Le blog de Flora

Oeuvre de Gilbert * "Comme une madeleine"

23 Mai 2009, 15:31pm

Publié par Flora

   Le village occupe le plateau, terre de blé, de betteraves. Le lac repose à ses pieds, dans la verdure. Plage, bateaux, un plan d'eau comme il en existe tant. Ce lac, pourtant, joue à mes yeux le rôle de la madeleine de Proust. Enfant, j'y étais conduit par mes parents. Nous y faisions du pédalo, nous marchions sur les berges. N'aimant pas l'eau, je ne me baignais pas. C'est sans doute pour cette raison qu'adulte, je n'y suis jamais retourné. Monampteuil était sorti de mon esprit.
    Je n'étais pas le seul  à perdre la mémoire. Le parc nautique de l'Ailette avait pris le dessus, détourné le public. Perte de renommée. C'est le hasard qui m'a rendu Monampteuil. Une carte de l'Aisne tombe sous mes yeux. J'y retrouve les itinéraires des randonnées cyclistes de l'adolescence. Des noms renaissent, communes que mon vélo traversait, où je n'ai sans doute jamais posé le pied : Pargny-Filain, Chevregny, Urcel, Chavignon, Monampteuil... Je me souviens qu'en 1956, alors que j'étais allé souhaiter la bonne année à mon arrière-grand-père, nous fûmes bloqués sur le plateau par un verglas soudain, incapables de regagner Laon. Deux jours de vacances imprévues à la ferme. Je me souviens qu'un avion, un jour, s'écrasa dans le lac, que son pilote périt. Je me souviens...
   La nostalgie n'est pas mon fort. J'aime me moquer de tous ces gens qui décorent le passé de grâces surnaturelles, parce qu'ils ont vieilli, que leur enfance figure un paradis perdu. Dans les gravières proches de Monampteuil, on trouve des coquillages, fossiles d'un temps où la Picardie gisait au fond de la mer. Faut-il, en regardant le lac, rêver du temps béni où ses eaux composaient l'océan ? Passé pour passé, je préfère celui qu'on recueille avec précaution, dans les archives, dans les bibliothèques. Sous la terre également. Mon instituteur du cours élémentaire première année était archéologue, spécialiste d'un passé lointain, paléolithique, néolithique. Il amenait en classe des pierres taillées, polies, qu'il avait recueillies, nous expliquait leur fabrication, leur maniement, la vie des hommes préhistoriques. J'ai retiré de ces leçons un amour de l'histoire qui tente d'approfondir les mystères de nos origines, de comprendre d'où vient l'homme, quelles vicissitudes il a traversées. J'en ai gardé de même un goût pour le progrès. Jamais je n'éprouverai l'envie de retourner dans les cavernes, de chasser le gibier avec des pointes de silex. Au feu de bois, je préfère les douceurs du chauffage central, un bon livre à la main.

"Picardie, autoportraits"  recueil collectif   

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L
Gilbert visitait aussi un certain passé,en titillant les méandres sombres et douloureux de l'âme humaine ,pas en archéologue,mais un peu en<br /> "psy" des désordres mentaux avec son écriture<br /> d'humour noir...
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F
<br /> Je me souviens, à la composition de ce recueil, il avait une certaine réticence à utiliser un ton aussi personnel dans certains textes. Il préférait de loin la fiction, même s'il "se cachait"<br /> parfois dedans comme beaucoup d'écrivains le font.  <br /> <br /> <br />
K
Kedves Flóra, nagyon megköszönném! Több mint 40 éve, hogy kicsit belekóstoltam a franciába (boldog emlékű Arany János Nyelviskola...), rég is volt, kevés is volt - a latin persze sokat segít (minden idegen nyelvben), és hát szótár is van a világon - de így csak a "mit" lehet az enyém, a "hogyan" nem. Pedig érzem a "hogyan"-ról, hogy olyan, amit nagyon tudnék szeretni.
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F
<br /> Azt hiszem, nekem is érdekes élmény lesz!<br /> Nagyon elismerem azt az eröfeszitést, amibe kerül egy idegen nyelvü blog kisilabizálása, csupa frusztráció! Köszönöm, Gabi!<br /> <br /> <br />
M
"Dommage qu'il n'y ait rien de lui en hongrois" dit KapitányG <br /> _ Pourquoi, chère Flora, ne faîtes-vous pas ou ne feriez-vous pas une présentation bilingue des textes de Gilbert ? <br /> (Petite suggestion pour gros travail!)
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F
<br /> Bonsoir, Mich. Vous avez donc la réponse ci-dessus à votre question. Mes quelques traductions, bizarrement, ne me semblaient pas à la hauteur de l'extrême concentration des textes de Gilbert, à<br /> l'époque. Il faudraient que je les retravaille mais je cours après mon temps...<br /> <br /> <br />
K
De kár, hogy semmi, semmi nincs belőle magyarul...
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F
<br /> Köszönöm a látogatást, Gabi. Néhány szöveget leforditottam magyarra, hogy a családom tagjai is élvezhessék annak idején. Lehet, hogy egyszer-kétszer teszek majd fel belölük is...<br /> <br /> <br />
D
je me promène parfois au cours de tes textes ... et j'aime beaucoup ... j'ai connu mais peu fréquenté Gilbert et c'est bien de partager une "intimité" à contre temps // cela est très différent de ceux de josé que j'aime aussi beaucoup pour sa vibrante sensibilité ....et ses mots <br /> vrai que MU a supprimé son blog !!!!<br /> amitiés denise
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F
<br /> <br /> Merci de ta visite, Denise! Je suis contente de faire partager et de continuer à faire vivre les textes de Gilbert, pour contrer tant soit si peu l'injustice de la mort.<br /> Bien à toi.<br /> <br /> <br /> <br />