Le blog de Flora

Bribes de mémoire 28. L'épisode des plants de melon

25 Février 2009, 18:04pm

Publié par Flora

 
   La silhouette de mon père émerge souvent des abîmes de la mémoire : plus j'avance dans l'âge, plus je ressens des similitudes de caractère qui nous rapprochent. Adolescente, je m'opposais souvent à lui ; lors de nos disputes orageuses, chacun de nous voulait avoir le dernier mot : en cela aussi, nous nous ressemblions ! Cependant, je n'ai aucun souvenir de fessée ni de gifle durant toute la période de mon enfance. A une exception près : l'épisode mémorable des plants de melon... Je l'ai retenue non pas à cause de son caractère traumatisant, plutôt pour le cas unique qu'elle représente. Et je suis sans doute la seule à m'en souvenir encore...

  Mon père, passionné d'expériences agri-culturelles, crée une mini-serre dans le jardin, aux prémices du printemps, et il y sème des pépins de melon. Il bichonne littéralement ce cadre d'un mètre carré, recouvert d'une vitre qu'il soulève quelques heures dans la journée pour aérer les plants de melon qui commencent à montrer leur nez. Je ne sais pas quel petit diable me pousse, mais, suivie fidèlement de mon frère de presque deux ans mon cadet, je propose d'essayer de marcher à pied nu sur la vitre... pour voir si ça tient... Et ça ne tient pas du tout ! Immédiatement, je me rends compte de la catastrophe, des éclats de verre parmi lesquels surnagent quelques pauvres plants écrabouillés dans leur tendre verdure. Tous irrécupérables ! Miraculeusement, nous n'avons même pas une égratignure à nos pieds nus.

   Je dois avoir 5 - 6 ans à tout casser (pour ainsi dire...). Ma mère tente de sauver les meubles ; elle suggère de dire à mon père que c'est en voulant aérer que nous avons lâché la vitre. L'innocence de mon frère ignore le mensonge et fait échouer le plan de sauvetage. Effrayée, je vois mon père détacher sa ceinture  -  je l'ai toujours sous les yeux, cette ceinture terriblement large !  -  et je m'assois précipitamment sur un tabouret pour épargner mes fesses maigrelettes... Mon père me soulève par un bras et je reçois un seul coup de ceinture symbolique : j'ai l'air si effaré que sa colère retombe. C'est la seule fois où sa tendresse à toute épreuve n'a pas résisté à celle-ci...

la suite suivra... 

 

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A
Ah, je me replonge enfin, et avec délice, dans tes fameuses bribes de mémoire ! Mon père, que j'ai si mal connu, qui m'a trop tôt quittée, avant que je ne réalise toute son importance. Mais non, je savais déjà à quel point il était important, à quel point nos deux parents sont importants et menacés de disparition. Mais, toujours cette retenue dans mes gestes et mes paroles, toujours cette tendance à faire croire le contraire des véritables sentiments qui m'animent. Par pudeur. Par incapacité à me dévoiler.<br /> Je me souviens quant à moi d'une gifle mémorable et tellement injustifiée à mes yeux. Cette gifle me poursuivra jusqu'à mon dernier jour...
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F
<br /> <br /> Ces fragments de souvenirs ont au moins le mérite d'en éveiller d'autres chez les gens qui échouent sur ces pages... J'ai au moins cette "prétention"-là... Ce n'est déjà pas si mal car<br /> beaucoup de vrais écrivains ne connaissent même pas les réactions de leurs lecteurs. Tu vois, ça a avancé depuis ta dernière visite!<br /> <br /> <br /> <br />
C
Bonsoir Flora,<br /> Cette histoire est super mignonne.<br /> En tant que père, je me suis souvent demandé, expérience faisant, s'il n'était pas préférable de ne PAS mettre en garde. La mise en garde constituant, elle-même, une tentation :o)<br /> Avec toute mon amitié.
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F
<br /> C'est vrai, Patrick. Cependant, quelquefois, la mise en garde est indispensable, elle constitue des repères, les obstacles à transgresser. Et la transgression est nécessaire aussi, pour grandir...<br /> Mais vous êtes un père plus expérimenté, je n'ai qu'un fils de 31 ans. Merci pour votre visite, amicalement à vous.<br /> <br /> <br />
M
Bonjour Flora,<br /> quand le diable s'en mêle...C'est vrai que ce n'était pas bien, mais vraisemblablement tu n'y as pas pensé plus que ça et les petits frères ça suit toujours...
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F
<br /> Comme je te l'ai dit hier, je savais quelque part que ce n'était pas bien  -  d'ailleurs, mon père nous mettait en garde sans cesse  -  mais la tentation était vertigneuse et<br /> irrésistible! C'est pour cela que je parle du "diable"...<br /> <br /> <br />
F
Cette image me pétrifie.
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F
<br /> Chère Françoise, penses-tu au dessin "Mimétisme" en disant cela?<br /> <br /> <br />
L
déjà petite,tu voulais donc expérimenter les<br /> qualités physiques de la matière?<br /> j'ai bien ri et ton papa était drôlement<br /> patient...
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F
<br /> Ce n'était pas un violent, loin de là! Il y a encore beaucoup d'images à raconter pour reconstituer le puzzle...<br /> <br /> <br />