Portrait du sculpteur Brancusi (1876-1957) lavis d'encre
quatre catégories menées parallèlement : extraits des oeuvres de Gilbert Millet, traductions d'auteurs hongrois, réflexions et mémoires, dessins
Au printemps 1990, nous avons fait un voyage au fin fond de la Turquie, jusqu'à la frontière iranienne. C'était notre dernière année à Istanbul, du moins pour deux familles sur les trois qui participaient à l'expédition. Le Mont Nemrut, le lac de Van, pour commencer, grandioses. Un bateau de pêche nous a amenés jusqu'à la petite île d'Akdamar qui se trouve au milieu du lac. Le ciel turquoise tendu au-dessus du miroir outremer était séparé par la ligne d'horizon des montagnes enneigées, étincelantes au soleil! Nous avions le souffle coupé devant autant de beauté.
Il y a un microclimat dans l'île minuscule. La relative fraîcheur du début du printemps anatolien laisse la place à une douceur de l'air où les amandiers éclosent avant l'heure. Parmi les ruines d'une église arménienne du Xe siècle, des pierres tombales séculaires témoignent de la patience des morts...
dessin de R. T. à la plume d'après une photo prise dans lîle
Je ne suis pas spécialiste de la bande dessinée. Ni même amateur (au féminin!). Si je me suis égarée deux fois sur ce terrain pour moi glissant, c'est parce que Gilbert m'y avait poussée. Lui-même était un grand amateur, surtout des classiques, et Tintin en premier. Il désespérait de me voir insensible aux lignes claires de Hergé. A la rigueur, j'aimais faire un tour sur le stand des auteurs nouveaux, s'approchant du dessin d'art, s'éloignant du style traditionnel. Les connaisseurs s'échinaient à m'expliquer en vain que chaque auteur était unique, j'ai toujours eu l'impression de me trouver devant un mur constitué des mêmes briques...
Pour lui faire plaisir, j'ai adapté deux de ses nouvelles (chacune en 4 planches), en me servant uniquement de ses textes. Le seul intérêt consistait pour moi à explorer la vision cinématographique de la BD dans le découpage des séquences, dans la dramaturgie des pages.
Il m'arrive d'exhumer mes vieux carnets de croquis dont les dessins les plus anciens s'effacent tout doucement car je les ai faits au crayon gras, sans les fixer. Ce dessin représente ma grand-mère maternelle et je l'ai fait en été 1962: j'avais donc 14 ans.
Je n'ai jamais eu la prétention de loucher vers l'éternité... Ni vers la notoriété. Aucun encouragement des profs, des peintres, des amis, celui de ma mère surtout qui me plaçait sur le piédestal de sa fierté, n'y faisait. Je n'arrivais pas à y croire et cela dure toujours.
Le regard admiratif du père faisant défaut? Peut-être bien. Pourtant, si j'ai reçu un don, c'est de lui que je le tiens. Avec l'âge, je découvre même de plus en plus de proximité avec son tempérament ("Heureusement pour toi", dit ma mère...). Je n'ai subi aucune brimade de sa part. Seulement, RIEN NE SEMBLAIT L'IMPRESSIONNER... Pas même mon prétendu talent...