Charles Berling: Aujourd'hui, maman est morte
J'aime Charles Berling, l'acteur. Je l'ai vu une fois au théâtre ("Cravate-club", avec Edouard Baer),
plusieurs fois au cinéma. J'ai lu son livre-dialogue avec Michel Bouquet. C'est un acteur caméléon, multiple et souvent énigmatique. Soudain, son regard bleu se retire en lui-même, il devient
observateur absent, froid et lisse, impénétrable. Dans "Comment j'ai tué mon père?" (duel époustouflant avec Michel Bouquet), il est dur comme du granite, impitoyable mais avec la
fragilité de sa dureté: il ne plie pas, il rompt...
Lorsqu'on l'interviewe, c'est un torrent intarissable. Passionné, volubile. Il aime les mots, il veut trouver le plus juste. Quand j'ai entendu parler de ce livre à la radio, je me suis dit: "Il me le faut!". Pourtant, plusieurs raisons me restreignent dans ces pulsions vers les livres, je pourrais en citer au moins cinq, sans réfléchir... Mais je me le suis offert quand-même, pour mon anniversaire.
Le titre camusien vous frappe d'entrée. Qui ne serait pas sensible à ce sujet? Qui n'aurait pas de compte à régler avec son enfance, avec sa mère? Qui n'a pas envie de comprendre d'où il vient, envie d'imaginer le parcours de ses ancêtres, imprimé dans ses gènes? Afin de mieux déchiffrer ses propres réactions, d'éclairer ses zones d'ombres.
Après l'enterrement, suivi par les six enfants soudés autour du cercueil, le narrateur Charles Berling entame sa lente remontée jusqu'aux origines, jusqu'au Maroc où sa mère est née. Il explore l'enfance de Nadia dans une famille déchirée par la violence du père, en s'appuyant sur le livre-témoignage qu'elle a laissé. Témoignage partiel. Le fils sent qu'il doit exhumer un secret familial pour que l'image soit complète, pour que l'apaisement arrive enfin.
Charles Berling est entouré des mots des autres, son métier d'acteur consiste à leur donner vie, du relief. Fatalement, l'envie irrépressible s'empare de lui pour trouver ses propres mots et de plonger dans la source douloureuse, rédemptrice et jouissive de l'écriture.
"(...) Le soleil n'est plus le même pour tous, il ne va pas jusqu'aux tombes. Seule la mort traverse les matières. Elle se glisse dans maman. Et c'est comme si elle me donnait un acompte, une petite avance. (...)
éditions Flammarion 2011