Le blog de Flora

Bribes de mémoire 19. Ma tante (1)

26 Novembre 2008, 14:17pm

Publié par Flora

  Il y a des personnes qui occupent des places démesurées dans votre décor, d'autres passent sur la pointe des pieds, discrètement, au risque de s'effacer de votre mémoire avant l'heure. Les premières monopolisent les sillons profonds, leur image surgit immédiatement, avec leur voix, leur rire le plus souvent.

  Une des figures les plus pittoresques de plus de cinquante années de mon existence est ma tante, la soeur unique de mon père. Elle est une branche évidente de la lignée de mon grand-père, petite et ronde, dynamique  -  même à quatre-vingts ans passés, elle nous devance allègrement en marchant  -  les yeux légèrement bridés de mon grand-père dans lesquels je soupçonne un lointain héritage des steppes d'Asie. Un personnage si fort qu'elle occuperait un roman à elle seule...

   Elle est née en 1913. Elle a un an, lorsque mon grand-père s'en va au front russe. Mon père naît neuf ans après. Une relation très forte, presque maternelle l'attache à lui : même à l'âge avancé, il restera son "petit frère". D'ailleurs, elle a facilement cette attitude de "mère-poule" envers tous ceux qu'elle aime, y compris les "pièces rapportées" tant qu'elles n'ont pas démérité... Alors, cet amour 

démesuré et sans bornes se transforme en haine impitoyable et sans rappel, ses yeux bridés deviennent deux lames acérées... Cependant, les liens de sang demeurent au-dessus de tous les tourments, sans limites et sans conditions.

   Elle commence à travailler tôt, obligée de quitter l'école pour devenir bonne chez des gens aisés. A seize ans, elle rencontre l'homme de sa vie, le premier et l'unique, un homme doux et à nos yeux un peu effacé  -  mais comment aurait-il pu résister, sans se révolter, au maternage intense de ma tante?... Les parents s'opposent au mariage car elle est mineure mais elle déclare sans appel : "C'est lui ou la corde!" (allusion que tous les Hongrois comprennent immédiatement, la pendaison étant le mode de suicide le plus répandu dans nos campagnes). Je ne les ai jamais vu se disputer, pas même une "panne de sourire" comme on appelle la période de froid entre époux. Ils s'adressent l'un à l'autre avec une immense tendresse, s'appelant "Père" et "Mère", se tenant par la main, se gratifiant souvent d'une petite caresse ou d'un baiser reconnaissant.

 Difficile d'imaginer deux caractères plus contrastés. Ma tante, haute en couleurs, rit facilement aux éclats, adore danser et ne s'en prive pas, même à quatre-vingts ans passés, dans les mariages de petits-neveux et nièces. Je ne l'ai jamais entendu se plaindre de fatigue, pourtant, à 87 ans, elle retourne encore la terre de son jardin. Deux tragédies finissent par avoir raison de son indestructible joie de vivre.

 

la suite suivra...   

 

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C
Mieux on gratte, mieux on trouve, j'ai découvert que le portrait de votre profil est en fait récurrent dans une série de vos peintures et que vous avez une vie riche et intéressante comme votre oeuvre qui est variée.<br /> A très bientôt,<br /> Patrick
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F
<br /> Merci, Patrick, de vous être intéressé plus loin dans mes pages. J'aime bien les découvertes fortuites et j'ai horreur des gens qui annoncent avec tambours et trompettes à quel point ils sont<br /> dignes d'intérêt. Et pourtant, ça semble indispensable pour "réussir" (ou s'en donner l'illusion...)<br /> <br /> <br />
C
Bonsoir Flora,<br /> Vous vous exprimez avec beaucoup de justesse, ce sont bien des résonances que je ressens comme, par exemple, lorsque vous évoquiez les '... -30 degrés pendant votre stage ...', une étincelle, et j'ai eu envie de gratter plus loin dans votre blog, me disant qu'il devait y avoir plus que les seuls dessins sur lesquels je m'étais arrêté. Et, honte sur moi, combien superficiel j'avais été, j'ai découvert vos mémoires que je suis encore toujours en train de lire. Je lis les extraits que vous publiez aussi, j'y lis parfois votre solitude dans cette mission que vous vous êtes assignée mais il m'est difficile d'intervenir sur des extraits, j'arrive juste à pouvoir émettre quelques avis - non autorisés ;o) - quand j'ai lu un livre.
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F
<br /> <br /> Re-bonjour, Patrick, je vous remercie beaucoup pour vos mots. J'ai dit et redis que le phénomène blog, une sorte de "bouteille à la mer" assez géniale, est destinée à être repéchée et lorsque la<br /> passerelle, la résonance s'établit, c'est le bonheur...<br /> <br /> <br /> J'en lis aussi, à la recherche d'une découverte qui dépasse le point de croix, les recettes de cuisine et le quotidien de son chien (quoique éminament légitime et respectable<br /> aussi...)  <br /> <br /> <br /> <br />
C
Bonsoir Flora,<br /> Le passé n'est-il pas un point de référence? Il me semble aussi que nous le regardons différemment à différents moments, parfois avec nostalgie, parfois avec tristesse, parfois avec fierté ou encore avec joie.<br /> J'ai eu une grand-mère exceptionnelle et pourtant si simple, si humble. Elle est décédée à un âge fort avancé mais, jusqu'à la fin, elle ne venait à la maison qu'avec une vieille paire de pantoufles et une faucille à main pour arracher les mauvaises herbes dans le jardin, à ma plus grande honte. Je lui proposais de s'asseoir, de se laisser servir, je voulais lui rendre une infime partie de ce qu'elle a fait pour moi; mais non, son plaisir était de gratter dans le jardin, d'être utile alors je la laissais faire avec un sentiment de culpabilité.<br /> Votre récit m'y a fait penser.<br /> Avec toute mon amitié,<br /> Patrick
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F
<br /> Bonsoir, Patrick. Que mon petit "feuilleton" ait éveillé en vous la figure de votre grand-mère me fait plaisir. C'est un beau compliment pour moi : si je "me raconte", c'est aussi<br /> pour créer des résonances dans mes éventuels lecteurs (sinon, je prendrais un bon gros cahier à spirales - comme je disais au début de mon blog...)<br /> <br /> <br />
A
Bonsoir, je ne savais pas que l'on jouait à la corde en Hongrie.. !<br /> Je vais me pendre ou me prendre à l'aventure de la tente, j'attends le prochain épisode<br /> et vous salue bien
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F
<br /> Bonsoir, cher Maître, merci pour la visite, je retourne souvent dans votre atelier virtuel pour revisiter ou découvrir vos tableaux si peu sages, si bouleversants. Ils me font souvent penser à<br /> Bacon sans lui ressembler vraiment. C'est à vous qu'ils ressemblent sans doute.<br /> <br /> <br />
L
Evoquer cette tante si énergique et les autres<br /> membres de famille c'est peut-être pour <br /> essayer de se comprendre soi-même et éclaircir<br /> les rouages de sa personnalité...
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F
<br /> <br /> Parfois, je me sentais très proche d'elle mais sans lui ressembler vraiment. Cela faisait un bon moment que je me disais : il faut que tu t'attaques à ce monument de souvenir!<br /> <br /> <br /> Merci de ta fidélité, ma chère Magicienne, si intuitive même si elle s'en défend parfois...<br /> <br /> <br /> <br />