Gricha, ça bouge à l'interclub." Même la soirée fatidique démarre de façon insignifiante ; il m'invite plusieurs fois à danser puis me raccompagne à mon "korpous", un des immeubles à vingt étages, à travers le terrain vague enneigé, balayé par le vent humide et tranchant d'un Leningrad hivernal. Je rentre chez moi avec le souvenir d'une soirée mal partie mais finalement pas trop désagréable, sans plus. Le lendemain : patatras ! Le coup de foudre à retardement que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer ( lien vers Bribes de mémoire 35.) Quelle est la mystérieuse alchimie qui fait sournoisement son chemin à votre insu, pour vous ensorceler pendant votre sommeil ? Tout d'un coup, je perçois sa beauté, sa taille élancée, ses boucles noires (j'ai toujours eu un faible pour les grands bruns) et ses grands yeux gris à l'abri des longs cils. Comment se fait-il que la veille, je n'aie rien vu de tout cela ? Le lendemain, c'est dans un certain état d'ivresse que j'attends son passage, alors que nous n'avons même pas rendez-vous....
La rupture est très douloureuse, deux mois plus tard. Il semble très épris mais je n'arrive pas à faire confiance à ses sentiments, et, à l'époque, bien que flirtant à tout va, nous jouons serré avec les vrais sentiments... La fuite devant une décision que je voulais fatidique. A l'aune des moeurs d'aujourd'hui, c'est beaucoup de tourments pour pas grand-chose...
Avons-nous un ange gardien? Est-ce le destin qui veille sur nous? Toujours est-il qu'après deux ans de correspondance belle et sincère, j'ai l'occasion de retourner dans les environs de Leningrad, à Louga, pour accompagner un stage linguistique de lycéens. J'ai une "fenêtre" (comme la fusée Ariane) de quelques heures pour le revoir avant son départ pour la Bulgarie. 2 heures de train, métro, j'arrive à son "korpous" (bâtiment) : il vient de partir à la gare. J'y fonce en métro et j'arrive au moment où le train quitte la gare. Je remonte en courant les wagons qui s'éloignent en accélérant... en vain. L'histoire s'arrête là.
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