Le blog de Flora

János Pilinszky : LE TROISIEME JOUR

16 Janvier 2010, 11:08am

Publié par Flora

Pour Muriel, en particulier...

Le troisième jour


Grondent les cieux gris cendre, les arbres de Ravensbrück,
C'est le troisième jour.
Et les racines sentent venir la lumière.
Et le vent se lève. Et le monde se met à la jubilation.

Des mercenaires ont pu le tuer,
Son coeur a pu cesser de battre  -
Le troisième jour, il triompha de la mort.

Et resurrexit tertia die.

traduction : T. Gorilovics

 


Harmadnapon

És fölzúgnak a hamuszín egek,
hajnalfele a ravensbrücki fák.
És megérzik a fényt a gyökerek
És szél támad. És fölzeng a világ.

Mert megölhették hitvány zsoldosok,
és megszünhetett dobogni szive -
Harmadnapra legyőzte a halált.
Et resurrexit tertia die.
 

 

 

Ce poème fait partie du recueil dont le précédent était également tiré. Pilinszky, le catholique profond, bouleversé par la visite d'un camp de concentration, sublime le martyre du prisonnier du camp en l'associant à la mort du Christ, lui assurant ainsi l'éternité.

 

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 9.

14 Janvier 2010, 18:34pm

Publié par Flora

   Les dix jours prévus pour le résultat de la biopsie sont dépassés. L'attente se prolonge. Séverine s'en accommode. Demain peut-être... Si Dieu est mort, tout est possible, prétend Ivan Karamazov. Je peux violer des religieuses au chocolat, croquer des têtes de nègre, attaquer une banque, regarder TF1, étrangler le médecin blond. Je me contente d'un coup de téléphone à l'hôpital. On me donne rendez-vous pour demain après-midi.
    Et les spéculations reprennent. Je pense que si le résultat était favorable on aurait eu le bon goût de me rassurer tout de suite. Séverine prétend que s'il était urgent d'entamer une chimiothérapie on se presserait de m'hospitaliser. Ariane agrémente son eau de Lourdes de larges rasades de rhum. Elle n'est pas encore rentrée à Reims ; on lui a signalé, du côté de Dijon, un prie-dieu Louis XVI qui valait le détour. Le fantôme de Véronique susurre que je vais mourir dans d'atroces souffrances. Si je comprends sa rancune envers le meurtrier, je refuse de croire que les fantômes existent.
   Et s'il était tout simplement trop tard pour tenter quoi que ce soit ?


La Renaissance et le développement des transports, du commerce, voient naître les horloges de carrosse, fabriquées en laiton, prévues pour résister aux chocs. Le plus souvent de forme cylindrique, d'un diamètre autour de quinze centimètres, d'une hauteur de moins de dix centimètres, elles sonnent les heures.

  
L'attente s'achève en statu quo. Le deuxième prélèvement confirme le premier. Myélome à un "taux" faible. Si les radios, à faire lundi, ne montrent pas de "lésion", on entamera la phase d'attente, avec contrôles réguliers, prises de sang, ponctions ou I.R.M. S'il y a "lésion", une chimiothérapie tentera de détruire un maximum de cellules malignes. "L'hématologue" ne peut pas affirmer qu'elles seront toutes éliminées et que la "maladie" ne renaîtra pas "ailleurs". Qui a dit métastases ? Sûrement pas Blondinet. Tout son vocabulaire porte des guillemets. Quand il énonce "patient", je traduis : cadavre en devenir.  

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BOSNIA * lavis d'encre

13 Janvier 2010, 16:36pm

Publié par Flora

Bosnia.jpgCe dessin date du temps de la guerre de Bosnie. Les images des colonnes de réfugiés misérables, traînant les quelques objets ramassés à la hâte (que peut-on emporter de toute une vie?...) m'ont bouleversée : j'avais l'impression que ça se passait chez moi, là-bas; mêmes maisons, mêmes têtes, mêmes habits...

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Bribes de mémoire 55. Le lycée Franco-allemand de Berlin-ouest

