Le blog de Flora

Bribes de mémoire 7. Des cochons heureux...

16 Août 2008, 17:29pm

Publié par Flora

  Le grand événement de l'hiver que je pourrais appeler "le sacrifice du cochon", tellement il est empreint d'un rituel immuable, a lieu au moment le plus froid de l'hiver, aux alentours de janvier, février. A la campagne, jusqu'aux années soixante, le réfrigérateur est inconnu. Quand il fait moins vingt-cinq dehors, dans la petite pièce qui sert de réserve à nourriture, la température avoisine 0° : plus froid que dans un frigo!
   Comme la plupart des familles à la campagne, nous élevons des animux : poules, cochons, veaux et longtemps, nous avons même une vache qui assure les besoins en lait, frais ou caillé et en crème fraîche épaisse de la famille. Il en reste même pour la revente. Mais la grande affaire quasi affective pour mon grand-père et pour mon père ensuite demeure l'élevage des cochons. Ah, c'est bien loin des proportions et des nuisances des élevages industriels : on garde une truie pour la reproduction, conduite solennellement - et à pied!  -  chez le mâle attitré, au moment venu et un ou deux jeunes pour les engraisser avant d'en soumettre un au "sacrifice" annuel, lorsqu'il atteint les 150 - 200 kg.
   Un cochon, c'est affectueux, attachant ; mon père s'amuse à leur donner des prénoms issus de feuilletons de télé américains : c'est ainsi qu'ils accourent lorsque retentissent dans la cour les Samantha, Pamela ou Lucy... Ils sont très propres, contrairement aux idées reçues qui leur collent à la peau. Il faut dire qu'ils sont logés quatre étoiles : leur porcherie dispose d'un compartiment "nuit" où ils s'enfouissent dans la paille blonde et fraîche jusqu'au bout du museau, tandisque pour les besoins et les repas, ils choisissent immanquablement "l'antichambre" au sol pavé de briques et nettoyé quotidiennement aux grandes eaux. Dans la cour arrière, mon père leur confectionne une "piscine" où ils se prélassent les jours de grosse chaleur car ils ont leurs heures de sortie dans la cour pour se dégourdir nos futurs jambons fumés. La fin de l'adolescence est marquée pour eux par un bout de fil de fer (inoxydable) qui transpercera leur museau à deux endroits pour les empêcher de retourner la terre par instinct ancestral, certes, mais qui n'arrange pas les hommes. Nous vivons ainsi, dès l'enfance, dans une proximité immédiate avec les bêtes, loin des relations névrosées d'un husky de Sibérie attaché au radiateur de son maître en mal de soumission inconditionnelle... Chacun à sa place et respect mutuel sans sensiblerie anthropomorphe excessive. Les poules et les cochons, on les aime et jusqu'au bout, y compris lorsqu'ils atterrissent dans nos assiettes!

la suite suivra...



















Commenter cet article
F
Tu sais, on peut aussi dévorer quelqu'un par amour...
Répondre
M
Pour ma part, je suis végétarienne et je ne résiste pas à la tentation de vous faire partager l'autoportrait de Paul Claudel : Je peindrai ici l’image du Porc.<br /> C’est une bête solide et tout d’une pièce ; sans jointure et sans cou, ça fonce en avant comme un soc. Cahotant sur ses quatre jambons trapus...<br /> Non, je ne mange pas du Claudel, ni cochon, ni boeuf, ni porc, ni volailles. Pourquoi ? parce que les animaux sont mes amis et que je ne mange pas mes amis...Sauf un...
Répondre
F
Chère Merlinette, le maître-mot pour moi est "respect", même si je ne leur attribue pas les mêmes capacités intellectuelles qu'aux humains (pensée, p. ex.)... mais je connais bien tes idées et à peu près leur histoire et je les respecte aussi.<br /> <br /> José, merci pour ces comparaisons; tu sais, je n'ai pas commencé ces "Bribes..." en vue de prétendre à un livre : je voulais un peu faire le point avec moi-même et ressusciter "mes fantômes" familiers. Ils sont de plus en plus nombreux, hélas, et la mémoire devient parfois opaque... Pour aller plus loin encore vers "la folie" : peut-être pour prouver à moi-même que j'existe réellement, encore que, ce n'est sans doute pas une preuve plus tangible que le reste...
Répondre
J
Impossible d'insérer un commentaire hier. Je voulais simplement te dire que ces pages me font penser à deux livres cultes pour moi: "l'enfant noir" de Camara Laye et "Enfance" d Nathalie Sarraute. A toi de voir comment tout cela prendra forme à la fin, mais j'y crois.<br /> José
Répondre
L
Bien sûr que c'était l'époque où l'on ne "savait" pas (et comme c'est pratique) que les cochons :veaux ,vaches...couvées..etc, ont<br /> une sensibilité et une pensée...quelquefois plus évoluées que certains attardés mentaux <br /> hominidiens ...curieusement il y avait plus de <br /> respects pour les êtres animaux et leur bien<br /> être que maintenant où les chaînes de production d'alimentation traitent nos frères<br /> différents comme des choses sans âmes...<br /> La manière d'élever le cochon de ton enfance<br /> est récompensée de nos jours par les associations de protection du bétail :quelques rares éleveurs français en ont bénéficié...!<br /> progrès? vous avez dit progrès?
Répondre