Il faut bien commencer quelque part...
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La voiture quitte la nationale et emprunte une route départementale défoncée en direction du village. Le bout du monde ! J’ai toujours eu l’impression qu’il n’y avait plus rien après. Que seuls les initiés pouvaient connaître où menait le chemin en légers escarpements parmi les pâtures et les maigres bosquets d’acacias. Pour moi, vers le paradis.
La voiture suit les virages, essayant d’éviter les nids-de-poule creusés par les gels et par les pluies torrentielles du printemps. Les acacias se couvrent de grappes de fleurs blanches aux senteurs de miel. Le parfum des printemps de mon enfance… Tout d’un coup, je sens l’herbe soyeuse et tiède sous mes pieds nus…
La route grimpe vers la maison de mes grands-parents, tous deux décomposés, pacifiés depuis longtemps dans la même tombe, au cimetière minuscule du village, où ils sont rejoints par quelques autres figures familières de mon enfance. La mémoire corrige le néant et repeuple les rues jadis sablonneuses de leurs silhouettes en sépia délavée.
La maison a bien changé depuis que je n’étais pas revenue. A la place du bercail familial, œuvre de mon grand-père maçon, une coquette bâtisse inconnue occupe le coin de la rue. Ma cousine me prend dans ses bras.
Kaléidoscope multicolore… Je joue avec mes souvenirs, en tournant le cylindre entre les doigts, émerveillée des images formées par les paillettes bigarrées. Le temps linéaire trompeur de la vie disparaît, reste la liberté de la mémoire vagabonde.
(un début...)