Le blog de Flora

Oeuvre de Gilbert * "Aquarelles"

12 Février 2009, 10:16am

Publié par Flora

[...] Les couleurs ont fondu en une nuit, ne laissant à sa vue qu'un ruissellement blanc, des ombres et des lumières, une succession moelleuse de courbes que le pinceau épouse en glissements liquides. Le silence est total dans cette combe éloignée que ne souillent pas les skieurs, un silence propice aux mouvements de la matière, à la peinture que le froid crispe en filaments nerveux. Sur l'aquarelle glacée, transparaissent des corps, deux bosses soudées  à la montagne. Malgré l'engourdissement des doigts, les gestes se font précis, les lignes fines. Une vision se met en place : sur la neige molle, en glacis, une femme rigide, un homme. Un vernis de gel translucide couvre la chair. On distingue cependant l'esquisse d'un crucifix, des boucles d'oreilles en rang de trois.

[...] Au pied du lit le tableau aligne ses crucifiés et ses prairies désertes, sans susciter le moindre rire. Aux effervescences des pistes, Odette et Christian ont préféré la chambre 412. Ils fixent le plafond, incapables de le déchiffrer. La fenêtre s'est ouverte, poussée par une rafale ou par un vent plus anodin. Ils ne sentent pas le froid raidir leurs jambes, pénétrer leur peau nue, coaguler le sang issu de leurs blessures. Livides, ils n'entendent pas le vase qui se brise sous la pression de la glace, ne voient pas le large éclat qui tombe. A leur chevet, Germain peint le spectacle. Le couteau qui a tué est posé sur le lit.

extrait et fin de la nouvelle "Aquarelles"  publiée dans le recueil  Ennemis très chers  éd. Le Manuscrit  2001
illustration : R.T.

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M
Un grand merci pour ce Grand Texte ! J'écrivais, ces derniers temps à un ami :j'ai fréquenté le milieu littéraire parisien pendant plusieurs années, une grande maison notamment, pendant 4 ans et j'y ai vu des choses pas très belles ni très bonnes, ni très justes, j'ai fini par comprendre que la poésie se suffit à elle-même et qu'elle se partage de toute façon quoique l'on fasse ou dise, elle est partage et échange, c'est sa vocation.<br /> Très chère Flora, avec ce texte de Gilbert tu illustres mon propos. C'est un grand écrivain, c'est un génial poète qui a passé sa vie à dire la blessure, la séparation, le manque de l'homme, ici bas, et curieusement, c'était mon propos de cette nuit dans mon Cahier. Tu est une Belle Médiatrice, tu nous permets de lire ces beaux textes vivants et si proche de l'être qui cherche sans cesse le repos, Job autant dire, injuste punition du juste. C'est beau, c'est très beau. <br /> Un petit clin d'oeil à notre oiseau à qui j'envoie une volée de graines dans ce matin d'hiver où elle doit chanter dans l'attente du printemps.<br /> Je (vous) t'embrasse chaleureusement. Mu
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F
<br /> Tu as raison quand tu parles de "vous" : il ne peut pas me quitter car il est "intégré" en moi, il fait partie de moi et le manque, ainsi, n'existe pas...<br /> <br /> <br />
L
le génie de Gilbert dans les desciptions<br /> wouahhh:je suis époustouflée...
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F
<br /> Si tu savais comme ton commentaire me fait plaisir (probablement plus qu'un compliment pour moi)...<br /> <br /> <br />