Le blog de Flora

Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 30.

9 Septembre 2010, 11:01am

Publié par Flora

  Je me laisse enfermer dans la machine à résonance, un cylindre étroit, fermé à une extrémité, où l'on entre tête la première et dont seuls les pieds dépassent. Je me résigne au bruit assourdissant, à l'étouffement, le poing crispé sur la poire ridicule qui permet au patient d'appeler du secours s'il ne se sent pas bien. J'imagine que l'hôpital prend feu. Médecins et infirmières s'enfuient, me laissant dans mon tube. Je sonne en vain. Je tente de ramper vers la sortie mais l'espace est trop réduit pour mon corps d'obèse. Les flammes viennent lécher mes plantes de pied. Dans leurs bus à l'arrêt, les chauffeurs boivent, mangent, rient, bavardent.

   Je quitte l'hôpital sans avoir obtenu les résultats. Il paraît que le radiologue a été appelé en urgence pendant que je me rhabillais. Personne d'autre n'est en mesure d'analyser les clichés de ma colonne. Je patienterai jusqu'à la semaine prochaine, tellement vieilli qu'Ariane pourra me vendre, momie bêtement moisie, privée de l'enthousiasme des débuts du cancer, quand j'avais hâte d'entrer dans le vif du sujet.

*

   Le sommeil a toujours été, pour Philibert Tique, un graal inaccessible. Après des tâtonnements multiples, des ordonnances pour des somnifères qu'il n'avait jamais pris, craignant la dépendance, les médecins avaient conclu à un phénomène naturel. Comme une fraction infime de l'humanité dont Napoléon et quelques célébrités, leur patient ne souffrait d'aucune maladie ; son horloge biologique ne nécessitait que deux ou trois heures de sommeil. Le scepticisme de Philibert était total. S'il n'avait pas besoin de dormir, pourquoi se sentait-il fatigué dans la journée après ses nuits d'insomnie ?

   Faute de pouvoir compter sur la médecine, il développa des tactiques personnelles. Compter les moutons l'amusa quelques temps. Mais il trouva bientôt des calculs plus personnels. En souvenir de son enfance où le sommeil ne se refusait pas, il déclinait les titres majeurs de Louis Armstrong, de Bugle Call Rag à Panama. Comme cela ne suffisait jamais, il égrénait les noms des cosmonautes et astronautes ayant précédé dans l'espace le héros suprême, Neil Armstrong. En désespoir de cause, il enchaînait les vainqueurs du Tour de France, depuis Henri Garcin en 1903. Le cancer, et surtout la cortisone qui accompagnait les chimiothérapies, aggravèrent les insomnies. Il faisait semblant d'en tirer un plaisir. Au lieu de s'endormir sur 1924, Bottechia ou 1947, Robic, il prolongeait la liste jusqu'au nom favori : 1999, Armstrong.

 

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L
<br /> Philibert ou Gilbert...on le suit pas à pas sur le<br /> chemin de la maladie...Les "Armstrong" seraient points de<br /> ravitaillement...<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Pas mal, la formule! et comme tu dis, pas à pas, des étapes dont je me souviens vivement...<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> D'un Amstrong à l'autre en définitive !<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> De l'optimisme de l'enfance et de l'enthousiasme de la conquête de l'espace au désenchantement d'une fin de siècle malade et désabusée...<br /> <br /> <br /> <br />