11 Janvier 2010, 19:58pm

Publié par Flora

  Gilbert travaille dans le centre de Berlin-Ouest, au Lycée Franco-allemand qui réunit des élèves allemands (triés sur le volet) et français qui suivent leurs programmes respectifs et un tronc commun. Ils passent le bac français et l'Abitur (éventuellement les deux). Le corps enseignant est composé d'Allemands francophones et de Français en poste ou recrutés locaux. Les cours ont lieu selon le système allemand (et en Hongrie aussi, au demeurant) seulement le matin, l'après-midi étant réservé au sport, théâtre, photo, musique ou autres occupations facultatives. Les salles de classe sont moquettées, la sonnerie est une mélodie suave pour éviter la stridence traumatisante pour les élèves qui peuvent prendre l'ascenseur entre les étages. Chaque cours est suivi de 10 minutes de récréation que les élèves passent affalés sur les moquettes du couloir. L'ambiance est plutôt détendue et certains garçons tricotent en plein cours, ce qui ne les empêche pas d'être extrêmement brillants !
   Le lycée possède une salle de théâtre avec des rangées de fauteuils escamotables sous la scène pour pouvoir la transformer en salle d'examens. Gilbert y fait ses débuts d'acteur et de metteur en scène et les poursuit dans une troupe d'Istanbul.
   Les élèves allemands sont procéduriers à l'extrême : ils connaissent les longs volets des règlements (surtout ceux concernant leurs droits) par coeur et sont capables de les réclamer à la virgule près. La température descend au-dessous d'un certain degré stipulé dans le règlement : c'est
Kaltefrei (congé pour cause de température trop basse) et inversement, il existe un Hitzefrei  pour les degrés en trop ! Les notes ne doivent pas s'écarter de la moyenne de plus ou de moins d'une certaine note, sous peine de tout refaire : soit le professeur a insuffisamment préparé les élèves, soit il a été trop indulgent... La différence des tempéraments entre les deux communautés s'avère chaque jour : les collègues allemands regardent en sourcillant la joyeuse pagaille instaurée par les Français dans la salle des profs, tandis que ceux-ci considèrent les Allemands totalement dénués d'humour... Cela n'empêche pas des mariages mixtes.
   C'est Karajan qui dirige le légendaire Orchestre Philharmonique de Berlin de l'époque. Le Sénat allemand subventionne très fortement la vie culturelle de l'enclave afin que les gens se sentent moins étouffés. Nous ne manquons pas les somptueux concerts ni l'Opéra, à la portée même des étudiants désargentés, sans parler du passage d'Ella Fitzgerald, d'Oscar Peterson, de Memphis Slim, de Ray Charles, de Théodorakis, etc...

la suite suivra...  

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János Pilinszky : La passion de Ravensbrück

9 Janvier 2010, 11:20am

Publié par Flora

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LA PASSION DE RAVENSBRÜCK

Il sort du rang.
Dans un carré de silence il s'arrête.
Comme une image projeté vacillent
Une casaque, une tête de forçat.

Il est effroyablement seul,
On voit les pores de sa peau :
De ce qui est lui tout est immense,
De ce qui est lui tout est minuscule.

Et c'est tout, pour le reste,
Ce fut tout simplement ceci :
Il oublia de crier
Avant de tomber à terre.


traduction : T. Gorilovics 

 

Ravensbrücki passió

 

Kilép a többiek közűl,
megáll a kockacsendben,
mint vetitett kép hunyorog
rabruha és fegyencfej.

Félelmetesen maga van,
a pórusait látni,
mindene olyan óriás,
mindene oly parányi.

És nincs tovább. A többi már,
a többi annyi volt csak,
elfelejtett kiáltani
mielőtt földre roskadt.


Pilinszky, poète et ardent catholique a été profondément marqué par la visite d'un camp de concentration après la guerre. Toute une série de poèmes en témoignent.

 

 

 

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 8.

7 Janvier 2010, 11:42am

Publié par Flora

   Propriétaire d'un appartement dans le cinquième arrondissement de Paris, près de la Sorbonne où il enseignait, et d'une maison à Laon, héritée d'un grand-père, Philibert Tique aimait détecter dans cette double vie une tendance schizophrène : capitale et province, passé familial et présent sans racines. La vérité s'avérait plus banale. Ses études l'avaient éloigné de Laon, petite ville sans université dont il méprisait les élites bourgeoises pour leur manque d'ambition et leur repli sur un passé glorieux, cathédrale et remparts, chapelle des Templiers, souterrains du Moyen Âge...
    Jamais il ne serait revenu à Laon si, à la mort de son grand-père, Séverine n'avait été séduite par la ville médiévale et par la maison, un ancien café aux abords de Notre-Dame. Philibert Tique avait cédé. Il ne regrettait pas de passer sur la colline ses longs mois de vacances. De cette maison inscrite dans sa mémoire, il avait fait un lieu d'espoir : elle abritait son jardin secret, ses travaux clandestins sur le temps qu'il espérait voir déboucher, au moment de la retraite, sur une publication. Il n'avait pas prévu l'arrivée d'Armstrong 3.


*

  Aujourd'hui, vendredi 13. Un mauvais jour, des ribambelles de naïfs vous le diront, eux qui conjurent le sort par des brassées de trèfles, de fers à cheval, des pompons de marins, des doigts croisés, d'autres méthodes stupides. Qu'est-ce qui m'attend si le mauvais sort s'acharne ? Un ongle incarné ? Un rhume des foins ? D'autres crédules prétendent que le vendredi 13 est favorable. Sûrs de bâtir une fortune, ils grattent des morpions, des millionnaires, avec une frénésie aussi désolante que la blancheur de Michael Jackson.
   Ariane m'a téléphoné. Après quelques détours dans des villages reculés d'Espagne, à la recherche d'antiquités, elle est arrivée à Lourdes, ingurgite l'eau bénite comme autrefois l'alcool. La source va tarir... A l'hôtel, une vieille femme lui a parlé de son myélome, en attente depuis des années. Une bonne maladie... D'après Ariane, cette rencontre n'est pas une coïncidence mais un signe divin. Un miracle à coup sûr. Ses genoux saignent. Est-ce que des rotules écorchées un vendredi 13 portent chance ?
Non pas une  figuration de ce clocher, ce clocher lui-même, qui, mettant ainsi sous mes yeux la distance des lieux et des années était venu, au milieu de la lumineuse verdure et d'un tout autre ton, si sombre qu'il paraissait presque seulement dessiné, s'inscrire dans le carreau de ma fenêtre. 

