Le blog de Flora

Bribes de mémoire 3. Antique pédagogie

28 Juillet 2008, 18:01pm

Publié par Flora

   
Ce rythme immuable façonnait mon enfance avec ses contrastes et ruptures violentes. La proximité de la nature imposait sa cadence, chaque saison bien distincte comportait ses préoccupations et ses événements majeurs, immanquablement. Ces cycles étaient rassurants dans leur perpétuité.
   J'étais enfant à une époque sans télé. Cette différence cruciale est devenue un lieu commun et pourtant... On vivait en "tribu" avec les bons et les mauvais côtés de la chose. Trois générations sous le même toit. D'âpres luttes entre bru et belle-mère pour le territoire, mari  -  et fils  -  entre deux feux. Ceci dit, la bataille aboutie, chacun gardait un rôle plus ou moins important, y compris les enfants. Au lieu de les ensevelir sous des cadeaux, de les clouer devant l'écran, pour qu'on n'en parle plus, pour qu'on ne les entende plus, ils devaient participer, proportionnellent à leur âge et force physique aux tâches communes. Toujours la même histoire de confiance  et d'initiation !  C'était une antique pédagogie dictée par les nécessités : les enfants devaient pouvoir remplacer les adultes, les prendre en charge à leur tour, le moment venu, dans une lignée inchangée et, pendant longtemps, sans l'espoir de sortir des rangs des démunis. L'espoir consistait à ne pas faire pire, à manger simplement à sa faim.
   Les petits enfants grandissaient avec les grands-parents. Ainsi, la vieillesse n'était pas une déchéance honteuse à cacher au fond des mouroirs sentant la pisse et le désinfectant, entre des mains plus ou moins compatissantes, mais un phénomène dans l'ordre des choses; l'enfant était élevé dans le sentiment fort d'un devoir futur envers ses parents et les vieux savaient qu'ils auraient leur place jusqu'au bout au sein de la famille. Image angélique et idéalisée par un passéisme nostalgique et réactionnaire?  Bien sûr, tout n'était pas aussi idyllique : cela supposait un solide sens du compromis de part et d'autre et qui manquait souvent. Les guerres, les disputes entre générations étaient fréquentes et dévastatrices. Beaucoup de jeunes couples furent ébranlés ou pulvérisés par intervention parentale, incapable de se résigner à partager amour, biens et pouvoir. Les vieux n'étaient pas toujours choyés avec respect, loin s'en faut. Mais la chaîne entre les générations existait et transmettait une image de continu, de perpétuel même. Et ainsi, mon enfance sans télé m'a enseigné les mondes successifs révolus de mes grands-parents et de mes parents, par leur bouche, par leur talent naturel de conteurs des veillées.

la suite suivra...

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L
c'est vrai tout a changé pour les vieux...<br /> autrefois leur mémoire était respectée ,<br /> maintenant,elle s'enfuit "déstockée" dans les<br /> "alzheimer" de plus en plus précoces!...où<br /> va-t-elle?
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F
<br /> L'Alzheimer devait exister avant aussi mais on l'assumait en famille... Ceci dit, les femmes travaillait moins à l'extérieur et elles se sacrifiaient pour le rôle de l'infirmière, c'était dans la<br /> norme, c'est sacrifice selon notre conception actuelle...<br /> Où va la mémoire défaillante? comme c'est une fonction de stockage du cerveau, elle s'évanouit...<br /> <br /> <br />