Bribes de mémoire 53. Berlin parano 1.
Retour à Berlin, après les escapades sentimentales de la jeunesse vagabonde. Les années 70... Quand j'y repense, tout s'est terriblement accéléré pour moi ces années-là.
1971 : je rentre de Leningrad, je termine la fac et je commence à enseigner dans un lycée de province
comme professeur de russe et de français. J'ai à peine quelques années de plus que certains de mes élèves. 1972 : voyage à Louga, relaté dans le chapitre précédent. 1973 : je rencontre Gilbert et nous
nous marions la même année. 1974 : nous partons pour un poste en Algérie, à Constantine où j'enseigne le
russe dans un lycée algérien. 1976 : arrivée à Berlin où notre fils naît l'année suivante.
Notre séjour de six ans à Berlin mérite plus qu'une "messe" ! Nous débarquons dans une cage dorée pour "assistés" par l'armée française, dans la zone nord d'une ville coupée en morceaux façon camembert. Les quatre zones sont symboliquement gérées par les alliés occidentaux et par les Soviétiques pour Berlin-Est. Au moment de notre séjour, la circulation est relativement difficile vers la partie est, surtout pour les membres des forces d'occupation ou assimilés. Nous ne pouvons quitter Berlin-Ouest (sauf par avion) que par les check-points désignés pour chaque partie : les Français vers l'ouest, vers Hannover. Quant aux incursions dans Berlin-Est, c'est par le fameux check-point Charlie, avec ses chicanes, dans nos voitures à l'immatriculation spéciale (FZ = Französische Zone), munis de nos laissez-passer en quatre langues et seulement pour quelques heures ! A peine suffisantes pour visiter les magnifiques musées ou assister à un opéra ! La pochette que l'on nous délivre avec le laissez-passer contient aussi une sorte de "manuel de survie en milieu hostile" : des dessins représentant les uniformes russes et est-allemands, afin que nous puissions ignorer ces derniers, ne traitant qu'avec les partenaires (même ennemis) des armées alliées, nous calfeutrant dans nos voitures et plaquant la page conforme à la vitre dûment verrouillée : "Je veux parler à un officier soviétique ! ", en quatre langues... Nous avons même quelques jetons est-allemands (le portable est encore inexistant) pour pouvoir appeler au secours les militaires alliés en cas de problème. Une seule fois nous nous en servons comme "arme de dissuasion" lorsqu'un policier est-allemand veut nous taxer tout à fait injustement, sur une place de parking, pour non-port de la ceinture, sans doute pour compléter ses appointements...
L'ambiance dans les deux Berlin est très différente. Venant de Hongrie puis d'Algérie, nous sommes, bien sûr, moins dépaysés que la plupart des occidentaux qui font un rapide tour dans la partie communiste avec le délicieux frisson de se jeter dans la gueule du loup, de défier un danger largement fantasmé (du moins pour eux), en nous conseillant de bien nous couvrir car il fait nettement plus froid de l'autre côté du Mur...
la suite suivra...
Notre séjour de six ans à Berlin mérite plus qu'une "messe" ! Nous débarquons dans une cage dorée pour "assistés" par l'armée française, dans la zone nord d'une ville coupée en morceaux façon camembert. Les quatre zones sont symboliquement gérées par les alliés occidentaux et par les Soviétiques pour Berlin-Est. Au moment de notre séjour, la circulation est relativement difficile vers la partie est, surtout pour les membres des forces d'occupation ou assimilés. Nous ne pouvons quitter Berlin-Ouest (sauf par avion) que par les check-points désignés pour chaque partie : les Français vers l'ouest, vers Hannover. Quant aux incursions dans Berlin-Est, c'est par le fameux check-point Charlie, avec ses chicanes, dans nos voitures à l'immatriculation spéciale (FZ = Französische Zone), munis de nos laissez-passer en quatre langues et seulement pour quelques heures ! A peine suffisantes pour visiter les magnifiques musées ou assister à un opéra ! La pochette que l'on nous délivre avec le laissez-passer contient aussi une sorte de "manuel de survie en milieu hostile" : des dessins représentant les uniformes russes et est-allemands, afin que nous puissions ignorer ces derniers, ne traitant qu'avec les partenaires (même ennemis) des armées alliées, nous calfeutrant dans nos voitures et plaquant la page conforme à la vitre dûment verrouillée : "Je veux parler à un officier soviétique ! ", en quatre langues... Nous avons même quelques jetons est-allemands (le portable est encore inexistant) pour pouvoir appeler au secours les militaires alliés en cas de problème. Une seule fois nous nous en servons comme "arme de dissuasion" lorsqu'un policier est-allemand veut nous taxer tout à fait injustement, sur une place de parking, pour non-port de la ceinture, sans doute pour compléter ses appointements...
L'ambiance dans les deux Berlin est très différente. Venant de Hongrie puis d'Algérie, nous sommes, bien sûr, moins dépaysés que la plupart des occidentaux qui font un rapide tour dans la partie communiste avec le délicieux frisson de se jeter dans la gueule du loup, de défier un danger largement fantasmé (du moins pour eux), en nous conseillant de bien nous couvrir car il fait nettement plus froid de l'autre côté du Mur...
la suite suivra...
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