Le blog de Flora

Attila József (1905-1937) * "Ma mère"

2 Mai 2009, 19:30pm

Publié par Flora


Ma mère

Je la vois, tenant son bol à deux mains.
Le soir tombait, c'était dimanche.
Elle souriait en silence,
Assise un peu dans la pénombre.

Elle apportait, de chez Son Excellence,
Une assiettée, tout son dîner.
Nous nous couchions et je songeais
Qu'eux en mangeaient une marmite.                       
                                                                                Anyám
C'était ma mère, mince et bientôt morte,             A bögrét két kezébe fogta,               
Car les laveuses meurent jeunes.                       ùgy estefelé egy vasárnap
Leur corps tremble sous les fardeaux,                 csöndesen elmosolyodott
Le repassage use la tête.*                               s ült egy kicsit a félhomályban  -

La vapeur semble un nuage apaisant                  Kis lábaskában hazahozta
Sur le linge sale en montagnes.                         Kegyelmeséktöl vacsoráját, 
Pour ce qui est de changer d'air                        lefeküdtünk és eltünödtem,
Les laveuses ont le grenier.                              hogy ök egész fazékkal esznek  - 

Je la vois finir, le fer à la main.                          Anyám volt, apró, korán meghalt,
Sa taille, toujours plus fragile,                           mert a mosónök korán halnak,
A été brisé par le capital.                                 a cipeléstöl reszket lábuk
Pensez-y bien, ô prolétaires !                            és fejük fáj a vasalástól  -

Courbée par sa tâche, elle était pourtant            S mert hegyvidéknek ott a szennyes !
Une jeune femme et je l'ignorais.                        Idegnyugtató felhöjáték
En rêve, elle avait un tablier propre,                   a göz s levegöváltozásul
Parfois, le facteur lui disait bonjour.                    a mosónönek ott a padlás  -

*il s'agit du fer à l'ancienne, avec du charbon de bois       Látom, megáll a vasalóval.
                                                                   Törékeny termetét a tôke
                                                                   megtörte, mindig keskenyebb lett  -
                                                                   gondoljátok meg, proletárok  -

                                                                   A mosástól kicsit meggörnyedt,
                                                                   én nem tudtam, hogy ifjù asszony,
                                                                   álmában tiszta kötényt hordott,
                                                                   a postás olyankor köszönt néki. 
                                                                  traduction : P. Eluard                                                                                           1931 

Commenter cet article
J
Je suis content que ce poème suscite un fil de discussion. Je pense avoir perçu son destin tragique dans ces vers que tu nous donnes à lire et j'ai tout de suite adhéré. avec la musique des mots en plus, les brisures de rythme qui doivent sans doute exister en Hongrois ce doit être inoubliable. Quel dommage cette barrière des langues ...Souvent, il me selble ressentir les choses en breton ou en créole, langues qui sont en moi même si je ne les parle pas. Je pense, pour répondre à un de tes commentaires, que mon sens de la concision en français viens de là. Cela vaudrait une discussion.<br /> Bonne nuit à toi<br /> José
Répondre
F
<br /> <br /> Comme tu peux constater, chaque strophe se termine par un tiret comme suspendue.<br /> Sinon, la traduction est plus que correcte, à quelques nuances près (p.ex. en rêve, elle portait un tablier propre / et le facteur lui disait alors bonjour)<br /> <br /> <br /> Toujours prête pour une bonne discussion autour du langage et de la langue!<br /> <br /> <br /> <br />
M
Le 3 décembre 1937 Attila JOZSEF se donne la mort tragiquement au-devant d'un train de marchandises, en s'inclinant paraît-il, sous les roues comme en priant. Bouleversé par la disparition du génie, Arthur KOESTLER écrit quelques jours après son suicide, en décembre 1937 : ....ses véritables génies naissent sourds-muets pour le reste du monde.Voilà pourquoi c'est à peine si j'ose affirmer que cet Attila JOZSEF dont le monde ne va pas entendre beaucoup parler fut le plus grand poète lyrique d'Europe.....<br /> merci de parler de ce poète bien trop tôt disparu
Répondre
F
<br /> Merci de votre visite, Macha. C'est vrai qu'il était bien trop jeune pour mourir... 32 ans. Sa poésie, toujours vivante dans sa langue (qui est la mienne aussi) et que l'on peut traduire<br /> difficilement  comme toute grande poésie. Pourtant, il est traduit dans de nombreuses langues, dont le turc, p. ex.<br /> Me permettrez-vous une question? D'où vient votre intérêt (et vos connaissances) pour la poésie hongroise? Amicalement : flora<br /> <br /> <br />
J
Superbe ! Que dire de plus !<br /> Bonne nuit à toi<br /> José
Répondre
F
<br /> A. József ne s'est jamais remis de son enfance. Son père émigre en Amérique peu après sa naissance (il a déjà 2 soeurs) et on l'envoie dans une famille d'accueil tout jeune à la campagne pour<br /> garder des cochons. Les paysans trouvent son prénom "Attila" trop exotique et l'appelle "Pista"  -  prénom de base très courant. La mère meurent d'un cancer alors qu'il a quinze ans<br /> et c'est sa soeur aînée qui s'occupe de lui. Son premier recueil paraît lorsqu'il a 17 ans.<br /> Merci de ta visite! flora<br /> <br /> <br />