Le blog de Flora

Bribes de mémoire 8. Le sacrifice du cochon

22 Août 2008, 12:39pm

Publié par Flora

   Une effervescence palpable précède cet événement majeur de l'hiver, avec Noël et Nouvel An : on prépare les ustensiles remisés le reste de l'année, on frotte le grand chaudron qui ne sert qu'à ce moment-là et qui attendait au grenier, recouvert de l'intérieur d'une fine couche de graisse pour empêcher la rouille. Les divers récipients destinés à recueillir les morceaux de viande préalablement frits dans le saindoux bouillonnant et que l'on versera dessus pour une conservation "sous vide"; la grande bassine en bois pour malaxer la chair à saucisse hâchée maison avec de l'ail, du paprika en poudre, du poivre, du sel, du cumin  -  tous ces subtils parfums qui lui donnent le goût inimitable et introuvable sur un autre point du globe...
   Le jour fatidique, le boucher, un géant pansu à mes yeux d'enfant, arrive à quatre heures du matin : la journée sera longue! Petit verre d'alcool de prune pour se réchauffer et se donner du coeur à l'ouvrage et il sort ses énormes couteaux  de professionnel qui me semblent étonnamment usés par les années d'exercice de son art. L'élu au sacrifice ne s'inquiète pas, on a l'impression qu'il est déjà résigné, voire fier de remplir ce rôle en échange des soins reçus... Que ressentaient les futurs sacrifiés au sommet des pyramides mayas pour amadouer les Dieux?...
   Les gestes sont habiles et rapides pour éviter les souffrances inutiles. On recueille le sang frais  dans une bassine pour en préparer un petit déjeuner succulent. Ah, je vous vois frissonner d'horreur devant ces "coutumes barbares" mais en allant au bout de la logique de cette sensiblerie à la mode, pourquoi n'hésiterait-on pas de croquer une carotte de peur d'entendre ses cris? La vie d'un végétal serait-elle moins respectable?...
   Bien sûr, on fait revenir le sang dans de l'oignon et de l'ail dorés, juste quelques minutes pour qu'il ne dessèche pas et cela constitue la première pause  déjeuner. La peau du cochon rosit sous la braise  d'une feu de paille (ou d'une brûleur à gaz plus tard, aux temps modernes), les poils et autres impuretés débarrassés, la peau frottée, lavée, brossée plusieurs fois, avant d'ouvrir les entrailles pour récupérer et détailler tout ce qui est consommable. Nous, les enfants sommes associés à la tâche, initiés comme pour les autres domaines de la vie quotidienne. L'épaisse couche de la neige immaculée entoure la scène sous le ciel sans étoiles de la nuit hivernale.

la suite suivra...

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F
Tout est une question de point de vue, ma chère Merlinette! Du point de vue de la "matière première", évidemment c'est légèrement différent que de celui du client du resto... C'est pourquoi je me dis que c'est le hasard qui décide où la vie te fait naître et que ta seule liberté est d'améliorer autant que possible ta condition. La grandeur de la condition humaine réside dans la conscience de la fugacité de la vie.
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L
c'est si bien décrit que l'on voyage dans ces temps anciens de "respect" de la nourriture<br /> même sur pattes ...c'est vrai que les sacrifiés<br /> à la bouffe ou aux dieux devaient être résignés<br /> devant les couteaux implacables..<br /> "n'empêche!il est possible que nous aussi nous<br /> soyons du bétail pour des êtres plus évolués<br /> que nous ...serions nous résignés d'être bientôt<br /> dévorés en sauce , en salade ou en rôti?<br /> et un carpaccio de jeune blanc "pour la table 11!<br /> "votre rôti de négrillon de 3 ans vous le voulez avec des pommes de terre?"<br /> "non madame ,nous n'avons plus de cervelle de<br /> japonais,je vous conseille le steak de caucasien<br /> nourri au lait de chèvre!:un nouvel arrivage<br /> tout frais tué!ils ont un peu souffert ,mais leur viande est plus gouteuse avec un peu d'adrénaline"<br /> miam miam !
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F
Chère Béa, ma "barbarie" ne va pas jusqu'à approuver les souffrances inutiles infligées aux bêtes au nom du seul profit, les manchettes propres, dans des salles climatisées des grands décideurs... Mon maître-mot est "respect".<br /> Merci de ta visite et du compliment sur ma prose qui tente de réssusciter mes fantômes et de relever un peu le défi de cette magnifique langue française!
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B
Bonjour Flora,<br /> Hum!!!Tu sais que j'ai adoré le boudin noir aux pommes, le petit salé aux lentilles, les charcuteries bien relevées, les rotis saignants et les cervelles de moutons en papillotte...Jusqu'au jour où je me suis dit que la grande distribution, les temples de la consommation avait bien entâchés toute cette qualité et que la surproduction avait égorgé lâchement plus de bêtes que ce que nous pouvions manger, certains par manque d'argent, d'autre par satiété. Alors, j'ai cherché mon essentiel, je suis devenue végétarienne, mon imagination ne va pas jusqu'à entendre les cris de la carotte ou de l'endive, c'est autre chose pour les moutons montés les uns sur les autres dans les camions qui roulent en direction de l'abattoir. Entre le paysan et le cochon, c'est une lutte équitable, entre le manipulateur de la machine à égorger et les centaines d'animaux dont les morceaux prédécoupés iront remplir les bacs des supermarchés, c'est une autre histoire.<br /> Et je dois te dire que ton âme est vraiment poète, on a envie dêtre là, dans ce pays d'enfance où tout semble orchestré pour l'homme campé sur ses deux pieds capable de poser un regard sur l'épaisse couche de neige immaculée et sur la nuit sans étoile. C'est très beau ces souvenirs d'enfance.
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