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Illustration (encre et pierre noire) pour un conte fantastique

5 Janvier 2010, 16:08pm

Publié par Flora

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Bribes de mémoire 54. Berlin parano 2.

3 Janvier 2010, 21:43pm

Publié par Flora

   Il y a presque tout ce qu'il faut dans Berlin-Ouest : la cage dorée est très confortable et l'oiseau peut même s'envoler dans une certaine direction, à condition d'avoir bien préparé son vol pendant une quinzaine de jours. L'improvisation est impossible : il faut du temps pour se procurer toutes les autorisations.
   Cela peut se faire par le train militaire en liaison avec Strasbourg et dont les horaires ne sont jamais communiqués à l'avance : secret militaire oblige. Le train traverse les 200 km de la RDA tous rideaux tirés, fenêtres bloquées. Il ne faut pas être claustrophobe... Les antiques compartiments rappellent une autre époque, figée, avec les ustensiles de toilette dissimulés dans les petites boiseries sombres où nous découvrons, à notre grand étonnement, même un pot de chambre en faïence ! La traversée se fait en pleine nuit et au petit matin frisquet, la fanfare militaire nous accueille sur le quai de la gare !
   Le voyage par la route est encore plus insolite. Munis de nos laissez-passer en quatre langues, nous suivons un couloir bordé de miradors et de barbelés. Rien de mieux pour vous mettre en confiance. Après avoir apposé leurs tampons, les alliés relèvent le kilométrage de la voiture et nous passent entre les mains des sentinelles soviétiques, un peu plus loin, dans des cahutes plus rustiques, décorées par les seuls portraits de Brejnev et de Lénine. Une petite fenêtre guillotine opaque laisse passer juste la feuille sur laquelle un nouveau tampon vient s'ajouter par une main invisible. Le trajet doit s'effectuer entre 2 et 4 heures : moins = excès de vitesse, plus = arrêt interdit quelque part avec soupçon de contact avec l'élément ennemi. Ainsi, à l'autre bout du "couloir", avant Hannover, une nouvelle vérification nous attend, avec celle du kilométrage, notamment. En cas d'accident ou de panne, nous devons appliquer le même procédé que j'ai décrit dans l'épisode précédent, concernant nos incursions dans Berlin-Est (
 Bribes de mémoire 57.) : une patrouille alliée viendrait nous "extraire" du pétrin. Jusqu'à la moitié du trajet, il est recommandé de téléphoner (jetons joints) au check-point allié de Berlin, à partir de la moitié vers celui de Hannover. Admirable pragmatisme militaire ! N'empêche qu'un collègue, professeur de mathématiques dans la lune, oublie de s'arrêter pour quérir son dernier tampon allié. Il voit débarquer à son domicile, en pleine nuit, une patrouille de gendarmes, inquiets de son sort...
 

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Attila József (1905-1937) : Le long du Danube (A Dunánál)

2 Janvier 2010, 21:10pm

Publié par Flora

Ce texte, extrait d'un des immenses poèmes de A. József est un de mes préférés. Je me le récite parfois, un soir de mélancolie, pour me recharger de sa lumineuse intelligence et de son élan poétique virtuose. Pour entamer un nouveau calendrier, il faut un texte à la hauteur...
 
***


Voilà comment je suis, il y a cent mille ans
Que je regarde ce que soudain j'aperçois
Une seconde ! Et j'ai là tout entier le temps
Que mes cent mille aïeux contemplent avec moi.

Je vois ce qu'ils n'ont pu voir, car pour eux piocher,
Mettre à mort, embrasser, créer, c'était la loi.
Mais eux, plongés au sein de la matière, ils voient
Ce que moi je n'aperçois pas, pour dire vrai.

Nous nous connaissons comme la joie et la peine.
Le passé est à moi, le présent leur revient.
Nous écrivons ces vers, et ma plume, ils la tiennent ;
Je suis sensible à leur présence et me souviens...

 

(traduction : Jacques Gaucheron in "Aimez-moi",  éd. Phébus 2005)


A DUNÁNÁL

 

II.

Én úgy vagyok, hogy már százezer éve
nézem, amit meglátok hirtelen.
Egy pillanat s kész az idő egésze,
mit százezer ős szemlélget velem.

Látom, mit ők nem láttak, mert kapáltak,
öltek, öleltek, tették, ami kell.
S ők látják azt, az anyagba leszálltak,
mit én nem látok, ha vallani kell.

Tudunk egymásról, mint öröm és bánat.
Enyém a múlt és övék a jelen.
Verset írunk  -  ők fogják ceruzámat
s én érzem őket és emlékezem.


                                1936 

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